Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Christianisme

La bénédiction pour «couples homo» mise en place par l'EERV suscite nombre de questions, Serge Carrel
09/11/2012

Article repris du Blog Lafree.blog, 9 novem

La décision du synode de l'Église évangélique réformée vaudoise (EERV), samedi dernier, de bénir les « couples partenariés » suscite de l'incompréhension auprès de nombre de chrétiens romands : catholiques, orthodoxes et évangéliques. Serge Carrel, pasteur et journaliste à lafree.ch, formule cette incompréhension sous forme de questions.

 

Voilà, c'est fait ! L'Église évangélique réformée vaudoise célébrera des bénédictions pour « couples partenariés ». C'est ce qu'a décidé samedi dernier le synode de cette Église, rejoignant ainsi une dizaine d'Églises réformées cantonales qui ont inscrit cette pratique au nombre de leurs offres pour accompagner les couples de même sexe.

 

Cette décision pose une série de questions

·        Tout d'abord, l'argumentaire théologique (1) proposé aux membres du synode par les partisans de cette bénédiction surprend. Les textes difficiles concernant l'homosexualité comme Lévitique 20, 13 (« Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils font tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux ») sont balayés d'un revers de main. Ce verset biblique ne viserait pas les relations homosexuelles. Vraiment ? De plus, il serait anachronique de « reprendre un texte provenant d'une civilisation qui accepte l'esclavage et qui ne connaît pas d'égalité entre les hommes et les femmes » (2). Est-ce vraiment ainsi que l'on peut traiter les textes bibliques qui nous dérangent ? Au XXIe siècle, la Bible serait-elle anachronique au point de ne plus constituer la source de l'éthique chrétienne ?

·        Le document des partisans affirme aussi que « la Bible est intrinsèquement, volontairement et joyeusement témoin de différentes manières qu'ont les humains de vivre leur couple » (3). Le couple hétérosexuel du XXIe siècle ne serait qu'une des variantes proposées par l'Écriture. Bibliquement, les pratiques d'Abraham qui « prostitue » sa femme auprès de Pharaon (Genèse 12, 15), ou celles du roi David qui commet un adultère avec Bethsabée (2 Samuel 11), constituent-elles vraiment des « modèles » conjugaux ? N'y a-t-il pas une progression dans la révélation biblique, qui amène Jésus à dire que le couple hétérosexuel monogame constitue le projet de Dieu pour la vie à deux, selon Matthieu 19 (v. 4-5) ?

·        Les théologiens qui défendent la bénédiction pour couples partenariés, plaident aussi pour le fait que « l'orientation sexuelle atypique n'est pas en soi un péché, de même que le fait de vivre concrètement sa sexualité (la pratiquer). La dimension du péché que signifie la coupure d'avec Dieu n'est pas liée à la sexualité comme telle, mais au mal ou à la violence que l'on pourrait subir ou faire subir dans ce cadre » (4). D'accord avec le fait que l'orientation sexuelle n'est pas en soi péché… Mais la pratique homosexuelle, comme la pratique adultère, pornographique ou sadomasochiste, n'est-elle pas de « l'ordre du péché », comme le souligne Jean-Jacques Meylan dans sa contribution stimulante au livre L'Amour mal aimé. Jésus l'ami des homosexuels (5) ?

·        La décision du synode réformé vaudois a fait peu de cas des relations aux autres Églises, catholique, orthodoxe, etc., et bien entendu évangéliques. Que deviendront les relations intra-protestantes avec une paroisse dont le, ou la pasteur(e) aura été béni(e) dans son couple partenarié ? Les évangéliques accepteront-ils qu'un partenarié célèbre une cène, ou préside un culte communs ?

·        Sous prétexte d'accompagner l'évolution sociale qui accorde un statut aux couples partenariés, l'Église réformée se targue de proposer une bénédiction en complément de la reconnaissance étatique. Est-ce vraiment la tâche d'une Église chrétienne de suivre de telles évolutions sociales, sous prétexte qu'elle se donne pour mandat d'être « l'Église de tous » ?

Contrairement à ce qui sous-tend le discours des théologiens partisans de la bénédiction pour couples partenariés, le Christ n'est pas « tout accueil ou tout amour ». En présence de la femme surprise en flagrant délit d'adultère (Jn 8, 1-11), Jésus résiste aux pharisiens lapidateurs en les invitant à considérer leur propre péché. Mais il résiste aussi au péché de la femme en invitant cette dernière à revêtir son statut de pardonnée, et à ne plus commettre de tels actes. Deux non, pour un oui ! Un oui à la personne, unique sanctionnée dans une société patriarcale ! Un oui qui résonne aux oreilles de tout être humain pécheur – infidèle à Dieu, voleur, égoïste, adultère et… homosexuel ! – toujours accompagné d'un non : « Va et ne pèche plus ! »

Le Christ n'est pas un sucre d'orge ! Il est l'interprète du projet de Dieu pour l'humanité, qui voit dans une relation homme-femme durable, l'horizon de la sexualité. Un horizon dont les chrétiens témoignent et qu'ils essaient d'incarner depuis 2000 ans… La tradition juive depuis plus longtemps encore !

 

Serge Carrel

Pasteur et journaliste

 

Notes


1) EERV, Vers une célébration pour les couples partenariés. Rapport du Conseil synodal au Synode des 2 et 3 novembre 2012. Ce document comprend une prise de position du Conseil synodal de l'EERV, une proposition de liturgies et les avis des partisans et des adversaires de la bénédiction pour partenariés. Plus d'infos.

2) EERV, Rapport en faveur d'un acte liturgique pour couples de même sexe, p. 20.

3) Ibid., p. 8.

4) Ibid., p. 17.

5) Andréa Ostertag et Jean-Jacques Meylan, L'Amour mal aimé. Jésus, l'ami des homosexuels, Genève, Dossier Vivre 24, Je Sème, 2011 (2eédition), p. 32.