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Islam
Islam intégriste

Nous autres religions autophages... Par Jean-Pierre Bensimon
11/11/2012

Sur le Blog de l'auteur, samedi 10 novembre 2012

 

De grands travaux vont commencer dans Médine, la seconde ville sainte de l'islam. Ils vont provoquer la destruction de mosquées antiques et d'autres sites pleins d'histoire témoignant des actions du prophète, parmi les plus précieux de l'islam des origines. Paradoxalement, ces destructions s'inscrivent dans une longue histoire de mise à mal des lieux saints musulmans par des musulmans. Elles ne provoquent d'ailleurs aucune contestation majeure dans le monde musulman, si prompt à s'indigner violemment pour des événements tout à fait mineurs au regard de ce qui se prépare aujourd'hui dans le berceau de l'islam.
Parodions Paul Valéry. Nous autres religions savions déjà que nous pouvions être anthropophages; nous apprenons désormais que nous pouvons être autophages.
Une religion se fait anthropophage quand elle dévore une religion-sœur. Alors d'un même mouvement, elle la ravale au rang de doctrine impie et elle s'abreuve de son aura, de ses prophètes, de ses mythes, de ses images et des coutumes les plus nobles de sa célébration de la divinité. Le christianisme a ainsi développé, depuis Paul de Tarse ou Tertullien, la théologie de la substitution, ou de la Nouvelle Alliance, s'alimentant de la chair du judaïsme et pourchassant ses fidèles par le verbe et par le fer.

L'islam, de même, a introduit sa propre doctrine de la "falsification". Pour lui, Juifs et Chrétiens ont contrefait le message de leurs prophètes et de leurs Pères, nés musulmans comme Adam et tous les hommes depuis la Création. Les uns et les autres détournent chaque jour leurs enfants de la vraie Foi. Les Juifs auraient délibérément altéré leur Testament, oubliant les passages qui annoncent le prophète Mahomet. Quant aux Chrétiens, ils auraient inventé la mort du Christ sur la croix et contrevenu à l'unicité de Dieu avec leur Trinité. Tout à leur œuvre de dévoration, le Coran et les Hadiths meubleront la nouvelle Foi des figures et des allégories des Fois antérieures. Quant à leurs adeptes, ils auront mérité l'imprécation, le fer et l'humiliation en châtiment de leur Infidélité. Sic transit gloria mundi... [Ainsi passe la gloire du monde].

Le programme d'extension de la grande mosquée Majid an-Nabawi de Médine, en Arabie saoudite, illustre certains aspects, peu familiers en Occident, de la dernière grande Révélation (1). Il s'agit d'une extension de la capacité d'accueil de cette mosquée gigantesque à 1, 6 millions de pèlerins. Les travaux commenceront cette année, à la fin de la saison des Hadj (pèlerinages). Les opérations, principalement dans la partie ouest de l'esplanade, prévoient la destruction des trois mosquées du 7ème siècle, les plus vieilles du monde, et l'aménagement du site où sont enterrés les compagnons les plus proches du prophète, Abou Bakr et Omar. La mosquée Ghamama, où le prophète a donné sa première prière des fêtes de l'Aïd, est aussi concernée.

 

Ces ravages auront touché 95% des lieux saints et constructions religieuses initiales de l'Islam, avant l'an 1000. Elles se poursuivent sous nos yeux. Sur les 7 mosquées commémorant la célèbre bataille de la Tranchée, à Médine, seules deux sont encore debout. Le tombeau du prophète est en place mais très menacé.

Si le puritanisme est l'une des deux mamelles du wahhabisme, l'autre est la vénalité. Les Saoudiens ont une conscience aiguë des limites de la ressource pétrolière et ils s'acharnent à préparer l'avenir. L'extension projetée de la mosquée de Médine part du constat qu'une classe moyenne musulmane mondiale s'est constituée, et qu'elle représente aujourd'hui 12 millions de pèlerins par an, 17 millions en 2025.

Aussi les emplacements les plus sacrés de l'islam se sont-ils couverts d'hôtels de luxe, de gratte-ciel vendus par appartements, de centres commerciaux et de parkings. Le complexe Jabal Omar, les tours Méridien, et une énorme tour-horloge dominent la place sacrée, Masjid al-Haram, à La Mecque. Étrangement, on ne les voit pas sur les images diffusées en Occident.

Récemment, les djihadistes d'AQMI ont révulsé l'Occident en mettant en pièces des portes sacrées et des édifices musulmans multicentenaires de Tombouctou, une cité fantasmée et idéalisée, en Europe, depuis le fameux récit de René Caillé. Ils marchaient tout simplement sur les brisées autophages des wahhabites.

L'autophagie de l'islam ne touche pas au dogme mais aux lieux saints musulmans. Pour la majorité des musulmans, il semble quand même que les lieux saints soient sacrés. Pour eux, ils ne doivent pas être détruits au bulldozer mais respectés, au nom même de la foi. Il n'empêche que le berceau de l'islam est entre les mains des wahhabites et qu'ils mettent en pièces l'héritage antique musulman au nom de leur vision rigoriste de leur religion et de leurs ambitions financières. Mais la protestation des musulmans opposés à cette politique de la terre religieuse brûlée est-elle si sonore et indignée que cela ? Le tombeau du prophète est en balance, mais où sont les furieuses campagnes mondiales que l'on a connues quand il ne s'agissait que de caricatures ? Il faut croire qu'au fond, la matérialité des lieux les plus saints n'est pas une question si décisive que cela en islam.

Par contre, qui n'entend pas les cris d'orfraie de l'OCI (Organisation de la Conférence islamique, 56 États), et même de l'Europe, quand Israël engage des travaux de sécurisation aux environs de l'Esplanade des mosquées (Mont du Temple) à Jérusalem. Qui ignore que les Intifada palestiniennes ont été menées sous l'étendard de la préservation de la mosquée al-Aqsa ou du Dôme du Rocher, qui auraient été mis à terre depuis des siècles sous gestion saoudienne. On connaît aussi les égards des Talibans envers les Bouddhas de Bâmiyân courageusement pulvérisés à l'explosif en 2001, l'année officielle de l'Alliance des civilisations.

C'est pourquoi l'UNESCO a pris une lourde responsabilité en confiant à l'Autorité palestinienne [AP] la protection de l'église de Bethléem, qui commémore la naissance du Christ, oubliant les dévastations occasionnées par l'AP et ses prédécesseurs jordaniens aux vestiges du judaïsme antique en Judée et en Samarie.

 

© Jean-Pierre Bensimon



Notes

 

 (1) “Medina: Saudis take a bulldozer to Islam's history”, par Jerome Taylor, le 26 octobre 2012, et “The Saudis are bulldozing Islam's heritage. Why the silence from the Muslim world?”, par Damian Thompson, 2 novembre 2012.

(2) “The Destruction of Holy Sites in Mecca and Medina”, par Irfan Ahmed, Islamica Magazine, mai 2006