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« Le mariage pour tous », une loi d'exception ? Raphaël Draï
13/11/2012

 

Sur Radio J, le 12 novembre 2012 (texte repris du site Desinfos.com)

 

[Un texte remarquable de bon sens et de rigueur, servi par une langue superbe. On retiendra l'expression, taillée dans le marbre littéraire : « Car l'on aura beau dire ou faire, le mariage, entendu dans son sens immémorial, concerne l'union d'un homme et d'une femme, et non pas l'appariement de deux êtres du même genre ». (Menahem Macina).]

 

 

A notre grand regret, car il ne s'agit pas de juger les êtres, il nous faut revenir sur le projet du gouvernement relatif au mariage entre personnes du même sexe, puisque ce projet met en contradiction majeure deux idées de la loi sous la Vème République, qui est le régime dans lequel nous vivons. Les premières objections en ce domaine n'ont pas été sans écho au sommet de l'État.


Pourtant, au lieu d'amender ce projet qui ne concerne finalement qu'une minorité de citoyens, le gouvernement a préféré changer d'habillage linguistique. Désormais, dans la nouvelle langue de bois, plutôt que de parler de mariage entre homosexuels, il faudra dire « mariage pour tous ». On se demande ce qui, dans ce nouveau conditionnement sémantique, l'emporte vraiment : le souci du bien commun, ou la persévérance dans la démagogie. Car l'on aura beau dire ou faire, le mariage, entendu dans son sens immémorial, concerne l'union d'un homme et d'une femme, et non pas l'appariement de deux êtres du même genre.

Le débat, à la fois juridique et moral, n'épargnera personne. Si ce projet était adopté, ce serait au nom de la dite loi que l'officier d'état civil procéderait à l'union indifférenciée de personnes de même sexe et de personnes de sexe différent. Une autre difficulté surgirait alors du fait d'une autre loi selon laquelle, en France, il n'est pas possible de se marier religieusement si l'on ne s'est pas auparavant marié civilement. Que vaudra ce préalable lorsqu'il s'agira, par exemple, pour un rabbin de prononcer les sept Bénédictions, sachant que les futurs époux sous le dais nuptial sont passés, à leur corps défendant, par cette cérémonie dite égalitaire, mais qui est surtout confusionnelle ?

Si elle était votée, une telle loi confinerait à une loi d'exception [*], couverte par l'invocation d'un principe général, ne concernant, répétons-le, qu'une minorité de citoyens néanmoins déterminés à bouleverser les catégories les plus fondamentales de la parenté et de la généalogie. Une loi de cette sorte ne serait-elle pas un passage à l'acte contre une loi d'une tout autre dimension, dont le judaïsme est également porteur et garant ? Dans ces conditions, et si le législateur persistait dans ses vues, il importe à tout le moins qu'il ne confonde en aucune manière ces deux sortes d'unions, ou prétendues telles ; qu'il les distingue dans l'énoncé même de la loi et dans les modalités de sa mise en œuvre pour que la cérémonie célébrée au nom de celle-ci ne fasse pas violence à la foi et aux obligations multiséculaires des uns ou des autres.

On est ainsi conduit à s'interroger sur les mobiles du gouvernement en cette affaire. L'expression « mariage pour tous » est abusive, comme quoi que ce soit d'aussi général. S'il se veut tellement généreux, pourquoi le gouvernement ne s'attache-t–il pas plutôt à concrétiser d'autres mots d'ordre qui concernent cette fois la France entière, par exemple :

·        un emploi pour tous,

·        ou un toit pour tous,

·        ou deux repas quotidiens pour tous,

·        ou la sécurité pour tous ?

Ce qui le mettrait, au passage, en conformité avec les obligations énoncées dans la Constitution .

Lorsqu'en 2011, il s'est agi en d'interdire le port de la burka, le Parlement français a fait valoir le principe dit de « l'ordre public immatériel », aux lourdes conséquences, selon lequel nul ne peut s'imaginer disposer de son propre corps ou de son propre état individuel au détriment notamment de la sécurité collective. Le projet du mariage homosexuel procède sans doute d'une promesse de campagne. Mais un chef d'État, quel qu'il soit, peut–il porter atteinte, pour des mobiles partisans et électoralistes, non pas seulement à telle ou telle modalité de l'ordre public – matériel ou non –, mais à ce qui affecte son essence même ?

Qu'en pensez vous ?

 

© Raphaël Draï

 

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Note de Menahem Macina :

 

[*] Il vaut la peine de rappeler ce qu'est une « Loi d'exception », au sens constitutionnel du terme. En voici la définition, telle qu'elle figure dans le « Thesaurus de l'activité gouvernementale (TAG) : « Loi votée spécifiquement pour un problème particulier qui suppose une certaine urgence dans son règlement. Note(s) : La loi d'exception peut restreindre des libertés habituelles (dans la vie publique ou dans le monde du travail); elle n'est pas destinée à être incorporée à la législation existante et en demeure distincte. L'expression loi d'urgence se trouvera surtout accolée à une situation de crise mettant en jeu la chose publique (émeute, catastrophe naturelle, etc.) ».