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Antisémitisme
Antisémitisme chrétien

Impact des thèses de Drumont sur le clergé de son temps
27/01/2012

 

[Cet article, comme beaucoup d'autres mis sur ce site depuis le début de l'année 2012, fait partie des très nombreux textes que, pour des raisons diverses, je n'ai pas eu l'occasion de mettre en ligne. On ne s'étonnera donc pas de leur ancienneté plus ou moins grande, voire de leur non-actualité. Le but est de les sauvegarder et de les mettre à la disposition de tous. (Menahem Macina).]

 

1. « L'allégresse de nos curés de Campagne » (Drumont) [1]

 

Parmi tant d'encouragements qui me sont arrivés de tous les coins de la France et de tous les coins de Paris, du Nord et du Midi, de la rue d'Aboukir et de la rue d'Enghien, de la rue des Gravilliers et du faubourg Saint-Antoine, ce qui m'a été le plus sensible, c'est l'allégresse de nos curés de campagne.

Ah les braves gens! Quelles nobles lettres! Chez eux il y avait du contentement patriotique du plébéien, du gars vaillant que l'habit qu'il porte empêche de répondre, que la charité chrétienne décide facilement â pardonner mais qui trouve déshonorante pour son pays cette incessante, cette perpétuelle, cette avilissante attaque contre des êtres faibles. Ils ont constaté, non sans plaisir, qu'il existait encore, sur la terre de France, un homme qui avait un pied à peu près valide et qui savait s'en servir vis-à-vis des Juifs et des Francs-Maçons.

C'est en causant avec des curés de campagne, en lisant leurs lettres, que j'ai compris combien mon livre était utile et à quel degré de violence sourde avait atteint la persécution actuelle.

On ne vit jamais, à aucune époque, ignominie pareille à cette chasse faite au pauvre par une presse qui s'agenouille devant tous les larrons juifs gorgés de nos dépouilles, qui raconte leurs chasses et décrit leurs réceptions en termes dithyrambiques. Jamais on ne travailla plus cyniquement à corrompre un pays.

Dans chaque village, la France avait un homme qui représentait l'idéal près de ces populations déjà entraînées vers la vie tout instinctive, déjà en chemin pour retourner à la sauvagerie et à la bestialité. C'était là une force morale d'une valeur incalculable. Les traîtres qui nous gouvernent ont tout fait pour détruire cela, ils se sont constitués les recruteurs du cabaret aux dépens de l'église.

Le prêtre, grâce à eux, est devenu un hors la loi, un outlaw, et pour beaucoup la douleur a été poignante. Il faut avoir pénétré dans les presbytères pour savoir ce qu'ont eu à supporter certains êtres nés sociables, enfants du pays, organisés pour vivre de l'existence de tous et se trouvant tout à coup aux prises avec des animosités imbéciles fomentées par un Franc-Maçon désireux de se faire une popularité à bon compte.

Le peuple n'a qu'une part de responsabilité très restreinte dans ces infamies. Il faut le dire bien haut, pour que personne ne soit étonné du châtiment effroyable prêt à tomber sur cette bourgeoisie républicaine et maçonnique qui, d'ici à quelques années, va être égorgée, étripée, brûlée vive par ceux qu'elle a déchaînés, par ceux qui étaient des hommes avant et dont elle s'est efforcée de faire des brutes.

On organise cela à prix d'argent, le plus simplement du monde, avec quelques meneurs, quelques habitués de cabarets qui racolent les habitants, distribuent les journaux juifs. Au bout de quelque temps le village est perdu. Le prêtre entend partout les couacs ou les vobiscum ironiques. Que voulez-vous qu'il fasse? S'avise-t-il, quand le sang populaire parle trop haut en lui, d'administrer une taloche à quelque ivrogne qui lui met le poing sous le nez? voilà La Lanterne qui s'empare de l'incident. L'évêque sans doute soutient son clergé, mais lui recommande d'éviter les affaires. Couverts par le Franc-Maçon qui leur ouvre un crédit chez tous les débitants d'alcool, les insulteurs sont toujours sûrs de l'impunité.

Qu'espérer contre un homme comme Gravier, pour citer un personnage que j'ai vu à l'œuvre, pendant les vacances, dans le Calvados? Il a 300 000 livres de rente; en bon démocrate qui s'indigne contre les Fermiers généraux de l'ancienne monarchie, il s'est fait octroyer une place de receveur général dans l'Aisne, qui lui rapporte 80 000 francs; il a épousé la fille du sous-gouverneur du Crédit foncier et ses moindres désirs sont des ordres dans tous les ministères; il dépense 100 000 francs pour une élection sans en être appauvri. Que peut faire un pauvre desservant à 900 francs contre ce tyran maçonnique. Quand les fainéants et les ivrognes d'un village sentent cette puissance derrière eux, ils s'en donnent à cœur joie de huer le prêtre sur toutes les routes.

Le prêtre rentre alors dans son presbytère et, quelque vive que soit sa foi, il a peine à s'arracher au découragement. En quoi peut-il exciter la haine? Il vit avec 900 francs; avec le casuel cela peut monter à 1 200 et, dans ces conditions, il faut avoir une domestique, suffire à mille frais, venir en aide aux pauvres. Tout le village le voit vivre ainsi. Quelque temps qu'il fasse, l'hiver, à travers la neige, en pleine nuit souvent, il répond au premier appel d'un malade. Pourquoi cette guerre sans trêve? Quel intérêt le gouvernement a-t-il à s'acharner sur lui? Il demeure ainsi attristé, hésitant, en proie au douloureux sentiment qu'on éprouve devant des faits qu'on ne comprend pas ....

Ces faits, le prêtre aujourd'hui les comprend mieux. Derrière le Franc-Maçon il aperçoit le Juif; il a la claire notion de cette persécution particulière, sans analogue dans l'histoire, et qui est dirigée par les manieurs d'or contre les pauvres, par les fils de Judas contre les serviteurs de Jésus-Christ.

C'est d'avoir bien mis ce point en lumière que nos prêtres m'ont su gré.

Rien n'est touchant, en effet, comme de voir la reconnaissance de ces cœurs si désintéressés, si droits et si bons pour ceux qui essayent de les défendre, pour ceux qui combattent, en dehors et un peu en tirailleurs, à côté de notre admirable presse religieuse.

Tous m'ont interrogé sur Cassagnac, sur Cornely, sur Rogat, ils m'ont demandé des détails sur eux, et je pensais qu'à coup sûr bien des soldats de la cause catholique, qui parfois sont peut-être tentés de douter de l'utilité de leurs efforts, seraient émus et réjouis s'ils savaient comme on parle d'eux au fond d'un jardin de curé.

Ces prêtres, fils de la terre, n'ont pas les timidités de beaucoup de conservateurs honteux. Ils aiment la force et pardonnent volontiers l'excès même dans certaines indignations généreuses. Ces mains loyales qu'on est heureux de presser sont des mains robustes, elles ne fondent pas sous votre étreinte comme des mains de Juifs accoutumées à caresser l'or. On devine sans peine que les pères de ceux qui dans l'ombre du sanctuaire élèvent le calice aujourd'hui et nous distribuent le Pain des Anges ont taillé la vigne jadis ou manié le manche de la charrue, sous le clair soleil de Dieu, pour nous donner le pain matériel et le vin qui tient chaud au Cœur.

 

Le résultat de mon livre, encore une fois, a été de mettre le Juif bien en évidence, de le faire sortir de son vague humanitarisme pour le montrer tel qu'il est : attisant le feu de la persécution de toute la vigueur de ses poumons, de tous les soufflets de ses journaux, la rallumant quand elle est prête à s'éteindre. Mon mérite a été d'interpeller directement ceux qui dirigent les événements actuels en faisant parfois semblant d'en gémir.

 

 

2. Emules catholiques et ecclésiastiques de Drumont [2]

 

Une presse catholique admirative

 

L'accueil fait par la presse catholique à La France juive et aux autres pamphlets de Drumont fut, en règle générale, très sympathique, voire chaleureux et enthousiaste.

Drumont fut toujours reconnaissant au P. Georges de Pascal d'avoir été le premier, dans La Croix du 16 avril 1886, à donner un compte rendu dithyrambique de La France juive ; en l'occurrence les assomptionnistes avaient prudemment laissé la place à un dominicain. Le 9 septembre suivant, ils laissèrent un de leurs nouveaux rédacteurs, l'amiral Gicquel des Touches, écrire que le pamphlet de Drumont restait « à la surface des choses ».

Le P. de Pascal devait renouveler ses éloges dans L'Univers du 13 mai et qualifier La France juive de «  maitre-livre » assené sur une « race de cosmopolites à l'intelligence rusée, à l'âme cupide, aux doigts crochus ». Quelques jours plus tôt, le 28 avril, Eugène Veuillot, directeur du même journal, tout en soulignant les « partis pris » de l'ouvrage de Drumont, avait écrit : « L'idée reste juste, car le danger contre lequel l'auteur veut nous mettre en garde, la conquête juive, existe incontestablement.» Et A. de Clayé, dans Le Monde du 2 avril 1886 : « Le fait est qu'on ne pouvait frapper plus fort ; La France juive, c'est un énorme coup de pied dans la fourmilière juive et maçonnique qui est en train de tout envahir. La besogne était urgente : Drumont l'exécute avec une furia bien française et l'on se sent soulagé, et il y a quelque chose de vraiment sain dans cette haine vigoureuse. » Oscar Havard renchérit dans Le Monde du 6 mai : « Voilà le sagittaire qui délivre nos consciences. Mystérieuse humilité d'un humble chrétien ! Qui pouvait s'attendre à une telle surprise ! »

La Revue du Monde catholique - dont Eugène Veuillot était aussi directeur - fit mieux. Elle s'ouvrit à Drumont pour qu'il y publiât (le 1er juin 1888) la préface de l'édition populaire de La France juive qu'il venait de mettre au point. Dans cette préface - peu connue -, le pamphlétaire y décrit la République d'une manière qui fait songer à la célèbre et atroce page que Robert Brasillach, durant la Seconde Guerre mondiale, consacrera à la même République, comparée par lui à une vieille prostituée. « Je l'avais peinte en rose, écrit Drumont, cette République franc-maçonne et juive qu'on m'accusait de calomnier; et quand elle apparut tout à coup aux yeux de tous telle qu'elle était, pourrie jusqu'aux moelles, putréfiée, gangrenée, une insupportable odeur de décomposition mortuaire se répandit sur le pays tout entier. » Une note liminaire du directeur de la Revue du Monde catholique portait :

« M. E. Drumont, dont La France juive a eu le légitime et prodigieux succès que l'on sait, a pensé qu'il serait utile que ce livre pût pénétrer dans les couches les plus profondes et fût connu de l'ouvrier et du paysan... Cette édition est précédée d'une préface nouvelle [...] où l'on rencontre la puissante ironie et l'éloquence indignée de l'auteur de La France juive. »

C'est que, en 1886, la même revue catholique avait consacré à La France juive un article enthousiaste, dû à Arsène Guérin, et qui eut l'honneur du tiré-à-part (Paris, Librairie de l'Oeuvre-de-Saint-Paul). Guérin avait écrit: « Il ne faut méconnaître ni dénier à M. Drumont le désir avoué de servir, le mérite d'avoir servi la cause du Christ. Mais il n'a cherché à gagner l'opinion publique au catholicisme qu'en montrant ce que sont nos persécuteurs, les juifs lâches et égoïstes. » Guérin maintient donc son antisémitisme sur un plan religieux - ce que prétendait éviter Drumont -, poursuivant un extraordinaire parallèle entre judaïsme et catholicisme : « Le juif prend, il veut tout pour soi, c'est l'égoïsme. Le catholicisme donne et se donne : c'est la charité. Partout où il sent la vie forte, riche, heureuse, le juif s'abat, comme un oiseau de mort, pour repaître sa rapacité ; et les peuples agonisent dans ses serres crochues et impitoyables, épuisés jusqu'à la moelle. »

L'organe des écoles libres, La France catholique, que dirigeait l'abbé Vanel, vicaire à Saint-Germain-des-Prés, dans son numéro du 13 mars 1890, félicita Drumont pour son livre La Dernière bataille : « L'œuvre est saine, comme l'homme est loyal ; s'y exprime un talent très délicat et très puissant ; sa conscience est plus honnête encore ; dans certaines pages on devine qu'il la trempe aux sources les plus pures d'un patriotisme sans calcul et d'une foi désintéressée. » La même revue, sous la même signature - Jean de Malifaux, pseudonyme d'un prêtre parisien -, parla aussi avec éloge du Testament d'un Antisémite, oeuvre d'un écrivain « sincèrement catholique qui se présente comme le champion de la religion et le défenseur des expulsés des écoles et des hôpitaux »…

Quand Drumont posa sa candidature à l'Académie française, en 1909, il fut porté par un chœur où l'on distingue la voix de L'Action française, celle de L'Autorité (Cassagnac), de La Croix, du Peuple français de Henri Bazire (Drumont... « polémiste admirable qui demeure avec L. Veuillot le maître du journalisme contemporain »), de La Dépêche de Lille. Dans ce dernier journal - catholique - le chanoine C. Lecigne, professeur à la « Catho » de Lille, comparait Drumont à Saint-Simon : « E. Drumont est un bon haïsseur ; good hater comme disent les Anglais. Il a ramassé sur les marches du Temple des lanières dont le maître se servit jadis et il s'en sert à son tour, et elles sifflent rudement au bout de sa main. »

 

Le concours de La Libre Parole (1895)

 

Le témoignage le plus probant que l'on ait de l'emprise de Drumont et de son antisémitisme systématique sur le monde catholique réside dans les résultats du grand concours que, à l'instar de l'Académie de Metz, La Libre Parole lança, en 1895, sur la question juive.

L'idée vint d'Algérie où sévissait un antisémitisme sans freins. Une feuille antisémite, L'Avenir de Biskra, considérant que Le Petit Journal avait parfaitement réussi ses concours de voitures automobiles et de pigeons voyageurs, proposa à La Libre Parole, le journal antisémite le plus répandu, d'agir de même et de mettre au concours l'étude suivante : « Des moyens pratiques d'arriver à l'anéantissement de la puissance juive en France, le danger juif étant considéré au point de vue de la race et non au point de vue religieux. » Le journal algérien proposait en outre qu'on délivrât au meilleur travail a une médaille d'honneur en or vierge, c'est-à-dire n'ayant jamais été touché par une main juive ».

Drumont accepta aussitôt et, dans La Libre Parole du 22 octobre 1895, ouvrit le concours dans les termes suggérés par L'Avenir de Biskra; deux médailles d'or (1 000 francs et 500 francs) et trois médailles de 100 francs récompenseraient les meilleurs travaux; le mémoire qui obtiendrait le n° 1 serait publié aux frais de La Libre Parole. Les manuscrits devaient être adressés au journal, 14, boulevard Montmartre, avant le 1er mars 1896. En fait, la date de remise fut reportée au 1er mai, puis au 1er juin.

Cent cinquante manuscrits parvinrent à Drumont. Celui-ci désigna un jury composé de dix-sept personnalités dont l'antisémitisme était bien établi. Notons la présence de : Maurice Barrès, le colonel comte Gaston de Brémond d'Ars, le vicomte d'Hugues, les députés Théodore Denis, de Pontbriand et de Montfort, Urbain Gohier du Soleil, Millevoye rédacteur en chef de La Patrie, Charles Vincent de La Gazette de France. Soucieux d'impartialité, Drumont avait adjoint à ces antisémites notoires un juif connu, Bernard Lazare, l'ami de Péguy, l'homme qui, plus tard, devait, en demandant la révision du procès Dreyfus, donner vie à « l'Affaire ». En fait, Lazare démissionna quelques jours après la première réunion du jury qui eut lieu le i o juin 1896: au cours de cette réunion, fut élu président l'ingénieur Ernest Rouyer.

Le jury retint vingt-sept manuscrits. Le 7 novembre, les résultats furent proclamés ; Rouyer en fit précéder la proclamation d'un rapport où, après avoir dénigré le fameux Mémoire sur les Juifs de l'abbé Grégoire (1787), il exaltait les vainqueurs du concours de La Libre Parole tout en regrettant qu'un petit nombre seulement eussent laissé entrevoir et eussent démontré la liaison intime entre juiverie et franc-maçonnerie : « Si la question juive a son Drumont, avouait Rouyer, la question maçonnique attend le sien. »

Vingt auteurs de manuscrits furent récompensés. En fait, dix (dont deux anonymes) dominèrent le lot : Jacquet (devise : Pro Deo ac Patria) et Tilloy (Cum interim usque sceleratissima) qui se partagèrent le premier prix (500 francs chacun) ; Massart (Aide-toi, le ciel t'aidera) et Vial (Servetur Judaeis vita) qui se partagèrent le second prix (250 francs chacun) ; Adrien Duval (Non habent futurorum) et Paul Lapeyre (Tous les gouvernements chrétiens) : médailles d'or de cent francs ; Puig (Toujours et sous tous les rapports) et Alauzet (Soumis avec respect...) : médailles de vermeil.

Aucun de ces auteurs n'avait indiqué ses titres et qualités. Or, des recoupements divers m'ont permis de constater que, parmi les huit auteurs désignés (les deux anonymes n'ayant jamais été découverts), quatre, au moins, étaient des prêtres : Jacquet et Tilloy - les deux premiers prix -, Vial et Puig. Parmi les quatre autres, Paul Lapeyre était un économiste catholique très connu. Les manuscrits des quatre prêtres furent imprimés et édités.

 

Les deux premiers prix : deux prêtres

 

L'abbé A.-J. Jacquet collaborait au Bordeaux-Journal et à l'Union nationale de Bordeaux. Son mémoire sur L'Anéantissement de la Puissance juive parut, en 1897 [3], à la Nouvelle Librairie Nationale, d'obédience nationaliste. C'est un livre de quatre cents pages, sans véritable originalité sauf dans la partie politique, l'auteur préconisant, à la manière de Déroulède, une république plébiscitaire : celle-ci serait d'ailleurs antisémite. En ce qui concerne les mesures à prendre pour débarrasser la France de la puissance juive, Jacquet préconisait : la suppression du décret « libérateur » de 1791, la proclamation du caractère insaisissable de la propriété, la création d'une ligue antisémite internationale, la formation d'une barrière morale entre les juifs et les chrétiens, bref : la démarche inverse de l'effort oecuménique actuel. D'une manière très paterne, l'abbé Jacquet rappelait aux juifs, en terminant, que leurs meilleurs amis étaient les antisémites : ceux-ci, en les enfermant dans un nouveau ghetto, renouvelleraient, à leur égard, le geste protecteur de l'ancienne Eglise.

Mgr Anselme Tilloy, protonotaire apostolique, était né à Berzieux, dans la Marne, en 1824. Docteur en théologie, membre correspondant et lauréat de l'Académie de Mâcon et de la Société académique de Chalons, il avait été longtemps aumônier du collège Rollin et chapelain de Sainte-Geneviève. En 1896, il vivait retiré à Montmirail. Son travail, qu'il avait intitulé Le Péril judéo-maçonnique, - le mal, le remède fut publié en 1897 par la Librairie antisémite, alors installée dans les locaux de La Libre Parole (elle allait bientôt s'établir au 45 de la rue Vivienne). Le jury du concours avait surtout apprécié chez Tilloy l'art de la présentation et le style, ce qui était naturel chez un prélat lettré ; il se montra assez large quant au fond, sachant Mgr Tilloy - qui avait soixante-douze ans - de faible santé.

La première partie, « le Mal », ne comporte aucune idée originale : « la psychologie du juif » s'appuie sur une citation de Renan (Histoire des Peuples sémitiques) détachée de son contexte ; « la conscience juive » n'est qu'une étude superficielle du Talmud; « les instruments de conquête » du juif sont : la franc-maçonnerie et l'Alliance israélite universelle, ce qu'on savait déjà. Une fois de plus, on est déconcerté par l'ignorance et la servilité intellectuelle de cette espèce de théologiens catholiques. Les remèdes proposés par Mgr Tilloy ? D'emblée, après Théodore Denis, il écarte « le faux remède » de la fusion de « la race juive dans la race française au moyen du droit commun » , remède que Naquet avait préconisé à la tribune de la Chambre des députés. Des mesures prohibitives à la manière de l'Ancien Régime lui semblaient devoir constituer le seul remède possible. Une Ligue nationale antijudéo-maçonnique pourrait seule veiller à l'application stricte de ces mesures dont la principale consisterait à mettre les juifs en quarantaine, « à rompre toute relation mondaine, financière, industrielle, commerciale et politique avec le juif ; déserter ses salons, ses banques et ses bazars ».

Mgr Tilloy se désespérait parce que « les juifs du boulevard sont, pour la noblesse et la bourgeoisie du Paris mondain, les fournisseurs, les tailleurs et les costumiers préférés, tandis que le fournisseur, le costumier et le tailleur chrétien, quoique aussi habile, et surtout plus honnête, aussi recommandable, mais moins recommandé, est généralement délaissé ». Calamité suprême ! Evêques et prêtres se fournissaient en vêtements ecclésiastiques et même en vases sacrés dans les grands magasins juifs ! « Dans chaque ville de province, il y a un Jérémie, un Lévy; un Beer ou un Salomon quelconque qui vend aux petits goyim le brassard ou le voile et même tout l'habillement dont ils seront parés quand ils s'approcheront de la sainte Table ! » Et Tilloy de citer en exemple les commerçants lillois, les « chrétiens » bien sûr, qui venaient de lancer un appel au boycottage des commerçants juifs de la ville.

 

Encore deux prêtres

 

L'abbé Louis Vial, l'un des « seconds prix », résidait 5, rue d'Argout à Paris. Son travail met davantage l'accent sur l'essence religieuse de la question ; il n'en considère pas moins avec pessimisme l'écrasante omnipotence juive. Quant aux remèdes, ils se ramènent, selon lui, à deux principaux : suppression du décret Crémieux, établissement d'un numerus clausus dans tous les domaines où les juifs semblaient être trop nombreux: enseignement, administration, armée. Il s'agit, pour l'abbé Vial, de sauvegarder « la France agricole, coloniale, forestière, minérale ( !), administrative, etc. » Et le pieux abbé de conclure sur un adage et une invocation. L'adage : Seruetur judaeis vita, auferatur eis pecunia. - L'invocation: Adveniat regnum tuum. Comme dirait, en français, la Civiltà cattolica : « Après cela, on peut tirer l'échelle ! »

La critique catholique fut très favorable au factum de Vial. La Croix du 11 novembre 1897 félicita « chaudement » son « collaborateur ». Le fougueux abbé Fourié, de La Croix de Montpellier (1er mars 1897), souhaita que « Mob ou Lemot mettent en caricature la première partie » du mémoire de l'abbé Vial : « Tout le monde pourrait s'en servir efficacement au cours de conférences antijuives. » Ce conseil fut suivi, à la lettre, par le député nationaliste Millevoye, qui l'avoua dans La Patrie du 31 octobre 1898. L'abbé Vial reçut les félicitations d'Anatole de Fontgalland, président de la Société des Apiculteurs de France : « Votre travail, lui écrivit-il, démontre l'ingéniosité et la ténacité du juif. » La Civiltà cattolica, en date du 5 février 1898, nota : « Parmi les plus récents écrits parus contre l'insupportable arrogance du juif, celui-ci mérite d'être étudié. C'est un travail démonstratif et rigoureux au suprême degré. »

L'abbé Baruteil-Puig, dit Puig [4], dont le mémoire : Solution de la question juive. La race de vipères et le rameau d'olivier fut publié chez Delhomme-Briguet en 1897, a certainement apporté à la rédaction de son pamphlet la fougue d'un Méridional; dans les 372 pages de La Race de vipères traîne une odeur soufrée d'Inquisition. De tous les mémoires du concours de La Libre Parole, c'est le plus violent et donc le plus injuste.

Selon Puig, dès avant Jésus-Christ, le juif était « un être abominable, enclin à la révolte, d'instincts cupides et charnels, d'un rare égoïsme, orgueilleux et obstiné, sans entrailles, dur et sanguinaire pour tout ce qui n'est pas juif, et avec cela lâche et hypocrite ». Mais « les juifs d'avant Jésus-Christ, comparés à ceux qui sont venus après, n'étaient que des petits saint Jean et des prix de vertu à côté du Cartouche, mais du Cartouche décoré, anobli, qui voit à ses pieds et les peuples et les rois ».

Ce prêtre n'hésite pas à tomber dans la plus basse littérature; voici comment il voit les juifs: « Nez proéminent et parfois énorme, leur lèvre inférieure saillante et charnue, leurs yeux enflés pleins de convoitise, voilés d'hypocrisie, malades de haine, fatigués de cupidité [ ...], type unique sur lequel, selon ses différents jeux, perce et se fixe le rictus des passions bestiales, du mépris impitoyable et de la férocité de l'être de proie rebelle à tout apprivoisement. »

Après avoir, selon un processus bien connu, distingué le juif du Midi, « dont le genre de beauté n'inspire cependant pas la sympathie », l'abbé Puig présente le juif du Nord, « pou visqueux et gluant vivant dans l'inertie aux dépens du corps humain ». Dans ce domaine, l'abbé Puig est intarissable, quasiment épique. Voici quelques-uns de ces traits les plus faibles : « Dans le passé, le juif a été la harpie kabbalistique couvant, sous ses ailes souillées de boue et de sang, de nouveaux siècles d'infamie. [...] Le juif de France, c'est le cambrioleur à ciel ouvert, l'escamoteur aux trucs éventés : depuis le petit épargniste jusqu'au duc et au prince, tous sont à ses pieds. Tout le monde sait que le juif est galeux. Dieu a couvert les juifs de gale, d'ulcères et de maux caractéristiques par lesquels ils sont convaincus que de s'oindre du sang d'un chrétien est un remède efficace [accusation de crime rituel]. » Et l'auteur de La Race de vipères de se faire l'écho de l'absurde ragot que voici : « Il est d'usage que, le soir d'un mariage israélite, après le jeûne sévère des futurs conjoints, le rabbin présente à chacun d'eux un neuf cuit. Dans cet oeuf, au lieu de sel, il a mis de la cendre d'une toile brûlée, et cette toile a été trempée dans le sang d'un chrétien tombé sous le couteau [accusation de crime rituel]. Tandis que les mariés mangent « l'oeuf de sang », le rabbin récite quelques versets dont l'efficacité est de leur donner la vertu de tromper les chrétiens, en s'engraissant de leur substance. »

Le juif, pour Puig, est l'ennemi naturel de la famille. Le père du divorce n'est-il pas Naquet, ce « marchand d'orviétan », ce « juif biscornu, moitié proboscidien, moitié dromadaire ». Ecoutez ce dialogue de fiancés juifs: « Oh ! ma bédite Répega, fulez-fus que nus nus aimions bur guelgues années, bur guelgues mois, bur guelgues churs beut-être ? - Fui, mon tous Abraham... » Il y a des dizaines de pages de cette couleur. Bien entendu, à « la Race de vipères » Puig oppose la barrière de lois restrictives : abolition de la loi de 1791 et du décret Crémieux, exclusion des juifs de l'enseignement, de la magistrature, de l'administration, de l'armée. Ces mesures constituent ce que le prêtre appelle - sans rire - « le rameau d'olivier » : « Qu'Israël ne le foule pas aux pieds, car, dans ce cas, il ne nous resterait plus, pour notre légitime défense, que le glaive de la loi, puis l'expulsion. »

Ce pamphlet -- que le jury du concours trouva mal composé laisse loin derrière lui Drumont lui-même, ce Drumont à qui Puig, dithyrambique, écrivait : « Vous avez endigué le torrent dévastateur; vous finirez, avec le concours des Français de France, par le tarir. »

Parmi les autres mémoires qui furent primés par La Libre Parole, la presse catholique retint encore celui de Paul Lapeyre (1847-1900), l'un des précurseurs du catholicisme social, qui fut durant neuf ans le secrétaire particulier de Louis Veuillot. Le mémoire de Joseph Franck, de Poitiers, fut retenu parce que, si l'auteur « divaguait un peu », (il réclamait l'expulsion de tous les juifs en Judée !), son travail fournissait la matière d'une « excellente brochure de propagande antisémitique ». En effet, il fut publié en 1898, chez Bloud sous le titre: Juste Solution de la Question juive. Le P. Boué, dans les Etudes (20 janvier 1899), trouva que c'était là « l'œuvre d'un vrai Français ».

Deux ans auparavant, le même chroniqueur de la revue des jésuites, rendant compte des mémoires imprimés des abbés Puig et Vial, avait noté: « Si quelqu'un doutait encore de l'influence de Drumont sur notre temps il pourrait compter les livres que La France juive a fait éclore. Tous ceux qui se réclament de Drumont et l'imitent tant bien que mal ne valent pas cet initiateur puissant : c'est un penseur en même temps qu'un artiste. Il lui faut bien des échos pour que sa voix roule et grandisse ; plus il y en aura, plus elle sera retentissante. »

Incontestablement, de son vivant, et notamment entre 1890 et 1900, Edouard Drumont eut de nombreux imitateurs ou, si l'on veut, des disciples, des gens qui, se reconnaissant redevables de sa « doctrine », se firent préfacer par lui ou consacrèrent leur avant-propos à le couvrir d'éloges. Alexandre Weill, dans la personne de Drumont, avait stigmatisé « tous les petits qu'il engendre par centaines ».

 

A l'école de Drumont

 

Des disciples fervents et aveugles

 

La production issue de l'école de Drumont a comme caractère général un défaut quasi total d'originalité. Elle mérite cependant une étude rapide, car elle permet d'éclairer tout un pan, jusqu'ici resté obscur, de l'antisémitisme catholique.

Edouard Drumont a préfacé vingt-sept ouvrages qui, directement ou indirectement, se rapportent à la question juive. Je ne m'arrêterai qu'aux plus retentissants. Jean Brisecou publia, en 1887, à Autun, La Grande Conjuration organisée pour la ruine de la France. Roger Lamilot édita La Fille de la France juive ou l'école sans Dieu, poème populaire (Perpignan, 1887), dédié à Edouard Drumont. Voici quelques vers caractéristiques de cette pièce

 

Salut, fier chevalier de catholique race

Ame en qui le génie est égal à l'audace !

Le poète chante et ton nom qu'il redit

Fait tressaillir le cœur du peuple qui te lit.

Drumont ! ce nom, sans fin, est cher à sa mémoire.

Jouis, illustre auteur, jouis de ta victoire,

Décourage l'envie à force de valeur,

Montre la vérité dans toute sa splendeur,

Et vois pour nous la main vengeresse du crime

Qui désigne à la mort le juif qui nous opprime.

... Permets que je vienne, à ton exemple, lutteur !

Donner un coup d'épée au monstre déicide...

 

En 1887 encore, l'éditeur Gautier publia un ouvrage d'un disciple de La Tour du Pin, le P. Georges de Pascal, qui fut l'un des premiers laudateurs de La France juive. La Juiverie, du P. de Pascal, est précédée d'une lettre-préface de Drumont : « Représentant d'une vieille race, [...] vous faites double besogne avec votre Juiverie: vous faites oeuvre d'exorciste et oeuvre de médecin social. Vous rendez la pleine possession d'eux-mêmes, avec un peu d'eau bénite, aux possédés et aux suggestionnés auxquels les juifs ont enlevé toute liberté de penser... La sinistre caravane se remettra en marche en suivant les cigognes et marchant dans les ronces pour regagner la Palestine ou l'Egypte. » [cf. la caricature de La Croix, dans l'ouvrage de Sorlin] De son côté, le P. de Pascal écrivait dans son avant-propos: « La France juive a été une révélation, un éclair qui montre le précipice. Je veux populariser, vulgariser ce grave enseignement. » Se considérant - comme la France - en état de légitime défense, il s'écrie : « Arrière le juif ! » mais non - car il est chrétien - : « Sus au juif ! » En fait le factum de ce sociologue catholique n'est qu'une resucée de l'œuvre de Drumont et de ses prédécesseurs.

Drumont préfaça les oeuvres de ses plus proches collaborateurs : Raphaël Viau auteur de Ces bons juifs ! (Perret, 1898) ; Jean Drault et sa Lettre pour le refus de l'impôt (Dijon, 1902) ; Jacques de Biez et deux de ses ouvrages: La France ne peut pas être leur terre promise (1886) et Les Rothschild et le Péril juif (1891) ; Le Petit Catéchisme antijuif de Boisandré, édité en 1906 par la Librairie antisémite, et qui, en 1900, en était à son quarantième mille.

A l'objection courante : « Pourquoi vous acharnez-vous sur les seuls juifs et jamais sur les capitalistes catholiques ? » Boisandré répond d'une manière qu'il croit décisive: « Nous ne faisons aucune différence entre le « juif » et le « judaïsant », c'est-à-dire le brasseur d'affaires qui se comporte comme les juifs. Mais nous nous attaquons de préférence aux juifs : est-ce notre faute si les juifs possèdent de 80 à 100 milliards, alors que la fortune de la France est évaluée à 260 milliards, les Rothschild à eux seuls possédant 10 milliards ? » On composerait une curieuse plaquette avec les estimations faites par les « chrétiens » au sujet de la fortune des juifs et plus particulièrement de la fortune des Rothschild.

Drumont adressa aussi une lettre très élogieuse à un certain abbé Martinez, docteur en théologie, dont je sais seulement qu'il publia chez Savine, en 1890, Le Juif voilà l'ennemi qui eut une élogieuse recension dans la Revue catholique des Institutions et du Droit, sous la plume d'Albert Desplagnes, chevalier de l'ordre de Pie IX

« Voilà le vrai manuel du ligueur catholique », écrivait Desplagnes, qui loua Martinez d'avoir proposé l'expulsion des juifs. Drumont y vit un « arsenal pour tous ceux que préoccupe la question juive » ; il admira dans ce morne pamphlet « une puissance de dialectique, une sûreté de doctrine que ne saurait avoir un laïque... » ; il recommandait le livre de Martinez à ceux qui craignaient de s'égarer dans les voies compliquées du « modernisme antisémitique ».

 

Toujours des prêtres.

 

Une place à part doit être faite à l'abbé Henri Desportes, que nous retrouverons plusieurs fois, car ce prêtre normand devenu nordiste manifesta un antisémitisme féroce: Drumont avait défendu son « petit curé » lorsque Desportes avait été blâmé par son archevêque et privé de son traitement par l'israélite Hendlé, préfet de la Seine-Inférieure. Le prêtre avait violemment attaqué le gouvernement « juif » de Brisson et publié deux pamphlets antisémites, que préfaça Drumont : Le Mystère du sang chez les juifs de tous les temps (Savine, 1889), Tué par les juifs (Savine, 1890), et un roman à clé, inepte et cruel, sur lequel je reviendrai : Le Juif franc-maçon, roman contemporain (Delhomme et Briguet, 1890).

Autre admirateur et disciple de Drumont: l'abbé Paul Barbier, du diocèse d'Orléans, qui publia chez Lethielleux, en 1908, dans la collection « Les études contemporaines », un ouvrage intitulé : Les Propagateurs de l'irréligion, les juifs. Barbier salue en Drumont le sauveur de la Chrétienté et de la France, celui qui a fait front à « l'invasion des sauterelles sémitiques. (...) Un homme s'est levé à la fin du XIXe siècle, dont le patriotisme éclairé a vu enfin où gît le grand péril de notre société agonisante. Ecrivain de race, batailleur d'instinct, puissant évocateur d'idées, il a pris sa bonne plume acérée et solide comme un glaive avec ce cri, l'un des plus beaux qui soient sortis de l'âme française : « La France aux Français ! » Il s'est jeté à corps perdu sur le juif, il l'a poursuivi, secoué, dépouillé, mis à nu, et, dans ce nomade sans patrie, il a montré le chancre monstrueux de notre état social. [...] Depuis Drumont l'antisémitisme a pris conscience de lui-même comme un photographe qui révèle une plaque sensible ».

L'abbé Barbier, étant enfant (il était né près de Pithiviers en 1858), avait remarqué « l'hostilité dont les officiers prussiens - en 1870 - poursuivaient leurs camarades israélites ». Ils se refusaient à loger dans les mêmes maisons qu'eux : « ils leur rendaient leur salut avec une raideur qui disait clairement la sympathie absente. En pleine victoire, l'officier juif restait un isolé. » L'ostracisme (j'allais dire le racisme), ainsi étalé par les Allemands, ce prêtre beauceron (ô Péguy !) le trouvait « normal ». D'abord, que faire contre « la répulsion instinctive » que les « chrétiens » éprouvent en face de « ces hommes au masque aigu, au nez crochu, aux membres déliés, aux os fluets, aux profonds yeux noirs où brûle encore la flamme du soleil oriental ». Et puis, il faut compter avec l'âme juive, la « cupidité sans mesure », adoratrice du veau d'or, la bassesse qui se transforme en arrogance, l'irréligion envahissante !

On pourrait encore parler du livre de Victorien Vidal (Lahure, 1879), L'Argent, voilà l'ennemi, que Drumont appréciait beaucoup ; de L'Expulsion des juifs (Pierre, 1897) d'Ernest Renault, qui proposait qu'on s'emparât des 50 milliards détenus par les juifs en France; à quoi le P. Henri Chérot, S. J., dans les Etudes, rétorqua qu'on pouvait trouver une solution plus chrétienne en attribuant aux juifs les impôts qu'on faisait payer aux couvents.


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[1] Ed. Drumont, La France Juive devant l'opinion, Paris, 1886, pp. 7-11.

[2] In Pierre Pierrard, Juifs et Catholiques français. D'Edouard Drumont à Jacob Kaplan. 1886-1994, Cerf, 1997 (1ère édition, sous-titrée De Drumont à Jules Isaac (1886-1945), Arthème Fayard, Paris, 1970). Cité ici d'après l'édition de 1997, pp. 61-74.

[3] En 1898, l'abbé Jacquet fit paraître : L'Antisémitisme et les Vieux Partis.

[4] Le Lorenz dit que Puig est un médecin; or l'exemplaire du mémoire qui se trouve à la bibliothèque de l'Institut catholique porte un envoi à Albert de Lapparent, avec « l'humble hommage de l'auteur, l'abbé Baruteil-Puig, 32, rue Réaumur ».