Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Post-sionisme
Haine de soi juive

A propos des juifs atteints de « haine d'eux-mêmes », par Isi Leibler
14/06/2012

 

Texte original בהתייחס ל"יהודים שונאי עצמם" (Behitiahes la-"yehudim soneï ‘atsmam"), en ligne sur le Blog de l'auteur, 13 juin 2012


Version anglaise « 
Concerning "Self-hating" Jews », 14 juillet 2012.


Traduction française, réalisée en prenant le meilleur des deux textes, par Menahem Macina

 

Dans un éditorial publié par le journal britannique anti-israélien, The Independent, Avraham Burg, ancien président de la Knesset et directeur de l'Agence Juive, descendant d'une famille renommée de sionistes religieux, félicite le gouvernement britannique des mesures qu'il a prises pour renforcer le boycott des produits israéliens provenant de l'autre côté de la Ligne verte ; il appelle l'Union européenne à faire de même, et ce « pour le bien d'Israël ».

Dans le passé, Burg avait appelé à l'annulation de la Loi du Retour, qu'il définissait comme étant « à l'image d'Hitler ». Il avait décrit l'Etat juif comme un « colonialisme belliciste de ghetto » et appelé les Israéliens à se faire délivrer des passeports étrangers. Il avait aussi recommandé le démantèlement de Yad Vashem et son remplacement par le nouveau siège du Tribunal pénal International [*].

Cependant, rares sont ceux qui osent qualifier cet homme – dont une partie de la famille de sa mère fut massacrée en 1929 durant les pogroms d'Hébron – de « juif atteint de haine de soi ».

Ceci parce que l'un des plus grands succès pratiques des militants d'extrême gauche est d'avoir réussi à éliminer l'expression « haine de soi juive » du vocabulaire politique juif. Ils sont encouragés par ceux de l'extrême droite qui étiquettent aveuglément tout juif critique de la politique israélienne comme étant atteint de « haine de soi ».

En recourant cyniquement à un maccartisme à rebours pour faire taire ceux qui la critiquent, l'extrême gauche est parvenue à intimider les politiciens et les auteurs en adoptant une sorte d'attitude « politiquement correcte » consistant à s'interdire de mentionner l'un des principaux facteurs qui motivent l'étrange implication juive dans la campagne de diabolisation et de dé-légitimation d'Israël.

Aujourd'hui, quiconque utilise l'expression « haine de soi » à propos de juifs est l'objet d'un jugement sommaire et d'une accusation de chauvinisme.

Pourtant une analyse objective de l'histoire juive démontre que la « haine de soi » a toujours été un élément important de la motivation des juifs qui se sont retournés contre leur peuple, et qu'elle est largement antérieure à l'existence d'Israël.

La situation actuelle a été bien résumée dans une interview récente de Howard Jacobson, récipiendaire du Prix Man Booker, très convoité, pour le roman « Le problème Finkler » qui traite de manière satirique l'antisémitisme britannique et les « juifs atteints de haine d'eux-mêmes ».

Ironie de situation : son interview par Maya Sela est parue dans l'édition Internet en anglais du quotidien israélien Ha'aretz, qui est probablement le haut lieu mondial le plus important des rodomontades de juifs diabolisateurs d'Israël.

Avec inconséquence, Jacobson abandonne sa « correction politique » en ignorant le tabou qui frappe l'expression « juifs atteints de haine d'eux-mêmes », pour évoquer les juifs qui diabolisent et délégitimisent Israël.

Il parle du

« besoin qu'ont les juifs d'être, d'une manière ou d'une autre, antijuifs. Du besoin qu'ont tant de juifs, particulièrement les intellectuels, d'exprimer leur haine ou la gêne que leur cause la judéité. La haine d'Israël n'en est que la dernière version. Les juifs faisaient cela longtemps avant l'existence de l'Etat d'Israël […] Je suppose que si vous appartenez à une minorité qui a été haïe durant si longtemps, vous commencez par absorber une partie de cela. Il serait étonnant qu'il n'en soit pas ainsi. En psychologie, on dirait qu'un enfant qui a été victime de sévices, adoptera finalement le point de vue qu'a de lui l'abuseur. Je suis certain qu'une partie des juifs le font. »

Au cours des âges, l'antisémitisme a infligé une souffrance si terrible au peuple juif, qu'il ne faut pas s'étonner qu'il engendre un certain nombre de juifs obsédés par le désir de se couper de leur peuple.

Quand on examine le comportement des apostats juifs durant le Moyen Âge, qui ont connu le déshonneur pour avoir accusé leurs frères de cérémonies sataniques, ou avoir inventé des accusations pires, telle celle de pratiquer des rites sanglants, il ne fait presque plus de doute, que ce comportement se manifesta suite à la haine de soi, en plus de l'opportunisme.

Et à l'époque de l'Emancipation apparurent des juifs universalistes qui menaient des campagnes frénétiques de diffamation de leurs frères juifs. Sur le front de la révolution socialiste du dix-neuvième siècle, en plus de la justification des pogroms comme catalyseurs de la réalisation des révolutions, la haine de soi joua incontestablement un rôle important.

Un exemple en ce sens est constitué par Karl Marx, qui appartenait à une longue lignée de rabbins, bien qu'il se soit converti au christianisme. Sa haine mortelle de soi fut à l'origine de sa brochure antisémite répugnante, « Directives concernant la question juive » (Zur Judenfrage), dans laquelle il déclare :

L'argent est le dieu jaloux d'Israël […] L'émancipation sociale des juifs est l'émancipation de la société par rapport au judaïsme.

La tradition de la « haine de soi », se retrouve chez les communistes juifs. En URSS, les membres de la Yevsektsia, section juive du bolchevisme, se distinguèrent par leur attitude plus sévère à l'égard des juifs et par la détermination dont ils firent preuve – qui furent plus grandes que celles de leurs collègues non-juifs – à détruire les synagogues et les institutions culturelles juives.

Des communistes juifs occidentaux applaudirent aux meurtres de juifs et aux crimes contre le peuple juif, perpétrés par Staline, et ils furent parmi les plus zélés défenseurs de l'empire du Mal.

En Israël, le Mapam – ancêtre du Meretz, qui s'est identifié aux communistes – s'est comporté en schizophrène en cherchant à combiner son sionisme avec son allégeance à l'Union Soviétique et son amour pour elle, même quand l'un de ses dirigeants, Mordechai Oren, fut arrêté et jugé sur accusation mensongère d'espionnage en Tchécoslovaquie.

Mais ce n'est qu'après les Accords d'Oslo – quand le parti travailliste (Mapai) s'efforçait désespérément de convaincre les Israéliens que la paix avec Arafat à la langue fourchue était possible –, que les juifs atteints de haine d'eux-mêmes sortirent en masse de l'ombre. Ils ont joué un rôle de premier plan dans les universités et atteint la responsabilité politique en infiltrant le Parti travailliste et en obtenant une couverture médiatique disproportionnée dans le quotidien israélien Ha'aretz – sur son site en langue anglaise – qui, avant d'être dominé par des post-sionistes, était considéré comme le journal intellectuel de premier plan du pays. Aujourd'hui, il promeut avec force des journalistes qui diabolisent l'Etat avec la même vigueur que leurs prédécesseurs communistes.

Parmi les Israéliens affligés de haine d'eux-mêmes, on trouve des politiques complètement psychopathes, comme l'ancien musicien israélien Gilad Atzmon, qui justifie le meurtre des juifs par les nazis, jusqu'au politicien raté Avraham Burg, qui délégitime son pays. Il y a aussi des journalistes qui ont frayé la voie au rapport Goldstone et aux accusations de crimes de guerre à l'encontre d'Israël, en diabolisant Tsahal, tout en défendant l'attitude intransigeante des Palestiniens et leur duplicité.

De plus, il y a quelques juifs de la diaspora qui font partie de mouvements, tel « les juifs contre le sionisme », en marge des communautés juives dans tous les Etats du monde, et sont à l'avant-garde de la troupe des anti-israéliens. Contrairement à Avram Burg, la plupart de ceux qui sont impliqués dans ces activités, proviennent de milieux gauchistes assimilés ou pleins d'illusions et qui ne participent pas vraiment à la vie juive.

Mais un comportement occasionnel méprisable de la part de groupes de l'extrême droite peut aussi ressortir à une manifestation de haine de soi. Ironie de situation : je me souviens très bien du défunt dirigeant du Parti National Religieux, le Dr Josef Burg, père de Avram, qui m'avouait qu'il passait des nuits blanches  à cause du souci que lui causait l'idée que des juifs habitant dans des implantations isolées "encaisseraient" la féroce hostilité dégagée par des Palestiniens qui les entourent, et la transformeraient en une forme de « haine de soi », qui pourrait se traduire par un comportement antisocial.

En résumé, « juifs atteints de haine d'eux-mêmes » est sans conteste l'expression qu'il faut utiliser  pour désigner les petits groupes de juifs qui diabolisent leur peuple. Mais il faut l'utiliser de manière extrêmement sélective, et non de manière indiscriminée, à l'encontre d'« écorchés vifs » naïfs et bien intentionnés, ou de critiques légitimes de la politique d'Israël avec lesquels nous sommes en désaccord.

 

© Isi Leibler

 

ileibler@netvision.net.il

 ------------------------

 

Note du traducteur

 

[*] En son temps, j'avais mis en ligne plusieurs réactions hostiles aux propos iconoclastes de Burg Jr. Voir : M . Macina, « "Avrom" Burg, qu'avez-vous fait là ? » ; M. Macina, « "Motsi dibat ha'aretz" : Burg dénigre la Terre d'Israël » ; « Pour l'ex-Pdt de l'Agence Juive, Avraham Burg, Israël est un Etat impérialiste » ; Jean-Pierre Bensimon, « Burg aboie… la caravane passe » ; « Abandonner le ghetto sioniste : un livre-bombe d'Avraham Burg » ; Arthur Cohn, « Burg affaiblit le combat des Juifs » ; « Quitter le ghetto sioniste ». Interview d'Avraham Burg, par Ari Shavit ; « La mémoire de la Shoah mine-t-elle Israël ? » Un débat entre Avraham Burg et Alain Finkielkraut.