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La fin du processus d'Oslo, par le professeur Mordechai Kedar
30/09/2012


Article repris du Blog de Danilette, 30 septembre 2012

 

[La supériorité de M. Kedar sur la majorité des commentateurs politiques spécialisés dans les affaires du Moyen-Orient, réside en ce qu'il est spécialiste de la culture et des mentalités arabes. Malheureusement, l'inculture est telle en ce domaine, qu'il est à craindre que très peu de gens soient capables de comprendre la pertinence de cette analyse. C'est la seule du genre, à ma connaissance, à réintroduire, dans l'appréciation de la situation politique de cette région, le facteur tribal, qui fut très longtemps –– et est encore dans maintes régions d'Orient, l'un des fondements essentiels de la société arabe. (Menahem Macina).]


Récemment, il semble que le printemps arabe soit arrivé jusqu'en Judée Samarie lorsque des manifestations violentes ont éclaté pour protester contre la hausse du prix du gaz et de la nourriture. Les responsables de l'Autorité Palestinienne ont accusé Israël d'être responsable de tous leurs maux. Peut-il en être autrement ? Ils ont désigné la source du problème : le protocole de Paris qui lie l'économie des territoires palestiniens à l'économie israélienne, à la devise israélienne et au cadre fiscal israélien et donc également aux prix en vigueur en Israël. Leur conclusion est que l'économie palestinienne doit se détacher de l'économie israélienne pour devenir indépendante. Cette demande a été soutenue par plusieurs organismes internationaux qui ont conclu presque unanimement que « l'occupation étranglait l'économie palestinienne ».

Pourtant la situation est beaucoup plus complexe parce que l'économie est seulement le symptôme de la maladie, son résultat mais non pas la cause du problème réel.

Le vrai problème est l'échec du projet palestinien d'établir un peuple palestinien unique, uni, partageant une identité nationale sur laquelle on puisse établir un cadre civil pour une économie et une administration indépendante légitime. Les accords d'Oslo ont fait venir un groupe de réfugiés qui, majoritairement, ne sont pas natifs de la région (Mahmoud Abbas est né à Safed) et n'ont jamais été acceptés en Judée Samarie par les Arabes locaux.

Ce sont les « architectes d'Oslo », avec à leur tête Shimon Peres, qui ont importé ces étrangers et leur ont confié le contrôle de la population locale alors qu'ils étaient dépourvus de toute légitimité pour gouverner. Peut-être que Yasser Arafat – qui est né en Égypte – possédait l'aura d'un symbole national mais ce n'est pas le cas de ses successeurs. Il était un leader, eux sont des politiciens

L'objectif d'Oslo, du point de vue d'Israël était – comme l'avait dit feu Itzhak Rabin – que « le Fatah (OLP) s'occuperait du Hamas sans entrave de la Cour suprême ni de Be'tselem [1] », en clair que l'OLP ferait pour Israël le travail sécuritaire et serait son partenaire.

Arafat et ses successeurs n'ont jamais eu cette intention parce que le mouvement Hamas est composé d'habitants locaux, en particulier dans la bande de Gaza et cela aurait provoqué un soulèvement de toute la population. Ainsi l'OLP a joué au jeu des portes battantes : elle arrêtait quelques activistes en sauvant les apparences pour Israël, et les libérait quelques jours plus tard. C'est ainsi que l'Autorité Palestinienne et son appareil sécuritaire n'ont jamais combattu sérieusement le terrorisme et durant une longue période ont même été engagés activement dans des activités terroristes. Cela a conduit au renforcement du mouvement Hamas qui s'est développé et qui aujourd'hui contrôle la bande de Gaza.


Les problèmes non résolus

Une autre caractéristique fondamentale et négative des accords d'Oslo, c'est le fait que ces accords laissent le règlement des problèmes essentiels pour la phase finale des accords : les frontières, les localités juives de Judée-Samarie, Jérusalem, les réfugiés, l'eau, les arrangements de sécurité et autres sujets, tout cela ayant été laissé pour la phase des négociations qui devait avoir lieu dans les cinq ans (la période intérimaire). Les architectes d'Oslo pensaient naïvement que dans une période de cinq ans, les deux parties seraient en mesure de parvenir à un accord sur le statut final.

Le grand échec des concepteurs d'Oslo, c'est qu'ils n'ont pas prévu ce qui se passerait si les deux parties n'arrivaient pas à un accord final. Est-ce que les accords devraient expirer, est-ce que tout ce qui avait été stipulé dans ces accords serait annulé ? Est-ce que chaque partie serait libre de faire ce que bon lui semble ? Rien n'a été prévu sur ce point et c'est une négligence criminelle parce que les clauses de rupture doivent être spécifiées : dans un contrat de location, si le locataire ne paye pas le loyer, l'accord prévoit ce qui se passe et comment le contrat est rompu. Un accord sans aucune clause de rupture comme c'est le cas des Accords d'Oslo ne vaut même pas l'encre avec laquelle il a été écrit.

Depuis que la période intérimaire de cinq ans s'est achevée en juillet 1999 sans accord sur le statut final, les accords d'Oslo sont suspendus dans l'air et sont sujets aux interprétations de chacune des parties : les Palestiniens affirment que c'est leur droit de déclarer unilatéralement un État malgré l'opposition d'Israël et Israël est en désaccord avec cette interprétation. Les Palestiniens ont commencé une course vers la reconnaissance internationale et Israël, tout en grinçant des dents, ne fait rien pour l'empêcher. L'Autorité Palestinienne combat Israël dans chaque organisation internationale et Israël n'y prête pas plus attention qu'au bruit de la pluie qui tombe, alors que l'A.P. continue ses exhortations anti-israéliennes sauvages en s'efforçant de saper la légitimité de l'État d'Israël en tant qu'État du peuple juif.

Si un État palestinien est établi en Judée Samarie, il continuera à être hostile à Israël, et ce n'est pas parce que celui-ci ne permettra pas aux réfugiés de 1948 de retourner à Jaffa et Netanya. Un tel état pourrait devenir un état du Hamas dans un court laps de temps après sa création, par le biais d'élections, comme cela a déjà eu lieu en janvier 2006, ou au moyen d'une prise de contrôle violente, comme cela s'est produit à Gaza en juin 2007. Est-ce que quelqu'un dans le monde est capable de garantir que ce scénario ne se produira pas ? Quelqu'un peut-il empêcher un pacte de défense mutuelle avec l'Iran [2] par exemple ?

Le groupe qui contrôle l'Autorité Palestinienne ne constitue pas un leadership authentique; par conséquent, il est tout à fait possible que le Hamas, qui est un mouvement local, s'empare du pouvoir et renverse l'Autorité Palestinienne peu de temps après son indépendance. La question qui se pose à Israël et au monde est celle-ci : pourquoi devrions-nous prêter main forte à un tel développement ? Est-ce qu'Israël pourra continuer à fonctionner comme État quand les Qassams, les missiles Grad et les Katiouchas du Hamas tomberont sur Tel-Aviv, Ramat Gan, Petah Tikvah, Raanana, Kfar Saba, Netanya, Hadera, Afula et Haïfa, sans oublier l'aéroport Ben Gourion, comme cela s'est produit [et continue de se produire] pendant des années sur Sdérot, Ashkelon et toute la zone entourant Gaza ? Et si nous nous défendons contre les missiles, n'y aura-t-il pas un autre Goldstone pour nous attendre au tournant ?

Il est clair que l'Autorité Palestinienne n'existe que grâce à trois choses : l'armée israélienne qui la protège et combat ses opposants, les financements que le monde transfère à l'Autorité Palestinienne, indispensables à sa survie, et le traité économique avec Israël. Sans ces trois composantes, l'Autorité Palestinienne s'effondrerait en un jour, aussi vite qu'un ballon se dégonfle quand il est percé. L'opinion publique arabe s'identifie à l'Autorité Palestinienne tant que cela s'avère économiquement utile, et elle s'en débarrassera aussi vite dès qu'elle cessera d'être une agence pour l'emploi et le plus grand pourvoyeur d'emplois.


La vraie solution

Les Arabes de Judée-Samarie restent fondamentalement fidèles à leur clan et à leur tribu plutôt qu'à leur ethos national arabe ou au narratif palestinien. En cela ils ne diffèrent pas des autres habitants du « Machrek » (Orient) : la Jordanie, la Syrie, l'Irak et le Liban. Chaque fois que les policiers palestiniens tentent d'intervenir dans des conflits familiaux, ils sont chassés « parce qu'ils ne sont pas de chez nous ». Les grandes familles exercent un contrôle bien plus important dans les villes que les organisations sécuritaires de l'Autorité Palestinienne; il est donc important de s'appuyer sur elles pour tout arrangement futur. Contrairement aux politiciens corrompus de l'Autorité Palestinienne, les chefs de clans sont des chefs légitimes, acceptés et souhaités, et donc ils réussiront précisément là où l'Autorité Palestinienne a échoué : à conquérir le cœur du public et à être acceptés comme des dirigeants naturels.

Pour cette raison, Israël doit encourager les dirigeants locaux authentiques des villes à établir des cadres étatiques, autonomes tels que des émirats, selon les divisions sociologiques connues : à Hébron, les familles Jabbari, Qasmi, Natche, Abou Snina et Tamimi, qui ont su fonctionner les unes avec les autres pendant des centaines d'années, et dont l'autorité locale est acceptée puisque c'est celle du clan Jabari. À Naplouse, la famille Al-Masri pourrait être à la tête d'une coalition locale avec les familles Tuqan et Shakah, et la même chose dans toutes les autres villes arabes de Judée-Samarie : Jéricho, Ramallah, Tulkarem, Qalqilya et Jénine. Israël devra garder le contrôle des zones rurales entre les villes pour s'assurer que les montagnes ne deviennent pas les montagnes du Hamas avec des rampes de lancement de missiles creusées dans la roche comme elles le sont dans le Sud-Liban.

Le fait que ces émirats palestiniens dans les villes seront basés sur la sociologie locale et sur les dirigeants locaux et non sur le contrôle illégitime qu'Israël a importé, permettra à ces émirats une stabilité sociale et donc également une stabilité politique et une stabilité économique. Ces émirats vivront en paix les uns avec les autres parce qu'ils seront séparés ; chacun fera face à ses propres problèmes sans s'occuper de ceux des autres. Ce modèle est le seul qui puisse exister au Moyen-Orient. Les problèmes des autres pays de la région proviennent principalement du fait que des groupes qui sont différents les uns des autres et hostiles les uns aux autres ont été forcés à vivre ensemble. La plupart des régimes du Moyen-Orient sont des dictatures à cause du fait que la majorité de la population les considère comme illégitimes.

Le temps est venu pour Israël de démanteler le cadre artificiel et illégitime appelé « Autorité Palestinienne », et de créer sur ses ruines huit émirats, celui de la bande de Gaza - qui existe bel et bien depuis cinq ans déjà - et les autres dans les sept villes de Judée-Samarie. Israël devrait annexer les zones rurales et offrir la citoyenneté aux villageois. Du point de vue démographique, cette solution ne pose pas de problème ; d'un point de vue sécuritaire, c'est une condition nécessaire pour qu'Israël puisse exister dans ce Moyen-Orient si dynamique et instable dans lequel les traités ne sont pas respectés. La Jordanie risque de se diviser pour former un État palestinien et un État bédouin, l'Égypte s'islamise de plus en plus, la Syrie se désintègre et devient un État terroriste et le Liban risque de tomber entièrement sous le contrôle du Hezbollah. Un retour aux lignes d'armistice de 1949 impliquant l'abandon de la vallée du Jourdain et le retrait de la zone de crêtes montagneuses serait suicidaire pour Israël.

Il faut espérer que nos dirigeants verront et privilégieront l'intérêt d'Israël à long terme à un calme superficiel et artificiel, qu'Israël achète en le sous-traitant à l'Autorité Palestinienne au prix de centaines de millions de shekels et de dollars. La reconnaissance internationale d'un État palestinien risque de perpétuer le désastre d'Oslo et il sera très difficile de faire face à un tel état après qu'il aura été déclaré et reconnu. Il n'est pas trop tard pour empêcher l'établissement de l'État du Hamas N° 2, cette fois en Judée-Samarie ; chaque jour qui passe sans qu'Israël démantèle l'Autorité Palestinienne nous rapproche d'une situation des plus difficiles : la menace existentielle réelle d'un État du Hamas sur la Judée-Samarie.


Puissions-nous tous avoir une bonne année et être inscrits dans le livre de la vie.

Hatima tova ve-Chana tova


© Mordechai Kedar

 

Traduit de l'hébreu par Danilette

 

Notes de la traductrice :


[1] ONG pro-palestinienne.

[2] Ce pacte existe déjà, lire cet article.