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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

L'EPO (Exploitation du Proche-Orient), un produit médiatique dopant, Y. Ohana
14/05/2012


 

Texte repris du site de JSSNews, 14 mai 2012

En France, le conflit israélo-palestinien est un produit médiatique dopant qui passe au travers de tous les dépistages, de toutes les commissions de discipline, dès lors qu'on se résout à en soutenir le second lexème. A cette condition seulement, tout peut être dit, y compris mensonges et diffamations. Et tant pis pour la déontologie, la réalité factuelle, la raison, l'éthique et la morale.

Le 5 octobre 2012, le troisième et dernier débat télévisé des primaires socialistes est diffusé en direct sur France 2, animé par David Pujadas. En fin d'émission, l'écran encarté d'un logo « Débat décisif », chaque candidat se voit accorder une grosse minute de conclusion, un instant de vérité. Quelques secondes à peine, pour convaincre les français qu'ils incarnent respectivement, l'homme ou la femme à la hauteur des enjeux, des défis et échéances qui sont les nôtres pour les cinq prochaines années. Mais quand vint le tour de Martine Aubry, les millions de téléspectateurs soucieux du prix de leur baguette et de la pérennité de leur emploi, ont dû se contenter d'une déclaration d'un tout autre genre :

« Le pays des droits de l'homme, n'a pas le droit de jouer avec la morale […] Il faut retrouver le rayonnement de la France dans le monde. Vous souffrez de voir la France aujourd'hui montrée du doigt alors qu'on ne prend pas parti pour l'État Palestinien… ».

En tout état de cause, le parti pris de Martine Aubry est, quant à lui, clairement affiché. Celui de proclamer la création d'un État palestinien sans négociations préalables [tant avec] Israël, qui demande sa reconnaissance comme État juif par les autorités palestiniennes depuis plus de soixante ans, qu'avec des pays arabes, où le projet ne fait pas l'unanimité. Mais qu'importe. L'évocation partisane du conflit israélo-palestinien est une célèbre botte secrète médiatique qui fait bouillonner les communautés socioculturelles, religieuses, intellectuelles, artistiques, etc. Et qu'on ne s'aventure pas à y dénoncer la moindre intention électoraliste. Le sermon est alors digne d'une parfaite institutrice. La France est infantilisée, punie, moquée, « montrée du doigt » sur la scène internationale, pour ne pas avoir soutenu Mahmoud Abbas à l'ONU. Méthodique donc, scolaire, elle nous rappelle que, dans une bonne dissertation, la conclusion doit toujours être l'occasion d'une ouverture du sujet. Aussi, en matière de politique internationale, certaines ouvertures sont plus choisies que d'autres. Il y a des sujets d'indignation et des sujets d'indifférence.

Pour ne pas se tromper, Dominique de Villepin ne change quasiment jamais de recette. De proses en déclarations la main sur le cœur, l'homme politique qui rend le plus visite aux banlieues, est aussi celui qui leur parle le plus du Proche-Orient. C'est d'ailleurs ce que Natasha Polony et Audrey Pulvar n'ont pas manqué de lui rappeler dans l'émission « On est pas couchés » du 25 février dernier. Se confondant alors en justifications offusquées, le play-boy énarque n'a pu charmer ces dames, dont la ténacité aurait fait pâlir le couple Z&N [Zémour et Nollaud], qui succède honorablement au film de charme du dimanche soir sur M6, et dont on ne rappellera point les complaisances et les flatteries mondaines face à Tariq Ramadan (l'homme aux « moratoires » sur la lapidation des femmes ayant commis l'adultère). Comprenons bien que le chômage, la précarité et l'intégration sociale des jeunes ne sont pas des sujets marketing-ment susceptibles de faire décoller « République Solidaire » dans les sondages. En revanche, le ROI (Return On Investment [en français : rendement]) des déclarations, tantôt hostiles au gouvernement israélien, tantôt diffamatoires à propos des conditions de vie des Palestiniens, est excellent. Un certain Stéphane Hessel, dont la retraite était mince, a fait fortune [là-dessus] tout récemment. En France, le conflit israélo-palestinien est un produit médiatique dopant, qui passe au travers de tous les dépistages, de toutes les commissions de discipline, dès lors qu'on se résout à en soutenir le second lexème [palestinien]. A cette condition seulement, tout peut être dit, y compris mensonges et diffamations. Et tant pis pour la déontologie, la réalité factuelle, la raison, l'éthique et la morale.

En témoignent les récentes déclarations de deux candidates à l'élection présidentielle 2012, Nathalie Arthaud et Eva Joly, qui s'accordaient à dire, pendant la campagne, que Gaza était « un camp de concentration ». Le caractère diffamatoire de ces propos ne procure alors qu'un demi-écœurement, l'autre moitié se faisant ressentir lorsqu'on y ajoute le fait que ces mots ont été prononcés dans un pays qui a connu la collaboration avec les Nazis. On assiste, ici même – dans le pays qui enfanta Pétain, Laval et Bousquet, dans le pays qui déporta 140 000 personnes, dont 75 000 pour raisons raciales vers les camps de concentration nazis, sous le régime de Vichy –, à une banalisation quotidienne du champ lexical de la Seconde Guerre mondiale, de la Shoa, sans le moindre examen de conscience. C'est bien en France que Stéphane Hessel, le « vieil homme indigne », se livre aujourd'hui à des comparaisons nauséabondes entre le terrorisme du Hamas et la Résistance française, dénonçant l'« occupation » d'Israël, [comme] il dit, État « fasciste et colonisateur » (dans « Salut les Terriens », le 3 mars 2012). C'est bien en France, que les journalistes de L'Humanité, ou encore Edwy Plenel, chantres de l'humanisme, accusent le Président sortant de faire du « néo-pétainisme ». C'est bien en France, que Pascal Cherki, maire socialiste du XIVème arrondissement de Paris, a indirectement comparé Nicolas Sarkozy à Adolf Hitler, sur le réseau social Twitter.

Sans doute peut-on aussi rappeler à Eva Joly et Nathalie Arthaud, que depuis août 2005, Gaza est sous totale souveraineté palestinienne et a élu le parti Hamas, aux élections législatives du 26 janvier 2006 - un mouvement classé terroriste par l'Union Européenne, les États-Unis, le Canada, ou encore le Japon ; un mouvement parfois « agressif et violent » disait Stéphane Hessel chez Thierry Ardisson. Le mot compte double si l'on précise que c'est Ariel Sharon, le « diable en personne » aux yeux des militants pro-Palestiniens, qui est à l'initiative de la politique de retrait civil et militaire de Gaza. Aussi, après l'Histoire, il y a la Géographie. Il ne faut pas être expert en géopolitique pour savoir que Gaza possède une seconde frontière avec l'Égypte, qui s'est étonnamment assouplie depuis le départ de Moubarak en février dernier. Cela a vraisemblablement échappé d'ailleurs, aux activistes « non violents » et autres « organisations humanitaires » des flottilles et "flightilles" financées par l'IHH turc, aux ramifications occultes, venant au secours de l'« asphyxie ».

Non loin de là, un peu plus au nord, les Droits-de-l'Homme-istes, Joly et Arthaud, auraient pu choisir de dénoncer les conditions dans lesquelles vivent, aujourd'hui même, les Palestiniens du Liban. 500 000 Palestiniens sont répartis dans douze camps (de réels camps, cette fois) rationnés en vivres, sans liberté de circulation, sans passeport, sans protection sociale, sans accès aux élections. Au sud de Beyrouth, le camp d'Aïn El-Hiloueh compte 80 000 personnes, dont 80% vivent en dessous du seuil de pauvreté, soumis à la guerre sanglante que se livrent quotidiennement le Hamas islamiste et le Fatah laïque et nationaliste, créé, il fut un temps, par un certain Yasser Arafat (enquête exclusive du 30 mai 2010, intitulée « Les mille visages de Beyrouth »).

En outre, pendant que toutes les attentions se focalisent, une fois encore, sur le conflit israélo-palestinien, la Syrie déplore 10 000 morts et 100 000 réfugiés en seulement quelques mois d'oppression sous les chars de Bashar. Mais ni les caméras, ni les activistes « pro-paix » (qui sont aussi contre la maladie, le mauvais temps, et les pointes sèches…), ni les ténors de l'indignation sélective, ni les flottilles, ni les avions, ni les canoës, ni les mobylettes, ni les trottinettes, ni les rollers, ni les skateboards, ne semblent parvenir jusqu'à Damas.

Comment peut-on alors enseigner l'histoire de la région dans son acception la plus rigoureuse et la plus représentative sur le plan factuel ?

Comment le journalisme peut-il alors rendre compte de la complexe réalité que connaît aujourd'hui le Proche-Orient ?

Comment la France peut-elle faire respecter le Devoir de Mémoire à une jeunesse exposée aux déclarations irresponsables des élites de ce pays ?

Enfin, comment la classe politique française peut-elle espérer jouer un rôle diplomatique dans la résolution du conflit israélo-palestinien, alors qu'à ce jour, elle ne fait que céder aux tentations électoralistes de l' « Exploitation du Proche-Orient » ?

Le bilan est lourd. Journalistes et politiques dénoncent l'importation du conflit israélo-palestinien dans les banlieues françaises et les milieux communautarisés, dont ils sont en réalité les seuls vrais responsables. Journalistes et politiques accusent les communautés, juive et musulmane, françaises, la jeunesse, les banlieues et quartiers, de réagir aux événements qui se déroulent à 4 000 kilomètres d'ici, à cinq heures d'avion, alors qu'ils sont eux-mêmes les propagateurs des déclarations les plus irresponsables et les plus indignes de leur fonction, de leur profession, de leur mandat. Il faut le dire : la détestation d'Israël est devenue la norme dans ces quartiers difficiles, où l'on est incapable de situer Jérusalem ou Ramallah sur une carte. Et pourtant, le pouvoir médiatique et l'influence sur les masses, échappent à cette jeunesse et à ces quartiers.

Mohammed Merah était Français. Avant de connaître les milieux djihadistes, il a grandi en France. Comme des millions d'autres jeunes et moins jeunes, il a d'abord été éduqué par les JT montrant des enfants jeter des pierres sur des chars, par l'allégorie du faible opprimé par le fort impérialiste. Il a connu l'affaire Mohammed Al-Dura, les qualificatifs et séquences aventurés de Charles Enderlin. Il a connu le 12/14 de France 3 en 2006, sur la mort du petit Khaled (6 ans) lors d'affrontements à Naplouse en Cisjordanie, qui, avec une précipitation extravagante, laissait entendre que Tsahal avait tué cet enfant. Au même moment, le journal de TF1 livrait une version diamétralement opposée à celle de France 3, alors que des sources palestiniennes reconnaissaient la mort accidentelle du petit, tué par un tir de Kalachnikov palestinien. Il a connu les talk-shows de Franz-Olivier Giesbert, de Frédéric Taddeï, de Thierry Ardisson, où l'on installe un ambassadeur face à une lofteuse pour parler géopolitique. Il a vu Gad Elmaleh quitter le plateau lors de l'altercation Goldnadel-Mahlouthi ; il a vu ce pitre se transformer en pleutre. Il a connu la larme hollywoodienne de Juliette Binoche, les approximations judoka-esques de Djamel Bouras, les vomissements éloquents de Marc-Édouard Nabe, les convulsions déloyales de Giselle Halimi, les délires œdipiens de Rony Brauman, les fourberies de de Villepin. Il en a tant connu. Bref, il a connu le traitement du conflit israélo-palestinien dans l'espace médiatique français, trop souvent privé de la moindre déontologie. La suite, hélas, est celle qui marqua nos esprits et l'histoire de notre pays : le fanatisme, la propagande, l'antisémitisme, le terrorisme et son projet macabre, destiné, disait-il, à « venger les enfants de Gaza ».

Si le djihadisme en est la cause, les traitements politiques et journalistiques français en sont la toile de fond. Notre société compte deux catégories de personnes. Ceux qui considèrent Merah comme un monstre, et ceux qui voient en lui un héros. Voilà ce que des décennies de désinformation, de surdimensionnement obsessionnel et d'importation frénétique du conflit israélo-palestinien ont engendré dans notre pays. Ce clivage, ce climat, c'est la médaille du travail remise à certains journalistes et politiques français. Ceux-là se reconnaîtront probablement.

 

Y. Ohana – JSSNews