Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Non attribué

Le mariage : union d'un homme et d'une femme, ou appariement de deux êtres du même genre ? M. Macina
13/11/2012

   

 

Dans une chronique radiophonique du 12 novembre 2012 sur Radio J, intitulée « Le "mariage pour tous", une loi d'exception ? » (dont j'ai repris le texte sur mon site debriefing), le professeur Raphaël Draï – qu'on ne présente plus (1) – a émis le propos suivant que, personnellement, je voudrais voir gravé au frontispice de toutes les mairies de France et de Navarre :

 « Car l'on aura beau dire ou faire, le mariage, entendu dans son sens immémorial, concerne l'union d'un homme et d'une femme, et non pas l'appariement de deux êtres du même genre ».

Il faut une audace et une compétence intellectuelles peu communes pour qualifier de « loi d'exception » un projet institutionnel gouvernemental. Or, non seulement le professeur Raphaël Draï ne manque ni de l'une ni de l'autre, mais - nous allons le voir –, il semble bien que le droit constitutionnel, sans parler du sens commun, lui donnent pleinement raison.

Qu'est donc une « loi d'exception » ? Le « Thesaurus de l'activité gouvernementale (TAG) en donne la définition suivante :

« Loi votée spécifiquement pour un problème particulier qui suppose une certaine urgence dans son règlement. Note(s) : La loi d'exception peut restreindre des libertés habituelles (dans la vie publique ou dans le monde du travail) ; elle n'est pas destinée à être incorporée à la législation existante et en demeure distincte. L'expression loi d'urgence se trouvera surtout accolée à une situation de crise mettant en jeu la chose publique (émeute, catastrophe naturelle, etc.) ».

Reprenons, un à un, les points soulignés par mes soins :

« Problème particulier ». Aucun doute : c'est bien le cas de ce projet. Il est d'ailleurs tellement particulier qu'il ne concerne qu'un petit nombre de personnes, si on le rapporte à celui de la population totale de la France. Mais convenons que la justice n'est pas fonction du nombre de celles et de ceux qui font appel à elle pour défendre les droits inaliénables qui sont les leurs.

« Restriction des libertés habituelles ». La future loi, si elle est entérinée par le Parlement et le Sénat, ne restreindra évidemment pas les libertés individuelles des citoyens, si ce n'est la liberté de conscience des maires, au cas où on leur refuserait le droit de s'abstenir de célébrer de telles unions.

« Non-incorporation de cette loi dans la législation existante », et donc « distincte » d'elle. Si c'est le cas, on peut s'interroger sur le pourquoi de ce régime spécial pour une catégorie de citoyens, dont il paraît difficile de dire qu'ils constituent une minorité victime de discrimination, voire de persécution.

Ces remarques, il faut en convenir, ne s'appliquent que si l'on admet, avec Raphaël Draï, que la future législation est vraiment une « loi d'exception ». Ce que ne manqueront pas de contester les partisans du « mariage pour tous » au nom de l'égalité de droits. Pourtant, c'est bien ce qu'elle est dans les faits. C'est d'ailleurs pour cela que ses partisans, tant civils que politiques et gouvernementaux, refusent catégoriquement tout débat public national à son propos. Il est clair qu'ils sont pour un « passage en force » de la future loi, considérant, à tort, qu'il existe un large consensus en sa faveur.

Ayant suivi attentivement les controverses relayées par les médias imprimés et audiovisuels, il m'apparaît patent que les partisans de ce « mariage pour tous » sont dans le déni le plus total de la réalité. En effet, quoi qu'ils en aient, il existe une large part silencieuse de la population qui n'a pas encore trouvé son mode d'expression, mais se distancie de plus en plus de ce projet législatif, à mesure qu'elle en perçoit mieux les implications et les conséquences. C'est pourquoi les partisans du « passage en force » s'agitent et poussent à une adoption rapide de la loi.

Il faut avoir l'honnêteté de le dire : le citoyen moyen est perplexe, déconcerté. Il en est ainsi pour beaucoup de problèmes qui, lorsqu'ils viennent à la connaissance du grand public et sont sous les feux croisés des médias, s'avèrent beaucoup plus complexes que ce qu'on avait cru d'entrée de jeu. Les « gens » – comme on les appelle de manière aussi générale qu'abusive – sont vite troublés quand ils réalisent qu'une question n'est pas aussi simple qu'ils l'avaient cru. La plupart d'entre eux n'aiment pas « ce qui est compliqué ». Ils cherchent désespérément une issue satisfaisante pour l'esprit, voire pour leur conscience, quand ils en ont une. D'où l'engouement, de plus en plus grand, de plus en plus fréquent, pour les solutions tranchées, voire imposées. On est pour ceci, ou contre cela. Sans compromis. On a besoin de certitudes. Dès lors, ce qui n'était, au départ, qu'un problème juridique et/ou sociétal, aux conséquences juridiques qu'il convenait d'examiner sereinement, devient une « cause », quelles qu'en soient la nature et/ou la sincérité. Et cette « cause » prend rapidement des allures de croisade contre le camp d'en face.

Sans philosopher outre mesure, force est de reconnaître que notre société se radicalise à un rythme exponentiel. Il a fallu moins d'un siècle pour que l'humanité découvre – avec horreur chez les uns, avec une joie mauvaise chez les autres – que la violence paie. Que la peur cède devant la terreur. Les dictateurs avaient compris ce principe depuis longtemps et l'avaient mis en pratique avec autant de cynisme que de brutalité, et avec un succès hélas incontestable. Il a fallu que les ravages du nazisme menacent les fondements mêmes de la civilisation et du droit pour que les nations – qui avaient tant tardé à réagir, dans l'espoir d'apprivoiser le monstre – se liguent pour écraser la barbarie. Mais à quel prix! Malheureusement, l'histoire récente montre que ce mal est un virus mutant, de plus en plus résistant à toute forme de traitement, d'autant qu'il a désormais le visage de la vertu.

Qu'on ne s'y trompe pas, en effet : au nom du multiculturalisme et à coups de slogans tirés du nouvel évangile de la « tolérance » et de la lutte contre les prétendues « phobies » – dont les vedettes incontestées sont l'« islamophobie » et l'« homophobie » –, on est en train d'inverser l'échelle des valeurs universelles et immémoriales de l'ordre et de la morale. Ce qui se profile derrière ce mensonge en habits de vérité n'est rien moins qu'un signe avant-coureur de l'un des futurs avatars du mystérieux personnage démoniaque, dont le Livre de Daniel nous dit qu'il « méditera de changer les temps et le droit » (Dn 7, 25), et qu'il « réussira » dans son entreprise au point de « renverser à terre la vérité » (cf. Dn 8, 12).

On me trouvera sans doute mélodramatique, voire illuminé. J'assume ce risque. J'exprime ici ma vision personnelle de la perversion qui est à l'œuvre dans l'histoire de l'humanité, depuis ses origines, et dont ce cas particulier, et apparemment bénin, n'est qu'un symptôme. La recrudescence actuelle du recours à la violence (brutale, par le recours à la mise à mort, ou « douce », par la subversion) et la découverte que pas un peuple au monde n'est exempt de xénophobie, ni ne répugne au génocide quand il estime que ses intérêts le justifient (2), semblent indiquer que ce mal ne pourra bientôt plus être endigué, car les veilleurs et les guetteurs se sont endormis, ou se taisent, apeurés.

 

Plaise à Dieu que je me trompe. Si c'est le cas, je mériterai le ridicule dont je serai l'objet. Mais supposez un instant que je dise vrai… Ne vaut-il pas la peine de prêter attention à cet avertissement ?

 

© Menahem Macina

 

--------------------


Notes

 

(1) Voir, toutefois, la fiche que lui consacre l'encyclopédie populaire sur Internet, Wikipedia.

(2) Voir le cas navrant des Rohingyas, une ethnie birmane que les nombreuses autres ethnies (y compris les bouddhistes, réputés être des parangons de tolérance et de non violence) qui peuplent ce pays excluent et persécutent. Lire, entre autres : sur le site de TV5, « Birmanie : le calvaire des Rohingyas » ; sur le site de RFI, « Les Rohingyas de Birmanie, l'une des minorités les plus persécutées au monde », etc.