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Menahem Macina

« L'apologie qui nuit à l'Église » de Menahem Macina, Recension par le pasteur Michel Leplay
12/10/2012

 

Paru dans Libre Sens, Bulletin du Centre Protestant d'Études et de Documentation, n° 203 de septembre-octobre 2012 

 

Menahem Macina, L'APOLOGIE QUI NUIT À L'ÉGLISE, Cerf, 2012, 318 pages, 25 €

 

Le titre provocant est complété par un sous-titre encore plus explicite : « Révisions hagiographiques de l'attitude de Pie XII envers les juifs. Suivi des contributions des professeurs Michael R. Marrus et Martin Rhonheimer ».

On a donc à faire à ces auteurs savants, convaincus et nuancés, toute la confiance attentive qu'ils méritent. Leurs contributions pourraient être décisives pour éclairer sinon dissiper les ravages causés par les années noires de la Shoah, aussi bien dans la conscience chrétienne que dans les revendications d'un humanisme athée. La première est ici concernée.

La thèse de l'auteur, et des deux collègues qui complètent son analyse de la repentance, est simple : l'apologie mise en œuvre par l'Église est plus nuisible que salutaire, et ceci pour deux raisons.

D'abord, toutes les proclamations et déclarations sont en même temps assez courageuses et totalement insuffisantes. Car en fait il n'y a jamais eu, venue de Rome, de condamnation ecclésiale explicite, sans ambiguïté, de l'antisémitisme nazi. Certains appels à Rome, telle la supplique de Jacques Maritain, sont restés sans réponse. De tels silences en disent plus que quelques mots humanitaires soupesés. Ensuite, les circonstances atténuantes invoquées au nom des quelques centaines de milliers de juifs recueillis par des institutions catholiques [*], au lieu d'atténuer la culpabilité, constituent des preuves de maladresse, sinon d'arrogance.

Certes, la déclaration Nostra Aetate, de Vatican II (1965) fait preuve d'un progrès, mais ne va pas jusqu'au courage de dénoncer une culpabilité institutionnelle de l'Église catholique romaine. On s'en tient au courage des responsables, sans inclure une responsabilité globale de l'Église. Les protestants, pas plus fiers de l'Église allemande, sont plus libres de reconnaître l'infidélité de l'Église, comme le fit Charles Westphal, dès 1947, dans un « Cahier d'études juives » de Foi et Vie (cité pp. 43-44).

Restons modestes mais lucides, par exemple sur les projets de réhabilitation de Pie XII qui, s'il ne fut pas « le pape d'Hitler », n'aurait vraiment pas sa place parmi « Les justes des nations ».

Nos auteurs auront atteint leur but (p. 25) : « démontrer la nocivité de l'obsession de l'honorabilité ecclésiale ».

 

Michel Leplay

© Libre Sens


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Note de Menahem Macina

 

[*] On aura compris que l'allusion aux « quelques centaines de milliers de juifs recueillis par des institutions catholiques », ne traduit pas la pensée du recenseur, mais se réfère au chiffre extravagant allégué par les premiers apologètes de Pie XII, et sans cesse repris depuis, de manière non critique, par leurs épigones, célèbres ou obscurs, dont j'ai fait justice dans mon livre.