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Réflexions sur l'Alliance et la Mission
13/01/2012

FTexte original anglais.

Résumé : Depuis plus de vingt ans les dirigeants des communautés juives et catholiques romaines aux Etats-Unis se sont rencontrés deux fois par an pour délibérer sur un large éventail de sujets concernant les relations entre Juifs et catholiques.

 

Sur le site de DICI (Documentation Information catholiques internationales) 

12 août 2002

 

Préface

Depuis plus de vingt ans les dirigeants des communautés juives et catholiques romaines aux Etats-Unis se sont rencontrés deux fois par an pour délibérer sur un large éventail de sujets concernant les relations entre Juifs et catholiques. Actuellement, les participants aux délibérations en cours sont des délégués du Comité des évêques pour les affaires œcuméniques et interreligieuses de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (BCEIA) et du Conseil national des Synagogues (NCS). Le NCS représente la Conférence centrale des rabbins américains, l'Assemblée rabbinique du judaïsme conservateur, l'Union des congrégations américaines hébraïques et la Synagogue unie du judaïsme conservateur. Sont co-présidents de ces délibérations : son Eminence le Cardinal William Keeler, modérateur des évêques américains pour les relations entre catholiques et Juifs, le rabbin Joël Zaiman, de l'Assemblée rabbinique du judaïsme conservateur et le rabbin Michel Signer de l'Union des congrégations américaines hébraïques. Ces dialogues ont déjà donné lieu à des déclarations publiques sur des questions telles que les enfants et l'environnement et les actes de haine religieuse.

Lors de la réunion tenue le 13 mars, 2002 à New York City, la consultation entre DCEIA et NCS a examiné de quelle manière les traditions juive et catholique romaine perçoivent les sujets de l'Alliance et de la Mission à l'heure actuelle. Chaque délégation a préparé des réflexions qui furent reconsidérées et mises au clair par la Conférence, comme autant d'expressions du point de vue actuel de la question dans chaque communauté. La consultation entre le BCEIA et NCS a décidé au vote de publier ses délibérations afin d'encourager une réflexion sérieuse sur ces sujets par les Juifs et les catholiques dans tous les Etats-Unis. Après affinage des déclarations initiales, les réflexions séparées des catholiques romains et des juifs sur les sujets de l'Alliance et de la Mission sont exposées ci-dessous.

Les réflexions des catholiques romains montrent à quel point un respect croissant pour la tradition juive s'est développé depuis le Concile Vatican II. Une estime plus profonde du côté catholique pour l'Alliance éternelle entre Dieu et le peuple juif, ainsi que la reconnaissance d'une mission divine confiée aux Juifs de témoigner de l'amour fidèle de Dieu, aboutissent à la conclusion que les campagnes qui viseraient à convertir les Juifs au christianisme ne sont plus acceptables théologiquement dans l'Eglise catholique.

Les réflexions des Juifs décrivent la mission des Juifs et le perfectionnement du monde. Cette mission est présentée sous trois aspects. Premièrement les obligations qui résultent du choix, par prédilection, du peuple juif en vue d'une alliance avec Dieu. Deuxièmement, la mission de témoigner du pouvoir rédempteur de Dieu dans le monde.

Troisièmement, le peuple juif a une mission qui s'adresse à tous les êtres humains. Les réflexions juives concluent sur un appel pressant aux Juifs et aux chrétiens pour qu'ils mettent sur pied un programme commun destiné à guérir le monde.

La Conférence entre le NCS et BCEIA s'inquiète de l'ignorance persistante et des caricatures réciproques qui règnent encore dans de nombreuses fractions des communautés catholique et juive. La Conférence espère que ces réflexions seront lues et qu'on en parlera dans le cadre d'un processus de développement et d'accroissement de la compréhension mutuelle.

La Conférence entre le NCS et BCEIA réaffirme son engagement de continuer à approfondir le dialogue et de promouvoir la concorde entre les communautés juive et catholique aux Etats- Unis.

 

LES REFLEXIONS CATHOLIQUES ROMAINES.

 

Introduction

Les dons envoyés par le Saint-Esprit à l'Eglise à travers la déclaration du Concile Vatican II Nostra Aetate continuent à se déployer. Les décennies écoulées depuis sa proclamation en 1965 ont vu un rapprochement constant entre l'Eglise catholique romaine et le peuple juif. Bien que des polémiques et des malentendus continuent de se produire, il y a eu néanmoins un approfondissement progressif de la compréhension mutuelle et d'une communauté de but. Nostra Aetate a aussi inspiré une série d'instructions du magistère, y compris trois documents préparés par la Commission pontificale pour les relations religieuses avec les Juifs : Directives et suggestions pour mettre en application la déclaration conciliaire Nostra Aetate No 4 (1974) ; Notes sur la façon correcte de présenter les juifs et le judaïsme dans les sermons et les enseignements donnés dans l'Eglise catholique romaine (1985) ; et Nous nous souvenons : Réflexion sur la Shoah (1998). Le Pape Jean-Paul II a donné de nombreuses allocutions et s'est engagé dans plusieurs actions importantes qui ont fait avancer la concorde entre catholiques et juifs. De nombreuses déclarations concernant les relations catholiques-juifs ont aussi été faites par les conférences nationales des évêques catholiques à travers le monde. Aux Etats-Unis, la conférence des évêques catholiques et ses comités ont publié nombre de documents qui traitent de ce sujet, y compris :Directives pour les relations catholique-juif (1967, 1985) ; Critères d'évaluation des mises en scène de la Passion (spectacles sur la Passion) (1988) ; La Miséricorde de Dieu est infinie : Directives sur la présentation des Juifs et du judaïsme dans la prédication catholique (1988) ; et, tout récemment, Enseignement catholique sur la Shoah : Application du Nous nous souvenons du Saint Siège (2001).

Un examen de ces déclarations catholiques des quelques décennies passées, montre qu'elles ont progressivement examiné de plus en plus d'aspects de la relation complexe entre les Juifs et les catholiques, de même que leur impact sur la pratique de la foi catholique. Ce travail inspiré par Nostra Aetate a inclus le dialogue interreligieux, des tentatives éducatives en collaboration et des recherches théologiques et historiques faites en commun par les catholiques et les juifs. Cela va se poursuivre dans le siècle qui commence.

Pour le moment dans ce processus de renouveau, les sujets de l'alliance et de la mission sont venus au premier plan. Nostra Aetate a lancé cette pensée en citant l'épître aux Romains XI, 28-29 et en décrivant le peuple juif comme  " très cher à Dieu, à cause des patriarches, puisque Dieu ne reprend pas les dons qu'il a accordés ou le choix qu'il a fait 1 ". Jean-Paul II a explicitement enseigné que les Juifs sont  " le peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu " 2,  " le peuple actuel de l'alliance conclue avec Moïse " 3, et les  " partenaires d'une alliance d'amour éternel qui n'a jamais été révoquée " 4.  


La reconnaissance catholique, postérieure à Nostra Aetate, de la permanence de la relation d'alliance du peuple juif avec Dieu, a conduit à une nouvelle estime pour la tradition post–biblique, ou la tradition rabbinique juive qui est sans précédent dans l'histoire chrétienne. Les directives du Vatican en 1974 insistaient sur le fait que les chrétiens  " doivent faire l'effort d'apprendre par quels traits essentiels les juifs se définissent à la lumière de leur propre expérience religieuse " 5.  Les Notes de 1985 du Vatican faisaient l'éloge du judaïsme post-biblique pour avoir apporté  " au monde entier un témoignage – souvent héroïque – de sa fidélité au seul Dieu et 'l'exalter en présence de tous les vivants' " (Tobie 13, 4) 6. Les Notes continuaient à se référer à Jean-Paul II pour inciter tous les chrétiens à se souvenir  " que la permanence d'Israël est accompagnée d'une continuelle fécondité spirituelle, dans la période rabbinique, au Moyen Age et dans les temps modernes, prenant sa source dans un patrimoine que nous avons longtemps partagé, à tel point que 'la foi et la vie religieuse du peuple juif telles qu'elles sont professées et pratiquées encore aujourd'hui, peuvent grandement nous aider à mieux comprendre certains aspects de la vie de l'Eglise' " (Jean Paul-II, 6 mars 1982)7. Ce thème a été repris dans les déclarations faites par les évêques catholiques des Etats Unis, telles que « La miséricorde de Dieu dure pour toujours », qui conseillait aux prédicateurs  " de plonger librement dans les sources juives "  (rabbiniques, médiévales et modernes) pour expliquer le sens des Ecritures hébraïques et des écrits apostoliques. " 8.

 " La fécondité spirituelle "  du Judaïsme post-biblique a continué dans des pays où les juifs étaient une minuscule minorité. Ce fut vrai dans l'Europe chrétienne même si, comme l'a noté le cardinal Edward Idris Cassidy, " à partir de l'époque de l'Empereur Constantin, les juifs étaient isolés et discriminés dans le monde chrétien. Il y a eu des expulsions et des conversions forcées. La littérature propageait des stéréotypes [et] la prédication accusait les juifs de tous les temps, de déicide " 9.  Ce résumé historique renforce l'importance de l'enseignement des Notes du Vatican de 1985, à savoir que  " la permanence d'Israël " (alors que tant de peuples anciens ont disparu sans laisser de trace) est un fait historique et un signe à interpréter comme étant dans les desseins de Dieu 10." La connaissance de l'histoire de la vie des juifs dans la chrétienté est une raison pour qu'on lise avec un regard neuf des textes bibliques tels que Actes 5, 33-39. Dans ce passage, le pharisien Gamaliel déclare que seules les entreprises d'origine divine peuvent perdurer. Si ce principe du Nouveau Testament est considéré par les chrétiens d'aujourd'hui comme étant valide pour le christianisme, alors, il doit aussi logiquement l'être pour le judaïsme post-biblique. Le judaïsme rabbinique qui s'est développé après la destruction du Temple doit aussi être " de Dieu ".

En plus de ces considérations théologiques et historiques, dans les décennies qui ont suivi Nostra Aetate, beaucoup de catholiques ont eu la grâce d'expérimenter personnellement la richesse de vie religieuse du judaïsme et les dons de sainteté de Dieu.

 

La Mission de l'Eglise : l'évangélisation


De telles réflexions et expériences au sujet de la vie ininterrompue du peuple juif sous le régime de l'Alliance avec Dieu soulèvent la question du devoir des chrétiens de témoigner des dons de salut que l'Eglise reçoit à travers sa  " nouvelle alliance "  en Jésus-Christ. Le second concile du Vatican a résumé comme suit la mission de l'Eglise :

« Tout en aidant le monde et en en recevant de nombreux bienfaits, l'Eglise a une unique intention : que le Règne de Dieu arrive et que puisse se réaliser le salut de toute la race humaine. Car tout bienfait que le Peuple de Dieu peut offrir à la famille humaine pendant son pèlerinage sur terre découle du fait que l'Eglise est  " le sacrement universel du salut ", manifestant et exerçant simultanément le mystère de l'amour de Dieu pour l'humanité 11.

Cette mission de l'Eglise peut être résumée en un seul mot : l'évangélisation. Le pape Paul VI a donné la définition classique,  " l'Eglise considère que l'évangélisation veut dire porter la bonne nouvelle à tous les secteurs de la race humaine de manière que par sa force elle puisse pénétrer dans le cœur des hommes et renouveler la race humaine 12 ". L'évangélisation renvoie à une réalité complexe qui est parfois mal comprise parce qu'on la réduit à la recherche de nouveaux candidats au baptême. C'est la continuation par l'Eglise de la mission de Jésus-Christ, qui a incarné la vie du royaume de Dieu. C'est ainsi que le pape Jean-Paul II l'a expliquée.

Le royaume est le souci de tous : des individus, de la société et du monde. Travailler pour le royaume veut dire reconnaître et promouvoir l'action de Dieu qui est présente dans l'histoire humaine et la transforme. Bâtir le royaume signifie travailler pour la libération du mal sous toutes ses formes. En un mot, le royaume de Dieu est la manifestation et la prise de conscience du plan de salut de Dieu dans toute sa plénitude 13.
Il faut souligner que l'évangélisation, le travail de l'Eglise en vue du royaume de Dieu, ne peut pas être séparé de sa foi en Jésus-Christ, en qui les chrétiens trouvent le royaume  " présent et accompli 14 ".  L'évangélisation comprend les activités de présence et de témoignage de l'Eglise ; l'engagement pour le développement social et la libération de l'homme ; le culte chrétien, la prière et la contemplation ; le dialogue interreligieux ; la proclamation et la catéchèse 15.

Cette dernière activité de proclamation et de catéchèse –  " l'invitation à un engagement de foi en Jésus-Christ et à l'entrée par le baptême dans la communauté des croyants qui est l'Eglise 16 " – est parfois comprise comme synonyme d' " évangélisation ". Cependant, ceci est une conception très étroite et n'est en fait que l'un des nombreux aspects de la  " mission évangélisatrice "  au service du royaume de Dieu. Ainsi, les catholiques qui participent au dialogue interreligieux, partage mutuel et enrichissant des dons, dépourvu de toute intention, quelle qu'elle soit, d'inviter le partenaire au baptême, rendent néanmoins témoignage de leur propre foi dans le royaume de Dieu incarné dans le Christ. Ceci est une forme d'évangélisation, une façon de s'engager dans la mission de l'Eglise.


L'évangélisation et le peuple juif.

Le christianisme a une relation absolument unique avec le judaïsme parce que  " nos deux communautés religieuses sont rattachées et étroitement reliées au niveau même de leur identité religieuse respective 17."

L'histoire du salut rend évidente notre relation particulière avec le peuple juif. Jésus appartient au peuple juif, et il a commencé son Eglise dans la nation juive. Une grande partie de l'Ecriture Sainte que les chrétiens lisent comme étant la parole de Dieu, constitue un patrimoine spirituel que nous partageons avec les juifs. En conséquence, toute attitude négative à leur égard doit être évitée, puisque  "  pour être une bénédiction pour le monde, les juifs et les chrétiens ont besoin d'être d'abord une bénédiction l'un pour l'autre 18. " 

Dans le sillage de Nostra Aetate, il y a eu un approfondissement de l'appréciation catholique de nombreux aspects de notre lien unique avec les Juifs. En particulier, l'Eglise catholique en est venue à reconnaître qu'elle partage avec le peuple juif sa mission de préparation de l'avènement du royaume de Dieu, même si les juifs ne conçoivent pas cette tâche de manière christologique comme le fait l'Eglise. Ainsi, les Notes de 1985 du Vatican observaient :

 "  Attentifs au même Dieu qui a parlé, dépendants du même Verbe, nous avons à rendre témoignage à un seul et même souvenir et à une espérance commune en lui qui est le Maître de l'histoire. Nous devons aussi accepter notre responsabilité à préparer le monde pour l'avènement du Messie en travaillant ensemble pour la justice sociale, le respect des droits des personnes et des nations et pour la réconciliation sociale et internationale. Juifs et chrétiens nous sommes conduits à cela par le commandement de l'amour du prochain, par une espérance commune dans le Royaume de Dieu et par le grand héritage des prophètes  " .19

Si donc l'Eglise partage une tâche centrale et significative avec le peuple juif, quelles sont les conséquences pour la proclamation chrétienne de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ? Est-ce que les chrétiens doivent inviter les juifs au baptême ? Ceci est une question complexe non seulement en ce qui concerne la façon théologique dont le christianisme se définit lui-même, mais aussi à cause de l'histoire, où les chrétiens ont baptisé les juifs de force.

Dans une étude écrite remarquable et toujours pertinente, présentée à la sixième rencontre du Comité international de liaison entre les catholiques et les juifs à Venise il y a vingt-cinq ans, le Professeur Tommaso Federici a examiné les implications missiologiques de Nostra Aetate. S'appuyant sur des bases historiques et théologiques, il soutint qu'il ne devrait pas y avoir dans l'Eglise d'organisation d'aucune sorte destinée à la conversion des juifs. C'est devenu, par la suite, une pratique de facto de l'Eglise Catholique.

Plus récemment, le cardinal Walter Kasper, président de la Commission pontificale pour les relations religieuses avec les juifs, a expliqué cette pratique. Dans une déclaration officielle faite tout d'abord à la dix-septième rencontre du Comité international de liaison entre catholiques et juifs en mai 2001 et répétée plus tard dans l'année à Jérusalem, le cardinal Kasper a parlé de la  "  mission  "  dans un sens restreint pour signifier la  "  proclamation  "  ou l'invitation au baptême et à la catéchèse. Il a montré pourquoi de telles initiatives ne s'appliquaient pas de façon appropriée aux juifs :
 "  Le terme mission, au sens propre, fait référence à la conversion du culte des faux dieux et des idoles au vrai Dieu unique. En conséquence, et ceci est caractéristique, il existe un dialogue mais pas d'organisation catholique missionnaire pour les juifs.
Comme nous l'avons dit précédemment, le dialogue n'est pas une information objective pure et simple ; le dialogue implique toute la personne. Ainsi, dans le dialogue, les juifs témoignent de leur foi, et de ce qui les a soutenus dans les périodes sombres de leur histoire et de leur vie, et les chrétiens rendent compte de l'espérance qu'ils ont en Jésus-Christ. En agissant ainsi, tous deux sont loin de faire du prosélytisme sous quelque forme que ce soit, mais ils peuvent apprendre les uns des autres et s'enrichir mutuellement. Nous voulons tous deux partager ce qui nous touche le plus profondément, avec un monde souvent désorienté qui a besoin d'un tel témoignage et le recherche  " .20
Du point de vue de l'Eglise catholique, le judaïsme est une religion qui vient d'une révélation divine. Comme le cardinal Kasper l'a noté,  "  la grâce de Dieu, qui est la grâce de Jésus-Christ selon notre foi, est pour tous. C'est pourquoi l'Eglise croit que le judaïsme, c'est-à-dire la réponse fidèle du peuple juif à l'alliance irrévocable de Dieu, est moyen de salut pour eux, parce que Dieu est fidèle à ses promesses.  " 21
Cette déclaration sur l'alliance salutaire de Dieu est tout à fait spécifique au judaïsme. Bien que l'Eglise catholique respecte toutes les traditions religieuses et en dialoguant avec elles puisse discerner l'œuvre du Saint- Esprit, et bien que nous croyions que la grâce infinie de Dieu est certainement à la portée des croyants des autres confessions, c'est seulement pour l'alliance avec Israël que l'Eglise peut parler avec la certitude du témoignage biblique. Ceci parce que les écritures saintes d'Israël font partie de notre propre canon biblique et qu'elles ont une  "  valeur perpétuelle… qui n'a pas été annulée par l'interprétation postérieure du Nouveau Testament.  "  22
Selon l'enseignement catholique romain, l'Eglise et le peuple juif ont tous deux une alliance avec Dieu. Nous avons donc devant Dieu tous deux des missions à entreprendre dans le monde. L'Eglise croit que la mission du peuple juif n'est pas restreinte à son rôle historique, comme peuple dans lequel Jésus est né  "  selon la chair  "  (Rom 9 :5) et dont sont issus les apôtres de l'Eglise. Comme l'a récemment écrit le Cardinal Ratzinger,  "  La providence de Dieu… a manifestement donné à Israël une mission particulière dans ce “ temps des Gentils ”.  " 23 Cependant, seul le peuple juif lui-même peut définir sa mission  "  à la lumière de sa propre expérience religieuse.  " 24

Néanmoins, l'Eglise se rend bien compte que la mission du peuple juif ad gentes (à l'égard des nations) continue. C'est une mission que l'Eglise accomplit aussi en fonction de sa compréhension de l'alliance. Le commandement du Christ ressuscité dans St Matthieu 28, 19 de faire des disciples  "  de toutes les nations  "  (en grec = ethne, l'équivalent de l'hébreu = goyim ; c'est à dire les nations autres qu'Israël) veut dire que l'Eglise doit porter témoignage à la Bonne Nouvelle du Christ devant le monde afin de préparer le monde pour la plénitude du royaume de Dieu. Cependant ce devoir d'évangélisation n'inclut plus le désir d'absorber la foi juive dans la chrétienté et ainsi de mettre un terme au témoignage distinct que les juifs rendent à Dieu dans l'histoire humaine.

Ainsi, tandis que l'Eglise catholique considère l'acte sauveur du Christ comme central dans le processus du salut humain pour tous, elle reconnaît que les juifs sont déjà établis dans une alliance salvatrice avec Dieu. L'Eglise catholique doit toujours évangéliser et rendra toujours témoignage devant les juifs et tous les autres peuples de sa foi dans la présence du royaume de Dieu en Jésus-Christ. En agissant ainsi l'Eglise catholique respecte entièrement les principes de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, de telle sorte que les convertis de n'importe quelle tradition ou peuple, y compris le peuple juif, seront reçus et acceptés.

Cependant, elle reconnaît maintenant que les juifs sont aussi appelés par Dieu à préparer le monde pour le royaume de Dieu. Leur témoignage en faveur du royaume, qui n'a pas pris sa source dans l'expérience que l'Eglise a eue du Christ crucifié et ressuscité, ne doit pas être restreint par la recherche de la conversion du peuple juif au christianisme. Il faut apporter un soutien au témoignage distinct des juifs si l'on veut que les catholiques et les juifs soient vraiment, comme l'a envisagé le Pape Jean-Paul II,  "  une bénédiction les uns pour les autres25 .  "  Ceci est en conformité avec la promesse divine exprimée dans le Nouveau Testament selon laquelle les juifs sont appelés à  "  servir Dieu sans crainte, dans la sainteté et la droiture devant Dieu tous les jours [de leur vie]  "  (Luc 1, 74-75). Avec le peuple juif, l'Eglise catholique, selon les termes de Nostra Aetate,  "  attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront Dieu d'une seule voix et le serviront coude à coude  "  (Soph 3, 9 ; voir Is. 66, 23 ; Psaume 65, 4 ; Rom 11, 11-32)26 .  " 

Auteur : Conférence épiscopale des Etats-Unis. Consultation du Conseil national des Synagogues et des délégués du Comité des évêques pour les affaires œcuméniques et interreligieuses.


12 août 2002

 

1.      Deuxième concile du Vatican, Nostra Aetate (1965), 4.

2.      Jean-Paul II, Allocution à la communauté juive de Mainz [Mayence], Allemagne de l'Ouest, 17 novembre 1980.

3.      Ibid.

4.      Jean-Paul II, Allocution aux dirigeants juifs à Miami, 11 septembre 1987.

5.      Commission pontificale pour les relations religieuses avec les juifs : directives et suggestions pour mettre en œuvre la déclaration conciliaire Nostra Aetate N° 4 (1974), Prologue.

6.      Commission pontificale pour les relations religieuses avec les juifs, Notes sur la manière correcte de présenter les Juifs et le judaïsme dans la prédication et l'enseignement au sein de l'Eglise catholique (1985), VI, 25.

7.      Ibid.

8.      NCCB, La miséricorde de Dieu dure pour toujours (1988), 31 i.

9.      Cardinal Edward Idris Cassidy, "Réflexions sur les déclarations du Vatican sur la Shoah", Origins 28/2 (28 mai 1998), 31.

10.  CRRJ, Notes (1985), VI, 25.

11.  Deuxième Concile du Vatican, Gaudium et Spes (1965), IV, 45, qui cite Dei Verbum (1965), II, 15.

12.  Pape Paul VI, Evangelii Nuntiandi (1975), 18.

13.  Jean-Paul II, Redemptoris Missio (1990), 15.

14.  Ibid. 18.

15.  Commission pontificale pour le dialogue inter-religieux et la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, Dialogues et proclamation (1991), 2. Prenez note de ces commentaires semblables de la part du pape Jean-Paul II, " La mission est une réalité unique mais complexe, et elle se développe de manières variées. Parmi ces manières, il y en a qui ont une importance particulière dans la situation actuelle de l'Eglise et du monde. Redemptoris missio (1990), 41." Le pape poursuit en citant ces manières diverses : " le témoignage " [42-43], " la proclamation " [44-47], " la formation d'églises locales " [48-49], " l'activité œcuménique " [50], " l'inculturation " [52-54], " le dialogue inter-religieux " [55-57], " la promotion du développement et de la libération de l'oppression " [58-59].

16.  Ibid., 10.

17.  Jean Paul II, Allocution aux représentants des organisations juives, 12 mars 1979.

18.  Jean Paul II, Ecclesia in America (1999), 50 ; citant idem, Allocution à l'occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, 6 avril 1993.

19.  CRRJ, Notes (1985), II, 11. A l'audience générale du 6 décembre 2000, Jean Paul II a parlé d'association entre tous les gens religieux : " Tous ceux qui cherchent Dieu d'un cœur sincère, y compris ceux qui ne connaissent pas le Christ et son église, contribuent, sous l'influence de la grâce, à l'édification de son royaume " [Catholic News Service, 6 décembre 2000].

20.  Cardinal Walter Kasper, Dominus Jesus. Adresse donnée à la 17ème rencontre du Comité international de liaison entre juifs et catholiques, New York, 1 mai 2001.

21.  Ibid.

22.  CRRJ, Directives (1974), II.

23.  Cardinal Joseph Ratzinger, Une alliance, beaucoup de religions : Israël, l'Eglise et le monde, San Francisco, Ignatius Press, 1999, 104. " Le temps des Gentils " rappelle l'expression de Luc 21, 24 pour la période après la destruction du second temple.

24.  Directives, Prologue.

25.  Jean-Paul II, Adresse à l'occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, 6 avril 1993.

26.  Deuxième concile du Vatican, Nostra Aetate, 4.