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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme
Antisionisme juif et/ou israélien

Le « Mein Kampf » d'un rabbin post-sioniste qui a perdu la foi dans les promesses divines concernant son peuple
12/04/2012


Titre original : « Le rabbin David Meyer : "Il est plus que temps de réveiller Israël" »
Article repris du site de L'Humanité, 7 juin 2010

 [Qui a besoin d'ennemis de l'extérieur avec un tel ennemi de l'intérieur ? J'ai mis en rouge les passages révélateurs (et scandaleux) de cet article que je ne découvre qu'aujourd'hui. J'y reviendrai en son lieu. Qu'on ne se scandalise pas de l'évocation de "Mein Kampf", à propos de l'action de ce rabbin, c'est lui-même qui emploie cette expression... en français, pour résumer ce qu'il appelle "mon combat", à savoir, sa militance anti-israélienne. (Menahem Macina).]

 

A la fois Français et Israélien, [le rabbin D. Meyer] vit en Belgique où nous l'avons rencontré lors d'une conférence au Centre communautaire laïc juif de Bruxelles.

Bruxelles (Belgique), envoyée spéciale.


Le rabbin David Meyer a la double nationalité française et israélienne. Il est l'auteur de plusieurs livres (1) et vit aujourd'hui en Belgique. Très engagé depuis des années, il n'a eu de cesse de dénoncer la faute que représente la colonisation pour les dirigeants israéliens. Tout comme il s'est engagé contre le blocus pratiqué par Tel-Aviv à l'encontre de la bande de Gaza. Il condamne sans appel l'attaque menée contre la flottille de la paix au large de la bande de territoire palestinien et appelle la direction israélienne à « ouvrir les yeux » et à sortir de sa « bulle messianique ».


Comment réagissez-vous aux événements tragiques de la semaine dernière
?

 [*David Meyer.*] Je les trouve épouvantables. Et je pense qu'en pareil cas le rôle du religieux est de montrer à ceux de son propre camp ce qu'ils ne sont plus capables de voir. Il y a dans le monde juif et en Israël une incapacité à voir ce que cela veut dire de mettre des centaines de milliers de gens en prison pendant des années parce qu'ils ont voté Hamas. C'est ce que fait Israël dans la bande de Gaza. C'est le signe d'un échec absolu d'Israël vis-à-vis de la problématique palestinienne. C'est très grave. Les dirigeants israéliens n'ont ni excuses, ni circonstances atténuantes. On ne tue pas des civils, surtout quand on est responsable de la situation créée par le blocus. Si le monde juif ne se réveille pas, l'État d'Israël n'aura plus rien de juif et il n'aura plus aucun intérêt. La tradition juive nous apprend que l'homme doit se surpasser et rester capable de voir l'humain même dans son ennemi et dans l'ami de son ennemi. Si les juifs d'Israël n'en sont plus capables, Israël n'y survivra pas. C'est cela mon combat [d'où le titre que j'ai donné à cet article (M. Macina)] et je suis fermement décidé à le continuer.

 

C'est pour cela que vous avez signé l'appel à la raison de J-Call (2)?

[*David Meyer.*] Oui, bien que j'aie dit des choses bien plus fortes que cet appel ces dix dernières années. J'ai même dit avant les dernières élections qu'il fallait partir en dissidence face à ce que cet État est en train de devenir. Il faut appeler un chat un chat et dire qu'il y a faute morale quand on crée une injustice qui n'est pas nécessaire à votre survie. Et la colonisation n'est pas nécessaire. Signer la pétition, c'était dire cela tout en exprimant mon attachement à Israël.


Vous dites qu'Israël fait partie de votre identité, pourtant vous êtes né en France…

[*David Meyer*]. En effet, je suis né à Paris et j'y ai fait mes études. Je suis parti en Israël à l'âge de vingt-et-un ans, j'ai fait l'armée et pris la nationalité israélienne. Mais j'ai trouvé la société israélienne très déstabilisante en raison du lien entre le religieux et le politique. Non que je pense que le religieux n'a rien à dire sur le politique, au contraire. Mais ce qui m'a dérangé, c'est qu'en Israël, les plus intransigeants sont les religieux. Ils ont créé une bulle messianique qui masque le réel, qui fait faire des choses épouvantables à des gens éduqués et qui a complètement infecté le monde laïque. Pourtant, quelles que soient mes critiques, Israël fait partie de mon identité. J'ai la certitude que le seul avenir pour le judaïsme se trouve en Israël. J'ai fait mon rabbinat en Grande-Bretagne et j'ai été rabbin à Brighton
: j'y faisais 150 enterrements par an et, en quatre ans, j'ai célébré quatre mariages! C'est pareil dans toute l'Europe: il y a 70 % d'intégration de la diaspora. Donc, c'est en Israël qu'il restera des juifs et il n'y a pas de judaïsme sans juifs. Mais mon attachement n'est pas aveugle.

 

Quelle solution voyez-vous au conflit?

[*David Meyer*]. J'ai toujours pensé qu'à long terme la solution sera fédérale et binationale, mais qu'il faudrait passer par une phase temporaire à deux États, israélien et palestinien. Mon modèle était la Belgique où on vit ensemble même si on ne s'aime pas. Évidemment, ce qui s'y passe est inquiétant, car si le modèle fédéral ne marche plus ici, il n'a aucune chance de réussir là-bas.

 

Comment sortir de cette situation?

[*David Meyer*]. Il faut sortir de la bulle messianique qui écarte les gens de la réalité et du rationnel. Il faut qu'une puissance extérieure – les États-Unis en ont la capacité – force Israël à sortir de son enfermement et lui dise, comme l'a fait Carter en son temps: « Maintenant ça suffit ». J'espérais qu'Obama le ferait et je ne comprends pas ses atermoiements.

 

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin

 

(1) Dernier ouvrage paru: Le Minimum humain, de David Meyer et Jean-Marie de Bourqueney, préface d'Amin Maalouf. Éditions Lessius, 2010, 215 pages. Aux mêmes éditions en 2008: Les Versets douloureux. Bible, Évangile et Coran entre conflit et dialogue, avec Yves Simoens et Soheib Bencheikh.

(2) L'appel à la raison intitulé « J-Call » a été lancé le 3 mai [2010) depuis le Parlement européen à Bruxelles par des centaines d'intellectuels et de personnalités juives européennes attachées à Israël mais qui soulignent l'urgence, dans l'intérêt même de sa survie, de mettre fin à l'occupation et à la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-est. Les signataires estiment « dangereux l'alignement systématique des juifs sur la politique du gouvernement israélien ». On peut lire le texte sur www.jcall.eu