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Antisionisme chrétien

Les 4 articles 'offerts' à Israël pour ses 60 ans, par l'hebdomadaire catholique
05/04/2012

 

Suite à l'article précédent consacré à ce sujet [*], sur notre site, j'ai tenu à mettre sous les yeux des internautes l'intégralité des 4 textes qui figurent aux pages 1 à 3 de cet hebdomadaire catholique, afin que chacun(e) d'entre vous puissiez vous faire une idée personnelle de la gravité éventuelle du dommage causé à la réputation d'un Etat déjà si contesté et plongé dans la tourmente depuis près d'une décennie, qui n'a vraiment pas besoin de ce coup bas supplémentaire. Le fait que ce coup soit porté par un média chrétien ne contribuera certainement pas à la cause du dialogue interconfessionnel. Il est difficile de discerner l'intention qui a guidé les auteurs de ce dossier. S'ils sont de bonne foi et pensent, en agissant ainsi, contribuer à la paix entre les deux peuples, le moins qu'on puisse en dire est qu'ils s'y prennent mal. Tel qu'il se présente, ce dossier contribuera sans aucun doute – nolens volens – à l'aggravation du dénigrement permanent et croissant de l'Etat d'Israël et indirectement de tous les Juifs auxquels il est cher. L'ignorance de la réalité géopolitique d'Israël et le préjugé négatif qui entachent les 'analyses' sont affligeants. Pour illustrer la partialité flagrante de ce dossier (outre les passages en rouge, qui seront commentés ultérieurement), il suffira de faire remarquer l'absence de la moindre allusion aux attentats meurtriers dont sont victimes, depuis de longues années, les civils israéliens, et l'impasse totale faite sur les bombardements incessants dont son l'objet certaines villes du Néguev (territoire indiscutablement israélien). A lui seul, ce manque flagrant d'objectivité suffit à déconsidérer les auteurs qui ont offert à l'Etat des Juifs ce cadeau d'anniversaire empoisonné. Dieu les jugera. (Menahem Macina).

 

[*] M. Macina, "Catholiques et diffamateurs d'un peuple dont ils ignorent tout"; et Discours anti-israélien dans l'hebdomadaire catholique Dimanche-Express.

03/05/08

Dimanche

Express

Numéro 18

Hebdomadaire du 4 mai 2008

20, place de Vannes – 7000 Mons

Tél. 065/35.28.85 - Fax 065/34.63.70

Compte 833-5318719-79

ISRAËL A 60 ANS

Un anniversaire en demi-teinte

Les 8 et 9 mai prochains, l'Etat d'Israël commémorera le soixantième anniversaire de sa création. Mais si le cœur de la plupart des habitants de ce pays est à la fête, ce n'est pas le cas des Palestiniens, qui attendent depuis soixante ans la fin de leur exil, ou des Arabes israéliens, qui ont toujours le sentiment, aujourd'hui, d'être des citoyens de seconde zone.

Rétrospective


S'il est légitime pour le peuple hébreu de fêter le soixantième anniversaire de son indépendance, on peut s'interroger sur le sens qu'il peut y avoir à célébrer un tel événement, alors que les Palestiniens ne disposent toujours pas, aujourd'hui, d'un Etat digne de ce nom et qu'il reste encore bien des inégalités entre juifs et Arabes, que ceux-ci soient musulmans ou chrétiens. Même les Israéliens commencent à en avoir assez de toute cette violence. Non seulement, ils se rendent compte qu'il leur sera impossible d'y mettre fin par la répression militaire, mais ils ont conscience également du coût économique important que cette forme d'apartheid représente pour eux. La majorité des dirigeants savent d'ailleurs aujourd'hui que la seule issue à ce conflit passera par des négociations et des concessions.

La paix semble si loin

Les Israéliens ne sont toutefois pas les seuls à avoir changé leur regard sur ce qui se passe actuellement au Proche-Orient. Il est loin, en effet, le temps où les Palestiniens demandaient la destruction d'Israël. La mort de Yasser Arafat a permis la mue du mouvement national palestinien et Mahmoud Abbas, son président, a bien conscience aujourd'hui que la paix et la réalisation d'un Etat palestinien entraîneront forcément des concessions de leur côté, notamment en ce qui concerne le droit au retour ou la division de Jérusalem. Même les pays arabes ne reconnaissant pas Israël, comme l'Arabie Saoudite, se déclarent prêts, depuis quelque temps, à établir des relations avec lui en cas de retrait total des Territoires occupés. Pourtant, malgré ces évolutions récentes, la paix semble toujours aussi éloignée, le plus grand obstacle étant, à l'heure actuelle, la division des Palestiniens en deux entités politiques concurrentes contestant chacune la légitimité de l'autre.

Loin de nous, cependant, de mettre la responsabilité de cet échec sur le seul peuple juif. Première puissance économique de la région, Israël mérite bien sa place dans les rétrospectives que lui consacre en ce moment la presse internationale. Mais force est de constater que soixante ans après sa création, cet Etat suscite toujours autant de questions et de souffrances. Sa légitimité est toujours contestée, ses agissements critiqués, sa normalisation inachevée. Combien de temps faudra-t-il encore pour que l'on puisse parler de ce pays sans que cela soulève des polémiques ?

Pascal ANDRÉ

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LE SIONISME

Une doctrine à proscrire ?


Directeur scientifique du Musée de l'Europe à Bruxelles, l'historien Elie Barnavi a été ambassadeur d'Israël en France, de 2000 à 2002. Membre du mouvement 'La paix maintenant', il a également écrit plusieurs ouvrages sur l'histoire du peuple juif et de son pays. Il est donc particulièrement bien placé pour répondre à nos questions relatives au sionisme.


Comment s'est forgé le sionisme ?

Depuis la diaspora, en l'an 70 de l'ère chrétienne, il y a toujours eu dans le peuple juif une aspiration à revenir à Sion, c'est-à-dire à Jérusalem, mais le sionisme politique, en tant que tel, n'est né en Europe qu'au XIXe siècle, au moment où naquit l'idée d'Etat-nation. En cela, le sionisme ne diffère guère des mouvements nationaux qui existaient à l'époque. La seule différence, peut-être, c'est qu'il n'aurait pratiquement eu aucune chance de réussir, sans l'antisémitisme qui régnait alors un peu partout sur le vieux continent. On le voit d'ailleurs dans les statistiques, dès l'aube du XXe siècle. Il existe un courant continu d'immigration vers la Palestine, mais à chaque vague de pogroms, il gonfle sensiblement jusqu'à devenir irrésistible pendant et surtout après la seconde guerre mondiale. Paradoxalement, je pense que, sans la Shoah, il n'y aurait pas eu d'Etat d'Israël. Seule la disparition d'un tiers du peuple juif a convaincu les juifs qu'il fallait donner naissance à un état ; et a également convaincu les autres nations de cette nécessité.


Vous venez de parler de l'antisémitisme qui régnait en Europe aux XIXe et XXe siècles. En quoi diffère-t-il de l'antijudaïsme ?

Personnellement je distingue assez nettement les deux. L'antijudaïsme, c'est la haine des juifs en tant que communauté religieuse. Il ne s'agit donc pas de racisme, même s'il a pris au fil du temps une coloration de plus en plus sociale et économique. C'est toutefois avec la sécularisation de l'Occident que tout se précipite et que l'antijudaïsme chrétien cède la place à l'antisémitisme racial. Pour forcer le trait, je dirais qu'au Moyen Age, les juifs ont le nez de tout le monde et sont habillés différemment, et qu'à l'époque moderne, ils sont habillés comme tout le monde mais ont un nez différent. Or, on peut changer d'habit, mais pas de nez. L'antisémitisme, vous l'aurez compris, c'est donc la haine des juifs en tant que race.


En Europe, les antisionistes sont souvent catalogués d'antisémites. Les deux vont-ils forcément de pair ?

Non, bien sûr, même s'il arrive que ce soit le cas. Car s'il y a des antisionistes qui ne sont pas antisémites, l'inverse existe également. Il faut donc lire entre les lignes, voir ce qui se cache derrière les mots. En fait, comme l'antisémitisme est devenu culturellement et socialement inacceptable après la seconde guerre mondiale, l'antisionisme est devenu, chez certains, un moyen commode pour faire de l'antisémitisme sans le dire. Et puis, il y a des gens qui se disent antisionistes, alors qu'ils sont tout simplement opposés à la politique du gouvernement israélien. Dans ce cas il s'agit d'un usage impropre du mot. En effet, il n'est pas nécessaire d'être antisioniste pour être en désaccord avec ce qui se fait dans les territoires occupés.

Est-ce que le sionisme n'a pas parfois servi à justifier l'injustifiable ?

C'est vrai que je ne suis pas toujours d'accord avec la manière dont nous avons traité les arabes de Palestine et c'est vrai aussi que nous menons encore aujourd'hui une politique de colonisation qui est inacceptable. Mais ce n'est pas parce que des atrocités ont été commises au nom du sionisme que celui-ci doit être rejeté. Quelle idéologie peut se vanter d'avoir échappé à ce phénomène ? Que n'a-t-on pas fait au cours des siècles au nom de la révolution, de la lutte des classes, de la Nation ou de la liberté ?

Oui, mais comment expliquez-vous que de telles atrocités aient été commises en Israël, après tout ce que les juifs ont vécu ?

C'est un peu trop facile de présenter les choses comme cela. Tout d'abord, ce qui se passe actuellement en Israël n'a rien à voir avec ce qui s'est passé. Pensez seulement à ce que les Belges ont fait au Congo ou les Français en Algérie. Nous sommes très loin du compte. Ensuite, il ne faut pas oublier que les Israéliens sont des hommes et des femmes comme les autres, ni pires ni meilleurs. Il n'y a donc aucune raison d'attendre de leur part un comportement collectif parfait, surtout que leur situation est loin d'être évidente. Et puis, il ne faut pas oublier que la plupart des juifs vivent avec le sentiment que ce qu'ils ont vécu dans le passé peut encore se produire. C'est ce qu'on appelait autrefois le complexe de Massada. Enfin, je dirais que s'il y a une leçon à tirer de l'Holocauste, celle-ci est forcément universelle. Pourquoi les juifs seraient-ils les seuls concernés et devraient-ils supporter les leçons de morale de l'Europe ?


Propos recueillis par Pascal ANDR
É

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L'ÉTAT HÉBREU

60 ans d'une histoire mouvementée


Le 14 mai 1948, David Ben Gourion (debout au centre de l'image) prononce [sic] la création d'Israël. Au-dessus de lui, un portrait de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme.

En 2008, l'Etat d'Israël fêtera ses soixante années d'existence. Une existence mouvementée si l'on en juge par le nombre des guerres qui l'ont opposé à ses voisins arabes – pas moins de six -, mais aussi controversée, tant a été grand le retentissement dans l'opinion publique mondiale de la volonté expansionniste de ce pays, de sa politique du fait accompli, et de la souffrance qu'il a infligée au peuple palestinien.

L'Etat d'Israël est né de l'immigration massive de Juifs vers la Palestine depuis la fin du XIXe siècle. Alors sous mandat britannique, celle-ci fit l'objet d'un partage par l'Assemblée générale de l'ONU le 29 novembre 1947 entre les Juifs nouvellement arrivés et les Arabes palestiniens qui occupaient cette terre depuis près de 2000 ans. Il faut dire que, depuis des décennies, Juifs et Arabes se disputaient l'antique Palestine biblique. C'est ce qui poussa David Ben Gourion à proclamer unilatéralement l'Etat d'Israël le 14 mai 1948, lequel fut immédiatement reconnu par de nombreux pays du monde, principalement occidentaux.

Cela n'empêcha pas les Etats arabes de la région à [sic] lever aussitôt les armes contre ce qu'ils considéraient comme une agression colonialiste envers leur terre ancestrale. Il en résulta la première guerre israélo-arabe qui dura jusqu'en janvier 1949, et se solda par la victoire de l'Etat d'Israël, lequel étendit son territoire jusqu'à près de 76 % de la Palestine originelle. A ce moment, l'opinion publique des pays occidentaux était favorable à l'Etat hébreu, considéré comme le refuge des rescapés de la Shoah de la Seconde Guerre mondiale.

Cette guerre n'allait pas être la dernière. En 1956, prétextant la nationalisation du Canal de Suez par Nasser, alors maître de l'Egypte et idole du monde arabe, l'Etat juif attaqua son voisin avec le soutien de la France et de la Grande-Bretagne. Cette guerre-éclair, conclue par une nouvelle victoire éclatante des Israéliens, se heurta cependant au veto des Etats-Unis et de l'URSS, qui forcèrent les Occidentaux à renoncer à leurs conquêtes militaires.

Tsahal invincible ?

L'année 1967 marqua un tournant dans l'imaginaire collectif occidental. En effet, la Guerre des Six jours entre Israël, d'une part, et l'Egypte, la Syrie et la Jordanie, d'autre part, fut l'occasion de la prise de conscience dans l'opinion publique mondiale du drame vécu par la peuple palestinien, contraint à un premier exode en 1948-1949, et forcé en grande partie de quitter les 'Territoires occupés' par Israël à l'issue de ce nouveau conflit.

Désormais, à la 'guerre israélo-arabe', se substitua la 'guerre israélo-palestinienne' menée depuis lors par l'OLP (Organisation de la Libération de la Palestine) contre l'Etat hébreu. Celle-ci mena [sic] les forces israéliennes à intervenir dans la guerre civile du Liban, après que la guerre du Kippour, en octobre 1973, eut révélé la fragilité de 'Tsahal', jusqu'alors réputée invincible. De 1982 à 1985, les forces armées israéliennes se battront contre les Palestiniens retranchés à Beyrouth, sans toutefois parvenir à éliminer ceux-ci.

Des espoirs morts

La solution au problème palestinien restait introuvable. Il fallut la première guerre du Golfe, en réponse à l'invasion du Koweit par l'Irak, pour que des négociations sérieuses débutent entre Israël et les Palestiniens. Celles-ci aboutirent aux accords d'Oslo en 1993, qui devaient régler le conflit en prévoyant la création d'un Etat palestinien sur les Territoires occupés. Malheureusement, la poursuite par Israël de la colonisation de ces mêmes territoires, jointe à l'assassinat de son Premier ministre Iytshak Rabin le 4 novembre 1995, mineront ce plan de paix.

En septembre 2000, une provocation d'Ariel Sharon, 'faucon' israélien, déclencha une nouvelle révolte des jeunes Palestiniens. Depuis lors, et bien que 'Tsahal' se soit retirée de la Bande de Gaza en septembre 2005, il semble que les accords de paix nés à Oslo soient bel et bien morts. En témoigne l'offensive menée par l'armée de l'Etat hébreu contre le Hezbollah libanais – un mouvement politico-militaire antisioniste – dans le 'Pays des Cèdres' du 12 juillet au 14 août 2006, offensive qui se soldera par un échec pour 'Tsahal' et le Premier ministre actuel Ehoud Olmert. Cela convaincra-t-il l'Etat juif à [sic] conclure enfin une paix durable avec son ennemi héréditaire palestinien ? Rien n'est moins sûr...


Louis Mathoux

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UN PEUPLE, UN LIVRE, UNE TERRE

Le secret de la longévité d'Israël

Si l'Etat d'Israël fête ses soixante ans d'existence cette année, l'histoire du peuple juif, elle, remonte à plus de 4 000 ans. Un destin extraordinaire que nous explique l'historien israélien Elie Barnavi, actuellement directeur scientifique du Musée de l'Europe à Bruxelles.

Comment expliquez-vous une telle continuité à travers l'histoire ?

Si ce peuple a traversé les siècles, c'est, me semble-t-il, parce qu'il a toujours cru en sa singularité. Il a beau vivre exactement comme tous ceux qui l'environnent , toute son histoire est colorée par le sentiment très fort d'avoir été élu par Dieu, par la conviction d'avoir un destin singulier parmi les nations. Depuis l'antiquité il y a donc une volonté évidente, dans ce groupe humain, de se retrancher des autres. C'est ce que j'appelle l'ostracisme volontaire du peuple juif. Ce n'est donc pas seulement un peuple qui a été ostracisé par les autres, c'est aussi un peuple qui s'est ostracisé.

Le fait d'avoir été choisi par Dieu n'a pas été qu'une bénédiction pour le peuple juif ?

C'est exact, car se retrancher des autres a forcément un prix, et celui-ci a parfois été terrible. Mais, assez paradoxalement, il n'a pas toujours été nécessaire pour le peuple hébreu d'affirmer sa singularité et de se retrancher des autres pour être ostracisé. Les pires persécutions sont d'ailleurs arrivées au moment où les juifs n'avaient plus aucune envie de se démarquer. Au contraire, ils aspiraient à se fondre dans la société et être traités comme les autres.

Cet ostracisme est-il toujours constitutif de l'identité juive ?

En tant qu'historien je me méfie des catégories absolues et immuables. Evidemment, les choses ont beaucoup évolué ces soixante dernières années. D'abord parce que les sociétés d'accueil en Occident ont changé, mais aussi parce que le peuple juif lui-même a évolué. De fait, ce n'est pas la même chose d'avoir un Etat souverain et de ne pas en avoir. Bien sûr, il y a des permanences troublantes, comme l'hostilité de certaines nations à l'égard de l'Etat hébreu, comme si Israël était devenu en quelque sorte le juif des nations. Est-ce que ce sera comme ça jusqu'à la fin des temps ? Je n'en sais rien, mais il est clair que cela dépend en grande partie de la manière dont la situation au Proche-Orient va évoluer.

En dehors de l'élection divine, y a-t-il d'autres choses qui caractérisent le peuple juif ?

J'ai coutume de dire qu'Israël est un peuple qui s'est constitué autour d'un livre - la Bible – et qui garde en mémoire la promesse d'une terre. Sans cette triade originelle, il n'y aurait effectivement pas d'identité juive et pas non plus d'Etat d'Israël. Il est d'ailleurs étonnant que le mouvement sioniste, pourtant laïque et consciemment en rupture avec le mouvement rabbinique, ait revendiqué cette terre comme étant la sienne et ait été incapable de s'implanter ailleurs. En fait, il n'y a aucun moyen de faire une séparation nette, chez les juifs, entre ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. On peut être français et chrétien, allemand et chrétien, mais on ne peut être que juif et juif. C'est très compliqué. Notre religion étant ethnique, tribale et nationale, il est extrêmement difficile de distinguer ce qui dépend du domaine de la foi et ce qui relève du champ de l'Etat. C'est pourquoi la création d'Israël s'inscrit à la fois dans une très longue continuité et une rupture complète.

Quelles sont les frontières de la terre promise par Dieu au peuple juif ?

Il n'y a pas de frontières, car il s'agit d'une terre mythique, rêvée, fantasmée. Et si le sionisme n'avait pas matérialisé cette attente en s'implantant en Palestine, il n'y aurait pas cette discussion autour des frontières de l'Etat hébreu. C'est donc une question politique et non une question religieuse. Bien entendu, les juifs orthodoxes sont aussitôt entrés dans le débat. Pour eux, l'errance du peuple juif est une punition divine qui sera levée quand le Messie sera de retour. A leurs yeux, il n'est possible de rejoindre la terre promise que conduit par la volonté divine. D'ailleurs, les plus fanatiques d'entre eux ne reconnaissent pas l'Etat d'Israël, ils ne paient pas les impôts, ils ne servent pas [dans] l'armée... Certes, ils habitent en Israël, mais pour eux, c'est un Etat 'goy' (non juif, ndlr). Il a été créé contre la volonté divine.

Etes-vous optimiste quant à l'avenir de l'Etat d'Israël ?

Je l'étais davantage que je ne le suis aujourd'hui. Je ne vois pas très bien comment on va pouvoir s'en sortir seul. Nous avons besoin d'un coup de pouce de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis. Nous sommes dans une situation d'extrême faiblesse. La conjoncture actuelle n'est pas bonne, sauf si le monde s'en mêle de façon active, puissante et déterminée. Le problème est que tout le monde est d'accord sur ce qu'il faudrait faire, mais pas sur la manière de l'imposer. Et c'est ça que j'attends du prochain gouvernement américain, quelque chose de plus volontariste.


Propos recueillis par Pascal ANDR
É


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