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Israël (Chrétiens pour)

Mon expérience de l'apartheid israélien… – Par un chrétien neutre
25/10/2012

Sur le site JSS News, 25 octobre 2012

 

La semaine dernière, en fin d'après-midi, alors que je me baladais sur le front de mer entre Jaffa et Tel-Aviv, quelle ne fut pas ma stupéfaction, à moi, touriste non juif en Israël, de voir un groupe de femmes entièrement voilées, prendre un bain de mer dans la mer Méditerranée. Je suis venu à la découverte d'Israël et des Territoires palestiniens pour la première fois de ma vie ce mois-ci, après 40 ans à entendre partout que la condition des Palestiniens est atroce, et qu'Israël pratique un apartheid. On entend de temps en temps parler des attentats contre Israël, mais pas de quoi fouetter un chat non plus. 

 

 

Au cours de mon voyage, qui m'a mené de Haïfa à Beersheva, en passant par Jérusalem, Tibériade, Nazareth, Ramallah et Bethléem, j'ai pu rencontrer des gens d'ici. Tout type de personne. A commencer par des « Bahaïs ». Ce sont des gens dont je ne soupçonnais pas l'existence. Ils vivent à Haïfa et pratiquent leur religion sans entrave. Et pourtant, savez-vous pourquoi ils sont à Haïfa ? Parce qu'en Iran, d'où ils sont originaires, ils n'ont pas le droit à leur spiritualité. En Israël, non seulement ils sont des citoyens comme les autres, mais en plus ils sont un joyau pour Haïfa: ils sont les propriétaires du magnifique jardin suspendu qui représente la ville sur toutes les cartes postales !

J'ai aussi appris à faire la différence entre les Arabes. J'ai ainsi appris qu'il existe des Arabes chrétiens et d'autres, musulmans… Et le moins qu'on puisse dire c'est que chacun d'entre eux ne porte pas l'autre dans son cœur ! A Nazareth, par exemple, j'ai vexé par mégarde un Arabe en lui demandant si « ce n'est pas trop compliqué pour un musulman pieux de garder l'entrée d'une église ? » Au final, il m'a expliqué son histoire et m'a même invité à prendre le thé chez lui avec sa femme et ses six enfants. Mais l'excursion devait continuer et je n'ai pu accepter son invitation cordiale.

A Jérusalem, je m'attendais à vivre ma plus grosse angoisse et des batailles rangées entre juifs et musulmans. Mais quand le guide nous a fait entrer dans la Vieille Ville par la porte de Damas, en plein cœur du souk arabe, j'ai bien vite compris qu'ici, tout le monde était libre. Nous avons marché entre les échoppes de T-shirts louant Ben Laden, d'un côté, et Tsahal de l'autre. Comme un bon touriste, je me suis fait arnaquer (mais pas là seulement !) en achetant un chech-bech [sorte de jeu d'échecs oriental], mais tout s'est parfaitement déroulé. Il en est allé de même devant le mur des Lamentations où la seule chose qui m'a gêné est la présence de mendiants pour qui « ce n'est pas assez » de donner 10 shekels.

Je suis aussi monté sur le Mont des Oliviers. Atmosphère incroyable que de se trouver là, moi, chrétien moyennement pratiquant.

Une fois à Ramallah, j'ai été surpris de constater la vie qui bouillonnait. Incroyable de voir tout ce monde s'agiter, vivre, travailler, etc., sans aucun problème. La ville est en construction permanente. Les nouveaux bâtiments ne se comptent même plus. Dans un petit restaurant proche de la place centrale, le patron viendra s'asseoir à nos côtés. « Tout n'est pas rose, mais tout n'est pas noir non plus. Eux, ils veulent la paix. Nous aussi. Le problème c'est les politiciens. Le plus important c'est la famille et la santé », explique-t-il. Il ajoute que, « depuis la fin de l'Intifada, tout va bien. Tout est sécurisé. Il n'y a pas de quoi avoir peur. Les touristes sont les bienvenus. »

Toujours dans la ville, je demande mon chemin à un jeune. Il se trouve qu'il est français et vit ici. Il travaille pour le Consulat de France. « Vous savez, ce n'est pas facile. Les gens souffrent, ici. Les Israéliens ne respectent pas grand-chose, Ni les accords, ni rien. Ils colonisent et volent les terres des agriculteurs. Il faut comprendre qu'il y ait une résistance. » Je réponds alors que la résistance ne signifie pas terrorisme, ce à quoi il répond que « les Palestiniens ont le droit d'avoir un Etat. Ils ont le droit à l'autodétermination. Et ils ont le droit de se défendre. » Je me rassure en me disant que ce jeune homme n'est certainement pas un diplomate, mais juste un stagiaire ou un petit employé consulaire. Puis, au détour d'une confidence, il avoue « n'avoir jamais mis les pieds en Israël, enfin à Tel-Aviv. Les gens d'ici le verraient d'un mauvais œil. » Donc, si je comprends bien, un employé du consulat de Ramallah ne cherche même pas à faire la part des choses et à découvrir l'autre côté du mur ?

Le mur, justement parlons-en. Il est moche. Il est horrible même. Mais j'apprendrai à Jérusalem que plus de 90 % du « mur » est en fait une barrière électronique et que, depuis sa construction, « il n'y a plus d'attentats-suicide alors qu'il y en avait 50 par an à une certaine époque. » Quand je pose des questions sur les terres englobées par Israël avec ce mur, le guide me répond : « Vous savez, les accords de paix qui seront un jour signés prévoient que chaque centimètre carré de terre qui a été englobé par Israël avec ce mur sera rendu ailleurs sur le territoire israélien. »

Je ne peux pas, ici, revenir en détail sur tout mon voyage mais je voudrais cependant parler de ces femmes musulmanes qui prenaient un bain de mer à Tel-Aviv. Je me suis approché d'elles, avec mon guide. Il n'y avait que des femmes et des enfants. Certaines étaient dans l'eau, toutes habillées, d'autres sur la pelouse en amont. Une seule a accepté de nous répondre, mais d'autres l'entourent. Elle s'appelle Khadija et a 32 ans. Elle vient d'un village palestinien et est « entrée en Israël avec un groupe de voitures qui a traversé les checkpoints [points de contrôle] pour passer une journée à la mer. »

« Nous, nous n'avons pas la mer ; alors, une ou deux fois par an, une association israélienne organise des voyages en voiture pour en faire profiter les femmes et les enfants qui le veulent », m'explique-t-elle. Par le truchement du guide, je lui fais part de ma surprise  de les voir ici alors qu'en France on entend dire qu'Israël est un Etat d'apartheid. Elle n'a même pas semblé comprendre ce que signifiait le mot. « Ce n'est pas facile de venir ici, vous savez », se défend-elle. Je lui explique que pour venir en France, ce serait certainement pareil et qu'il lui faudrait un visa. Je lui reparle de l'apartheid et lui explique ce que c'était. Je lui raconte les Noirs d'Afrique du Sud, sans droits, dans leur propre pays. Elle répond alors : « Mais ce n'est pas pareil, mon pays ce n'est pas Israël. Moi je viens de Palestine. J'aimerais que mes filles se marient avec des bons musulmans qui vivent ici, comme ça je pourrais venir à la mer plus souvent », me dit-elle. Je lui demande si les mariages entre Israéliens et Palestiniens sont courants et elle me répond : « Oui, surtout à Jérusalem où les hommes veulent se marier avec des femmes qui y vivent ; comme ça, ils peuvent obtenir des droits en Israël qu'il n'y a pas chez nous. »

Ce voyage me laissera un goût amer. Celui de voir que, si « tout n'est pas rose, tout n'est pas noir », tout n'est pas comme on l'entend à la radio. Désormais, je n'écouterai plus RTL et TF1 de la même manière.

Par Victor O.

Pour JSSNews