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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Le barrage des médias à l'expression de toute opinion favorable à Israël
24/07/2012


 

[Malgré les fautes qui le déparent (mots manquants, expressions inadéquates, etc.), cet article m'a paru digne de diffusion. A quelques nuances près, je souscris à l'analyse de l'auteur. (Menahem Macina).]

Texte repris du Blog danilette.org, 24 juillet 2012

Source: Jerusalem Post, 22-28 mai 2012 (accès réservé aux inscrits).


La lettre de l'écrivain Marco Koskas refusée par les grands médias français


http://www.jpost.com/HttpHandlers/ShowImage.ashx?ID=194456

Photo by: © DR

 

Quand j'ai publié mon premier livre, en 1979, les Juifs étaient à la mode. Il y avait une production éditoriale très importante sur les thèmes juifs, on découvrait Lévinas et Jankélévitch, et le jeune roman juif commençait à prendre son essor ; le roman séfarade, s'entend. Ce roman-là se différenciait de la littérature ashkénaze en ce qu'il n'était pas marqué par la Shoah. A l'époque, les médias et la critique firent bon accueil à cette production aux senteurs d'anisette et de jasmin. J'avais été récompensé par plusieurs prix, tout comme mes camarades Gilles Benaych, Paula Jacques ou Chochana Boukhobza. Nostalgique, sensuelle, un peu burlesque aussi, cette prose frappait les esprits par la jeunesse de ses auteurs, qui n'avaient connu leurs pays d'origine que le temps d'une enfance ; par ouï-dire en fait.

Mais si cette littérature s'était soudain mise à éclore, c'est aussi parce que nulle part dans l'histoire officielle de la décolonisation, la déjudaïsation des pays arabes n'avait même été évoquée. Les écrivains sépharades compensèrent ainsi les lacunes et les "oublis" pudiques" des historiens. Nous nous étions mis à écrire pour que cette "négligence" ne nous fasse pas tomber pas dans l'oubli. Ou la littérature pour réparer les errements de l'historiographie.

Trente ans plus tard, le phénomène exactement inverse est en train de se produire. Si l'on peut encore être publié en tant qu'auteur juif en France, c'est seulement à certaines conditions. D'abord se déclarer clairement anti-israélien, tout au moins critique à l'égard d'Israël. Les nouveaux stéréotypes médiatiques, systématiquement hostiles à l'État juif, ont sonné le glas de l'époque précédente. La victimologie palestinienne y est sans doute pour quelque chose, et l'accroissement exponentiel de la population musulmane en France également. Sans conteste, par son importance, la clientèle arabe locale dicte aux médias français d'autres priorités.

En tous cas quelque chose a changé ; quelque chose d'inquiétant aujourd'hui et de probablement terrifiant demain. La mode actuelle est à la banalisation d'un Tariq Ramadan, pourtant adepte de la lapidation et de la charia ; à la glorification des criminels du Hamas par un vieillard faussement angélique comme Monsieur Hessel ; à la condamnation obsessionnelle de la démocratie israélienne.

 

Passer le barrage médiatique

Deuxième condition pour être écrivain juif en France aujourd'hui: n'avoir aucune pratique religieuse. En somme être juif d'origine et seulement d'origine. Comme les premiers chrétiens, ou comme les marranes. Mais qu'est-ce que cela veut dire "être juif" si l'on n'a ni foi en la Torah ni amour de l'État d'Israël ? En quoi ça consiste alors ?

Si je suis encore publié par un grand éditeur français, je n'ai pourtant aucune chance de passer le barrage médiatique, en raison de mes positions pro-israéliennes. Aucune antenne ne me sera ouverte pour dire que j'ai quitté la France parce que mon fils ne peut pas marcher dans les rues avec une kippa sur la tête, sans risquer de se faire agresser. Mon fils a ses raisons, et elles sont religieuses ; les miennes sont politiques. Nos raisons ne sont pas semblables mais elles nous ont menés à la même conclusion : nous avons plié bagages.

II y a 50 ans déjà, ma famille ainsi qu'un million d'autres Juifs avaient dû quitter les pays arabes où ils vivaient pourtant depuis des siècles, faute de pouvoir dire leur amour pour Israël. Jamais les historiens n'ont pris la peine de se pencher sur cet exode massif, et ses raisons profondes.

Tout le monde a fait comme s'il était logique pour les Juifs, peut-être même normal, d'être chassés en masse de chez eux au seul prétexte que les pays où ils vivaient étaient désormais dirigés par des nationalistes arabes. Il s'agissait pourtant d'une véritable épuration ethnique, mais elle ne porta jamais ce nom ; elle n'eut jamais non plus l'écho que donnèrent à leur exode les 250 000 Palestiniens qui quittèrent la Palestine en 1948.

II y a pourtant un parallèle évident entre ces deux situations. Or, ce parallèle a été occulté par les historiens, et continue de l'être par les médias aujourd'hui. Mon travail est de le faire entendre, de le rabâcher s'il le faut, puisque c'est un parallèle indéniable. Mais si je n'ai pas le droit de faire entendre ce son de cloche, que me reste-t-il comme autre alternative que l'exil ? Aucune loi ne m'interdit de passer à la télé en tant que Juif pro-israélien, heureusement. Mais dans les faits, c'est tout comme.

 

Israël, mon amour

J'ai un peu réfléchi à cette question, et je me suis résigné à penser que la culpabilité postcoloniale à l'égard des Arabes, devait avoir refaçonné l'imaginaire collectif, donc le regard des médias. On se souvient sans doute que l'hostilité française pour Israël, commence avec la fameuse phrase-culte de De Gaulle sur le « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ». Phrase prononcée en 1967, c'est-à-dire à la fin de la décolonisation, au moment où va avoir lieu la guerre des Six-Jours [1].

Ce n'est pas un hasard si De Gaulle devient hostile à son ancien allié israélien après l'achèvement de la décolonisation. Deux représentations du peuple juif se succédèrent alors dans l'imaginaire gaulliste : la victime du nazisme est devenue un guerrier triomphant.

Du même coup, les interdits qu'a créés la Shoah s'avèrent trop contraignants, comme s'ils avaient empêché un certain antisémitisme cérébral de s'exprimer librement depuis la Libération ; comme si enfin, il était urgent de se défausser de sa culpabilité coloniale sur l'Etat d'Israël, aux prises, lui aussi, avec d'acerbes nationalismes arabes.

Peu à peu le sionisme est ainsi devenu, non pas la seule utopie du XIXe siècle qui ait produit de la démocratie et des richesses, mais un gros mot.

L'Intifada, puis l'opération « Plomb durci » contre Gaza, ont achevé ce reconditionnement, et nous voici au terme d'un processus qui pourrait aller – qui sait ? – jusqu'à la déjudaïsation de la France, ou la rupture des relations diplomatiques entre la France et Israël. Certains manuels scolaires sont déjà contaminés par l'hostilité "gaullo-hesselienne" à l'égard de l'État juif, et la gauche gâteuse use systématiquement des termes infamants comme « apartheid », à l'égard d'Israël, dès qu'un problème surgit entre Netanyahou et l'Autorité palestinienne.

Chaque jour apporte son eau de Vichy au moulin de l'antisémitisme ordinaire, plus ou moins maquillé en israélo-phobie. Or, peu ou prou, tous les Juifs aiment Israël. Bien sûr, c'est un amour plus ou moins critique mais c'est de l'amour quand même, et l'amour ça ne s'explique pas.

C'est justement cet amour qui posera problème en France dans les temps à venir. Si je veux pouvoir dire mon amour, ou même ma tendresse, pour ce pays fascinant, il ne me restera que les réseaux sociaux ou la presse communautaire la plus confidentielle pour m'exprimer. N'ayant pas accès aux grands médias [2], les éditeurs pourront également me tourner le dos faute de pouvoir faire connaître mes livres.

On me rétorquera que plein de Juifs ont des positions-clé dans les médias et que ma prédiction n'est qu'un pur fantasme. N'empêche que les médias sont systématiquement anti-israéliens, même avec des juifs à leur tête. C'est sans doute [parce] que la "marranisation" des esprits est en marche.

 

© Jerusalem Post

 

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Note de Menahem Macina

 

[1] En fait, cette boutade agressive a été émise par le Général plusieurs mois après la Guerre des Six-Jours, lors d'une conférence de presse du 27 novembre 1967. Voir le document INA, en ligne.

[2] Tournure stylistique maladroite: ce que l'auteur veut dire c'est que, du fait qu'il n'aura plus accès aux médias, les éditeurs hésiteront à publier ses écrits.