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Shoah

« Écoute, Israël ! », ou ce qu'était le Juif pour Hitler, selon Rauschning
23/07/2012

  

Chapitre 39 de l'ouvrage de Hermann Rauschning, ancien chef National-Socialiste du Gouvernement de Dantzig : Hitler m'a dit. Confidences du Führer sur son plan de conquête du monde ; édition Coopération, Paris, 1939, p. 261-269.

 

Il faut partir de cette doctrine du sang, pur ou impur, pour comprendre l'antisémitisme d'Hitler. Le Juif est un principe, le principe de l'impureté et du mal. Entre l'opinion d'Hitler, celle de Julius Streicher le Pornographe, et celle du simple membre des S.S. ou des S.A., il y a sans doute beaucoup de points communs, mais il y a surtout autant de divergences. Pour la majorité de la clique dirigeante, toute la doctrine raciale n'est rien d'autre qu'une "chimère d'Adolf". Elle voit dans l'élimination des Juifs une occasion de se faire la main pour le grand chambardement révolutionnaire. Ces gangsters peuvent traiter les Juifs comme ils auraient volontiers traité la bourgeoisie tout entière. On peut dire aussi que les persécutions antisémitiques sont pour une bonne part le dérivatif d'appétits révolutionnaires sur un objectif comparativement inoffensif. Pour Streicher, et pour ceux qui pensent comme lui, l'antisémitisme n'est pas seulement une affaire commerciale de premier ordre, il est aussi la satisfaction de leurs rêves sadiques. On ne peut véritablement parler d'un antisémitisme profondément ancré dans la masse du peuple allemand. Il n'y a que des préjugés et des ressentiments superficiels. Selon mon expérience la majorité des camarades du parti n'a jamais pris au sérieux les mots d'ordre antisémites du national-socialisme. De toutes façons, personne ne s'était jamais attendu à des pogromes. Le 1er avril 1933, quand les premières persécutions méthodiques contre les Juifs commencèrent en Allemagne, je me trouvais à Dantzig où rien de semblable ne s'était passé. Quelques-uns de mes vieux camarades du parti me téléphonèrent chez moi et me dirent que si de telles atrocités se renouvelaient ou même étaient introduites à Dantzig, ils étaient décidés à quitter le parti. Ce n'est pas sous cet aspect qu'ils s'étaient représenté la rénovation de l'Allemagne.

La réaction du peuple allemand aux pogromes de l'automne de 1938 montre jusqu'où Hitler l'a mené en cinq ans et jusqu'à quel point il l'a avili. "Qu'est-ce que cela peut nous faire? Détournez les yeux si cela vous fait horreur. C'est le destin des Juifs et non le nôtre!" Telle était l'attitude des passants quand des êtres humains à peine vêtus, des vieillards, des malades, des femmes, furent pourchassés dans les rues. L'endurcissement du cœur et de la sensibilité, la peur qu'inspiraient les maîtres tout-puissants avaient fait taire les sentiments naturels d'indignation devant un tel avilissement de l'homme. Mais l'antisémitisme n'en était pas devenu plus populaire. Hitler, au contraire, a toujours cru au caractère maléfique du peuple errant. A ses yeux le Juif est tout simplement le Mal. Il en a fait le maître du monde souterrain qu'il veut détruire. Il le voit comme on voit un mythe; il grandit l'ennemi pour se grandir lui-même. Derrière cette attitude on peut découvrir un sentiment primitif de haine personnelle et de vengeance qui éclate aux yeux de chacun.

Mais qu'on cherche une explication dans la vie personnelle d'Hitler, qu'on refuse même de le considérer comme un Aryen, au sens des lois raciales de Nuremberg, l'obstination furieuse de son antisémitisme ne devient intelligible que par la transfiguration mythique du Juif en un prototype du Mal. A tout prendre, cette vue d'Hitler se soutient dans une certaine mesure. Sa doctrine ésotérique lui fait une obligation de professer à l'égard du Juif une haine métaphysique. Israël, le peuple élu du Dieu des esprits, devait fatalement être représenté comme l'ennemi mortel du nouveau peuple élu allemand, du peuple agenouillé devant la nature divinisée, devant le nouveau Baal, le Taureau de la Fécondité. Un dieu a chassé l'autre. Derrière l'antisémitisme d'Hitler se déroule véritablement une guerre des dieux. Il va sans dire qu'il est seul à voir ainsi les choses. Les hommes du parti n'ont pas eu la moindre idée des perspectives fantastiques que leurs voies de fait et bastonnades ouvrent à l'esprit torturé de leur maître.

En outre, le Juif émancipé de sa loi n'était-il pas toujours et partout le représentant de l'esprit individualiste, l'ennemi mortel du siècle à venir? N'était-il pas le prophète de la raison abhorrée, le grand-prêtre de cette science souveraine qui, d'après Hitler, a détruit la vie au lieu de la créer? Pouvait-il oublier que tout ce qu'il détestait le plus, le christianisme, la croyance au Sauveur, la morale, la conscience, la notion du péché venaient en droite ligne du judaïsme? Est-ce que dans la vie politique, le Juif n'était pas toujours du côté de l'action dissolvante et critique? Hitler ne manquait pas de raisons pour justifier sa haine. Il en était comme possédé, au point qu'il n'a jamais pu terminer une conversation sans éclater au moins une fois en imprécations contre les Juifs. Il m'a exposé un jour le fond de sa pensée.

L'antisémitisme était d'abord, à ses yeux, un excellent argument révolutionnaire. Il en avait usé fréquemment avec succès et ne manquerait pas de s'en servir autant qu'il pourrait. Il y voyait, en outre, une menace efficace à l'adresse des petits bourgeois allemands trop endormis dans leur sécurité en même temps qu'un moyen de pression sur les stupides démocraties.

 

« Mes Juifs sont les meilleurs otages dont je dispose. La propagande antisémitique est, dans tous les pays, une arme indispensable pour porter partout notre offensive politique. On verra avec quelle rapidité nous allons bouleverser les notions et les échelles de valeur du monde entier, uniquement par notre seule lutte contre le judaïsme. D'ailleurs, les Juifs sont nos meilleurs auxiliaires. Malgré leur situation exposée, ils se mêlent partout, quand ils sont pauvres, aux rangs des ennemis de l'ordre et des agitateurs, et ils apparaissent en même temps comme les détenteurs patents et jalousés de capitaux formidables. Il est donc facile de justifier la lutte contre les Juifs dans tous les pays, au moyen d'exemples populaires que tout le monde comprendra. Dès l'instant où l'on a fait pénétrer dans les cervelles le principe raciste en dévoilant les méfaits des Juifs, tout le reste s'en suit très rapidement. Pas à pas, on est alors conduit à la démolition du vieil ordre politique et économique et à se rapprocher des nouvelles idées de la politique biologique. »

« L'antisémitisme était donc, poursuivit Hitler, la pièce maîtresse de son arsenal, un moyen de propagande et de combat dont l'effet était irrésistible. C'est pourquoi il avait laissé les mains libres à Streicher. Ce Streicher faisait d'ailleurs sa campagne d'une façon très amusante et très adroite. Où allait-il chercher toutes ses idées? Hitler attendait avec une véritable impatience chaque numéro du "Stürmer". C'était, disait-il, le seul journal qu'il prît la peine de lire de la première à la dernière ligne. Mais tout cela n'était d'ailleurs qu'une préparation. Ce n'était que le commencement d'une lutte impitoyable pour la suprématie mondiale. Car c'est seulement entre ces deux forces que se déroule le combat pour la suprématie mondiale, entre les Allemands et les Juifs. Tout le reste n'est que mirages et néant. Israël se cache derrière l'Angleterre, derrière la France et derrière les États-Unis. Même lorsque nous aurons chassé le Juif d'Allemagne, il restera toujours notre ennemi mondial. »

Je lui demandai s'il fallait déduire de ses paroles que la race juive devait être totalement anéantie.

- « Non, répondit Hitler, au contraire, si le Juif n'existait pas, il nous faudrait l'inventer. On a besoin d'un ennemi visible et non pas seulement d'un ennemi invisible. » L'Église catholique ne se contentait pas, elle non plus, d'avoir le diable. Elle aussi avait besoin d'hérétiques visibles pour conserver son énergie combative. « Le Juif réside toujours en nous. Mais il est plus facile de le combattre sous sa forme corporelle que sous la forme d'un démon invisible. Le Juif était l'ennemi de l'Empire romain, il l'était même déjà de l'Égypte et de Babylone. Mais je suis le premier à entamer avec lui une guerre à mort.

D'ailleurs, les Juifs m'ont prêté dans ma lutte un concours utile. Au début de notre mouvement, un certain nombre de Juifs m'ont soutenu financièrement. Je n'avais qu'à lever le petit doigt, ils se seraient tous précipités vers ma porte. Ils reconnaissaient déjà de quel côté étaient la force et le succès. Rappelez-vous que c'est le Juif qui a inventé cette économie du mouvement perpétuel des capitaux et de leur entassement qu'on appelle le Capitalisme, cette création géniale d'un mécanisme à la fois si raffiné et si parfaitement simple et automatique. Ne nous y trompons pas, c'est une trouvaille géniale, diaboliquement géniale.

L'économie moderne est une création des Juifs. Elle est entièrement et exclusivement dominée par eux. C'est leur empire universel, qu'ils ont étendu sur tous les royaumes et tous les rois du monde. Mais à présent, ils nous trouvent en face d'eux avec notre conception de la révolution éternelle; nous sommes les rivaux intolérables qu'ils doivent détruire sous peine d'être détruits. Ne vous êtes-vous pas aperçu que le Juif est en toutes choses le contraire de l'Allemand et qu'il lui est cependant apparenté au point qu'on pourrait les prendre pour deux frères? Quand j'ai lu, il y a longtemps, les "Protocoles des Sages de Sion", j'en ai été bouleversé. Cette dissimulation dangereuse de l'ennemi, cette ubiquité! J'ai compris tout de suite qu'il fallait faire comme eux, à notre façon bien entendu. Représentez-vous ces hommes éternellement mouvants et nous-mêmes avec notre nouvelle croyance au mouvement éternel. Comme ils nous ressemblent et à d'autres égards comme ils sont différents ! Quelle lutte s'engage entre eux et nous ! L'enjeu est tout simplement la destinée du monde. »

Je demandai à Hitler s'il ne s'exagérait pas l'importance des Juifs.

- « Non, non, s'écria-t-il, le Juif n'est pas un ennemi qu'on puisse surestimer. »

 

Je lui fis remarquer que les "Protocoles des Sages de Sion" étaient une falsification manifeste. En 1920, je les avais déjà lus sur les conseils d'un certain Muller von Hausen. J'avais tout de suite reconnu qu'ils étaient apocryphes.

- « Et pourquoi pas?" s'emporta Hitler. "Que le document soit authentique ou non, au sens historique du mot, que m'importe?" La vraisemblance interne du document s'il était faux, n'était que plus convaincante "Nous devons battre le Juif avec ses propres armes. J'en ai eu la certitude après avoir lu ce livre. »

 

- « Ce sont les Protocoles qui sont au point de départ de votre lutte? »

- « Parfaitement, ils m'ont guidé jusqu'au moindre détail. J'ai appris énormément de choses dans ces Protocoles. J'ai toujours appris beaucoup de mes adversaires. J'ai étudié la technique révolutionnaire dans Lénine, Trotski et les autres marxistes. Et aussi l'Église catholique, et aussi les Francs-Maçons m'ont ouvert des aperçus que je n'aurais jamais pu trouver ailleurs. Celui qui n'apprend rien de ses ennemis est un sot. Seul l'homme faible peut craindre de perdre, à leur contact, ses propres idées. »

 

- « Vous vous êtes instruit, m'écriai-je, chez les Francs-Maçons et les Catholiques? N'avez-vous pas cherché bien loin? »

- « Au contraire, rien n'était plus près de moi J'ai surtout appris de l'Ordre des Jésuites. D'ailleurs, autant que je m'en souvienne, Lénine a fait de même. Jusqu'à présent, il n'y a jamais rien eu de plus grandiose sur la terre que l'organisation hiérarchique de l'Église catholique. J'ai transporté directement une bonne part de cette organisation dans mon propre parti. Se maintenir pendant près de deux mille ans, à travers toutes les vicissitudes, c'est quelque chose! »

 

- « Vous m'aviez dit à ce sujet, dans un autre entretien, des choses très intéressantes, je m'en souviens maintenant », remarquai-je. Mais Hitler n'avait pas besoin d'encouragement.

« L'Église catholique, continua-t-il, doit être citée en exemple, en premier lieu, pour sa tactique extraordinairement habile, pour sa connaissance des hommes, et pour son adroite adaptation des faiblesses humaines au gouvernement des croyants. Aussi, quand il s'est agi de rédiger le programme qui devait être la constitution immuable de notre parti, me suis-je inspiré de la forme que l'Église a donnée à son credo et à ses articles de foi. Elle n'y a jamais laissé toucher. Elle n'a pas cessé depuis plus de quinze siècles de repousser à chaque époque tout remaniement de ce texte vénérable dont les termes restent fixés une fois pour toutes. Elle savait qu'elle pouvait laisser juxtaposer au credo les commentaires ou interprétations les plus contradictoires. La foule des croyants n'y fait aucune objection; elle ne s'embarrasse jamais de contradictions logiques. Les fidèles ne sont troublés que par une seule chose, par la modification des textes eux-mêmes, dont chaque syllabe a pour eux une vertu magique, même lorsque ces rituels ont perdu toute valeur pratique et ne sont plus que les monuments respectables d'un lointain passé. »

 

Je m'étonnai qu'il eût pu prendre aussi quelque chose chez les Francs-Maçons.

- « Que voyez-vous là d'étonnant? Bien entendu, je ne crois pas sérieusement à la malignité diabolique des Francs-Maçons, de ces gens qui se sont embourgeoisés au cours des siècles, de cette association devenue tous les jours plus inoffensive en Allemagne, où elle n'est plus guère qu'une société de secours mutuel. Je me suis fait renseigner exactement à ce sujet. J'ai communiqué au major Buch les pièces de cette enquête et le rapport détaillé qui la résume. Les prétendues horreurs, les squelettes, les têtes de mort, les cercueils, le cérémonial mystérieux, tout cela n'est qu'un attirail de croque-mitaine. Ce qu'il y a de dangereux chez ces gens-là, c'est le secret de leur secte, et c'est justement ce que je leur ai emprunté. Ils forment une sorte d'aristocratie ecclésiastique. Ils se reconnaissent entre eux par des signes spéciaux. Ils ont développé une doctrine ésotérique qui n'est point formulée en termes logiques, mais en symboles qu'on révèle graduellement aux initiés. L'organisation hiérarchique et l'initiation par des symboles et par des rites, c'est-à-dire sans fatigue pour l'intelligence, mais par la fécondation de la fantaisie, par l'effet magique de symboles rituels: voilà ce que les Francs-Maçons ont inventé de Dangereux et de Grand, et c'est là l'exemple qu'ils m'ont fourni. Ne voyez-vous pas que notre parti doit être constitué exactement comme leur secte? Un Ordre, la hiérarchisation d'un clergé laïque. Mais il n'y a pas place dans le monde pour deux ou plusieurs organisations semblables. Ou bien nous, ou bien les Francs-Maçons, ou bien l'Église. Mais jamais deux ensemble. Cela s'exclut et l'Église catholique a compris la situation, du moins en ce qui concerne la Maçonnerie. Aujourd'hui, c'est nous qui sommes les plus forts et c'est pourquoi nous éliminerons les deux autres, l'Église et la Maçonnerie. »

 

- « Vous avez pris à l'Église son organisation hiérarchique, et à la Franc-Maçonnerie la conception d'un Ordre, avec son vœu d'obéissance, et de discrétion et avec sa doctrine ésotérique qui se manifeste dans l'initiation graduelle. Soit. Mais qu'avez-vous donc pris dans les "Protocoles des Sages de Sion?" demandai-je.

- « L'intrigue politique, la technique, la conspiration, la désagrégation révolutionnaire, l'art de déguiser, de tromper, l'organisation. Est-ce que ce n'est pas assez? »

 

Je lui accordai que c'était beaucoup.

« Mais nous n'avons parlé jusqu'ici, reprit Hitler, que du Juif, maître dans le domaine économique. Nous avons parlé de notre adversaire politique. Que représente le Juif dans la lutte plus décisive pour une nouvelle organisation du monde? »

 

Je le priai de vouloir bien m'éclairer.

 « Il ne peut pas y avoir deux peuples élus. Nous sommes le peuple de Dieu. Ces quelques mots décident de tout."

 

« Vous entendez cette proposition plutôt comme un symbole? »

- « Non, c'est la réalité toute simple et qui ne supporte même pas la discussion. Deux mondes s'affrontent! L'homme de Dieu et l'homme de Satan! Le Juif est la dérision de l'homme. Le Juif est la créature d'un autre Dieu. Il faut qu'il soit sorti d'une autre souche humaine. L'Aryen et le Juif, je les oppose l'un à l'autre et si je donne à l'un le nom d'homme, je suis obligé de donner un nom différent à l'autre. Ils sont aussi éloignés l'un de l'autre que les espèces animales de l'espèce humaine. Ce n'est pas que j'appelle le Juif un animal. Il est beaucoup plus éloigné de l'animal que nous, Aryens. C'est un être étranger à l'ordre naturel, un être hors nature."

Hitler semblait vouloir poursuivre, mais il était comme terrassé par l'étrangeté de sa vision. Les mots ne venaient plus à ses lèvres. Son visage s'était crispé. Dans son excitation, il fit claquer ses doigts: "Les... les Juifs, bégaya-t-il, c'est quelque chose de... c'est une leçon que nous n'aurons jamais fini d'apprendre."