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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme
Antisionisme juif et/ou israélien

La paix en échange de l'apostasie ? Menahem Macina
10/05/2012

 

Remise en course de deux textes qui remontent à 8 ans, mais qui n'ont pas pris une ride, comme on le verra.

Les internautes qui connaissent mon attachement à l'unité nationale et religieuse du peuple juif, en général, et de l'Etat d'Israël, en particulier, auront compris, j'espère, que le fait de mettre en ligne des articles qui semblent précisément aller à l'encontre de mon idéal, ne vise pas à ajouter à la confusion ambiante, mais au contraire à débrider la plaie pour en exprimer le pus empoisonné. Ce n'est probablement pas un hasard si la faille idéologique qui traverse depuis longtemps en profondeur la conscience des Juifs, en Israël et dans le monde, devient plus visible - et plus douloureuse - en ces temps de séismes géopolitiques et existentiels. J'y reviendrai dans mon éditorial, qui suit l'article iconoclaste dont j'ai voulu porter le contenu à la connaissance des internautes francophones en le traduisant. Je considère de telles opinions comme dangereuses pour la cohésion et le moral de notre peuple – d'autant qu'elles sont loin d'être l'apanage de quelques intellectuels ou journalistes déjantés, mais sont, au contraire, partagées par de larges segments de la population israélienne, et gagnent du terrain chez les Juifs de Gola. C'est à ces sources délétères que s'abreuvent les Juifs qui cherchent à tout prix à se défaire de leur judéité, et - cela va sans dire - les journalistes non-Juifs qui s'imprègnent de ces conceptions qui alimentent leur anti-israélisme viscéral, avec d'autant plus d'allégresse qu'elles émanent d'Israéliens - ce qu'ils ne se privent pas de rappeler cyniquement lorsqu'ils les reprennent à leur compte. Ne serait-ce que pour cette raison, il importe que cet abcès soit débridé, d'une manière ou d'une autre.

Menahem Macina.

 

1. « Les Juifs » par opposition à « Les Israéliens », A. Golan


Haaretz, 26 octobre 2004

Original anglais : The Jews versus the Israelis.

Traduction française : Menahem Macina

 

Sur le pont qui mène de Bnei Brak, au campus de l'université de Bar-Ilan, un nouveau slogan était brandi le mois dernier: « Commandant, nous sommes Juifs. Je ne puis faire cela. »

Ce que l'auteur du slogan ne peut pas faire est clair : il ne peut procéder à l'évacuation des colonies. Mais le refus lui-même est moins intéressant que le raisonnement. Le soldat auquel fait allusion le slogan ne peut exécuter l'ordre, non parce que son cœur est brisé à la vue de familles arrachées à leurs maisons, ni même parce qu'il est convaincu, en vertu de sa conception de l'existence de membre de la droite, que l'évacuation de Gaza est une calamité. Toutes les raisons de son refus sont résumées dans l'expression prégnante: « Nous sommes Juifs ».

Cette expression est un code qui, comme dans la Diaspora pré-sioniste, différencie un Juif d'un ‘goy', et permet tout aux juifs en vertu de leur statut de victimes. C'est également le code qui a mené des communautés entières de Juifs à se séparer de la famille des nations en raison de leur foi messianique, à s'isoler dans des ghettos, à tourner le dos à la modernité et à l'humanisme, et qui les a soumises à un destin exclusif, déterminé par la volonté de Dieu, dépouillant l'homme de sa liberté de choix et de la responsabilité de son destin.

Ce n'est pas un hasard si les colons emploient le mot « Juifs » dans leur combat actuel. Ce n'est pas une bataille pour Gaza, ni une lutte pour la démocratie ou le règne du droit. Ce combat, à propos d'un désengagement unilatéral, limité et problématique, met sur le devant de la scène - comme un projecteur concentrant son faisceau aveuglant sur un seul point caché - le grand problème qui couvait sous la surface de la société et de l'Etat d'Israël depuis 1967.

Le problème, que le public laïque modéré a essayé d'esquiver de toutes les manières, est celui de l'affrontement entre judéité et israélité. Ou, pour être plus précis, entre judaïsme et sionisme. Le sionisme posait un défi au « Nous sommes Juifs », de Rabbi Avraham Shapira et de ses disciples, parce qu'il affirmait que le destin du peuple juif est un problème qui dépend de l'action de l'homme, et non de celle de Dieu. C'est précisément suivant cette ligne erronée que les rabbins orthodoxes se sont désolidarisés du sionisme. Le mouvement sioniste religieux s'est arraché du messianisme quand il a rejoint les rangs de la normalisation sioniste. Mais pas pour longtemps.

Cette conception de l'existence « juive », que les colons essayent maintenant de soutenir, définit la vie, dans le cadre d'une pensée messianique, comme étant constamment menacée de catastrophe. Dans cette ligne, les pogroms et les sévères mesures antijuives étaient la preuve permanente du destin juif. Quand cette menace de catastrophe se dissipe, ou quand apparaît une chance de dissiper cette menace – par des accords diplomatiques ou d'autres mesures de normalisation – les colons « juifs » se donnent beaucoup de mal pour la recréer, par le biais du refus, de la division nationale, en faisant sauter des mosquées [sic] et en assassinant un Premier ministre.

Le sionisme a tenté de faire revenir les Juifs dans l'histoire, c.-à-d., de les amener à un régime moderne et démocratique qui fonctionne conformément à la décision de la majorité et tient compte des circonstances changeantes. Les citoyens d'Israël, dans leur écrasante majorité, ne comprennent pas, peut-être, ce que ressentent viscéralement les colons, à savoir, que le plan peu séduisant de Sharon - comme le plan de partition, antérieur à la création de l'Etat d'Israël, le retrait du Sinaï après la campagne de 1956, et les accord d'Oslo – résonnent de l'aspiration sioniste à la normalité, à l'adoption de valeurs universelles, et au rejet réitéré de l'attitude destructive et messianique du « Nous sommes Juifs ».

Le vote du désengagement de Gaza est donc un tournant décisif pour les colons. Jusqu'en 1967, sous la menace de l'Holocauste qui a fait entrer des portions supplémentaires du peuple juif dans le wagon sioniste, le messianisme a été relégué à l'écart. La victoire et l'occupation de 1967 lui ont donné une nouvelle impulsion. Le public laïque, déconcerté, a oublié pendant longtemps que le sionisme avait toujours considéré le territoire comme un moyen de réaliser la normalisation d'un peuple errant. C'est l'inverse absolu de la conception qui confère à la terre une valeur sacrée.

Par conséquent, c'est aussi un tournant décisif pour les Israéliens. Si le « Nous sommes Juifs » l'emporte encore sur l'aspiration à une vie normale, cela signifiera que le temps est venu de la tragique reddition finale du sionisme à la folie messianique juive.

 

Avirama Golan *

 

© Haaretz


Mis en ligne le 28 octobre 2004

 

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La paix en échange de l'apostasie ? Menahem Macina


29/10/2004

En traduisant l'article délétère d'Avirama Golan (voir ci-dessus), j'annonçais la rédaction d'un éditorial consacré à « la faille idéologique qui traverse depuis longtemps en profondeur la conscience des Juifs, en Israël et dans le monde, [et qui] devient plus visible - et plus douloureuse - en ces temps de séismes géopolitiques et existentiels. » Le voici.

Malheureusement, le temps me manque pour développer comme il le mériterait ce sujet délicat, auquel il faudrait consacrer un ouvrage ad hoc. Je me limiterai donc ici à une méditation de l'histoire religieuse d'Israël. Je suis conscient de ce que sa tonalité religieuse, voire mystique, en irritera plus d'un(e), mais je la crois nécessaire parce que, à mon sens, c'est dans la relation particulière et mystérieuse qui unit le Saint-Béni-soit-il, au peuple qu'il s'est réservé en propre (‘am segullah), que réside l'incompréhension irréductible suscitée par le destin d'Israël, tant chez les non-Juifs, que chez beaucoup de Juifs eux-mêmes.

On connaît la célèbre prophétie, émise contre son gré et sur inspiration divine par le voyant païen Balaam, appelé par Balaq, roi de Moab, pour maudire Israël son ennemi :

« Oui, de la crête du rocher je le vois, du haut des collines je le regarde. Voici un peuple qui demeure à l'écart, il n'est pas mis au nombre des nations. » (Nb 23, 9).


Pendant des millénaires, les vicissitudes, souvent tragiques, de l'histoire du peuple juif ont semblé justifier cet apologue, et les anciens rabbins s'y sont référés pour expliquer le destin particulier de leur peuple. Mais il s'en faut de beaucoup que les Juifs se soient accommodés de gaîté de cœur des exégèses et spéculations de leurs dirigeants religieux. Et de fait, leur histoire est jalonnée de tentatives - limitées et toujours infructueuses, mais à la récurrence significative - en vue de devenir comme tous les peuples de la terre.

L'Ecriture témoigne éloquemment de ces tendances « assimilationnistes » (1). Dès l'Exode et malgré les signes miraculeux qui l'ont accompagné, le peuple, qui tourne depuis longtemps dans le désert, se plaint amèrement de la fadeur de la manne (cf. Nb 11, 4-5) et veut « retourner en Egypte » (cf. Nb 14, 3), ce que Dieu a solennellement proscrit (cf. Dt 17, 16).

Au VIe s. avant l'ère chrétienne, c'est sans doute pour répliquer à des récriminations analogues que Néhémie adresse des reproches tissés des mêmes réminiscences scripturaires (cf. Ne 9, 15-17) à sa communauté de « sionistes » avant la lettre, revenus de l'exil de Babylone, avec la bénédiction de Cyrus, pour reprendre possession d'une terre d'Israël que leur disputaient âprement les Samaritains.

Quelques siècles plus tard, à l'époque hellénistique, le processus s'aggrave : c'est l'apostasie, comme en témoigne ce passage du premier livre des Maccabées :

« Alors surgit d'Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant: Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d'elles, bien des maux nous sont advenus… Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l'alliance sainte pour s'associer aux nations. » (cf. I M 1, 11-15)

La Tradition aggadique juive postérieure a multiplié paraboles et exégèses pour battre en brèche cette tendance à l'assimilation, jugée néfaste et contraire au dessein de Dieu sur Son peuple. C'est ainsi que, commentant le passage de la Genèse : « et l'on vint le dire à Abram l'Hébreu [le'avram haivri] », Rabbi Judah déclare : « Le monde entier est d'un côté [me‘ever ehad] et lui [Avram] de l'autre. » Tandis que Rabbi Nehemiah affirme, pour sa part : « Il vient d'au-delà [me‘ever]... ». (2)

On ne saurait mieux illustrer le particularisme juif.

Tout au long de l'histoire mouvementée de ce peuple, on voit à l'œuvre deux tendances : l'une, centrifuge, qui pousse les Juifs à s'assimiler ; l'autre, centripète, qui rappelle à Israël que sa vocation est d'être « du côté de Dieu », comme sur « l'autre rive » de l'humanité, et donc séparé des nations non juives. Et nul doute que c'est intentionnellement et par fidélité au dessein de Dieu sur le peuple qu'Il s'est choisi, que les Sages d'Israël ont comme « corseté » les fidèles juifs dans les mailles impénétrables d'un enseignement, de normes de comportement, de pratiques cultuelles et de traditions culinaires et vestimentaires, qui ont façonné la mentalité, les comportements et jusqu'à l'aspect du juif observant, au point de le désigner immédiatement à l'attention ombrageuse de ses contemporains de toutes les époques.

Mais tout cela changea avec l'avènement de l'époque des « Lumières », à la faveur de laquelle prit consistance un mouvement nationaliste et politique connu sous le nom de sionisme. Rappelons que, dans l'esprit de ses fondateurs, à l'époque des pogromes russes et de l'affaire Dreyfus, ce mouvement de réappropriation laïcisée du vieux rêve religieux, exprimé depuis des millénaires par le souhait traditionnel : « L'an prochain à Jérusalem [re]bâtie ! », sous la forme d'une aspiration à recréer un Etat national sur la terre ancestrale, apparaissait comme la seule réponse adéquate aux violentes persécutions antisémites, auxquelles n'avaient mis un terme ni l'émancipation, ni le loyalisme national dont les Juifs avaient pourtant fait la preuve dans tous les pays où ils s'étaient, dans l'ensemble, bien intégrés. Les théoriciens de ce mouvement étaient convaincus que leur peuple devait prendre en mains son destin politique et social, au lieu de subir la loi et les avanies des nations où il n'avait été, durant de longs siècles, qu'un hôte tout juste toléré, souvent humilié, menacé, spolié, voire mis à mort, et toujours contraint de composer et de ruser pour survivre et préserver ses acquis. A leurs yeux, seul un Etat fondé par des Juifs sur une terre juive, pouvait rédimer leur peuple, responsable, par veulerie ou résignation, de son image, alors universellement répandue, d'usurier, ou de colporteur cruel et cupide.

Qui eût pu prévoir que la piètre terre lointaine, qui n'était alors l'objet d'aucune revendication nationale, et dont on n'eût jamais imaginé qu'elle serait un jour disputée au peuple qui en était issu, deviendrait un piège pour les Juifs qui, las d'être les parias des nations, avaient cru - tragique naïveté ! - recouvrer leur dignité et gagner le respect de l'humanité en devenant enfin une nation comme les autres ?

Il serait trop long de retracer ici les incessantes vicissitudes du peuple israélien, à l'existence politique duquel les Palestiniens opposent, depuis des décennies, un refus et une haine irrédentistes. Seuls les historiens pourront confirmer ou infirmer ce que j'affirme ici – conscient que j'exprime plus une intuition personnelle qu'une certitude issue d'une recherche spécialisée, qui reste à faire : le délitement de plus en plus généralisé, au sein de la société israélienne, de la conscience nationale et de l'identité juive, est en grande partie le résultat de l'usure et du découragement engendrés par la situation, apparemment sans issue, dans laquelle se débattent le peuple israélien et ses dirigeants politiques, sous la réprobation croissante et quasi universelle des nations.

Sur un point, au moins, les Palestiniens ont remporté une victoire décisive : ils ont réussi à ébranler le sentiment israélien d'être une nation juste et humaniste, à faire douter des couches de plus en plus larges de la population du bien-fondé de la réappropriation nationale de cette terre où leurs ancêtres vécurent durant plus d'un millénaire. Ils sont parvenus à culpabiliser l'un des peuples les plus sensibles et moraux de la terre, en le persuadant qu'il agit en colonisateur et en spoliateur d'un autre peuple.

Il est dur, voire insupportable, d'affronter sans cesse, et ce durant plus de quatre décennies, la réprobation d'une grande partie de l'humanité, et de ne devoir sa survie qu'au maintien d'une armée et d'un armement dont le coût grève lourdement l'économie, sans parler de la fréquence des périodes militaires que doivent effectuer les réservistes, et de l'incidence pécuniaire et psychologique négative qu'ont, sur les individus concernés et sur leurs familles, ces mobilisations à répétition.

J'ai vécu suffisamment de temps en Israël pour témoigner, à mon humble niveau, de l'épuisement moral et nerveux de nombreux Israéliens et Israéliennes, et des doutes qui les assaillent. J'ai maintes fois assisté, atterré, aux violents affrontements verbaux, voire physiques, entre religieux et laïques ; aux heurts idéologiques entre deux conceptions radicalement antithétiques de la manière de sortir de la situation de blocage mortel, consécutive à l'affrontement irréductible entre deux revendications nationales sur tout ou partie de ce malheureux pays. Je comprends le ras-le-bol de ceux qui sont prêts à renoncer à cette spécificité juive et israélienne, parce qu'elle a coûté trop cher, en vies et en qualité d'existence, au peuple qui s'en est longtemps fait une fierté. Mais je ne puis approuver ce renoncement. Et ce pour une seule et simple raison – qui sera contestée par beaucoup, Juifs comme non-Juifs, je le sais -, à savoir que, même si – ce qu'à Dieu ne plaise ! – les Israéliens jetaient le gant et acceptaient de se laisser absorber dans un Etat unique palestinien (dernier chant des sirènes politiquement correctes, plus mortel encore que les précédents), leur apostasie politique et existentielle ne les sauverait ni de la peur, ni de la menace de leurs ennemis, et surtout ne leur procurerait certainement pas la paix à laquelle ils aspirent désespérément.

Le refus, par Arafat, du processus d'Oslo et des énormes concessions territoriales et politiques subséquentes proposées par Ehud Baraq – quelles que soient les justifications apologétiques palestiniennes et pro-palestiniennes qu'avancent quantité de faux apôtres de la paix – a convaincu la quasi-totalité de la population israélienne, toutes tendances politiques confondues, que les dirigeants politiques palestiniens ne voulaient pas d'une paix négociée, et encore moins d'un partage de la souveraineté sur cette terre – qu'ils considèrent comme leur en totalité -, mais étaient farouchement déterminés à imposer à Israël une reddition politique et militaire sans condition, assortie d'une survie concédée par une absorption des Juifs dans une mer démographique arabo-musulmane – dont rien ne garantit qu'elle ne devienne, à plus ou moins longue échéance, islamo-extrémiste, avec les conséquences que l'on peut imaginer.

Au terme de cette analyse – largement insuffisante, je le confesse -, on comprendra que je récuse totalement le dilemme réducteur que tente d'accréditer, sans preuves, Avirama Golan, et selon lequel, « Si le "Nous sommes Juifs" l'emporte encore sur l'aspiration à une vie normale, cela signifiera que le temps est venu de la tragique reddition finale du sionisme à la folie messianique juive ».

En substance, ce que préconisent à leurs concitoyens ce Juif israélien et bien d'autres de même tendance, qui se glorifient de leur laïcité ‘éclairée' – à savoir, se « refaire un prépuce » et « renier l'alliance sainte pour s'associer aux nations », est la réédition moderne tragique de l'apostasie des Juifs du temps des Maccabées.

Comme ces « vauriens » de l'Israël d'alors, ils invitent tous les Juifs à les imiter dans leur démarche suicidaire, en disant : « Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d'elles, bien des maux nous sont advenus. » (I M 1, 11).

Celles et ceux qui connaissent l'histoire de notre peuple savent ce qu'il en est résulté : la persécution d'Antiochus Epiphane, qui « publia… dans tout son royaume l'ordre de n'avoir à former tous qu'un seul peuple et de renoncer chacun à ses coutumes », et fit mettre à mort, sans pitié, tous ceux et celles qui persistèrent à rester fidèles aux coutumes et traditions de leurs Pères. Il en prit ensuite moins d'un siècle et demi pour que les Romains, appelés à l'aide par les Juifs eux-mêmes afin de résister à l'hégémonie païenne des Grecs, s'installent dans le pays et y fassent régner une occupation pire encore que celle de ces derniers, qui suscita une large révolte juive, réprimée par de terribles massacres et le saccage du Temple, en 70 de notre ère, jusqu'à l'écrasement final de la rébellion, la mort de Bar Kochba, l'interdiction faite aux Juifs de se rendre à Jérusalem, la disparition de la souveraineté juive, puis l'exil et la dispersion de la quasi-totalité de la population dans les nations, jusqu'à ce jour.

Et si cette leçon d'histoire biblique ne suffit pas à dissuader les membres incroyants de ce peuple contesté de consentir à « l'apostasie » politiquement correcte de leur identité juive, à laquelle on les invite en leur faisant miroiter qu'ainsi ils échapperont à un destin fatidique, qu'ils se remémorent au moins la Shoah.

Un Juif ne change pas si facilement d'étoile, surtout pas celle dont les parents de leurs parents furent marqués et désignés à la mort, et qu'on accolera à leurs descendants, quoi que ces derniers affirment, nient ou renient.

Car ce que verront toujours leurs ennemis acharnés à les détruire, ce n'est pas ce qu'ils sont devenus, mais ce qu'ils sont de par leur origine, à savoir : des Juifs.



© Menahem Macina

 

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Notes

(1) Cf. Dt 17, 14 ; 1 S 8, 5.20 ; Ez 20, 32, etc.

(2) Tel est, en effet, le sens de l'exégèse – symbolique autant que populaire – du terme ‘ivri, accolé au nom d'Abraham en Gn 14, 13, que l'on peut lire dans le très ancien Midrash, Bereshit Rabbah, Parashah 41 (42).


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Mis en ligne le 29 octobre 2004.

Réactions d'internautes, update : 31/10/04

----- Original Message -----
From: THEMIS
To: M. Macina
Sent: Sunday, October 31, 2004 7:43 AM
Subject: La paix en échange de l'apostasie ?

Vous dénoncez l'élan dangereusement pacifiste qui s'empare de larges couches de la société israélienne et des juifs de la diaspora, usées par les conséquences d'une guerre qui, en s'éternisant, provoque la réprobation orchestrée de ceux qui les haïssent depuis des millénaires, et les haïront à jamais!

Il faut se rendre à l'évidence, vous hurlez dans le désert, parce que vous faites partie des rares personnes qui sentent le vent brûlant de l'apocalypse qui se prépare pour les juifs, quel que soit l'endroit où ils se trouvent, et peut-être plus rapidement pour les membres de la diaspora, parce qu'ils n'auront pas une armée pour contenir la violence de leurs détracteurs. En effet, le comportement de Chirac à l'égard d'Arafat est révélateur d'une inertie probable du pouvoir politique national et européen, en cas de violence aggravée et concertée à l'encontre des juifs européens.

Le juif a toujours été et restera la victime expiatoire des turpitudes du Politique - réalité qu'il occulte furieusement, aux instants les plus dangereux pour son existence.

A l'heure actuelle, il entend les sons multiples des cornes de l'hallali, mais il continue à se rassurer en se convainquant qu'il ne PEUT PLUS être le gibier recherché.

Un philosophe a dit que l'espoir est la malédiction de l'homme. J'ajouterai : et plus particulièrement du juif.

THEMIS

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----- Original Message -----
From: G.L.
To: M. Macina
Sent: Tuesday, November 02, 2004 12:23 PM
Subject: la paix en échange de l'apostasie?

Peut-être que Mr. Macina hurle dans le désert, mais j'espère qu'une caravane passera et se fera l'écho, il faut donc continuer de hurler pour ne pas rater le passage.

Je crois que c'est la peur qui paralyse le monde juif de la diaspora, qui a connu 1933-1945, une méconnaissance dans sa chair de la part du monde sépharade, et une lassitude bien compréhensible d'une partie des Israéliens.

Nous pouvons surmonter tout cela avec l'aide de l'Esprit Saint et le courage qu'il peut nous insuffler.

Il faut aussi remercier Mr. Macina de ce qu'il fait, pour qu'il ne se décourage pas.

Pourquoi aussi ne pas demander un peu plus le soutien des chrétiens ? Ils ont les mêmes commandements de Moïse, et Jésus pratiquait ces commandements-là. C'est le même Livre (le Coran n'est pas le même, c'est : UN livre).

Il ne faut pas se laisser diviser.

Dieu vous prête vie et santé longtemps !

Une catho.

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----- Original Message -----
From: vila francisco
To: menahem Macina
Sent: Monday, November 01, 2004 8:09 PM
Subject: La paix en échange de l'apostasie ?

Bonjour Menahem.

Votre texte est tout simplement remarquable. Ne voyez surtout pas dans mon appréciation le témoignage d'un de vos lecteurs inconditionnels. Tout ce que vous avez écrit est fondé. Je partage avec vous la lassitude et le découragement qu'éprouvent toutes ces hommes et ces femmes qui font face, avec un courage incroyable, à la terrible guerre qui leur est infligée. Quant à la jeunesse de ce pays qu'est Israël, elle me paraît tellement forte dans son désir de vivre et dans son identité juive. C'est à elle que je pense aussi en vous écrivant ces quelques lignes.

Je voudrais vous faire partager, à propos d'Israël, mes impressions, que vous jugerez, avec raison, irrationnelles, et de ma certitude qu'Israël vivra éternellement sans perdre son identité.

Concernant Israël, il n'y a pas de hasard à mes yeux, ni d'événements fortuits. Tout semble se dérouler selon un schéma bien établi, dont personne, ici-bas, n'a la maîtrise.

La croyance en la légitimité du peuple juif sur sa terre n'est pas seulement partagée par les juifs eux-mêmes, mais aussi par une fraction de plus en plus importante du monde libre. Cette prise de conscience lente, progressive, a vu le jour avec la création des Etats-Unis, États constitués d'une mosaïque de cultures. Ce pays [les Etats-Unis] affirme, au fil des ans, son identité, sa conscience, ses valeurs, sa culture. J'y ai vécu quelques années. Il fallait la patine du temps pour que cette nation religieuse finisse, aujourd'hui, par se ranger résolument au côté d'Israël. L'important n'est pas tant que ce soient des évangélistes, sionistes convaincus, militants dans l'âme, qui sont à l'origine de cette volonté, de ce mouvement, mais surtout le fait qu'un élan de grande ampleur, favorable à Israël, ait vu le jour dans un grand pays neuf, religieux, puissant, sans complexe, multiracial et dont la conscience n'est pas flétrie par les exactions commises contre le peuple juif.

Quant aux Nations unies, dans le processus de légitimation du peuple juif, dont le résultat a été la création d'Israël, elles ne pouvaient pas faire autrement que de reconnaître et d'approuver la création de l'État hébreu. Il fallait qu'elles le fassent, par la force des choses. C'était le prix à payer, le ‘passage obligé' pour toutes les souffrances sans nom endurées en Europe par les juifs, au cours des siècles écoulés, et pour l'horreur absolue, cette tache indélébile dans la conscience européenne, qu'est la Shoa.

Pour toutes ces raisons je reste convaincu que le schéma, que j'ai évoqué plus haut, ne changera pas, quels que soient le résultat des élections américaines et la démission manifeste de l'Europe à l'égard d'Israël au profit du monde arabe. L'autorité divine qui préside à nos destinées ne le permettrait pas. Les adultes israéliens de cette génération, qui ont vaincu la seconde Intifada, si fatigués qu'ils soient par le poids des responsabilités, accablés par toutes les souffrances qu'ils ont dû endurer, et découragés par toute la haine des dictatures qui les entourent, n'en viendront pas, je crois, par tentation ou lassitude, à échanger la paix contre l'apostasie. Les jeunes de ce pays ne le comprendraient pas et ne le toléreraient sûrement pas.

Le sionisme, comme le définit Emmanuel Brenner, que je cite : « …c'est d'abord un mouvement de sécularisation qui entend donner du judaïsme une définition qui ne soit pas exclusivement religieuse. Pourquoi ? Parce que le judaïsme n'est pas seulement une foi, mais un peuple et une nation. Cette nation est religieuse comme cette religion est nationale. Le judaïsme est à la fois "foi et nation", pas seulement foi et pas seulement nation. »

Le sionisme gardera tout son sens dans le cœur de cette jeunesse israélienne que j'ai eu le plaisir de voir récemment, et aussi dans le cœur de toutes celles et ceux qui ne supportent pas les injustices que l'on inflige à Israël et aux juifs, en général. Les non-Juifs, dont je suis, en tant que protestant réformé, seront - c'est ce que je crois - de plus en plus nombreux à le rappeler, pour soutenir Israël et lui rappeler qu'il n'est pas seul.

J'ai visité ce pays au mois de mai dernier, en compagnie de membres du Centre communautaire juif de Montpellier, pour fêter les 37 ans de la réunification de Jérusalem et les vingt ans du jumelage de Montpellier avec Tibériade. J'ai été particulièrement surpris et heureux de voir une jeunesse incroyablement enthousiaste exprimant spontanément sa joie de vivre. Ces jeunes étaient partout. Dans les rues avoisinant le Mur des Lamentations. Au pied du Mur lui-même, à deux pas du Mont du Temple. Dans Jérusalem. Cette jeunesse affichait, sans aucune réserve, son goût pour la vie et sa confiance en l'avenir, en dépit du danger avec lequel ils vivent quotidiennement. Qu'il aurait été facile pour les terroristes du Hamas ou les autres groupes de tueurs à la solde d'Arafat de tuer et de tuer encore dans une telle ambiance ! Je n'ai pas pris les mouvements de cette jeunesse pour de l'insouciance, de l'imprudence ou de l'inconscience, mais comme un acte de foi et de confiance dans les valeurs de leur pays, et aussi comme une victoire sur ceux qui n'aspirent qu'à leur éradication. Ils m'ont tout simplement fait oublier que j'étais dans un pays en guerre.

Cher Menahem, rien de ce que je viens de vous écrire ne peut être démontré. Ce ne sont que de simples sentiments et de simples supputations concernant des événements qui finiront, je l'espère, par changer le monde et le regard que nous portons sur lui. Israël vaincra et vivra dans sa foi, quoi qu'il arrive. J'en suis intimement convaincu, parce que le monde a, plus que jamais, besoin d'Israël et de toutes les valeurs qu'il représente.

Francisco Vila

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Comme il l'écrit lui-même, l'auteur du mail ci-dessus est chrétien (protestant réformé). Son témoignage n'en a que plus de poids, même si on peut le juger excessivement optimiste. En tout état de cause, il fait chaud au cœur en ces temps où l'Etat des Juifs est violemment contesté par une très grande partie de l'opinion publique internationale et un nombre important de nations, et en danger d'être abandonné à la vindicte de ses voisins, avec lesquels on le somme de vivre en paix, alors qu'eux n'aspirent qu'à le combattre et à le détruire. Comme le prophétise le Psaume 117 (vv. 6-7), en ces termes : « Mon âme a trop vécu parmi des gens qui haïssent la paix. Moi [j'aspire à la] paix, mais quand je parle, eux veulent la guerre » (ani shalom wekhi adaber hemmah lamilhamah).


Menahem Macina