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Shoah

En l'honneur de l'oncle de ma femme et de ceux qui ont péri dans le naufrage du «Struma», Emile Tubiana
02/03/2012


[Je reprends ici, avec son accord, l'article mis en ligne sur Facebook, par Emile Tubiana, mercredi 29 février 2012. Les clichés ont été ajoutés par mes soins. (Menahem Macina).]

 

 

Photo de l'auteur


Je lis tous les jours des articles, ou divers messages, que m'adressent parfois des amis que je considérais comme des personnes intellectuelles et sages, ou simplement des personnes honnêtes. J'éprouve souvent de la peine pour les personnes qui se laissent aller à ce genre d'écrits, de messages ou même des paroles, intentionnellement ou par impulsion. Combien de fois ne me suis-je pas retenu de leur dire ce que je pense, comme : « vous êtes ci », ou « vous êtes ça », pour soulager mon émotion. Après quelques minutes je me dis : A quoi ça sert ? Le temps de chacun viendra et il le regrettera. Finalement, je me rends compte que ce genre de dénigrement des juifs aussi bien que d'Israël, se répète de la manière qui était celle du chef de la propagande nazie.

Malgré mon amour pour l'être humain et pour tous les peuples, sans distinction de race ou de religion, j'ai estimé que, moi aussi, j'avais des plaintes véridiques et justifiées à exprimer à l'encontre de ceux qui diabolisent mon peuple et particulièrement Israël. J'ai pensé que, de temps à autre, je devais leur dire ce que je pense, sans restriction et sans égard à leur statut, à leur niveau d'instruction, ou à leur richesse. Au final, c'est la sagesse qui l'a emporté et je me suis dit que c'est la propagande qui leur fait dire de telles bêtises. Je ne veux pas tomber dans le piège du mal ni salir mon cœur. Je replonge dans les paroles de sagesse de papa, qui disait : « Chaque méchant aura son jour et il nous laissera à nous le soin d'accueillir les beaux jours. »

Je pense aussi parfois à ceux de mon peuple qui ne comprennent pas mon attitude envers les autres ni ses motifs. Pour eux, je suis trop bon, trop gentil, ou trop poli. Ils me critiquent sans raison ni arguments. Heureusement que mon père m'a laissé sa sagesse en héritage ; il disait en effet : « Mieux vaut ignorer que répondre, si l'on a affaire à des personnes qui ne comprennent pas ce qu'est l'humanité. »

Il y a plus de quarante-huit ans que je suis marié, et je n'ai entendu qu'à deux reprises ma femme dire qu'elle a perdu des membres de la famille pendant la guerre, et surtout son seul oncle, qui était vétérinaire. Il croyait échapper aux Allemands en se joignant à d'autres juifs montés à bord du « Struma » [*] qui fut coulé par un sous-marin en 1942. Jusqu'à présent je ne savais pas de quelle nationalité était ce sous-marin. Ce matin, je reçois un article [**] évoquant cette catastrophe qui a tué en quelques minutes 767 refugiés juifs, à l'exception d'un seul survivant, David Stoliar, qui vient d'avoir 89 ans. Comme il l'écrit, personne n'était venu à l'aide des naufragés, et c'est grâce à lui que j'apprends, pour la première fois, que c'est un sous-marin soviétique qui a torpillé le navire.


David Stoliar, 89 ans - © Haaretz


Cet article m'amène à dire, en premier lieu, aux pays arabes : « Depuis 1947-48, vous avez donné aux habitants arabes de ce qu'on appelait alors la Palestine, le mauvais conseil de ne pas accepter le plan de partage proposé par l'ONU ». Les juifs, eux, quand ils ont proclamé leur indépendance, ont choisi pour leur pays le nom d'Israël. Quant aux habitants arabes, je leur dis : « Assez de propagande ! Construisez votre vie avant qu'elle ne prenne fin ! Ne comptez pas sur vos frères arabes des autres pays. Jusqu'à présent ils n'ont pas levé un doigt pour vous aider. Ils ont préféré vous laisser dans la misère et vous utiliser comme otages. Prenez exemple sur les juifs : qu'ils soient d'Europe, d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient - tous les réfugiés ont pris en main leur destin  et reconstruit leur vie et celle de leur famille, partout où ils le pouvaient. » 

Il y a deux choix radicaux dans la vie, et ils sont à prendre ou à laisser : la vie ou la mort. Moi j'ai choisi la vie. Ceux qui ont été victimes des autres ont le choix entre se venger ou vivre. Ceux qui dénigrent le peuple juif ou Israël finiront comme les nazis.

Quant au seul survivant, Monsieur David Stoliar, je lui dis : Que votre vie soit bénie jusqu'à cent-vingt ans et plus.

 

© Emile Tubiana

Son blog: http://www.tubiana.net/


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Note de Menahem Macina

 

[*] Sur ce drame, voir l'article de Wikipedia : « La tragédie du Struma ».

[**] Il s'agit probablement de l'article de Ofer Aderet, paru le 22 février 2012 dans Haaretz : « The lone survivor of a Jewish refugee ship », à l'occasion du 70ème anniversaire de cette tragédie.