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Antisionisme chrétien

Un article partisan, dans une veine anti-israélienne chrétienne qui tend à se généraliser, par Menahem Macina.
06/04/2012


(Ce qui suit est ma réaction à l'article partisan et dépréciateur de l'Etat juif, du journaliste Louis Mathoux. Il est intitulé « Radicalisation croissante d'Israël ? », et est paru dans l'hebdomadaire catholique belge, Dimanche Express N° 14, du 8 avril 2012, p. 7. On peut le consulter en ligne sur mon site debriefing.org)


La seule sourdine que met l'auteur à ses propos consiste en deux discrets points d'interrogations : l'un dans le titre, l'autre dans le « chapeau » de l'article. C'est peu dire qu'à l'instar d'une mauvaise feuille de vigne, ils cachent mal l'impudeur de ce libelle radicalement hostile à l'Etat juif et d'autant plus redoutable qu'à la mode du temps, il fonde sa critique venimeuse sur l'illégalité supposée d'une soi-disant « occupation » israélienne de la Judée-Samarie et de Jérusalem-est, et sur l'injustice et les exactions, contraires au droit humain, censées, selon lui, en être les conséquences navrantes au détriment des Palestiniens. Notre censeur est d'autant plus sûr de la justesse de sa position que « tout le monde », ou peu s'en faut, partage la même exécration de l'Etat juif, et que des instances internationales la condamnent.

N'ayant pu empêcher la création de l'Etat d'Israël, ni contribuer à sa destruction par des guerres, ni le transformer en confetti territorial par des amputations successives de la terre de ses ancêtres juifs, au profit des Arabes autochtones, réputés dépossédés de leur pays (alors que c'est eux qui l'ont conquis il y a quelque 1400 ans, et occupé depuis en toute impunité), les partisans de la totale suprématie arabe dans cette région, en général, et sur le territoire appelé aujourd'hui Palestine, en particulier, poursuivent leur action systématique de sape géopolitique et de dénigrement d'Israël devant l'opinion mondiale.

Cette offensive tous azimuts a clairement pour but de provoquer l'exaspération de la population israélienne, et de pousser ses dirigeants à prendre des mesures de nature à aggraver la détérioration de son image aux yeux de l'opinion publique. C'est ce qui vient de se produire avec la décision prise par l'Etat juif de rompre tous ses liens avec la Commission des droits de l'homme de l'Onu après que celle-ci ait décidé « d'envoyer des représentants sur place pour constater concrètement les torts causés à la population palestinienne ».

Le journaliste Louis Mathoux, auteur de l'article passé en revue ici, s'engouffre donc dans la brèche inespérée que constitue cette rupture unilatérale avec un organisme onusien, qui n'est pas dans la manière habituelle d'agir d'Israël en matière diplomatique. Il en profite pour "faire l'éducation" géopolitique de ses lecteurs catholiques dans le sens qui est « tendance » dans le monde d'aujourd'hui, et que je résume de manière lapidaire, en ces termes :

Israël est un Etat arrogant qui enfreint systématiquement le droit international et foule aux pieds les principes les plus sacrés de la justice, des droits humains et de la morale naturelle, au détriment d'une population autochtone palestinienne impuissante, dont il a envahi les terres et à laquelle il refuse non seulement un Etat qui lui soit propre, mais même l'égalité civique au sein des territoires qu'il occupe en violation du droit international. 

A la lecture d'un tel acte d'accusation, il n'est pas étonnant que le bon catholique, soucieux de justice et… de charité chrétienne, ait un haut-le-corps et se scandalise :

C'est donc cela, l'Etat d'Israël ? Et moi qui avais de lui l'image avantageuse d'un petit peuple courageux, revenu dans sa patrie ancestrale après la plus terrible hémorragie de son histoire, la Shoah ! Comment est-il possible, après ce qu'ils ont subi eux-mêmes de la part de leurs ennemis, qu'ils infligent plus ou moins le même traitement à un peuple impuissant qui est tout de même un peu chez lui, non ? Vraiment, je ne m'attendais pas à cela de leur part. La victime devenue bourreau… Au début, quand j'entendais cela, j'en étais choqué, et je n'y croyais pas, mais maintenant, depuis le temps que durent l'injuste occupation israélienne et la souffrance qu'elle cause aux Palestiniens sans défense, je commence à changer d'avis.

Ce qui précède n'est qu'un échantillon,  certes imaginaire, mais qui reflète assez bien l'état d'esprit des nouveaux convertis au philopalestinisme, nourri de sophismes, et d'arguments spécieux et rebattus, non vérifiés et non vérifiables, mais… terriblement efficaces, en termes d'image, et annonciateurs des pogroms de demain. Car, ne l'oublions pas, c'est après une décennie de diffamation systématique et d'endoctrinement à la haine par voie d'opinion publique, que les nazis ont pu exterminer les juifs, tandis que les gouvernements se taisaient et que tant d'habitants du monde (mais heureusement pas tous !) regardaient ailleurs…

Celles et ceux qui me connaissent savent que j'ai voué ma vie à susciter une prise de conscience chrétienne du tort incommensurable causé aux juifs durant près de deux millénaires. J'ai instruit cette cause, au fil de mes livres et de mes articles, durant des décennies, en me focalisant, comme beaucoup, sur la Shoah. J'étais persuadé que ces horreurs appartenaient à l'histoire, et même à un terrible accident de l'histoire. Je ne me doutais pas qu'à l'âge avancé qui est le mien, je serais témoin d'une nouvelle marche vers une autre Shoah qui prendrait la forme concrète de la haine de Sion : l'antisionisme, qui se propose d'extirper les juifs du berceau de leur peuple. Au début de cette mienne découverte, il y a une douzaine d'années, je n'y croyais pas trop moi-même, et c'est peu dire qu'autour de moi, on y croyait encore moins. Même mes amis prenaient leurs distances avec ce qu'ils considéraient comme ma « petite paranoia ». Aujourd'hui, je n'ai plus le moindre doute. C'est bien à un abandon, doublé d'une hostilité cynique des nations, qu'Israël est confronté.

« Israël, dépose ton épée », lui crie-t-on de toutes parts. Laisse-nous gérer la situation. Nous sommes là pour te protéger. Nous ne permettrons pas que t'arrive l'horreur que tu as subie jadis. Nous sommes trop civilisés pour cela. Tout ce que nous te demandons, c'est d'abandonner les rêveries, les lubies sionistes, qu'elles soient religieuses ou laïques. Non, les prétendues promesses bibliques ne se réaliseront pas, le sionisme politique avec sa politique d'apartheid ne triomphera pas de l'aspiration de tout un peuple à la prise en main de son destin national. Ta résistance obstinée va à rebours de l'histoire et risque de déclencher un conflit inexpiable, dont les conséquences sont impossibles à évaluer et qui coûtera la vie à un nombre incalculable d'êtres humains. Quant à ton obsession sécuritaire qui te pousse à lutter bec et ongles pour le moindre pouce de territoire, à l'ère des missiles, il faut t'en guérir, et vite. Ta crainte est compréhensible, certes, tu as tant souffert, tant été agressé ! Mais tout cela, c'est fini. Le monde d'aujourd'hui n'est pas celui de tes parents ni celui de tes ancêtres persécutés. Même les Arabes, dont tu as si peur, ne sont pas des croquemitaines. Tout ce qu'ils te demandent c'est de rendre à leurs légitimes propriétaires les territoires qui sont les leurs depuis tant de siècles, dont tu les as spoliés en te prévalant du fait que, jadis, ton peuple a exercé sa souveraineté sur de larges parties de la Palestine. Tout cela est révolu. Sois raisonnable. Accepte les conditions que nous négocierons pour toi, avec toi. Et, sois-en certain, PLUS JAMAIS, tu entends, PLUS JAMAIS, ton peuple ne souffrira le martyre ignominieux que tu ne cesses de te remémorer de manière obsessionnelle et contreproductive.

Tel est le chant des sirènes auquel l'Ulysse juif moderne doit résister de toutes ses forces, quitte à se faire attacher au mât du navire de l'Etat, pour ne pas céder à la tentation de mettre le cap vers l'Eden prétendu que serait « l'Etat de tous ses citoyens » (2), en Palestine, et aller se fracasser sur les récifs de l'hégémonie islamique qui renaît sous nos yeux, plus conquérante, plus intégriste, plus nationaliste, plus intraitable que jamais.


Comment comprendre qu'un organe de presse catholique, gratuit, distribué toutes boîtes – et à ce titre, susceptible d'influer sur de très nombreux lecteurs –, s'acharne à reprocher à Israël de ne pas tomber dans ce piège mortel ?


Presse chrétienne, prends garde de perdre ton âme
(3).

 

© Menahem Macina

 

(1) Ce média n'en est pas à son coup d'essai dans ce registre, tant s'en faut : voir, entre autres : Incitation à la haine d'Israël dans un hebdomadaire catholique belge ; Catholiques et diffamateurs d'un peuple dont ils ignorent tout, M. Macina ; Les 4 articles 'offerts' à Israël pour ses 60 ans, par l'hebdomadaire catholique ; Discours anti-israélien dans l'hebdomadaire catholique «Dimanche-Express».

(2) Ce slogan, créé par Azmi Bishara, fondateur, au milieu des années 1990, du parti arabe israélien, Rassemblement national patriotique, appelle à la transformation de l'Etat juif en un « Etat de tous ses citoyens » où l'appartenance nationale n'aurait plus d'importance et ne serait donc source d'aucune discrimination. Il va sans dire que les gourous du post-sionisme israélien - Uri Avneri, Shlomo Sand, pour ne citer que les plus connus – se sont ralliés avec enthousiasme à ce concept. A ma connaissance, le seul point de vue antagoniste, exprimé de manière claire et compréhensible par tout un chacun, est celui de Shmuel Trigano : « Pax Palestina ».

(3) Allusion au titre du premier numéro des Cahiers du Témoignage chrétien (novembre 1941), dont le titre était : « France, prends garde de perdre ton âme ». et qui contenait un vibrant appel à s'opposer au nazisme, au nom des valeurs chrétiennes.