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Israël (Société - mentalités)
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Des Israéliens nous parlent, par Laurence Nguyen
09/10/2012

 

[Un beau texte, sensible, empathique, dénué d'emphase ou de racolage. A lire lentement pour s'en imprégner, et à diffuser largement, bien sûr. (Menahem Macina).]


Tel-Aviv, septembre 2012

 

On s'interroge parfois, en France, sur ce que pensent les Israéliens. Pas les politiciens ou les journalistes, mais les hommes et les femmes qui font des études, travaillent, élèvent leurs enfants, partent en vacances, mènent une vie normale dans ce pays en guerre.

On se demande, quand ils accueillent chaleureusement les touristes français, ce qu'ils pensent de nos activités sionistes en France, de nos associations obstinées, de notre militantisme, de l'intérêt que nous leur portons.

Alors, trois semaines à Tel-Aviv, la ville que j'aime, avec une amie très chère, pour y rencontrer des Israéliens, qui me sont chers eux aussi, pendant cette période de fêtes…


J'avais le projet d'interviewer ces amis, et aussi des inconnus rencontrés par hasard, pour tenter de connaître leur opinion sur la France, sur les Français, sur notre gouvernement, nos médias. Je poserais la première question : « Pensez-vous que la France soit amie d'Israël ? »…

J'ai vite pris conscience que ce projet était maladroit, un peu malhonnête ou futile s'agissant d'une population menacée de toutes parts. Et, en effet, dès mes premières questions, même enrobées de précautions oratoires, je sentis qu'on me répondait poliment mais brièvement, avant de s'éloigner du sujet par une pirouette humoristique : « Les Français pensent surtout à eux-mêmes », « Les journaux juifs sont les seuls amis d'Israël », « Votre président "normal" a d'autres soucis en tête ». Etc.

Et de quel droit, ai-je pensé alors, oserais-je perturber cette sérénité familiale, le soir de Rosh Hashana, quand il m'est fait l'honneur de me joindre aux parents, aux enfants et petits-enfants, belles-filles et cousins, pour déguster les pommes et le miel ?

Par quelle méchanceté oserais-je troubler le dîner romantique de ces vieux amoureux, sabras jamais blasés, jamais découragés, toujours en lutte mais seuls au monde, un soir sous les lumières de Jaffa ?

Quelle intrusion maladroite que ma pseudo-politique, après le récit douloureux d'une dame voisine dont l'enfant est malade ?

Et comme elle s'en soucie peu de la France, la jolie jeune fille russe qui me fait les ongles, qui cherche une place, un salaire, un conjoint, dans un hébreu hésitant !

Alors… Je n'ai pas posé de questions

·        à ce rabbin qui déborde d'énergie et dirige, d'une main généreuse, le refuge pour enfants de Kfar Habad, et qui me fait visiter l'établissement pour que j'en parle en France.

·        Ni à cette mère religieuse à longue jupe et foulard biblique, au regard doux et las, entourée de ses cinq enfants.

·        Ni à cette dame âgée, si digne, si grande, qui écrit de beaux poèmes où brille son amour d'Israël.

·        Ni à ces étudiants du Technion de Haïfa, qui ne sortent de leurs recherches que pour rire entre copains et qui me taquinent : « La France ? Where is it ? ».

·        Ni, à ce couple mère-fils, près de moi, dans ce bar fleuri, lui en uniforme, l'air si jeune ; ils se regardent et mangent, presque sans parler, un énorme petit déjeuner israélien ; je les sens au bord des larmes. Séparation ou retrouvailles ?...

·        Ni à ces familles joyeuses réunies le soir de Kippour dans les rues soudain vidées de toutes voitures, qui envahissent la chaussée, qui posent leurs vélos et ceux des enfants casqués tels des petits insectes agités, et les poussettes des tout-petits, pour échanger mille propos et laisser gambader le chien.

·        Ni à ces couples tout de blanc vêtus, qui sortent de la jolie synagogue au toit rouge, cachée dans les arbres touffus ; ils ont l'allure sereine des gens qui prient ; des chants religieux se font entendre par la porte entrouverte…

Je n'ai interrogé personne. Mon projet de questionnement curieux à l'adresse du citoyen israélien lambda n'était pas viable.


Mais alors sont venus à mon aide, en premier, les chauffeurs de taxi : ils nous interrogent, et je préfère qu'il en soit ainsi :

« Vous êtes françaises ? De Paris ? Alors, c'est l'antisémitisme en France ? En Europe ? ».

Certains semblent nous plaindre de vivre en de telles contrées ; d'autres ont dans la voix une nuance de reproche, (« qu'y faites-vous encore, on vous attend ici ») ; chacun raconte ce qu'il a lu ou entendu ou parfois vécu, comme ce danseur roumain dont la troupe israélienne, chahutée, n'a pu se produire dans son pays d'origine.

Leurs commentaires vont bon train sur les manifestations devant l'ambassade américaine à Paris, ils savent qu'on y a crié « Yitbakh al Yahud » et que la rue française ne s'est pas indignée, ni la presse, ni personne. Ils commentent les caricatures de Charlie Hebdo (les chauffeurs de taxi lisent une presse bien informée). « Vous devriez… ». Les conseils pleuvent. Les crimes de Toulouse sont dans leur mémoire meurtrie.

 

Et puis, il y a eu le reportage « Allah-Islam. La Propagation de l'Islam en Europe », du journaliste Tsvi Yehezkel, diffusé sur la chaîne 10 et regardé par tant de monde :

·        un épisode montre l'antisémitisme islamiste en France, en Belgique ;

·        et les boycotts des produits israéliens ;

·        et le regard haineux d'Olivia Zemor ;

·        et les scènes de rue mimant des agressions de soldats israéliens contre des enfants palestiniens,

·        et les interviews de Sammy Ghozlan et de Maître Baccouche, si seuls contre la haine…


Alors, les Israéliens, habituellement discrets sur les dangers de leur vie quotidienne, sur les années de service militaire de leurs enfants, sur l'inconnu des menaces aux frontières, se sont mis à parler, à nous parler de cet antisémitisme nouveau, lié à l'islam, qui les inquiète comme il nous inquiète.

 

Un reportage israélien alerte l'Europe qui dort.

Quelle chaîne française diffusera ce document courageux ?

 

© Laurence Nguyen

(Membre de l'association France-Israël )

 

 [Texte aimablement communiqué par Daniel Hochner.]