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Antisémitisme
Antisémitisme chrétien

Les juifs vus par la presse cléricale et les intellectuels catholiques entre 1880 et 1938
27/01/2012


[Cet article, comme beaucoup d'autres mis sur ce site depuis le début de l'année 2012, fait partie des très nombreux textes que, pour des raisons diverses, je n'ai pas eu l'occasion de mettre en ligne. On ne s'étonnera donc pas de leur ancienneté plus ou moins grande, voire de leur non-actualité. Le but est de les sauvegarder et de les mettre à la disposition de tous. (Menahem Macina).]

 

 

1. Le traitement des juifs dans La Croix et le Pèlerin  


«Nous croyons que la question est toute religieuse, car le mystère de la conservation de la race juive persécutée au milieu du monde est un phénomène religieux. Quel peuple dispersé pendant des siècles au milieu des autres peuples a-t-il pu se maintenir et conserver son hégémonie pour agir ensemble au-dessus des frontières diverses?… La question du Christ et du peuple déicide domine de très haut toute cette affaire.»

«Nous semblons parfois avoir, en ce journal, la haine des Juifs, et cependant nous n'avons de haine que pour le crime qu'ils perpétuent à travers les siècles, le déicide

 « [Les Juifs] …déchristianisent et pillent le pays… tout ce qui touche l'Eglise lui fait horreur et si un Etat conserve ce germe de liberté, l'Eglise de Dieu, il recule et dirige toute sa haine contre cette puissance. »

Qu'ils aient été ou non préservés, les Juifs n'en ont pas moins manifesté, dès le début, une grande hostilité à l'Eglise. Les opinions de la rue François-1er sont extrêmement constantes sur ce point. On peut simplement noter une plus grande insistance à partir de 1890. Le grief est d'abord formulé brièvement : « Le Juif est l'ennemi du Messie et de ses disciples. » Il se précise en 1884, lorsque le journal met en lumière la collusion des Juifs et des francs-maçons : « Il existe dans le monde juif une science complète pour arriver à ruiner le peuple chrétien. » Après 1889, le thème est sans cesse repris : « Le crucifix est un objet d'horreur aux Juifs » ; « Les Juifs assouvissent leur haine vigoureuse contre l'Eglise... » ; ils «déchristianisent et pillent le pays» ; « Il n'y a qu'une chose dont le Juif ne puisse pas dire : ‘ J'en serai le maître.' C'est l'Eglise. Aussi, tout ce qui touche l'Eglise lui fait horreur et si un Etat conserve ce germe de liberté, l'Eglise de Dieu, il recule et dirige toute sa haine contre cette puissance » ; ils sont « les organisateurs de la persécution contre les catholiques », poursuivent « leur lutte habile et haineuse contre la civilisation chrétienne », espèrent « détruire la société chrétienne ».

«Le nom de Juifs soulève au fond des cœurs une horreur instinctive[Ils inspirent] le mépris et le dégoût […] le baptisé, qui ne doit point persécuter le Juif, doit éprouver et éprouve au fond un sentiment de répulsion pour le peuple déicide

 «Il a été dit que la malédiction resterait toujours sur ce peuple… [Le judaïsme est une] religion mauditeLe peuple juif est déchu depuis le jour du déicide et de la malédiction… On doit certes beaucoup de charité aux Juifs, et les papes en ont donné l'exemple, mais les admettre dans la société chrétienne, c'est déclarer que le déicide dont ils portent la malédiction perpétuelle ne touche plus notre génération… Oui, ils sont maudits si nous sommes chrétiens. Dès lors ne doivent-ils point au moins participer à l'horreur que cause dans la nature le serpent maudit? On chante la colombe, on n'a jamais de poésie pour un nid de reptiles, fussent-ils innocents. Tous les serpents qui rampent, cependant, ne sont pas venimeux, mais à tous on applique invinciblement la malédiction… On sera obligé de reconnaître qu'aucune société ne peut vivre avec cet élément destructeur : les maudits

  «À partir de ce moment, le peuple déicide, se prosternant devant le Talmud et la Kabbale, rendit un culte officiel, bien que secret, à celui que Jésus appelle “le Prince de ce monde”… Dès lors, les Juifs se constituèrent en société secrète gouvernée par un chef occulte, société des Fils de la Veuve. La Veuve, c'est Jérusalem privée de son Temple. Les Fils de la Veuve, ce sont les Juifs dispersés dans le monde, mais se reconnaissant aux signes kabbalistiques et volant, dès le premier appel, au secours les uns des autres. Le but de cette société est de détruire le royaume de Jésus-Christ.»

 

«Les Juifs restent une race distincte et maudite; nul ne leur conteste leur génie mercantile; il faut leur reconnaître aussi leur esprit de ruse, leur absence de conscience, leur haine des chrétiens[1]

Les Israélites actuels, loin de mépriser l'argent et de se dévouer, accaparent tant qu'ils peuvent toutes les richesses et toutes les influences pour aider à l'extermination des disciples de Celui qu'ils ont crucifié.

« Nous appelons Juifs les renégats, et ceux qui sont satellites des banques juives » ; « tout capital qui produit sans se préoccuper des travailleurs sent le capital juif », précise le P. Bailly.

La Croix, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres partage les idées et les phobies de son temps est persuadée que les juifs constituent un  péril pour les nations non juives. Selon les Assomptionnistes, les Israélites sont à la fois incapables de se réunir et inaptes à se fondre dans une communauté nationale constituée ; ils compensent cette double faiblesse en essayant de conquérir les premières places partout où ils se trouvent ; ils risquent ainsi d'altérer les qualités spécifiques, la personnalité de chaque pays. Toutes les nations de l'Europe sont exposées à l'agression de ces individus sans traditions que guident la soif de l'or et la haine du christianisme. Le judaïsme est une maladie redoutable pour un organisme sain, mais les dangereux microbes juifs sont incapables de former un corps complet.

La France est menacée par Israël ; elle est tombée aux mains d'Israël ; Israël tient les rênes du pouvoir ; Israël vole le pays ; Israël est cosmopolite  »

Un pays où habitent des Juifs recèle dans son sein une nation adverse : il a bien le droit de se défendre. La menace vise tous les Etats chrétiens, « la nation déicide » constitue un « danger perpétuel pour le Monde », puisque ses entreprises ne s'arrêtent jamais. Les peuples chrétiens doivent s'unir afin de leur résister.

Pendant le conflit de 1870-1871, les Juifs ont montré ce dont ils étaient capables. Le désastre est devenu pour eux une source de profit. Les Juifs pauvres ont suivi l'armée en déroute afin de piller les cadavres ; les riches ont amené Bismarck a exiger une énorme rançon, puis ils se sont chargés de récolter les fonds, ce qui leur a laissé un immense bénéfice.

« On sait que la tribu des Rothschild s'est partagé l'Europe entière... Après avoir dupé les gens individuellement, ils ont résolu, pour couronner leur oeuvre et parachever le plan talmudique, de se rendre maîtres de nations entières. »

« En dépit des malheurs qui ont frappé leur race, les Juifs, dispersés sur tous les points du globe, n'ont pas renoncé à l'espérance du triomphe temporel qu'éveillait en eux la promesse d'un Sauveur. Impuissants à se reconstituer en peuple homogène et indépendant, ils n'en aspirent pas moins à la domination universelle. »

L'existence d'un complot juif est affirmée dès les débuts du journal. Elle se trouve confirmée par la découverte d'un document accablant. Au cours de ses recherches sur les Juifs, Gicquel des Touches trouve, dans une petite revue catholique, Le Contemporain, un article intitulé « Compte rendu des événements politico-historiques survenus dans les dix dernières années » ; l'auteur, Sir John Readcliff, reproduit le discours prononcé par « un grand rabbin » au cours d'une réunion secrète tenue par les principales instances juives ; les déclarations du rabbin sont terrifiantes ; la main du Juif apparaît derrière toutes les crises et toutes les guerres récentes. L'amiral est ébloui ; l'énormité des aveux, leur cynisme, ne l'inquiètent pas ; le fait que ce texte ait déjà été publié lui paraît une garantie suffisante : un imprimé ne peut être un faux. Dans sa campagne antisémite de 1816, il reproduit à peu près intégralement l'étude du Contemporain. Le démenti publié par L'Univers israélite, laisse les Assomptionnistes sceptiques : le style du discours, répondent-ils, est parfaitement talmudique, donc il ne s'agit pas d'une supercherie ; de son propre aveu, le peuple juif entend conquérir les principaux postes administratifs et économiques, accaparer les richesses mondiales, renverser l'Eglise et assurer son empire souverain.

Le peuple juif a pour armes principales la fraude et la tromperie. Il les utilise avec une évidente prédilection : le Talmud l'a d'avance justifié et la malhonnêteté lui plaît. L'Israélite est, par essence, un voleur ; l'escroquerie constitue chez lui « un instinct de la race ». Dès l'enfance, il vit avec l'idée que le manque de loyauté est payant. Il conçoit des ruses invraisemblables pour réaliser de misérables profits ; l'argent lui plaît moins que le mensonge dans lequel il aime à vivre. Les principes élémentaires sont faussés chez lui, il n'a pas de notion de vrai, pas de conscience professionnelle. Méprisant l'honneur et la vie des non-Juifs, il ne pense qu'à les abuser. « Le jeu et les tripotages honteux » sont les sources de sa fortune. « Il n'est d'hypocrisie que le Juif n'accepte pour soutirer l'or chrétien. » Ses détestables aptitudes le servent particulièrement dans son effort pour conquérir la planète ; bien avant l'Affaire Dreyfus, la Bonne Presse assure que « le Juif cherche des consciences à vendre pour arriver à ses fins ».

Israël a d'abord utilisé la corruption pour s'emparer des postes clés : « Tenir la presse par la direction, tenir les administrations, l'enseignement public, par de nombreux fonctionnaires, c'est une conquête sûre du pays. » La France a vu envahir « ses chaires d'enseignements, ses tribunaux, ses armées ». « Nos chambres, nos tribunaux, nos corporations scientifiques regorgent de Juifs. La judaïsation de l'armée la préoccupe surtout depuis 1891.

« Les Juifs savent domestiquer l'opinion publique et confisquer la pensée d'un peuple... Puissants, trop puissants déjà par l'argent, ils veulent monopoliser la presse, afin de mieux agir sur l'opinion » « En Italie, les principaux journaux qui nous insultent sont entre les mains des Juifs ou de leurs adeptes. En Autriche, la presse est juive... A Berlin, quatorze journaux juifs sèment la discorde entre les puissances chrétiennes » ; en France, « notre presse nationale est presque tout entière entre les mains de la juiverie cosmopolite et anti-française » ; « il n'y a presque pas un journal qui n'ait un Juif dans sa direction » ; on en trouve comme « directeurs et rédacteurs des journaux boulevardiers, opportunistes, radicaux ou boulangistes ».

Les Juifs espionnent, corrompent, pillent, accaparent les quotidiens et les revues avec la seule intention de démoraliser la France. Ils savent qu'une nation chrétienne, dévouée à l'Eglise, respectueuse de la hiérarchie naturelle et des valeurs familiales, leur résistera victorieusement et ils s'appliquent à détruire ces vieilles traditions"'. Les Français, autrefois sobres, ne songent maintenant qu'à l'argent : « C'est le Juif, adorateur du veau d'or, qui a rendu cette soif si générale. » Les Israélites ont lancé « les maux sataniques... le divorce, les lycées de filles, le marxisme, la franc-maçonnerie, l'enjuivement de la presse"' » ; ils ont entièrement défiguré la fille aînée de l'Eglise : « On dirait qu'une horde de sauvages s'est ruée sur notre pays. »

« Les Juifs, depuis cent ans, judaïsent la France. Ce sont eux qui ont judaïsé nos lois de famille chrétiennes en nous imposant le mariage purement civil d'abord et sa conséquence inévitable : le divorce. Ce sont eux qui ont judaïsé nos moeurs en substituant partout à la valeur de l'homme la valeur de l'argent, si bien qu'aujourd'hui nul ne vaut que par ses sacs d'écus, ses liasses de papiers de banque. Ce sont eux qui ont judaïsé nos moeurs financières en créant les Panamas et chemins de fer du Sud, et nos moeurs politiques en créant les chèques de députés. Ce sont eux qui, par les lois de persécution qu'ils inspirent, renouvellent contre nous les guerres de religion. »

En même temps que leurs raisons de vivre, le Juif enlève aux chrétiens leurs moyens d'existence ; il les ruine pour les affaiblir. II asservit les campagnes par l'usure et l'accaparement des terres ; il monopolise les ressources industrielles et les usines. Surtout, il a la fortune mobilière à son entière disposition : « Le Juif est destiné à l'or comme la mer à recevoir les rivières » ; là où il passe, « on voit l'or et l'argent accourir vers lui comme le fer à l'aimant » ; « Satan possède l'or, les Juifs possèdent l'or ».

« Les Juifs sont dans tous les conseils de chemins de fer. Ils sont à la tête des lignes transatlantiques » : cette vérité se suffit à elle-même; aucune preuve ne semble nécessaire. L'évidence est là, mais, à ceux qui voudraient un supplément d'information, La Croix rappelle que le secret est bien gardé : « La fortune juive est cosmopolite, fugitive, repose à volonté sur la maison de la banque à Londres, à Francfort, à Vienne, à Naples ou à Paris..., nul ne peut vérifier si les titres sont à tel ou tel compte. » Il y a d'ailleurs l'exemple de Rothschild, si visible qu'Israël ne parvient pas à le cacher. Il y a également les scandales que la Providence a bien voulu faire éclater : à l'effondrement du Comptoir des métaux et du Comptoir d'Escompte, immédiatement attribués aux Juifs, la Bonne Presse ajoute l'Union générale et le Panama dont elle n'a d'abord pas su comment interpréter la déconfiture, mais qui, à la fin du siècle, font figures de victimes d'Israël. Avec de telles présomptions, aucun doute n'est concevable : la fortune du pays est passée aux mains de la synagogue : « La France doit trente-deux milliards. C'est environ ce que possèdent aujourd'hui les Juifs... Nous avons creusé un fossé profond de trente-deux milliards et ils ont élevé une montagne de trente-deux milliards. »

 

La croyance au “meurtre rituel” est constante dans les publications de la Bonne Presse. La publication d'ouvrages “scientifiques” sur le sujet confirme les rédacteurs dans leur sentiment; mais surtout le fait que l'Église ait “mis sur ses autels l'une des victimes du fanatisme juif” leur apparaît comme la preuve absolue; l'Église a parlé, aucun doute ne subsiste […] de 1875 à 1899, la Bonne Presse décèle une vingtaine de crimes israélites; elle note que la majorité des journaux n'en ont pas parlé : la conspiration du silence, entretenue par l'or juif, s'est faite autour de ces horreurs; La Croix se sent tenue d'insister et de ne négliger aucun indice; plus les Juifs lui opposent de démentis, plus elle se montre affirmative.»

 

Les dessins de La Croix ou du Pèlerin visent à représenter un type juif déplaisant : le Juif est trop gros, vieilli avant l'âge, il offre une silhouette anormale. Le désir d'accentuer les côtés ridicules est spécialement visible à propos des enfants; les Assomptionnistes, d'ordinaire attendris par l'enfance, se montrent impitoyables pour le petits Juifs, gamins malingres, sournois et difformes. Le Juif est facile à reconnaître par son allure; il parle avec un accent tudesque dont La Croix s'amuse beaucoup.»

Voici le portrait au vitriol d'un juif, tracé par l'abbé Loutil, l'un des principaux collaborateurs du journal :

 «Des yeux délavés sur une peau jaune où, par-ci par-là, poussent quelques poils de barbe sale; on dirait une croûte de gruyère qui a retenu les effilochures de la serviette. Un binocle barre, d'une grosse ligne d'or, un nez juif. Sur la tête, plus un cheveu, le genou absolu.»

 

2. La Civiltà Cattolica et la «question juive»

 

Il est impossible de donner même un aperçu du caractère abject de certaines considérations et jugements de valeur concernant les juifs, qui abondent au fil de dizaines articles consacrés à la «question juive», entre 1890 et 1937, par cette revue des Pères jésuites de Rome. Le malaise s'accroît encore davantage lorsqu'on découvre que les auteurs de référence des rédacteurs de cette revue sont les écrivains les plus antisémites de la fin du XIXe et du début du XXe s. : Léon de Poncins, Gougenot des Mousseaux, et surtout, celui qui fut si justement dénommé «le pape de l'antisémitisme» : Édouard Drumont [2].

Toujours d'après Passelecq et Sucheky [3], Le rédacteur anonyme de l'article intitulé «La question juive», paru dans la Civiltà, vol IV, quad. 2071, du 25 septembre 1936, «épousait le point de vue d'un essayiste français antisémite, Léon de Poncins» [4]:

 «L'idéal judaïque suprême tend à transformer le monde en une société anonyme unique par actions égales; la terre entière doit devenir le capital de cette société, laquelle doit faire fructifier le travail de toutes les créatures; puis, Israël, aidé dès le départ par quelques fantoches, doit fournir le Conseil dictatorial d'administration de cette société…»

J'emprunte encore aux auteurs précités cet écho d'une polémique de l'année 1938, que je résume ici de façon drastique. Un des anciens rédacteurs de la Civiltà avait publié dans cette revue, en 1890, un article de facture si antisémite que le journal fasciste Il Regime fascista, du 30 août 1938, ironisait à son propos en ces termes [5]:

 «Nous confessons que, dans le plan comme dans l'exécution, le fascisme est très inférieur à la rigueur de la Civiltà Cattolica […] les États et les sociétés modernes, y compris les nations les plus saines et les plus courageuses d'Europe, l'Italie et l'Allemagne, ont encore beaucoup à apprendre des pères de la Compagnie de Jésus.»

Dans l'article précité, en réaction aux manipulations que le journaliste fasciste avait faites des articles de l'auteur anonyme de 1890 [6], pour les retourner contre les récentes déclarations de Pie XI sur le racisme, le P. Rosa argumente avec subtilité, tout en citant abondamment son prédécesseur [7]:

«“Si les Juifs se trouvent sur notre sol, ce n'est pas innocemment, mais pour nous l'enlever, à nous autres chrétiens, ou pour comploter contre notre foi”, puisque finalement, “il s'agit d'un ennemi dont le but est de s'approprier notre terre et de nous priver du ciel”. Mais semblable remède [l'expulsion par application des lois raciales] ne serait pas possible d'une façon généralisée… “il contreviendrait, au contraire, au dessein de Dieu” qui exige la conversion d'Israël, bien que dispersé, en tant qu' “argument concret de la vérité du christianisme” […] Notre prédécesseur du siècle passé croit donc que la complète égalité civile accordée par le libéralisme aux juifs, qui les lia ainsi aux francs-maçons, non seulement ne leur est pas due… mais “est même pernicieuse, aussi bien pour les juifs que pour les chrétiens”. Il est donc d'avis que, “tôt ou tard, par l'amour ou par la force, on devra refaire ce qu'on a défait depuis cent ans dans les anciens systèmes juridiques par amour d'une prétendue liberté nouvelle ou d'un faux progrès…” Or, le bien-fondé de cette prévision se trouve sous nos yeux. Car aujourd'hui même, “la toute-puissance à laquelle le droit révolutionnaire les avait élevés est en train de creuser sous leurs pieds un abîme dont la profondeur est comparable au sommet qu'ils avaient atteint”. On doit constater combien ce qui était dénoncé en 1890 correspond à la réalité et s'est confirmé en un demi-siècle d'expérience, à savoir que “l'égalité que les sectateurs antichrétiens ont accordée aux juifs, partout où le gouvernement des peuples a été usurpé, a eu pour effet d'associer le judaïsme et la franc-maçonnerie dans la persécution de l'Église catholique et d'élever la race juive au-dessus des chrétiens, aussi bien dans la puissance occulte que dans l'opulence manifeste.»

 

En conclusion, pour mieux comprendre comment des gens d'Église, qui n'étaient nullement antisémites, au sens que nous donnons aujourd'hui à cette épithète, pouvaient tenir des propos que nous percevons aujourd'hui comme violemment antisémites, on fera bien de lire attentivement et de méditer ce passage du livre de Passelecq et Sucheky [8]:

«Force est de constater à notre tour que, au-delà des questions de forme, ces différents articles [de la Civiltà Cattolica] sont en communion d'esprit avec cet antisémitisme “politico-étatique” dont parlait Gustav Gundlach [9] en 1930, “permis du moment qu'il combat avec des moyens moraux et légaux une influence réellement néfaste de la partie juive du peuple dans les domaines de l'économie, de la politique, du théâtre, du cinéma, de la presse, de la science et de l'art”. Et c'est probablement en vertu d'une distinction similaire à celle qu'établissait Gundlach entre cet antisémitisme “permis” et l'antisémitisme racial réprouvé par la doctrine chrétienne, que la Civiltà Cattolica pouvait simultanément tenir de tels propos sur la “question juive” et dénoncer le racisme nazi, puis fasciste.»

 

Et ce sont très certainement des conceptions de cette nature qui dictaient à Jacques Maritain les réflexions sur la question juive, qu'on lira plus loin, et qui nous apparaissent aujourd'hui comme insoutenables.

 

3.  Les intellectuels catholiques

a) Bloy

• Le truculent Léon Bloy, dont l'opuscule étrange intitulé Le salut par les juifs, illumina le philosophe Jacques Maritain et lui fit découvrir la méditation complexe de l'apôtre Paul sur le «mystère d'Israël». Mais hélas! à côté de phrases sublimes telles que : «L'histoire des Juifs barre l'histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau» [10], que de vulgarités inutiles. Telle celle, que n'excuse pas l'emphase littéraire, qui lui fait évoquer les trois Patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qualifiés d'«immondes fripiers juifs» [11] et introduits par cette violente diatribe [12]:

 «Le Moyen Âge, disais-je en parlant des Juifs, avait le bon sens de les cantonner dans des chenils réservés et de leur imposer une défroque spéciale qui permît à chacun de les éviter…Plus que jamais il est clair pour moi que la société chrétienne est empuantie d'une bien dégoûtante engeance… Au point de vue moral et physique, le Youtre moderne paraît être le confluent de toutes les hideurs du monde.»

 

Telle encore cette philippique à l'adresse d'une jeune Scandinave catholique, amoureuse d'un juif converti au catholicisme [13]:

«Je ne vous félicite pas de votre choix, pauvre fille… Dès l'origine, la race juive a été séparée des autres races humaines, si profondément séparée et mise en réserve pour les desseins ultérieurs que le mélange avec les Juifs a toujours été regardé, chez tous les peuples, comme une sorte de sacrilège. Si vous désirez devenir la femme d'un Juif, même converti, vous vous exposez à une malédiction effrayante, et je vous le dis de la part de Dieu, – malgré l'avis de tous les prêtres lâches ou imbéciles que vous pourriez consulter.»

 

b) Maritain

Quant à Maritain, ce n'est ni en philosophe ni en théologien, mais en humaniste chrétien qu'il prit fait et cause pour le peuple juif. Après avoir partagé quelque temps les conceptions chrétiennes traditionnelles sur le rejet et l'humiliation éternelles des juifs incrédules, il fut le premier et, à l'époque, le seul intellectuel chrétien, à combattre sans merci l'antisémitisme social et politique et l'antijudaïsme chrétien. Ses déclarations courageuses en faveur des juifs pourchassés et persécutés sont, à juste titre, restées classiques [14].

Toutefois, pour l'objectivité historique, je crois utile de rapporter ici ces lignes extraites d'un article intitulé “À propos de la «question juive»” [15], que le philosophe écrivit en 1921, et qui sont d'une veine moins heureuse [16]:

«La question juive présente deux aspects : un aspect politique et social, et un aspect spirituel ou théologique.

I. Au premier point de vue, la dispersion de la nation juive parmi les peuples chrétiens pose un problème particulièrement délicat. Sans doute bien des Juifs – ils l'ont montré au prix de leur sang pendant la guerre – sont vraiment assimilés à la patrie de leur choix; la masse du peuple juif reste néanmoins séparée, réservée, en vertu même de ce décret providentiel qui fait de lui, tout au long de l'histoire, le témoin du Golgotha. Dans la mesure où il en est ainsi, on doit attendre des Juifs tout autre chose qu'un attachement réel au bien commun de la civilisation occidentale et chrétienne.

Il faut ajouter qu'un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, dès l'instant qu'il refuse le vrai Messie, jouera fatalement dans le monde un rôle de subversion, je ne dis pas en raison d'un plan préconçu, je dis en raison d'une nécessité métaphysique, qui fait de l'Espérance messianique, et de la passion de la Justice absolue, lorsqu'elles descendent du plan surnaturel dans le plan naturel, et qu'elles sont appliquées à faux, le plus actif ferment révolutionnaire [17] […] Je n'insiste pas sur le rôle énorme joué par les financiers juifs et par les sionistes dans l'évolution de la politique du monde pendant la guerre et dans l'élaboration de ce qu'on appelle la paix. De là, la nécessité évidente d'une lutte de salut public contre les sociétés secrètes judéo-maçonniques et contre la finance cosmopolite, de là même la nécessité d'un certain nombre de mesures générales de préservation [18] qui étaient, à vrai dire, plus aisées à déterminer au temps où la civilisation était officiellement chrétienne […] mais dont il ne paraît pas impossible de trouver l'équivalent, aujourd'hui surtout que le sionisme, en créant un État juif en Palestine, semble devoir mettre les Juifs dans l'obligation d'opter, les uns pour la nationalité française, anglaise, italienne, etc. – les autres pour la nationalité palestinienne, qu'ils aillent résider en Palestine, ou qu'ils demeurent dans les autres pays à titre d'étrangers. […]

II. J'arrive maintenant au second aspect de la question juive, à l'aspect spirituel ou théologique, qui concerne la vocation du peuple juif, et que je me permets de souligner, parce qu'il est trop oublié. Si antisémite qu'il puisse être à d'autres points de vue, un écrivain catholique, cela me paraît évident, doit à sa foi de se garder de toute haine et de tout mépris à l'égard de la race juive […] Si dégénérés que soient les Juifs charnels, la race des prophètes, de la Vierge et des apôtres, la race de Jésus est le tronc où nous sommes entés [allusion à Rm 11] … Plus la question juive devient politiquement aiguë, plus il est nécessaire que la manière dont nous traitons de cette question soit proportionnée au drame divin qu'elle évoque; il est incompréhensible que des écrivains catholiques parlent sur le même ton que Voltaire de la race juive et de l'Ancien Testament, d'Abraham et de Moïse.

Au surplus, deux faits fort importants, que je voudrais vous signaler pour terminer, s'imposent ici à notre considération. Le premier, c'est le nombre relativement grand et en tout cas vraiment impressionnant, des Juifs qui depuis quelques temps se convertissent au catholicisme […] Jamais la conscience religieuse des Juifs n'avait encore paru si fortement ébranlée. Le second fait, c'est l'extraordinaire élan de prière qui se produit dans l'Église, pour Israël, et dont ces conversions sont précisément le fruit [Et Maritain de donner plusieurs exemples de célèbres convertis et d'évoquer le projet, d'une Supplique pour les Hébreux, qui serait soumise à la ratification des Pères du Concile Vatican I, alors tout près d'être convoqué. Et de prôner la multiplication des associations de prières et la multiplication des neuvaines et des messes pour la conversion des juifs] …

Et c'est ainsi que l'Église, pressée par sa charité, et malgré cette sorte d'horreur sacrée qu'elle garde pour la perfidie de la Synagogue, et qui l'empêche de plier les genoux lorsqu'elle prie pour les Juifs le Vendredi saint, c'est ainsi que l'Église continue et répète parmi nous la clameur : Pater dimitte illis [Père pardonne-leur] de Jésus crucifié. Il me semble qu'il y a là une indication dont les écrivains catholiques ne peuvent pas ne pas tenir compte. Autant ils doivent dénoncer et combattre les Juifs dépravés qui mènent avec des chrétiens apostats, la Révolution antichrétienne, autant ils doivent se garder de fermer la porte du royaume des cieux devant les âmes de bonne volonté […] Il y a là un cas éminent où nous sommes tenus, ce qui n'est pas toujours facile, d'unir dans l'intégrité de la vie chrétienne deux vertus contraires en apparence : d'unir à la juste défense des intérêts de la cité l'amour surnaturel sans lequel nous ne méritons pas notre nom de chrétiens, et qui est le domaine propre, je ne dis pas de l'internationalisme catholique, je dis de la catholicité supranationale.»

 

c) Journet

Prêtre catholique, professeur au Séminaire de Fribourg, en Suisse, c'est en théologien qu'il consacra au «Mystère d'Israël» une longue méditation, rédigée avant et durant les années noires de la Seconde Guerre mondiale [19], à la lumière et, peut-on dire, en adhésion-opposition aux outrances du violent pamphlet mi-antijudaïque, mi-prophétique de Léon Bloy, et sous la très forte influence des écrits de J. Maritain, qu'il cite d'ailleurs souvent dans son livre.

La réflexion théologique de Journet allait aussi loin qu'il était possible d'aller pour un ecclésiastique de ce temps, qui tentait d'initier une théologie chrétienne d'Israël. Conditionné, voire paralysé par l'enseignement traditionnel de l'Église d'alors sur le rejet des juifs et la substitution de l'Église à la Synagogue, cet essai apparaîtra aujourd'hui à beaucoup comme antédiluvien. Son livre a au moins le mérite de prendre au sérieux l'existence d'Israël et l'espérance de son salut eschatologique. Mais si l'on peut pieusement imaginer qu'il joua un rôle positif dans l'ouverture de quelques esprits ecclésiastiques d'alors à des questions qui n'avaient jamais eu droit de cité dans l'Église, telle que celle du Salut d'Israël, il est pénible de relire aujourd'hui des interpellations telles que la suivante [20], dont la veine polémique surprend chez cet homme, au demeurant très doux et fort humble.

 «Nous voudrions adresser aux juifs un rappel. Quand ils rendent l'Église responsable, pour les avoir accusés devant l'histoire de déicide, de leurs immenses malheurs, ils oublient que Dieu, que Iahvé lui-même, en les choisissant comme unique peuple messianique et théophore, devait les rendre odieux et les désigner à l'hostilité du monde et des peuples païens, longtemps avant l'Incarnation, longtemps avant le déicide. […] Le déicide est venu. Il a empêché les Juifs, qui en furent l'instrument, de passer de l'état de nation messianique à l'état d'Église messianique, de l'état provisoire de nation théophore à l'état définitif de royaume de Dieu supranational.  Il n'a pas fait que la main de Dieu cessât de reposer sur eux. Il a fait qu'elle ne s'y repose plus comme autrefois, et qu'elle ne s'y repose pas non plus comme dans l'Église, désormais seule messianique et seule théophore, elle aussi persécutée, par le monde et parfois par eux. Qu'ils soient aujourd'hui ce qu'ils voudront, religieux ou non religieux; qu'ils croient encore à leur grand Dieu ou qu'ils ne croient plus qu'au dogme national, au dogme de l'élection d'Israël, la main de Dieu, en effet, ne les quitte pas. Il y a toujours ce dernier “dogme”, et une incurable nostalgie, dont ils n'arrivent pas à se débarrasser – même quand ils essaient de les secouer –, par où Dieu les tient agglomérés et les entraîne dans une destinée solidaire. Qu'ils accusent donc les fautes des chrétiens, nous le voulons bien. Mais qu'ils cherchent à rendre responsable de leur suprême infortune l'Église comme telle, nous n'y pouvons consentir. Ou alors qu'ils l'accusent en accusant, en même temps qu'elle, ce Dieu, ce Messie, ces Écritures et ces promesses qu'elle n'a pas trouvés ailleurs que dans leur propre sein.»

 

d) de Corte

Bien qu'il n'émane pas d'un ecclésiastique, ce texte est tout à fait représentatif de l'état d'esprit hostile aux juifs qui régnait dans l'intelligentsia catholique d'alors.

En mars 1939, paraissait dans une grande revue catholique un article qui prétendait réfuter les bonnes paroles de J. Maritain concernant le salut des juifs. Son auteur, disciple et ami du philosophe français, n'en administrait pas moins à ce dernier une bonne volée de bois vert. L'intérêt de cet article est dans l'illustration qu'il constitue de la non-réception de la nouvelle attitude, plus favorable au peuple juif, qui se faisait jour timidement dans le monde catholique. Ses appels pressants à un «isolement des juifs», apparaissent comme diaboliquement prémonitoires; en effet, un an plus tard le «statut des juifs» avait force de loi, dans le gouvernement de Vichy. Voici un extrait significatif de ce «libelle du refus», dont on pourrait citer maints autres exemples [21].

«Nous ne professons personnellement ni antisémitisme ni philosémitisme. Nous jugeons philosophiquement inadmissible une politique raciste. Nous savons qu'Israël est marqué du sceau de Dieu, sceau terrible et brûlant. Nous savons qu'il y a une sorte de péché originel d'un nouveau genre à naître Juif. Mais nous pensons aussi que le Juif est un homme, un être naturel concrètement installé dans l'histoire et pourvu d'une série de déterminations concrètes d'ordre naturel qu'il nous appartient de juger. Cette spécificité naturelle du Juif est du reste supposée par la mission surnaturelle, sainement comprise, que lui attribue le texte paulinien : tout signe sacré, qu'il soit Grâce ou blessure inguérissable… exige une nature, et d'être Juif suppose une espèce de seconde nature propre à la réprobation et superposée à la simple nature humaine… Et de même que celui qui refuse volontairement la Grâce ou qui hait la Grâce est l'ennemi de sa propre nature humaine, de même la seconde nature du Juif qui a choisi contre la Grâce constitue en un sens un poison pour cette nature humaine. C'est pourquoi saint Paul, dans une autre épître, qualifie les juifs d'ennemis des hommes (1 Thessaloniciens 2, 15). Ainsi, même dans la ligne théologique du problème, on est amené à considérer le Juif comme un être à part [22], revêtu de caractères typiques absolument propres, aussi bien physiologiques qu'intellectuels, et qui contiennent en eux un germe secrètement méprisable

Quand donc saint Paul affirme que “les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance” et que “Dieu n'a pas rejeté son peuple”, il signifie par là que Juifs et Gentils sont convoqués à l'obéissance de la foi et qu'Israël n'est pas exclu de cet accueil universel puisqu'à la fin des temps il sera réintégré. Or, cette réintégration ne s'effectuera pas selon le statut de l'alliance ancienne et dans le régime de l'Israël charnel, mais bien sous le sceau de la nouvelle alliance et dans la sphère indéfiniment élargie de l'Israël spirituel, Dieu ne laissera pas protester sa promesse parce que l'Église est désormais le peuple de Dieu et qu'Israël lui sera finalement incorporé […] Tout ce que les textes pauliniens nous enseignent, c'est le caractère en quelque sorte sacré de la réprobation qui enveloppe Israël comme totalité jusqu'à la fin des temps. Il est évident que ce caractère n'est surnaturel que dans un sens tout à fait négatif […]

Il nous paraît que la solution du problème juif actuel, sous son aspect économique et politique, ne peut guère être différente de la solution adoptée par le Moyen âge, quand dominait son aspect religieux. Dans les deux cas, l'isolement s'impose : la doctrine de la capacité du Juif à être assimilé a fait définitivement faillite. Mais qui dit isolement dit statut particulier et exclut la complète égalité des droits, celle-ci entraînant automatiquement en quelque sorte une insupportable suprématie des Juifs dans les cadres et à la direction des rouages essentiels de la Cité. Par un paradoxe déconcertant, plus Israël s'assimile, plus il accentue ses déterminations spécifiques : rationalisme, hyperintellectualisme, atrophie du sens concret joint à un sens aigu des intérêts du moi, arrivisme, activisme, goût des affaires et de l'intrigue, mépris de l'organique et du vital, caractères qui se ramènent tous au primat de l'activité logique manœuvrant des êtres de raison sur les injonctions de la nature et du réel, l'extraordinaire souplesse tant vantée du Juif n'étant qu'une réaction compensatrice équilibrant cette déficience congénitale du réalisme. Le Juif apparaît foncièrement inadapté au réel, mais terriblement adapté à son moi. C'est pourquoi il est dangereux pour la nation où il s'installe […] Il y a une distinction essentielle entre l'antisémitisme condamné par la morale et par l'Église, et l'élaboration d'un statut juridique isolant les Juifs dans l'État dont ils sont les hôtes et où ils doivent remplir leur rôle d'hôtes. Le peuple chrétien ne peut pas haïr le peuple juif, il doit s'en garder, sans hostilité, mais aussi sans faiblesse. Le chrétien doit s'efforcer d'aimer le Juif, même s'il est son ennemi. C'est peut-être dans cette su­perposition ou cette intrication de la charité individuelle et de la sévérité collective que gît la solution du problème juif…»

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[1] P. Debauge, “Commerçants chrétiens, Juifs et Francs-Maçons », La Croix, 29 mars 1895. (Sorlin, p. 163).

[2] Sur ce personnage, on peut lire M. Winock, Edouard Drumont et Cie : antisémitisme et fascisme en France, Seuil, Paris 1982.

[3] Passelecq, L'Encyclique, p. 167 et note 51.

[4] Passage extrait de Léon de Poncins, La Mystérieuse Internationale juive, Beauchesne, Paris, 1936, pp. 207-211. Cité par Passelecq, L'Encyclique, p. 167.

[5] Cité par Passelecq, L'Encyclique, p. 173, et cf. n. 173)

[6] L'ouvrage susmentionné (Passelecq, L'Encyclique, p. 174) fait remarquer que la riposte du P. Rosa (sous le titre “La question juive et la Civiltà cattolica”, dans le numéro du 22 septembre 1938) à cette manipulation fasciste d'une série d'articles, alors vieux de près d'un demi-siècle, intervenait «trois semaines après la promulgation du premier décret-loi antisémite en Italie (expulsion des juifs étrangers), deux semaines après la célèbre déclaration de Pie XI selon laquelle “l'antisémitisme est inadmissible…”, et au moment même – à un ou deux jours près – où John LaFarge [l'un des auteurs du projet d'encyclique  sur le racisme et l'antisémitisme] remettait à Rome les projets d'Humani Generis Unitas [titre de la dite encyclique, qui ne vit jamais le jour].»

[7] Ibid., pp. 175-177.

[8] Ibid., p. 178.

[9] Sur ce religieux, l'un des trois pères jésuites attelés à la rédaction du projet de l'Encyclique Humani Generis Unitas. On trouvera quelques éléments biographiques chez Passelecq et Suchecky, Op. cit., pp. 87 et ss. et à la note 4, p. 88.

[10] L. Bloy, «Le Salut par les Juifs», in Œuvres, édit. J. Bollery et J. Petit, t. IX, Paris, 1969, p. 32.

[11] Ibid., pp. 27-29

[12] Texte cité par J. Petit, Bernanos, Bloy, Claudel, Péguy : Quatre écrivains catholiques face à Israël. Images et mythes, Calmann-Lévy, coll. Diaspora, Paris, 1972, p. 35.

[13] L. Bloy, Le Mendiant ingrat, 22 juin 1894, Mercure de France, t. II  1946, p. 193. Texte cité par F. Lovsky, Mystère d'Israël, p. 331.

[14] Lire surtout sa célèbre conférence : Les Juifs parmi les nations, donnée au théâtre des Ambassadeurs, le 5 février 1938, et reproduite dans jacques maritain. L'impossible antisémitisme. Précédé de Jacques Maritain et les Juifs, par Pierre vidal-naquet, Desclée de Brouwer, Paris, 1994, pp. 103-149. Ci après : vidal-naquet, Impossible antisémitisme.

[15] À son propos, Vidal-Naquet, Op. cit., pp. 30-31, qui, au demeurant, prise tant les attaques vigoureuses de Maritain contre toutes les formes d'antisémitisme et d'antijudaïsme, n'hésite pas à écrire : «Incontestablement, c'est un article à thèmes antisémites, de l'antisémitisme chrétien le plus traditionnel, celui qui distingue mal le Juif, témoin du Golgotha, comme ayant refusé le vrai Messie, et le Juif semeur de révolution tel que l'avait encore présenté Bernard Lazare, en 1894, dans L'antisémitisme, son histoire et ses causes

[16] Publié pour la première fois dans La Vie spirituelle (II, n° 4), juillet 1921, et reproduit dans vidal-naquet, Impossible antisémitisme, pp. 61-68.

[17] Quelque trente années plus tard, le grand théologien qu'était le dominicain P. Congar ne pensait pas autrement qui écrivait : «Certes, il est à certains égards bien regrettable qu'Israël, en n'accomplissant pas son élection dans le Christ, ait comme laïcisé sa vocation propre, celle du ferment prophétique. C'est pourquoi Karl Marx est si foncièrement un Juif; c'est pourquoi il y a si souvent quelque chose de révolutionnaire et d'inquiétant dans l'action des juifs.» Cf. Congar, Question raciale, pp. 27-28. C'est moi qui souligne.

[18] N'est-il pas étonnant de retrouver une conception analogue, sous la plume d'Y. Congar, déjà cité (Congar, Question raciale, p. 56), mais cette fois, huit ans à peine après la défaite allemande, et alors que les méfaits du ségrégationnisme nazi envers les untermenschen (dont, en première ligne, les juifs), ait porté les fruits de mort que nous connaissons : «Les questions concrètes que pose le fait juif sont à résoudre par chacun… grâce à une législation qui contrecarre efficacement les facteurs dissolvants dont les Juifs n'ont certes pas le monopole.» (C'est moi qui souligne). Il est frappant de remarquer que Congar est bien dans la ligne de l'élite catholique d'alors, dont les membres ne devaient certainement pas ignorer ce passage, étonnamment consonant avec la phrase qui précède, de l'encyclique contre l'antisémitisme, commandée par Pie XI mais qui ne fut jamais publiée : «Tout en reconnaissant que les situations très diverses des juifs dans les différents pays du monde peuvent donner l'occasion à de très divers problèmes d'ordre pratique, elle laisse la solution de ces problèmes aux pouvoirs intéressés».

[19] Ch. Journet, Destinées d'Israël. À propos du Salut par les Juifs, Paris, 1945.

[20] Op. cit., pp. 199-201. Les passages en italiques sont le fait de Ch. Journet lui-même.

[21] M.  de Corte, “Jacques Maritain et la «question juive”, dans La Revue catholique des idées et des faits, Liège, 17 mars 1939. Cite d'après Vidal-Naquet, Op. cit., pp. 179-194). Les italiques sont de M. Corte.

[22] Cf. Hitler : « Deux mondes s'affrontent! L'homme de Dieu et l'homme de Satan! Le Juif est la dérision de l'homme. Le Juif est la créature d'un autre Dieu. Il faut qu'il soit sorti d'une autre souche humaine… C'est un être étranger à l'ordre naturel, un être hors nature. » (Rauschning, Hitler m'a dit, Paris, 1939).