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Christianisme

Plusieurs religions, une seule alliance, Ratzinger, recension Fisher
13/01/2012


Many Religions, one Covenant : Israel, the Church and the World
(beaucoup de religions, mais une seule Alliance : Israël, l'Eglise et le monde), par Joseph Cardinal Ratzinger, Ignatius Press, 2000.


Has God Only One Blessing? Judaism as a Source of Christian Self-Understanding (Dieu n'a-t-il qu'une seule bénédiction? Le judaïsme comme source de compréhension de soi chrétienne), par Sœur Mary C. Boys, sœur des Noms de Jésus et de Marie, Paulist Press - Stimulus Books (Mahwah, N.J., 2000). 395 pp. $29.95.


 Recensions par Eugène J. Fisher, Service des nouvelles catholiques du Secrétariat pour les Relations entre Catholiques et Juifs de la Conférence Nationale des Évêques catholiques des Etats-Unis, Wahington, D.C.

 

L'an 2000, année du millénaire, s'avère être une bonne année pour la publication de livres et autres sujets relatifs aux relations entre Chrétiens et Juifs en général et aux relations entre Catholiques et Juifs en particulier.

Les lecteurs qui souhaitent suivre les importants développements qui se font jour dans l'enseignement catholique, et qui sont le résultat du dialogue avec les Juifs, accéléré par le deuxième Concile du Vatican et encouragé par Pape Jean-Paul II, auront peut-être envie de découvrir l'un des livres (ou même les deux) dont je vais parler ici. Par coïncidence, ils sont arrivés sur mon bureau à quelques semaines l'un de l'autre. Les deux ouvrages sont très différents à bien des égards, et pourtant, il est intéressant de constater qu'ils sont complémentaires. En effet, leurs titres mêmes montrent que leurs auteurs se mesurent directement aux questions qui sont au cœur de la foi catholique.

L'ouvrage intitulé Many Religions, one Covenant : Israel, the Church and the World (beaucoup de religions, mais une seule Alliance : Israël, l'Eglise et le monde), du cardinal Joseph Ratzinger, responsable de la Congrégation vaticane pour la Doctrine de la Foi, est de loin le plus court : il comporte trois causeries et une homélie données par l'auteur, et il dépasse à peine les 100 pages. C'est une méditation étendue, s'il en fut, sur la manière dont l'Eglise a repensé quelques catégories théologiques de base, depuis Vatican II.

Alors qu'auparavant, en effet, et ce durant de longs siècles, la majorité des Chrétiens considéraient comme opposés l'Ancien et le Nouveau Testaments, et les alliances qu'ils incarnaient avec le peuple d'Israël d'une part et avec l'Eglise de l'autre, comme si l'affirmation de l'un impliquait nécessairement la négation de la légitimité de l'autre, le cardinal Ratzinger montre qu'ils sont en fait complémentaires. Tout au long du livre, il souligne « la continuité interne de l'histoire de salut ». Jésus, argumente-t-il, a observé la Loi juive (la Torah), et ce faisant, il a accompli la Loi et les Prophètes.

C'est seulement en reconnaissant ce que Jésus a reconnu, à savoir, la validité de la loi de Dieu pour le peuple juif comme une grâce divine plutôt que comme un fardeau légaliste, que les Chrétiens, choisis d'entre les Gentils, peuvent accepter comme leur l'histoire biblique d'Israël et être greffés sur elle, c'est-à-dire avoir part à l'histoire du salut.

« Accomplissement », conclut le cardinal Ratzinger, est le contraire de « substitution ». La « nouvelle » loi du Christ n'est pas et ne peut pas être « nouvelle », au sens où elle serait différente de « l'ancienne », ou l'aurait remplacée. La loi de Dieu ne peut jamais être ancienne ni révoquée, mais seulement confirmée et approfondie.

En Jésus, l'Alliance donnée aux Juifs est universalisée, offerte aux Gentils. Mais elle reste, de manière paradoxale, spécifique et salvifiquement valide pour les Juifs qui y ont été appelés en premier.

L'agir de Dieu, qui a consisté à faire librement alliance avec les Juifs en premier et ensuite, à travers Le Christ, avec ceux qui ont été appelés d'entre les Gentils, n'est pas, pour le cardinal Ratzinger, un « ou/ou » , ni un « nous gagnons/vous perdez – comme de trop nombreux prédicateurs chrétiens l'ont décrit, au fil des siècles (en ignorant les éléments qui se trouvent au cœur du témoignage biblique) – mais d'une manière retentissante, un « l'un et l'autre/et ». En conséquence, Juifs et Chrétiens sont appelés à être « témoins ensemble » des vérités divines, de l'unité de l'unique Dieu, le Dieu d'Israël, et de la volonté de Dieu pour toute l'humanité.

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La théologienne catholique, Sœur Mary C. Boys, est professeur de théologie pratique au Union Theological Seminary de New York. Elève du savant biblique le plus renommé de la seconde moitié du XXe siècle, le Père sulpicien Raymond Brown, elle s'est spécialisée dans l'éducation religieuse. Son livre, « Dieu n'a-t-il qu'une bénédiction? Le Judaïsme comme source de compréhension de soi chrétienne », qui avoisine les 400 pages, est riche de pénétration historique, biblique, liturgique, théologique et catéchétique. Si votre paroisse ou votre bibliothèque privée ne peuvent budgétiser qu'un achat en matière de relations entre Catholiques et Juifs cette année, c'est ce livre qu'il vous faut.

 En un sens, ce que le cardinal Ratzinger affirme en termes généraux et doctrinaux, Sœur Boys le détaille, étape par étape, en unités maniables et assimilables, qui nous apprennent aussi bien pourquoi nous ne pouvons pas imputer aux Juifs la culpabilité collective pour la mort de Jésus, que la manière dont le Christianisme, en opérant dans les premiers siècles du premier millénaire une « séparation des chemins » qui l'éloignait du Judaïsme, a glissé d'une nécessaire définition de soi dans des polémiques inutiles à l'égard du Judaïsme et, par manière d'allusion, également contre la Torah de Dieu (c.-à-d. la Bible).

Sœur Boys, de la congrégation des Saints Noms de Jésus et de Marie, explique de quelles multiples manières une compréhension positive de l'enseignement et de la traditions juifs est essentielle à la compréhension adéquate de l'enseignement et de la tradition catholiques, y compris la pratique liturgique. Elle montre les pièges d'une confiance irréfléchie dans la typologie et la théologie de l'accomplissement, quand celles-ci ne sont pas comprises avec une grande prudence. Sur ce point, elle met au jour et détaille les dangers d'une dichotomie non critique entre Judaïsme et Christianisme, contre lesquels, en termes plus généraux, le cardinal Ratzinger nous met en garde également.

Le livre de Sœur Boys est le produit d'années d'enseignement et d'efforts pour communiquer aux étudiants de théologie générale une richesse de connaissances qui, en effet, comme l'indique le sous-titre de son livre, révélera toujours des sources plus profondes de « compréhension de soi chrétienne ». Pour se faire comprendre, elle a recours à l'art et à la littérature, aussi bien qu'à l'Ecriture sainte et aux sciences humaines. J'ose dire que ce résumé pertinent d'une génération de dialogue est un tour de force d'érudition catholique. C'est un merveilleux cadeau pour nous tous, Juifs tout autant que Chrétiens, alors que nous entrons dans le troisième millénaire de notre relation trop souvent perturbée.

 

E. Fisher est directeur associé du Secrétariat pour les Relations entre Catholiques et Juifs de la Conférence Nationale des Évêques catholiques des Etats-Unis, Washington, D.C.