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À propos du livre «le Rescapé et l'Exilé», de Stéphane Hessel et Elias Sanbar, par G. W. Goldnadel
24/02/2012


Sur le site de Valeurs Actuelles, 23/02/2012

 

C'est un étrange livre propagandiste à deux voix, que le Rescapé et l'Exilé. Apparemment, à front renversé, le respectable Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l'Unesco, se fait moins propalestinien, ou en tout état de cause, moins anti-israélien, qu'un Stéphane Hessel, qu'on ne présente plus et à qui j'ai consacré mon livre Le vieil homme m'indigne !

Pour comprendre la modernité du propos et de ses desseins, il faut le resituer dans le contexte politique du moment. Les Arabes de Palestine ne sont plus intéressés, à supposer qu'ils l'aient été, par un règlement politique avec Israël, en tant qu'État du peuple juif, décrété par l'Onu lors du partage de 1947. Au rebours de l'analyse tactique à laquelle s'était livré Yasser Arafat et qui a accouché des accords d'Oslo, la direction de l'OLP, à tort ou à raison, croit pouvoir espérer un délitement plus rapide de l'adversaire. En Orient, la poussée irrésistible des Frères musulmans laisse peu de place à un accommodement avec Israël. En Occident, la détestation médiatique et intellectuelle de tout État-nation occidental en général et de l'État juif, occidentalissime par sa pugnacité et ses prouesses techniques, laisse augurer un abandon que toute prochaine crise accentuera.

Stéphane Hessel incarne de manière caricaturale la figure de "l'intellectuel humaniste critique" ayant le plus contribué à cette situation. Dans son bréviaire indigné, à succès planétaire, sa seule indignation, en matière de politique étrangère, concerne les crimes attribués à Israël à l'encontre de la population de Gaza. C'est dans ce cadre que Hessel tente de convaincre son interlocuteur de Palestine de ce que l'édification d'un État pour les juifs, finalisé dans l'émotion de la Shoah, était une funeste idée.

Disons-le tout de suite, il est rare qu'un Arabe de Palestine s'exprime avec aussi peu d'acrimonie à l'égard d'Israël. Toutefois, l'exercice a ses limites, et on ne trouvera dans les propos d'Elias Sanbar aucune condamnation d'un Hamas et de ses méthodes terroristes, avec lequel son Fatah s'apprête à se réconcilier et qui, au moment où ces lignes sont écrites, a tiré de nouvelles roquettes sur le territoire israélien.

Mais ce sont les propos de Stéphane Hessel qui pourraient inspirer la consternation, si nous ne connaissions déjà leur auteur, qui déclarait dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 22 janvier 2011, que l'occupation allemande était « relativement inoffensive » si on la compare « avec la politique d'occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens ». C'est dans ce contexte délirant qu'il convient d'inscrire ces propos très hesseliens (page 42) :

« Il y a encore un peu partout, et particulièrement en Allemagne autour de Francfort, autour de Munich, beaucoup de juifs, souvent revenus d'Israël, qui retrouvent dans le contact avec les “goys” quelque chose qui fait partie de la joie de vivre. »

Pour se persuader, si besoin était, que le nonagénaire encensé considère que l'avenir des juifs se trouve dans leur passé sans État-refuge, on lira encore :

« Les juifs intelligents sont, selon moi, ceux qui disent : “Nous ne sommes pas un peuple attaché à une terre" » (page 40).

Inutile de dire qu'il n'attend pas pareille qualité intellectuelle du peuple arabe de Palestine, dont il soutient chaque mètre carré – Jérusalem compris – de revendications territoriales.

Pour expliquer l'impasse du sionisme, Hessel proclame (page 54) :

« C'est cette conception de la singularité juive qui explique selon moi l'évolution dangereuse de l'État d'Israël. Si un peuple quelconque, mettons les Pakistanais, avait décidé de s'implanter en Afghanistan, qu'aurait-il pu arriver ? Ce peuple aurait certainement fait du tort aux tribus afghanes, mais des Afghans, sur le long terme, seraient devenus Pakistanais ou, inversement, des Pakistanais seraient devenus Afghans, il n'y aurait pas eu de séparation nette entre les deux peuples. Alors qu'un tel brassage des populations est inconcevable dans l'imaginaire des Israéliens et, disons-le, des Juifs. Il leur est impossible d'admettre que les autres puissent partager avec eux ce quelque chose de fondamental qu'ils considèrent comme exclusivement leur. »

Au-delà de cette remarque dont le philosémitisme ne semble pas être la marque première, l'exemple pris du Pakistan musulman, dont la création a nécessité le déplacement forcé de 17 millions de réfugiés pour lui donner une cohérence territoriale, est assez cocasse.

Si je me suis permis d'utiliser le terme peu gratifiant de “propagandiste” pour qualifier un ouvrage dont j'estime au moins l'un des auteurs, c'est parce qu'il comporte certaines contrevérités que l'on appelle, lorsqu'on est franc, mensonges. Ainsi, Stéphane Hessel poursuit l'imposture, que j'ai dénoncée, de se présenter faussement comme le corédacteur de la Déclaration universelle (quatrième de couverture), carte de visite aussi prestigieuse qu'imméritée, raison pour laquelle j'ai dédié Le vieil homme m'indigne ! à René Cassin, son véritable, mais plus discret, rédacteur.

 

© G. W. Goldnadel

 

Dernier ouvrage paru : Le vieil homme m'indigne !, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2012.


Photo © Patrick Lafrate