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Judaïsme

Allemagne : la compensation fatale : la circoncision dans le regard allemand, par Shmuel Trigano
28/08/2012

 
Circoncision_Giovanni_Belli-d5e9b 

 

Chroniques d'été 2012 de Shmuel Trigano


La réalité est ironique. Ce sont les Allemands, dont l'histoire récente est lourde de la responsabilité d'un génocide, qui font la morale aux descendants de leurs anciennes victimes. On ne peut s'empêcher de voir dans leur vertueux jugement, puisqu'il s'agit de droit, une compensation psychique qui vise à les déculpabiliser. Mais ce travers moral nous aide aussi à comprendre quelque chose de plus enfoui. C'est au fond la même volonté de « pureté », la même conviction « morale » qui a mû les Nazis, qui cherchaient à éradiquer ceux qu'ils comparaient à des poux et à des rats.

Le langage ne ment pas. Deux types d'arguments contre la circoncision ont été évoqués par les instances allemandes : la violence qu'elle représenterait et le fait de l'imposer d'office à un enfant en le privant ainsi de sa capacité de choix ultérieure.

En juin le tribunal de grande instance de Cologne a rendu publique une décision selon laquelle l'ablation du prépuce pour motif religieux relevait de coups et blessures volontaires, et était donc passible de poursuites pénales.

En août, le Comité d'éthique allemand déclare que la circoncision devrait être autorisée mais à condition qu'il y ait eu une information des parents, qu'ils soient tous les deux d'accord, qu'il y ait un traitement de la douleur et que la circoncision soit réalisée par un spécialiste.

Ces arguments nécessiteraient chacun une étude approfondie et les Allemands tombent mal avec des Juifs rompus à la dialectique talmudique ainsi qu'à la psychanalyse. Il faut d'abord rappeler que, dans le judaïsme, cet acte intervient à l'âge de 8 jours et non entre 8 et 14 ans comme chez les musulmans, ce qui est fondamentalement différent sur le plan de l'expérience et des conséquences.

Si l'on poussait jusqu'à l'absurde l'hygiénisme et le purisme des Allemands (que l'on retrouve aussi chez les Scandinaves), on pourrait faire remarquer à ces grands moralistes qu'il vaudrait mieux aussi que les enfants ne naissent pas, c'est à dire qu'ils ne sortent jamais du ventre de leur mère, ce qui représente une expérience d'une très grande violence. L'enfant une fois expulsé et tiré avec force de son ventre (à moins qu'on ne l'ouvre s'il faut pratiquer une césarienne) reçoit pour la première fois dans ses poumons un air qui le brûle comme un incendie. Il lance alors son cri pour la première fois, expression de douleur, pourtant considérée par le corps médical comme un très bon signe de vie.

Il faudrait aussi interdire de couper le cordon ombilical, un organe qui relie le bébé à la vie et qui représente une ablation violente : on cisaille la chair à vif. La naissance en général aussi est sanguinolente. Tout accouchement verse du sang…

La remarque allemande est au fond ennemie de la vie. Et la vie comporte une violence intrinsèque que l'homme doit apprendre non à nier mais à canaliser. La circoncision, justement, reprend la violence natale pour la maîtriser et l'humaniser. C'est peut-être ce qui évite justement le penchant ultérieur au génocide…

Quant au fait d'imposer à l'enfant un choix sur lequel il ne peut se prononcer, ce qui serait répréhensible de la part des parents, il faudrait tout de même faire comprendre aux Allemands que naître dans une famille allemande, avec l'héritage que l'on sait, pourrait aussi être considéré comme l'imposition d'un destin non choisi à des enfants qui ne l'ont pas demandé.

Devrait-on attendre 18 ans pour que les enfants allemands décident de choisir s'ils seront Allemands ou Turcs, ou quoi que ce soit d'autre, et donc, durant ces 18 ans, éviter de leur inculquer toute identité, culture et langue allemandes, afin qu'ils choisissent en connaissance de cause et ne tombent pas dans une culture qui a conçu le génocide, avec tout ce que cela entraîne comme problèmes identitaires.

Je dis sans ambages des choses dures mais la gravité de l'attaque le justifie.

S'il faut jouer au plus fin, on nous trouvera. C'est aussi pour souligner l'absurdité qui inspire les jugements allemands sur la circoncision quand on pousse leur logique jusqu'au bout. Au point que l'on se demande s'ils ne sont pas un prétexte, sans doute inconscient, à une autre motivation.

Comme en France l'attaque symbolique ou réelle lancée sur le judaïsme et les Juifs est en fait une attaque contre l'islam, dont les auteurs n'ont pas le courage parce qu'ils en ont peur et que cela enfreint le politiquement correct.

Au contraire, il n'y a rien à craindre des Juifs d'autant que les mettre en premier sur la sellette constitue une justification de l'impartialité de la décision que l'on veut appliquer à l'islam. Les Juifs sont donc mis en question pour que les musulmans le soient.

Sinon, on ne comprend pas la raison de ce tournant subit envers eux… De ce point de vue et pour toutes sortes de raisons, le facteur islamique constitue un facteur aggravant pour la condition du judaïsme en Europe ; et le cercle de l'ironie est clos lorsque les instances juives s'abritent derrière lui, infiniment plus puissant politiquement mais hostile à leur encontre, pour défendre leurs positions…

 

© Israël Flash

 

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