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Menahem Macina

Voyage au bout d'une 'question idiote', Menahem Macina
19/02/2012

 

16 juillet 2002

Première époque

Ce qui suit est la sténographie d'un acte de mémoire personnel – une espèce de morne itinéraire à rebours. L'expression d'un constat de faillite aussi, au terme de 60 années de préoccupation existentielle et d'une longue, très longue quête d'intelligibilité des causes et des raisons de l'altérité radicale de la condition juive, et des conséquences mortifères qui en ont découlé, au fil des millénaires, pour le peuple le plus contesté de la terre.

L'occasion en a été un attentat qui tombe mal. Un attentat tombe toujours mal. Mais celui d'hier a eu le tort de se produire 60 ans après la Rafle du Vel d'Hiv. 60 ans, jour pour jour, après la première question grave posée à sa maman par le petit catholique que j'étais alors, et qui est restée sans réponse satisfaisante.

Le récit que je vais faire de l'événement est une reconstitution scrupuleuse du peu dont je me souviens, éclairé par les explications tardives que me donna ma mère, quelques années plus tard, en apportant, au fil du temps quelques précisions, parfois entachées de contradictions – heureusement mineures.

Je n'avais pas entendu les agents monter l'escalier de mon immeuble, sis au 29 rue de Bièvre, dans le cinquième arrondissement de Paris, ce 16 juillet 1942, aux petites heures du matin. C'est le remue-ménage au-dessus de ma tête qui m'a réveillé. Le bruit provenait de l'appartement du dessus, habité par les Kalewski (pseudonyme, par respect de la vie privée des membres survivants de cette famille). Je savais vaguement que les Kalewski étaient Juifs, mais à vrai dire, j'ignorais totalement ce que c'était être Juif. En entendant les adultes parler de ces choses à voix basse (c'était toujours le même manège, chez moi tout au moins, quand il s'agissait de ce que mes parents voulaient me cacher), j'avais vaguement compris, que les Juifs avaient beaucoup de problèmes, surtout avec les autorités…

Ce jour-là, pour la première fois de ma très jeune vie (j'avais 6 ans et demi !), j'allais faire l'expérience, aussi existentielle qu'incompréhensible du mystérieux destin de ce peuple.

Un ou plusieurs agents à pèlerine bleu-marine étaient venus chercher Monsieur et Madame Kalewski. "Ordre de transfert", était-il écrit sur l'ordre de réquisition de ces agents de la force publique, qu'on appelait alors "gardiens de la paix". (Il faut croire qu'elle courait un grand danger, la paix des Français, puisqu'on avait envoyé à la rescousse ceux qui étaient chargés de la défendre contre ses ennemis… les Juifs, en l'occurrence.

D'après ce que me relata ma mère, tout s'était passé sans heurt. A l'en croire, Monsieur et Madame Kalewski avaient rapidement rassemblé quelques effets et objets personnels, puis ils avaient suivi docilement l'agent de police. "Il faut dire", ajoutait ma mère, à chaque fois qu'elle relatait l'événement, "que les agents ont été extrêmement polis et très gentils"…

Il n'empêche, les enfants sains d'esprit et d'âme ont, comme chacun sait, un sens aigu de la justice. Malgré les mimiques entendues des adultes quand il était question des Juifs, le fait que la police ait emmené les Kalewski me tracassait. Moi, je n'avais rien contre les Juifs. Ceux que je connaissais s'habillaient, mangeaient et parlaient comme tout le monde : je ne voyais pas quelle différence il y avait entre eux et nous. Et de plus, ils n'étaient pas méchants, en tout cas je n'avais rien remarqué d'anormal les concernant. Aussi, comme aimait le raconter ma mère quand il y avait des invités à la maison : "le petit inquisiteur" – moi en l'occurrence – "avait voulu tout savoir et exigé qu'on lui rende des comptes, comme s'il était le bon Dieu ou le Maréchal Pétain". Et tout le monde de s'esclaffer, ce qui avait le don de me mettre en rage. Voici un bref résumé du 'dialogue' avec ma mère (dans le style de l'époque):

Moi : "Dis, Maman, pourquoi qu'on les a arrêtés ?"

Ma mère, tranchante : "On les a pas arrêtés, on les a em-me-nés."

Moi : "Bon, mais alors pourquoi qu'on a envoyé des agents pour les emmener ?"

Ma mère, embarrassée : "Parce qu'ils sont juifs."

Moi, têtu : "Ah bon, mais qu'est-ce qu'y z'ont fait d'mal ? "

Ma mère, agacée : "Mais rien…"

Moi, impitoyable : "Alors c'est pas juste que la police, elle les ait emmenés."

Ma mère, à bout d'arguments et exaspérée : "J'en sais rien. Ils ont certainement leurs raisons. Allez ! arrête de poser des questions idiotes et va te recoucher !"

Ma mère était une femme du peuple, sans culture et sans grande expérience, que pouvait-elle répondre à cette question, trop grande pour elle comme pour moi, sinon qu'elle était IDIOTE, c'est-à-dire SANS REPONSE ?

Il m'en a pris plus de 35 ans pour cesser de me poser cette "question idiote", à la troisième personne du pluriel : "Pourquoi les Juifs sont-ils en butte à tant de contradiction et de haine ?"

Et cela fait 25 ans que je me pose toujours la même "question idiote", mais à la première personne du pluriel :

"Pourquoi sommes-nous en butte à tant de contradictions et de haine ?"

MAIS – EXCUSEZ L'EMPHASE APPARENTE DE MON PROPOS (EN FAIT C'EST DE LA SOLENNITE) - AUJOURD'HUI, EN CE 60ème ANNIVERSAIRE DE LA RAFLE DU VEL D'HIV,

PUISQU'ON NOUS TUE TOUJOURS POUR DES MOTIFS MULTIPLES,

ET QUE CEUX ET CELLES D'ENTRE VOUS –CHRETIENS SURTOUT–

QUI POURRAIENT, QUI DEVRAIENT ELEVER LA VOIX EN NOTRE FAVEUR,

SE TAISENT,

C'EST A VOS SEMBLABLES, DESORMAIS, QUE JE DEMANDERAI DES COMPTES.

JE LES INTERPELLERAI EN 'LANGUE CHRETIENNE', DANS LEURS CATEGORIES THEOLOGIQUES

CONFORMEMENT A LEUR CREDO, A LEURS ECRITURES ET A LEUR TRADITION.

TANT ET SI BIEN QU'ILS NE POURRONT PLUS DISTINGUER

SI C'EST UN JUIF QUI LES INTERPELLE EN LANGAGE CHRETIEN

OU UN CHRETIEN QUI LES INTERPELLE EN LANGAGE JUIF !

"QU'ILS ECOUTENT OU QU'ILS N'ECOUTENT PAS", JE LES EMBARQUERAI

DANS MON VOYAGE AU BOUT D'UNE "QUESTION IDIOTE"…

************

Tout commence par les iniques lois d'exclusion des Juifs
Le "Protocole des damnés de Sion" Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940, portant statut des Juifs
(Journal Officiel du 14 juin 1941)

Le marquage, les rafles, et la déportation des Juifs

Une ordonnance allemande (29 mai 1942) avait imposé le port de l'étoile jaune aux Juifs, en zone occupée. Madame Kalewski,notre voisine - qui a fini à Auschwitz avec son mari – et sa fille - qui a pu être sauvée - devaient ressembler à ces deux 'étoilées'-là…

© http://www.h2gm.net/jacky/holocauste/racisme.htm

Ou à celles-là …

© http://www.ifrance.com/partisans/resindx.htm

Ce que je sais c'est que, contrairement à d'autres arrestations de Juifs comme la suivante, où des soldats allemands participèrent, avec des gendarmes français, à un transfert de Juifs...

© http://www.acnantes.fr/peda/disc/histgeo/progexam/brewrigh/rafle41.jpg

ce sont uniquement des agents de police français qui exécutèrent la tristement célèbre rafle du Vel d'Hiv (il n'en reste aucun cliché, à l'exception de celui-ci qui, s'il représente bien le Vel d'Hiv, n'a pas été pris le jour de la rafle).

© http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/rafle.jpg

Ce crime eut lieu le 16 juillet 1942 – j'avais six ans et demi.

La veille, Bousquet signait l'ordre de 'transfert' des Juifs…

© http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/photos_trains.htm

Nos voisins, Monsieur Kalewski et son épouse, furent du voyage et ne revinrent jamais.

La vie quotidienne à Paris,

sous la 'paternelle' autorité du Maréchal

Sans doute ai-je vu cette affiche du Maréchal Pétain mais je ne m'en souviens plus…

Affiche placardée au début de l'occupation sur tous les murs de France !

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

Combien de fois, tenaillé par la faim – endémique alors - n'ai-je pas fait la queue, avec ma mère, devant une boulangerie comme celle-ci !

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

Pareil pour les œufs, le lait et le saindoux… quand il y en avait.

Mais il fallait surtout être muni de tickets et de cartes de rationnement, sinon c'était le jeûne…

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

Lesboulevards étaient presque déserts.

A l'époque, il n'y avait pas de problèmes de circulation.

Combien de fois n'ai-je pas arpenté la rue de Rivoli avec mes copains…

Ai-je remarqué la croix gammée qui souillait cette façade ? Je ne m'en souviens pas…

© www.mairie-paris.fr/.../occupation_3_9_grand.html

Je connaissais bien l'Arc de triomphe. Il m'était arrivé de pousser une pointe, depuis la Maub', jusqu'à ce majestueux monument. Je n'ai pas vu ce défilé allemand-là, mais j'ai vu beaucoup d'allemands, des officiers surtout, qui photographiaient tout avec leurs Leikas, comme les Japonais, de nos jours, avec leurs Nikon…

J'avais surtout peur des soldats en armes,

ils me paraissaient immenses, brutaux et invulnérables…

La Presse collaborationniste et les "mouchards"

Les textes qui suivent, je ne les ai évidemment pas lus, à l'époque. Mais quand j'ai pu le faire, beaucoup plus tard (j'étais déjà adulte), j'ai senti la honte me monter au front et la rage me tordre les entrailles...

Réactions de la presse bretonne à la rafle du Vel d'Hiv

A la porte, les Juifs et les enjuivés !

"Le Phare de Nantes du 3 juillet nous donne un nouvel exemple de la sollicitude vraiment curieuse dont on fait preuve à l'égard de la youpinerie… nous risquons d'attendre longtemps si nous comptons, pour cette besogne d'épuration, sur l'aide du grand quotidien nantais, lui-même enjuivé, un des ses directeurs n'était-il pas le sinistre Schwob au nom bien breton ? Les youpins à la porte et la Bretagne aux Bretons !"

Rendez-nous nos juifs SVP :

"Nous avions, en France, une grande, une trop grande quantité de Juifs, qui, s'infiltrant partout, s'octroyaient, sans jamais mettre la main à la pâte, une belle part des bénéfices provenant de notre travail…

Un beau jour, faisant le bilan de leur néfaste besogne, l'Etat français nous a débarrassé[s] de ceux qui n'avaient pu fuir au moment de la débâcle…

…ces youpins avaient fait école… Mais - ce qui serait mieux, puisqu'on nous a débarrassés des juifs de race - ne pourrait-on, maintenant, expulser les Juifs d'esprit ?"

Lettre de dénonciation d'un juif (12 juin 1942)

XXIII-91


Paris,le 12 juin 1942

A M. Darquier de Pellepoix
Paris


Monsieur,

J'ai l'honneur de présenter à votre haute et bienveillante attention l'exposé suivant :
Garde assermenté, au cimetière du Père-Lachaise, nous avons parmi nous un nommé Elia Kougel, Juif 100 p. 100, sans aucune référence militaire, sans avoir jamais figuré sur les listes de classement des emplois réservés ; il a été nommé alors que les Français mutilés de 1914-1918, continuent à «sécher» sur lesdites listes précitées.

Comment se fait-il aussi que cet individu ait été assermenté avant d'être naturalisé ? Sa naturalisation serait aussi le fait d'influence que vous connaissez, de l'ancien régime. En tout cas, sa présence dans l'administration est des plus suspectes. Son aplomb insolent, tant dans le cimetière qu'au dehors, est un défi révoltant ; ayant déclaré un jour à haute voix : «Les Juifs en connaissent plus long que les Français.» II a été appelé plusieurs fois à l'hôtel de ville pour sa situation de Juif, mais il est toujours retombé sur ses «pattes». Par suite de quelles influences occultes?

Il s'était fait octroyer la Carte du combattant, par fraude sans doute, mais on la lui a tout de même retirée.
En attendant, ce cas ne peut s'éterniser, son dossier doit être riche en surprises. Il serait ridicule que les uns aillent de l'avant pour se laisser étrangler par derrière.

En conséquence, je viens vous demander qu'une enquête sévère soit faite sur cet individu, qui occupe un emploi dans l'administration et qui ne lui est pas dévolu.

Dès maintenant, il s'agirait de savoir de quelle autorité il est exempt, d'après lui, de porter l'insigne «Juif».
Croyez, monsieur Darquier de Pellepoix...

LOZET
Croix du combattant 1914-1918, médaillé militaire, mutilé de guerre, groupe Collaboration : carte n° 50-143-H, section sociale.

La résistance, l'insurrection de Paris

Après Pétain, c'est de De Gaulle que j'ai le plus entendu parler. J'aimais écouter Radio Londres et son message d'introduction : "Ici, Londres, les français parlent aux Français..."

Pour les patriotes, le Général, c'était le libérateur... Les adultes disaient qu'il parlait parfois à la radio, mais que c'était tellement brouillé qu'on ne comprenait presque rien à ce qu'il disait…

La radio des Collabos (Radio-Paris ment! Radio-Paris ment! Radio-Paris est allemand!) l'appelait, par dérision, "le général-micro"...

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm

Les Résistants, tout le monde en parlait – surtout ceux qui n'en étaient pas. Des vantards laissaient entendre qu'ils en étaient et prenaient des airs importants. Plusieurs copains juraient que leur père, leur oncle, ou un ami de leur famille étaient Résistants, et même membres de "l'Armée secrète" de De Gaulle. La nuit, je rêvais de faits d'armes auxquels je prenais part. La réalité était plus grise. Plus dramatique aussi. Les Allemands traquaient les réseaux, les chefs, comme ceux de "L'Affiche rouge"…

Parfois aussi, hélas ! ils les fusillaient. Les adultes en parlaient à voix basse… Malgré mes efforts, je n'ai réussi à entendre ce qu'ils se disaient...

C'est le privilège des enfants que de se faufiler partout, au grand dam de leurs parents. J'étais toujours là où je ne devais pas être. Près de ceux qui préparaient les matériaux pour les barricades…


Près de ceux qui érigeaient les barricades, surtout. Il y en avait deux dans mon quartier. J'enviais les 'grands' qui étaient autorisés à aider les adultes - comme ceux que l'on voit sur la photo ci-dessous. Moi, j'étais trop petit et on me rembarrait…


Par moment, ça tirait departout. Il fallait vite s'abriter, comme le fait ce FFI (membre des Forces Françaises de l'Intérieur), derrière une voiture...


Et comme ces autres FFI, photographiés ici sous les arcades de la rue de Rivoli...

Je n'avais pas peur, au contraire le danger m'électrisait… J'étais jeune et inconscient, et la mort, ça arrivait aux adultes, auxhéros, mais pas aux enfants!…

http://www.paris.org/Expos/Liberation/gifs/ffi.rivoli.gif

Puis, ce fut la Libération !

J'étais là, quelque part dans cette cohue joyeuse, quand Paris fut libéré...

© www.poster.de/Capa-R/Capa-R-Liberation-Paris-2000025.html.

Ma mère m'a même emmené voir De Gaulle, qui descendait à pied l'avenue des Champs Elysées… Mais, petit comme j'étais et perdu dans la foule, je n'ai pas vu le Libérateur de la France. J'étais furieux.

© www.search2.eb.com/normandy/week4/breakout.html

Je me suis battu, comme les adultes, pour approcher ces héros, les toucher même, et puis – pourquoi le taire ? - pour taper les Amerlocks de boîtes de corned beef, de paquets de chewing gum et de cigarettes, qui se revendaient à prix d'or…

Les Anglais (ci-dessous), n'avaient pas les riches rations des Américains. Je ne les harcelais pas…

© www.lartigue.org/.../preslarti-mainchronoimg18.html.

Mais mes plus grands héros, c'étaient les conducteurs de chars… Les Parisiens se disputaient l'honneur de s'y hisser… comme ici, sur un char de la 2ème DB de Leclerc. Mais c'étaient surtout, bien sûr, les Parisiennes qui avaient la faveur des combattants, témoin le cliché suivant...

© http://freefrench.free.fr/laborde/charparis.jpg

J'ai vu passer des prisonniers allemands comme ceux-ci… Je les ai insultés, comme certains adultes…

Je crois même me souvenir (avec honte!) que j'ai craché sur eux, comme d'autres adultes…

DEPUIS, TANT D'ANNEES ONT PASSE…

Sans doute dans l'espoir d'être quittes envers le peuple juif amputé d'un tiers des siens, les nations - qui avaient détourné la tête tandis qu'on les exterminait - ont voulu couvrir leur faute en 'dédommageant' les Juifs (comme s'il existait une compensation pour six millions de vies humaines - dont celles de près de deux millions d'enfants...), et ils leur 'concédèrent' un Etat.

Du coup, le Sionisme, cette philosophie politique de l'émancipation et de la reconquête de la dignité de l'homme et de la femme juifs, voyait son rêve se réaliser.

Et même – ô miracle ! – des peuples avaient un faible pour ce petit Etat pionnier et courageux, et beaucoup de non-Juifs ne cachaient pas leur admiration devant ses réalisations. Brève lune de miel...

Jusqu'à ce que les problèmes (re)commencent. Les Arabes de Palestine, après avoir refusé le Plan de partage voté par l'ONU en 1947 - qui leur aurait valu un Etat au côté du nouvel Etat juif – décidèrent de reconquérir par la force les territoires dont ils estimaient avoir été spoliés…

Au fil des décennies, Israël accepta de partager à nouveau cette terre, déjà si fragmentée, et de rétrocéder aux Palestiniens une partie des territoires qu'il avait conquis en se défendant contre les agressions égyptienne et jordanienne de 1967.

On crut même la paix en vue. Oslo devint un symbole. Dans leur grande majorité, les Israéliens eux-mêmes y crurent. Puis, soudain, ce fut l'écroulement.

Arafat se révéla inconstant, rusé, machiavélique, incapable de s'engager sérieusement dans un processus étatique digne de ce nom. Il choisit la guérilla. La guerre d'usure. Les attentats se firent de plus en plus cruels, de plus en plus fréquents. Jusqu'à ce que le peuple israélien dans son ensemble perdît totalement confiance dans le processus de paix, si souvent, si cyniquement rompu par son partenaire palestinien, devenu, dès lors, l'ennemi implacable…

Les gratifiantes années où Israël jouissait de la sympathie active des nations étaient définitivement révolues. Une nouvelle génération de dirigeants internationaux était arrivée aux affaires. A quelques rares exceptions près, ils n'avaient pas connu les années de guerre, ou ils étaient trop jeunes pour en avoir été profondément marqués. L'Holocauste ne les concernait pas. Pire, le mot (si ce n'est la réalité qu'il recouvre) les agaçait, les irritait…

On commença d'entendre des allusions – cruellement ressenties par les Juifs – à la nécessité de "tourner la page". En tout état de cause, si les Juifs ne l'avaient pas tournée, cette page de leur histoire, de plus en plus de nations l'avaient, elles, arrachée de leur mémoire historique, parfois avec rage, estimant que les Juifs se servaient de leur souffrance de jadis comme d'un moyen de chantage moral permanent pour obtenir un maximum d'avantages financiers et politiques.

C'est dans ce climat délétère qu'éclata la seconde Intifada, déclenchée et orchestrée par une Autorité Palestinienne, vraisemblablement enhardie par la défaveur internationale dont Israël était l'objet, et peut-être manœuvrée, en sous-main, par des Etats décidés à en finir avec ce qu'ils considèrent comme une obstination israélienne insupportable, face aux revendications palestiniennes appuyées par une campagne de terreur.

Bref, il semble que beaucoup d'hommes politiques, de lobbies et de puissantes ONG contestataires du 'capitalisme sans frontières', de 'l'impérialisme militaro-économique américain' et de la mondialisation, aient fait, en quelque sorte, un transfert négatif de toutes leurs frustrations sur l'Etat d'Israël, de plus en plus considéré comme le grand coupable du malheur des Palestiniens et de l'accroissement de la violence et de l'instabilité dans toute la région.

Depuis un demi siècle, les Juifs se disaient : L'antisémitisme, c'est fini, et bien fini. D'ailleurs, il n'est pas "politiquement correct", surtout aux yeux des démocraties socialisantes, ce qui est le cas de bon nombre d'Etats 'éclairés' dans lemonde…

Ils avaient tort.

L'improbable s'est produit.L'inversion des valeurs a pris le pas sur le droit et la morale. La realpolitik et son pragmatisme cynique sont devenus la norme de l'action. Israël gêne les plans de ces nations. Il doit céder, de gré ou de force. Que s'imagine "ce petit Etat de m…" (© 2002, Jacques Bernard, ambassadeur de France à Londres) ? Que le monde entier va se plier à ses exigences ? Il veut la sécurité ? Eh bien qu'il cède aux légitimes exigences palestiniennes et tout ira bien ! Un peu de confiance, que diable ! (C'est le cas de le dire). Et puis, c'est à prendre ou à laisser, sinon, boycott, isolement politique et économique, bref toute la panoplie des sanctions terriblement efficaces, que peuvent prendre, entre autres, des Etats regroupés au sein d'une entité politico-nationale aussi puissante que la Communauté Européenne…

Et depuis, la Bête immonde relève la tête.

Seul le vocabulaire a changé. On ne dit plus "Juifs", ni "Youpins", mais "SIONISTES"… Certains n'ont même pas cette 'délicatesse', témoin le texte ordurier et haineux de cette affichette relativement récente:

Et surtout, surtout, on utilise les trois chefs d'accusation du "politiquement incorrect" :

Colonisation = dans le subconscient : (Juif) rapace, accapareur, spoliateur…

Occupation = dans le subconscient : (Youpin) envahisseur, profiteur…

Apartheid = dans le subconscient : (Sioniste) arrogant, fanatique, ennemi des non-Juifs…

Même les morts sont dévalués, à cette aune-là

A preuve, ce qui suit :

mardi, 16 juillet 2002, 15 h 39

(date anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv)

Sept morts dans l'attaque d'un car

de COLONS israéliens

VOILA, LA BOUCLE EST BOUCLEE

YOUPINS

SIONISTES

OCCUPANTS

COLONS

Tout ça, c'est la même chose…

C'est du Juif !!!

FIN DE LA PREMIERE EPOQUE
DE CE VOYAGE AU BOUT D'UNE

"QUESTION IDIOTE"


© 2002 Menahem Macina