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Antisionisme chrétien

« Radicalisation croissante d'Israël ? » Par Louis Mathoux
06/04/2012

 

[Le texte qui suit est repris de l'hebdomadaire catholique belge, Dimanche Express N° 14, du 8 avril 2012, p. 7 (1). Il s'étale, bien en vue, sur une (presque) pleine page. J'y réagis dans mon article intitulé « Un article partisan, dans une veine anti-israélienne chrétienne qui tend à se généraliser ». On voudra bien s'y reporter. (Menahem Macina).]

 

Ces dernières semaines, plusieurs événements se sont produits dans le cadre du contentieux israélo-arabe. Le principal est la rupture de l'Etat hébreu avec le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, suite à une résolution votée par celui-ci sur la colonisation des territoires  palestiniens. Faut-il y voir une fuite en avant du gouvernement Netanyahou ?

Depuis la Guerre des Six jours en juin 1967, Israël occupe illégalement la Cisjordanie, la bande de Gaza, Jérusalem-Est et le Golan syrien. Il pratique également une politique de colonisation systématique de ces "Territoires occupés" – excepté à Gaza – qui fait l'objet d'une condamnation (quasi) unanime de la part de la communauté internationale. Considérée par beaucoup comme le principal obstacle à un règlement pacifique du conflit proche-oriental, cette attitude israélienne fondée sur la primauté donnée à la force sur le droit ne cesse d'attiser le ressentiment et la colère de la communauté arabo-musulmane mondiale. Les divers organes des Nations Unies n'ont cessé de sanctionner l'Etat hébreu pour cette même colonisation, ainsi que pour les entorses aux droits de l'homme qui l'accompagnent. Toutefois, l'institution internationale n'avait encore jamais envoyé de représentants sur place pour constater concrètement les torts causés à la population palestinienne. C'est maintenant chose faite avec le feu vert donné ce jeudi 22 mars à la première mission d'enquête internationale indépendante sur les conséquences des colonies israéliennes sur le « territoire palestinien occupé y compris Jérusalem-Est ».

C'est le Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui a décidé cette mesure par 36 voix pour – dont la Belgique ! -, une contre - les Etats-Unis, soutien traditionnel d'Israël -, et 10 abstentions. La totalité des pays arabo-musulmans s'est exprimée en faveur de l'envoi d'une telle mission. Ce vote a aussitôt suscité une réaction indignée de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. « Ce Conseil, avec une majorité automatique hostile à Israël est hypocrite et devrait avoir honte de lui-même », a-t-il déclaré.

 

Mosquées et églises attaquées


Quoi qu'il en soit, cette décision de l'institution onusienne fait suite à deux déclarations importantes émises ces derniers temps par deux de ses plus hauts responsables. Fin février, le président de l'Assemblée générale, Nassir Abdulaziz Al-Nasser avait qualifié la situation dans les Territoires occupés d' « occupation étrangère incompatible avec la démocratie et les droits de l'homme ». Et à la mi-mars, le Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, avait une nouvelle fois dénoncé les colonies israéliennes et demandé au gouvernement Netanyahou de « cesser immédiatement de transférer sa population civile dans le territoire occupé ».

Conséquence : ce 25 mars, le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman, a annoncé que l'Etat hébreu rompait tout contact avec le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, dont il a fait remarquer que 70 % des décisions sont « hostiles à Israël ». Il a de surcroît appelé les Etats-Unis à s'en retirer eux aussi. Une décision qui témoigne sans aucun doute d'une nouvelle radicalisation israélienne et qui ne laisse pas d'inquiéter la communauté internationale à l'heure où, dans les Territoires  palestiniens occupés, les colons juifs extrémistes s'en prennent à des mosquées… mais aussi à des églises !                                   

 

Louis Mathoux


© Dimanche Express

 

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Notes de Menahem Macina

 

(1) Le meilleur contrepoison de cette intoxication médiatique est la lecture de l'article suivant : Bethléem : la vérité, c'est secondaire ? Michel Remaud. Je ne saurais trop le recommander.

(2) L'argument d'une prétendue violation de la IVème Convention de Genève, assené sans relâche à l'encontre de la politique d'implantations – réputées violer le droit international – est sans fondement juridique sérieux. Il exploite l'ignorance historique de l'opinion publique. Voici un bref résumé du sujet, emprunté à un article solide.

« Après le retrait des Britanniques de Palestine, en 1948, il y a eu vacance de souveraineté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Bien que ces régions aient été sous le contrôle respectif de la Jordanie et de l'Egypte, le monde en général (à l'exception de la Grande Bretagne et du Pakistan), et les Arabes en particulier, ne lui ont pas conféré le statut de souveraineté reconnue au niveau international. Les Palestiniens résidant dans ces régions en 1967 n'étaient pas (et ne sont toujours pas) citoyens d'un Etat dont la souveraineté sur ces territoires était reconnue. On ne leur a pas davantage reconnu l'accession au statut d'Etat, au plan international.

Du fait que la conquête de cette région par Israël ne s'est pas faite en dépossédant un pouvoir souverain, la Judée, la Samarie et Gaza ne peuvent être considérées comme des territoires occupés, ni selon le droit ordinaire international, ni selon la Convention de Genève. En revanche, elles constituent des « territoires disputés ». Le terme « occupation » est trompeur et implique qu'Israël aurait capturé ces territoires au cours d'une guerre d'agression ou de conquête, ce qui n'est pas le cas. Le fait qu'Israël ait volontairement accepté d'appliquer, dans ces territoires, les dispositions humanitaires de la Convention sur l'occupation en situation de belligérance, ne change rien à la situation.

Et même si l'on argue du fait que la IVème Convention de Genève s'applique bien en Cisjordanie et à Gaza, ses dispositions n'interdisent pas les implantations juives. L'article 49 [Section III] le prouve. Il stipule :

La Puissance occupante ne déportera ni ne transférera une partie de sa propre population civile dans les territoires qu'elle occupe.

De la totalité de l'article 49 - dont le titre complet est « Déportations, transferts, évacuations », il apparaît donc clairement que cette disposition vise les transferts forcés des civils de la puissance occupante, et a pour but de protéger la population locale d'un transfert hors du territoire occupé.

Ces conditions sont absentes dans le cas des implantations israéliennes. Le mouvement des populations vers les territoires est entièrement volontaire et les implantations sont localisées, dans leur grande majorité, au sommet de collines stériles et inhabitées (des terrains publics, ce qui est conforme à l'article 6 du Mandat), sans déplacement des populations arabes existantes – dont la plus grande partie ont plutôt quelques dizaines que quelques centaines d'années d'existence. De plus, le développement des implantations juives se maintient à l'intérieur de ce qui était originellement leurs frontières et elles n'ont jamais été autorisées, ni n'ont jamais tenté d'empiéter sur des villages palestiniens. » 

(Extrait de G. Adler, « Aspects historiques et légaux du conflit Juifs-Arabes israélo-palestinien », 24 juillet 2002. Voir aussi l'article incontournable de Dore Gold : « Des "Territoires occupés" aux "Territoires disputés" »).