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Antisémitisme
Antisémitisme chrétien

« Le sang retombe »: variations chrétiennes sur un thème antisémite terriblement meurtrier pour les Juifs
07/03/2012


(Extrait de Paul Claudel et alii (éd.), Les Juifs, Plon, Paris, 1937, pp. 18-25).

[Texte surréaliste d'un catholique allemand anonyme. Il dégouline de sang juif et de stéréotypes antijudaïques et antisémites. Les auteurs qui ont contribué à cette compilation, y compris le grand Claudel, n'ont apparemment pas sursauté de se trouver aux côtés de cette horreur. On dira sans doute : "C'était l'esprit du temps", comme si ce piteux constat constituait une excuse. Que dire? Religion, religion, que de crimes on commet en ton nom! (Menahem Macina)]  


Le mystère d'Israël est un mystère sanglant. « Or, Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, appelé Christ ? Ils lui répondirent : Qu'il soit crucifié. Le gouverneur leur dit. Quel mal a-t-il donc fait? Et ils crièrent encore plus fort : Qu'il soit crucifié! Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant le peuple, en disant : je suis innocent du sang de ce juste ; à vous d'en répondre ! » Et tout le peuple dit : «Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » (Mt 27, 25).

Toledot Jesu ! Le cri de meurtre couvre éternellement le cri de détresse qui monte de ce peuple, comme l'autre cri en montait au pied du tribunal romain. Nous ne lèverons pas nos yeux de ce visage torturé d'Israël, si ce n'est pour contempler cet autre visage, au semblable faciès, sur qui l'opprobre et le crachat se mêlèrent au sang. Pour que la Nouvelle alliance se scellât sur les ruines de l'Ancienne, il fallait ce sacrifice du Dieu fait homme. Peut-être tant de sang ruisselant sur les gradins des siècles promet-il le peuple meurtrier à ce renversement qui réconciliera les deux lois !

Que nos frères d'Israël, encore aveuglés par l'inconscience, n'entendent pas ces mots ainsi qu'un reproche ! La grandeur de leur nation avait été de porter en soi le Messie comme l'Ostensoir offre l'hostie aux fidèles ; c'est parce qu'elle était grande que grand a été son tragique destin. Nos apôtres, les Pères de notre Église, nos Papes ont unanimement considéré que c'était dans cette volonté décidée que gisait l'explication substantielle de leur malheur obstiné. Parmi les juifs, il en est qui voudraient repousser cette explication ; le sang du juste, ils ont honte de le sentir sur eux et un grand Sanhédrin a même considéré comme possible la révision du procès du Christ ! Mais comment ne voient-ils pas que le bourreau est nécessaire à la victime et que l'accomplisse­ment de la Parole exigeait qu'ils eussent pris ce parti de tuer ! Toledot Jesu ! Mais le cri retentit de­puis le fond des âges ! Il est attendu par les générations depuis que la faute d'Adam fit de la Rédemption la pierre d'achoppement de l'homme. Il n'appartenait pas à Israël, peut-être, de ne pas tuer son Dieu après l'avoir méconnu : et comme le sang appelle mystérieusement le sang, il n'appartient pas, peut-être, davantage à la charité des Chrétiens de faire que l'horreur du pogrom ne compense, dans l'équilibre secret des volontés divines, l'insoutenable horreur de la Crucifixion. [1]

C'est en ce sens assurément que saint Jérôme, évoquant ce peuple gémissant devant un mur tout noirci par les larmes, écrit : « Peuple lugubre, peuple misérable, mais qui ne fait point pitié ! » Car la pitié s'adresse à l'homme, à sa faiblesse ; mais la pitié de Dieu ne serait que la négation de l'offense, le renoncement à son plan établi de tout temps. Le juif martyrisé que nous recueillons sur notre route, il nous est demandé de sécher sur sa face le sang qui y dégoutte ; parce que, sur ce visage plus que sur tout autre, nous contemplons la ressemblance avec l'autre Torturé ; mais cela ne comble pas l'abîme et le mystère d'Israël n'est point écarté par un geste de pitié.

Nous ne pouvons considérer ce peuple, que les siècles après les siècles ont tous connu dans la torture et l'abjection, autrement que comme un témoin, un martyr. Aux origines de l'Église, le témoin et le martyr se confondent, car le témoignage des très humbles n'était tenu pour valable que signé avec le sang même de qui le portait. Cette nation humiliée a eu besoin de tout son sang pour témoigner. Et à peine le Christ est-il mort que le sang juif et le sang chrétien se mêlent ou plutôt coulent en deux rigoles parallèles. Juif était ce diacre Étienne, le protomartyr, qui, en mourant sous les pierres jetées par Israël, suppliait le Père d'écarter son courroux de ce peuple : « Ils ne savent pas ce qu'ils font ». Et les heures sont proches où les armes romaines commenceront à exécuter le terrible verdict, où, dans Tibériade détruite et Sephoris rasée, le sang emplira les rues comme le vin fait d'un verre.

Ainsi depuis deux mille ans, peut-être n'y a-t-il pas eu une seule année qui n'ait vu répandre le sang d'Israël. Au nom de la croix, on a dressé les bûchers et les échafauds – et cela serre d'angoisse notre cœur chrétien. Il nous paraît inadmissible que la leçon d'amour s'achève par l'autodafé ; l'antisémite païen avait, au moins, des excuses. Pourtant les plus grands de nos Papes ont, aux temps anciens, accepté ce fait. Peut-être y a-t-il là encore un mystère : pour que la mission d'Israël soit comblée, ne faudrait-il point, par hasard, que la croix, brandie devant le bûcher où sont torturés des juifs, demeure bien, le plus longtemps possible, un objet d'opprobre ? Afin que lorsqu'un d'entre eux fléchit le genou devant elle, il n'y ait vraiment plus en lui rien qui résiste, mais une totale humilité, une acceptation sans limites !

C'est à la fin des temps que s'achèvera la torture d'Israël, qui n'est pas tant torture dans la chair qu'ignorance dans l'âme. Mais cette torture s'achèvera, le sang cessera de retomber. C'est cet instant d'illumination qu'évoque notre office du vendredi saint :

« Prions encore pour les hérétiques et les schismatiques… prions aussi pour les juifs perfides, afin que le Seigneur arrache enfin le voile qui recouvre leur coeur… »

C'est à cette heure de gloire que tendent les souffrances d'Israël. Mais chaque douleur que nous lui épargnons, chaque pansement que nous plaçons sur une de ses plaies, fait avancer cette heure, parce qu'entre son ignorance et notre ignorance, des liens secrets sont noués.

Nous n'aurons jamais approché du mystère d'Israël si nous ne comprenons pas que ses souffrances sont nos souffrances, et que ce peuple est persécuté pour que soient atteintes des fins qui sont aussi les nôtres. Quel membre de l'Église allemande ne sent aujourd'hui la profondeur de cette vérité ! Il y a quelque chose de particulièrement tragique pour un catholique allemand, aujourd'hui, à considérer la situation d'Israël.

L'immonde Sturmer de Julius Streicher jette les mêmes boues sur les visages des juifs et des chrétiens. Les nationaux-socialistes accumulent contre les uns et les autres les mêmes violences, qu'ils appellent fables d'atrocité (Greuelmärchen) mais dont nous savons bien qu'elles sont des réalités. Los von Moses ! Los vom Alten Testament! (Plus de Moïse ! Plus d'Ancien Testament !) Le cri jumeau nous atteint autant que les descendants de Moïse, parce que nous sommes les fils spirituels de Moïse, et qu'il nous est inconcevable de renier l'Ancien Testament. C'est toujours inextricablement lié à l'antichristianisme que l'antisémitisme s'est exprimé en Allemagne. Ceux qui voient dans l'esprit germanique la glorification des instincts de force haïssent l'esprit chrétien au­tant que l'esprit juif. Ainsi Dühring, bien avant les théoriciens actuels, s'écriait : «Les peuples n'en auront terminé avec l'esprit juif que lorsqu'ils auront chassé de leur cerveau ce deuxième aspect présent de l'hébraïsme. »

Nietzsche combattait aussi bien la morale juive que la chrétienne, parce que, dans l'une et dans l'autre, il voyait une morale d'esclaves. Cette filiation mosaïque, aujourd'hui elle a besoin du témoignage de notre sang, il faut que nous la revendiquions plus que jamais.

Dans ce mystère sanglant d'Israël, l'acte qui se déroule aujourd'hui dans notre pays a une signification particulière, précisément parce qu'il unit nos sangs. C'est une première approche de la grande réalisation qui s'achèvera en la Parousie. C'est le juif Jésus que nous devons revendiquer, puisque le juif est persécuté. Quand M. Streicher écrit dans son organe que Jésus n'était pas juif, parce qu'il n'avait pas une physionomie hébraïque, oublie-t-il l'extraordinaire masque du Saint Suaire où s'inscrit la plus frappante ressemblance juive qu'on puisse imaginer ? Retirer Israël de la source du christianisme, c'est enlever à cette source une grande partie de ses eaux : c'est faire perdre sa fécondité. Pour nous, chrétiens allemands ce serait aussi abandonner une partie de cet esprit germanique dont nous entendons être les serviteurs aussi fidèles que les païens d'aujourd'hui.

Notre saint cardinal Faulhaber, qui a été le plus courageux rempart de notre intégrité en face de la menace païenne, n'a pas craint de le dire en termes catégoriques:

« Nous tendons la main à nos frères séparés afin que soient défendus, ensemble, les livres sacrés de l'Ancien Testament, et que soient conservés à notre peuple allemand leurs enseignements précieux. »

Que seraient, dit-il encore, nos lettres allemandes, nos mots allemands, sans la Bible ? Plus que nul autre peuple, notre peuple doit à l'Ancien Testament. Ainsi le nouveau Kulturkampf prend un sens tout à fait particulier d'être caractérisé à la fois par la lutte anti-juive et la lutte anti-chrétienne. Dans cette chute du sang qui retombe, depuis le bassin de Ponce-Pilate, était-il juste que seul le peuple juif, comme peuple, fût inondé ? Car chacun de nous crie, comme Israël : « Toledot Jesu ! » Et cette union dans la douleur nous fait mieux comprendre l'obscurité où chacun de nous se complaît, comme s'enfonce le peuple infidèle d'Israël.

Ce n'est pas le juif qui souille le sang allemand [2] quand il guette la pure jeune fille afin de la voler à la race qui est la sienne. Il est plus grave de savoir que c'est le péché qui est la souillure. Les juifs qui ne reconnaissent pas cette signification de leur souffrance séculaire, ne peuvent pas comprendre le sens expiatoire qu'elle a dans les desseins de Dieu. Et c'est pourquoi tant qu'ils n'auront pas arraché le voile, leurs malheurs n'auront pas l'efficacité de les sauver. Mais nous, c'est à nous qu'il est demandé de reconnaître ce sens, de lui donner son caractère d'expiation. Dieu n'a sans doute pas voulu que les Chrétiens de toutes confessions fussent, sur cette terre allemande, unis aux juifs dans une même persécution, pour qu'à la faveur de cette commune souffrance un peu de sa vérité tombât sur la nation d'Israël.

Lorsque nous avons vu, dans nos villes allemandes, les dégradantes brimades antisémites qui ont marqué les premiers temps du nouveau régime, avons-nous assez compris que c'était aussi à nous que cette interrogation se trouvait adressée ? Les magasins aux vitres brisées, les soldats bruns dressés devant les portes des médecins juifs et, les affreuses promenades de quelques juifs lamentables affublés comme au moyen âge, est-ce qu'il n'y a pas aussi de bons catholiques allemands qui ont souri de tout cela, parce qu'ils jalousaient le commerçant juif, l'avocat juif, le professeur juif ? mais maintenant nous savons que c'était aussi nos péchés que commençaient à porter ces malheureux, qui n'en avaient pas conscience. De tout temps, le peuple d'Israël a été comme une écharde dans la chair des nations. Mais maintenant nous avons compris qu'en l'arrachant, c'est bien notre sang aussi qu'il nous faut répandre, parce que, du haut du Calvaire, le sang a jailli du flanc blessé du Christ, sur eux et sur nous tout ensemble.

Ce sang d'expiation, si nous ne le recevons pas, qui le recevra pour nous ? Il sera bu par la terre stérile. Car ceux-là même de qui il découle n'en peuvent savoir le prix. Ils croient peut-être que c'est le signe d'une vengeance. Le sang appelle le sang, le meurtrier appelle le meurtrier. A l'ancienne loi qui était pleine de cris de haine, notre Dieu a apporté la réponse de l'amour.  Nous ne sommes pas de ceux dont le Psaume 138 dit qu'ils haïssent leurs ennemis d'une haine ardente. Nous ne demandons à personne de rendre dent pour dent. « Car moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites le bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent. » Nous ne vengerons jamais Lamech septante fois sept fois [3]. C'est notre loi, à nous, de savoir ce que signifie la douleur non seulement pardonnée, mais réclamée. Un rabbin s'écriait jadis : « Le meilleur des gohim [lire : Goyim] ne mérite que la mort ! » Nous, devant cette mystérieuse retombée du sang du Christ sur le peuple juif, nous disons que si même elle nous paraît non pas juste mais fatale, il est injuste pour le chrétien de s'en faire l'instrument.

Ainsi, pendant que j'écris ces lignes, dans une petite ville de Suisse, on juge un juif qui a cru qu'il rachèterait les violences d'un parti en tuant un de ses membres [4] et à qui les associations juives commettent l'inconcevable erreur d'envoyer des félicitations ! De même qu'à Paris, il y a quelques années, le juif ukrainien Schwartzbart assassinait le général Petlioura qui avait laissé la trace de sa botte sanglante dans tous les ghettos d'Ukraine. Mais nous ne pouvons pas accepter que le sang soit rétribué par un autre sang ; l'un et l'autre sont chargés des impuretés de la haine et de la violence. Que le païen rebelle contre le Christ et la loi d'amour applaudisse Klintzch d'avoir assassiné W. Rathenau [5], cela entre dans sa loi démoniaque. Mais à nous, toute violence ne peut que nous écraser le cœur sous le poids d'un atroce remords.

C'est au nom du Sang que Frankfurter tue, que Schwartzbart tue. Et c'est au nom du Sang, du sang pur de la race germanique, qu'on encourage à tuer les juifs. Mais c'est parce que nous, nous avons été baptisés par un sang plus pur que nous savons qu'il n'y a point, dans la violence, de vertu rédemptrice. Nous allons au delà de la parole ancienne, car les tables de l'ancienne Loi étaient scellées par le Sang ; les liens du Sang étaient les seuls qui fussent. La nouvelle Loi les remplace par d'autres, plus solides, les liens du Sang spirituel, la Foi. Le juif baptisé ou celui dont une grand'mère était non-aryenne nous sont frères s'ils ont notre Foi. Et le juif le plus écarté de notre religion, celui-là aussi est un frère, parce qu'il porte inscrite sur sa postérité la promesse d'un retour final dans la commune adoration à la fin des Temps.

Ce n'est plus une circoncision dans la chair qui fait jaillir le sang, mais la circoncision selon la Parole. C'est ce que disait déjà Tertullien dans son Adversus Judaeos et c'est quand ce sang de l'esprit aura été répandu que sera accompli ce moment dont il a été dit qu'il n'y aurait plus ni Grecs ni Juifs, mais tous unis en Jésus-Christ.

Frères juifs qui aujourd'hui supportez de grandes souffrances à côté de nous, et vous aussi qui êtes par delà les frontières, dans la gêne terrible de l'exilé qui n'a plus de pays, de toit, ni de pain, reconnaissez dans ces douleurs qui, une fois encore, vous attaquent comme une meute de loups affamés, le signe plein de promesses que Jésus mourant vous a adressé. Il savait que vous ne saviez pas ce que vous faisiez, et, jusque sur la croix où vous l'avez placé, il vous a aimés, vous plus que tous les autres peuples du monde. Il garde votre stalle parmi les nations qui atteindront sa gloire ; elle est à sa droite, là où se trouve déjà celle qui était une de vos soeurs, la juive de quinze ans qui donna au monde un sauveur.

Ainsi, considérant ce grand mystère sanglant du peuple d'Israël toujours persécuté, un chrétien allemand qui a appris, avec tous ses frères, le sens de la persécution, ne peut se placer devant lui que dans une attitude de respect et d'affection. Le sang ne cessera de retomber que lorsque nous aurons effacé la sanction et que le peuple élu aura retrouvé le sens perdu de la Parole : mais il faudra un immense amour. »  

Traduit de l'allemand par M. B. et D.-R. [Daniel-Rops]  

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Notes

[1] Dans son célèbre best-seller (vendu à des centaines de milliers d'exemplaires), Histoire Sainte. Jésus en son temps, Arthème Fayard, Paris 1944, Daniel-Rops qui était l'un des traducteurs de ce texte allemand anonyme, en avait plagié quelques lignes, sans signaler l'emprunt, dans ses honteuses réflexions sur le sort d'un peuple pris dans la tourmente de la Shoah, rédigées au plus fort de la chasse internationale aux juifs, menée par les nazis et les états collaborateurs dans toute l'Europe. Témoins ces passages (les phrases en italiques démarquent le texte plagié) : 17e édition, p. 523 : « Par quelle mystérieuse loi de réversion et de similitude, ces outrages et ces persécutions se sont-ils abattus depuis vingt siècles sur la race qui, plus que les soldats féroces, et que Pilate, en avait pris sur soi l'opprobre, et qui allait réclamer, comme un honneur, la responsabilité du sang à répandre ? » Ibid., pp. 526-527 : « (« Son sang sur nous et sur nos enfants ! ») Ce dernier vœu du peuple qu'il avait élu, Dieu, dans sa justice, l'a exaucé. Au long des siècles, sur toutes les terres où s'est dispersée la race juive, le sang retombe et, éternellement, le cri de meurtre poussé au prétoire de Pilate couvre un cri de détresse mille fois répété. Le visage d'Israël persécuté emplit l'Histoire, mais il ne peut faire oublier cet autre visage sali de sang et de crachats, et dont la foule juive, elle, n'a pas eu pitié. Il n'appartenait pas à Israël, peut-être, de ne pas tuer son Dieu après l'avoir méconnu : et comme le sang appelle mystérieusement le sang, il n'appartient pas, peut-être, davantage à la charité des Chrétiens de faire que l'horreur du pogrom ne compense, dans l'équilibre secret des volontés divines, l'insoutenable horreur de la Crucifixion… » Ibid., p. 529 : « Les Juifs ont manoeuvré avec l'obstination et la cautèle qu'on leur connaît en d'autres circonstances pour que le Romain se chargeât d'exécuter leur sentence… » Ibid., note 1 : À propos de certains « Juifs actuels » qui « essaient de rejeter de leurs épaules le poids de cette lourde responsabilité », Daniel-Rops écrit : « Ces sentiments sont honorables, mais on ne va pas en sens inverse de l'Histoire… Le poids terrible dont la mort de Jésus pèse sur le front d'Israël n'est pas de ceux qu'il appartient à l'homme de rejeter ». Jules Isaac avait vertement répliqué à ces considérations ignobles par une « Note de rupture », adressée à Daniel-Rops, le 21 avril 1946, et reproduite, sous le titre « Comment on écrit l'Histoire (Sainte) », dans la revue Europe, 24e année, n° 7, Paris, 1er juillet 1946, pp. 12-25. J'en extrais ces lignes : « Ce n'est pas au christianisme que j'en ai, loin de là, mais à vous, à un certain pharisaïsme chrétien que vous n'avez pas eu le courage de répudier, dont vous perpétuez, au contraire la meurtrière tradition, oui, meurtrière, car je vous le dis tout net : elle mène à Auschwitz. Vous parlez pesamment des responsabilités juives ; je dis, moi, qu'il serait temps de parler des responsabilités chrétiennes, ou pseudo-chrétiennes. » Sur la conclusion de cette controverse, voir les réflexions apaisées, rédigées quinze années plus tard par Jules Isaac, dans son ouvrage : L'enseignement du mépris, Fasquelle, Paris, 1962, pp. 137-152.

[2] Allusion à une phrase de Mein Kampf, (Note des traducteurs).

[3] Allusion à la Genèse, 4, 24. (Note des traducteurs).

[4] Il s'agit évidemment de Frankfurter, qui tua en Suisse le nazi Gustloff. (Note des traducteurs). [Note de Debriefing : l'événement eut lieu en 1936, ce qui nous indique le terminus a quo de ce texte]

[5] Allusion à un discours d'Hitler (Note des traducteurs).