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Menahem Macina

«La parole perdue», de F. Lenoir et V. Cabesos : du temps et de l'argent perdus pour un livre qui n'en mérite pas tant, M. Macina
17/11/2012

 

16 novembre 2012
 

Quand, en septembre 2011, je commentais, sur mon site (1), la sortie récente, chez l'éditeur catholique Albin Michel, de La parole perdue, un roman, aux ambitions visibles de best-seller, de Frédéric Lenoir et Violette Cabesos, je n'avais pas encore lu l'ouvrage. Dans mon article, je persiflais la propension – peu conforme à la vocation d'un éditeur chrétien – à produire des livres à succès plutôt qu'à contribuer au développement de la connaissance, de la foi et de la piété des croyants. Et malgré la présentation fort élogieuse du livre dans un journal catholique belge largement diffusé, (ou peut-être justement à cause d'elle), je m'attendais au pire. Je n'ai pas été déçu.

Avant d'en venir aux invraisemblances du récit, un mot sur une grosse lacune de culture générale, surtout s'agissant d'un auteur considéré comme versé dans l'histoire des religions. Jugez-en. A la page 114, ligne 19, Frédéric Lenoir parle d'« idéogramme » à propos d'un mot de la langue araméenne. Un coup d'œil sur n'importe quel dictionnaire usuel eût évité à l'auteur cette bévue humiliante. Selon Wikipedia, par exemple, un « idéogramme est un symbole graphique représentant un mot ou une idée utilisés dans certaines langues vivantes (comme le chinois et le japonais) ou anciennes (comme les hiéroglyphes de l'Égypte antique). » Ce qui n'est évidemment pas le cas de l'araméen, langue sémitique qui utilise les lettres de son alphabet.

J'en viens au contenu, à présent. Bon courage ! Je n'oublie pas qu'il s'agit d'un roman et que la fiction littéraire autorise beaucoup de choses, même les invraisemblances. Pas de « canon », en la matière. S'il y a une limite à ne pas franchir, c'est celle que le lecteur fixe souverainement en son for intérieur. Pour faire simple, disons qu'il « marche » ou qu'il ne « marche » pas. Si, comme moi, vous vous êtes immergé assez longtemps dans la littérature de fiction et que vous avez survécu, rien ne vous surprendra plus. Comme dans certains films, l'auteur a tous les droits. Est-ce à dire que le lecteur doit subir sans renâcler ? Non, bien sûr. Certes, ce qui est invraisemblable dans tel genre fictionnel, apparaît comme gentillet, voire naïf dans un autre. Mais – on va le voir – tous les coups ne sont pas permis. S'agissant d'un récit, même arborant le label « Roman », son auteur courrait un risque sérieux s'il prenait ses lecteurs pour des bœufs. Ceux qui me lisent ici jugeront si j'ai raison de penser que la réputation des auteurs de « La parole perdue » risque d'en prendre un coup, au sortir de mon analyse critique de ce que l'ouvrage veut nous faire accroire.

L'histoire tout d'abord. Comment la résumer sans plonger le lecteur dans l'assoupissement, ou sans irriter son sens commun ? Tant pis, je me lance.

Peut-être tout un chacun – même chrétien – ne le sait-il pas, mais, à défaut de base historique, au sens scientifique du terme, le fond de l'histoire est d'origine biblique. Les auteurs, eux, le savent, et ils en usent au point d'en abuser : c'est même leur fond de commerce.

Tout commence durant le ministère de Jésus en terre d'Israël. Dans un épisode resté célèbre, l'évangéliste Jean relate le défi lancé à Jésus par ses ennemis qui le somment de décider si la femme qu'ils ont surprise en flagrant délit d'adultère doit être lapidée, comme le prescrit la loi de Moïse, mais en violation de la loi romaine qui exerce seule le droit de mort (Jn 8, 3-11). Conscient du piège qui lui est tendu, Jésus garde le silence, avant de déclarer avec sagesse : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! ». Si le récit évangélique s'en était tenu à cela, Monsieur Lenoir et Madame Cabesos n'auraient pas eu matière à écrire leur pesante fiction, ce qui m'eût épargné la peine que je prends d'en illustrer l'extrême incongruité.

Malheureusement – si j'ose dire – l'évangéliste relate un autre fait que, selon leur tempérament, les uns trouveront oiseux, tandis que d'autres lui accorderont une signification spirituelle ou ésotérique. Jésus, nous dit par deux fois l'évangéliste, « se pencha et écrivit sur le sol ». Ce n'est pas la première fois que ce comportement singulier du thaumaturge galiléen titille l'imagination d'auteurs de tout acabit. Tout le monde n'est pas aussi prosaïque que ceux qui, comme moi, voient, dans ce « gribouillage » sur le sol, un geste visant à faire diversion, ou à signifier aux témoins de la scène que l'on prend son temps pour répondre. En tout cas, tel n'est pas le point de vue du couple littéraire Lenoir-Cabesos. Pour eux, ce griffonnage sur le sol, c'est – qu'on me passe l'expression – de l'or en barre !

Dès lors, tout au long des 537 pages (excusez du peu !) de leur livre, les auteurs de ce pesant récit ésotérique vont balader le lecteur – si du moins ce dernier est assez passif et inconscient pour se laisser faire sans refermer le livre en baillant – de lieu en lieux, d'époque en époques, de personnage en personnages, au mépris de la vraisemblance (c'est un roman, voyons !) et même de la cohérence interne du récit (c'est le droit absolu de l'auteur !), en lui faisant miroiter qu'il comprendra tout, au plus tard dans les dernières pages.

Et tant pis si je gâche votre plaisir, je vous le dis d'emblée, vous ne saurez jamais ce qu'a finalement écrit sur le sol l'énigmatique Jésus. Je reconnais bien volontiers qu'il est malhonnête de ma part de procéder de la sorte. Je vais donc réparer partiellement les dégâts, en relatant honnêtement ce que j'ai omis de dire jusqu'ici. Les auteurs le rapportent, la main sur le cœur : à défaut de témoignages de chroniqueurs de l'époque, la femme surprise en flagrant délit d'adultère et qui a été sauvée du supplice par le généreux Jésus, a tout vu, elle ! Mais oui, mais oui ! Elle a pu lire et même mémoriser le texte infiniment précieux qu'il a écrit sur le sol.

Ce témoin irrécusable a un nom. Lenoir-Cabesos nous le révèlent. C'est Abigail. Et figurez-vous que cette héroïne va confier ce mystère à… Marie, la sœur de Lazare, identifiée, pour les besoins de la cause, avec Marie de Magdala, la pécheresse dont, au témoignage des évangélistes Marc et Luc, Jésus avait chassé sept démons, et qui, avec sa famille et quelques amis avait quitté la Judée pour venir se fixer en Provence. Les auteurs donnent, aux pages 233 à 237 de leur livre, sa narration (traduite du latin !), dont voici un bref extrait :

« Les mots que Jésus a écrits, ce jour-là, sur le sol, les seuls qu'il ait jamais écrits, les seuls, personne ne les connaît, personne à part Abigail qui les a lus sur le sable du parvis du Temple. C'est cette sentence qu'elle est venue me confier il y a vingt ans alors qu'elle était mourante. Peu après, elle s'éteignait dans mes bras. Je l'ai enterrée de mes mains à côté de la grotte […]. Pendant dix ans j'ai tourné ces mots dans ma tête, dans mon âme, je les ai médités, mâchés comme une nourriture, ignorant si je devais les enfouir dans mon cœur à jamais ou bien les révéler au monde. Car ces mots, comme tous ceux qu'il a prononcés, annoncent l'aube d'une ère nouvelle. Mais ceux-là sont susceptibles de bouleverser nos communautés […] Ne sachant pas si je devais la garder ou la transmettre, la Parole me torturait, me consumait tout entière. »

Dès lors, la saga commence. Dix ans après la visite d'Abigail, cette pénitente, qui signe son manuscrit « Marie de Béthanie », se rend à Aix (en Provence), chez Maximin un disciple des Apôtres, avec lequel elle a voyagé depuis la Judée. Elle lui dit qu'elle a un message d'une extrême importance à faire parvenir à Pierre, l'apôtre auquel Jésus a confié son Eglise, lequel demeurait à Rome. Maximin lui présente Raphaël, « un zélé serviteur de Dieu, apte à acheminer ma déclaration jusqu'à Pierre », écrit-elle. Quelques mois plus tard, Maximin lui annonce que Raphaël est mort victime des persécutions de Néron. Il ignorait s'il avait pu parler à Pierre, mais il savait que ce dernier avait aussi été arrêté et tué.

A ce stade, le lecteur est supposé avoir compris que tout l'enfer s'est ligué pour empêcher que le mystérieux message de Jésus soit porté à la connaissance des hauts responsables de l'Eglise et, par eux et leurs successeurs, à la nôtre. Mais Marie de Béthanie a un plan. Elle écrit dans sa relation (page 237):

« Avant de disparaître, j'ai gravé sur une côte de mouton les mots que Jésus avait écrits ce jour-là sur le sol, près d'Abigail. Je les ai à mon tour écrits, en araméen, la langue qu'il parlait, que nous parlions, et dans laquelle il les avait tracés sur le sable. A présent je vais cacher l'os et cette lettre dans le creux d'une sculpture qui représente le Messie pleurant la mort de mon frère Lazare. J'ai façonné cette statue dans ma grotte […] Je vais dissimuler les mots [de Jésus] dans cette statue, puis j'offrirai l'objet à Maximin. Je ne crois pas que son message puisse être divulgué sans menacer l'unité de notre communauté, déjà fragile, sans ébranler les fidèles au plus profond d'eux-mêmes, ainsi que j'ai moi-même vacillé […] »

Je n'ai pas qualité pour juger de la possibilité de conservation, durant quelque 2000 ans, d'un os d'animal, mais honnêtement, j'en doute. Autre sujet d'étonnement : les auteurs semblent ignorer que la loi juive ne tolère aucune représentation humaine sous quelque forme que ce soit - statuaire, peinture, gravure ou dessin. Il est difficile de croire qu'une juive, même convertie à la foi au Christ, ait sculpté elle-même une statue de Jésus. Je sais, c'est de la fiction, mais même dans cet art, il convient de respecter la vraisemblance, si l'on veut être crédible. En tout état de cause, on peut se demander si cette couche textuelle supplémentaire, aux relents apocalyptiques (le message menace l'unité de la communauté chrétienne et risque d'ébranler les fidèles), suffira pour que le lecteur résiste à la lassitude qui s'emparait de lui au fil des pages, s'ébroue et poursuive sa lecture dans l'espoir de savoir ce qu'est devenu le message et quelle en était la teneur. Evidemment, les vieux sceptiques comme moi ricaneront sans doute en disant : au point où elle en était, pourquoi n'a-t-elle pas écrit le message en latin dans sa relation ? Et quelle bonne raison avait-elle de penser que le fait de le graver en caractères araméens sur une côte de mouton, le rendrait indéchiffrable ? Pensait-elle sérieusement que personne ne serait jamais capable de lire cette langue ? – J'y reviendrai.

On dira sans doute : ce qui compte, ce n'est pas la vraisemblance ou le bon sens, mais l'omnipotence de l'écrivain, seul maître de son œuvre, après tout. Lui seul sait où il mène ceux qui le lisent. Donc, lecteur, courage et patience, vous n'êtes pas au bout de vos peines. En effet, même drastiquement résumées par mes soins, les péripéties abracadabrantesques de l'aventure que nous narre le tandem Lenoir-Cabesos, vont encore nous occuper avant que vous sachiez tout, ou presque, en fin de compte. J'espère avoir droit au moins à votre reconnaissance, car la lecture de la demi-douzaine de pages que je suis dans l'obligation de vous infliger pour vous éclairer vous aura tout de même évité celle des 537 que compte ce "chef-d'oeuvre" auquel j'ai consacré de nombreuses heures de mon temps précieux.

Parvenu à ce point de ma recension, et malgré ma bonne volonté, je ne me sens pas capable de résumer, de manière claire et compréhensible, les péripéties invraisemblables de la longue marche de la statue de Marie de Béthanie et de la côte de mouton qu'elle contenait, sur laquelle était gravé le texte araméen réputé écrit par Jésus. On voudra donc me pardonner de reproduire ici le résumé succinct qu'en donne le journaliste Pascal André, sous le titre « "La parole perdue" : Un passionnant thriller religieux », dans l'hebdomadaire catholique régional belge, Dimanche express, du 11 septembre 2011.

« Il y a d'abord Livia, une jeune chrétienne dont toute la famille a été massacrée par les soldats romains lors des persécutions de Néron, et qui se voit confier par Raphaël [un ami de Marie-Madeleine] les précieuses paroles du Christ. Vendue à un marchand d'esclaves et n'ayant désormais plus rien en propre, la jeune fille n'a pas d'autre solution que de les apprendre par cœur. Mais qu'en faire ensuite ? Et à qui les transmettre ?

Il y a ensuite le frère Roman, un moine de Cluny, autrefois bâtisseur de cathédrales. Envoyé en mission par son supérieur à l'abbaye de Vézelay, celui-ci découvre par hasard, dans une statue à moitié calcinée, la côte sur laquelle est gravée la fameuse « parole perdue » du Christ. Plus personne ne connaissant l'araméen à cette époque, son vieil ami Geoffroy, abbé de Vézelay, voit dans cette découverte un signe du ciel : cette « relique » lui permettra de faire de son abbaye un lieu incontournable de pèlerinage et d'en assurer ainsi la prospérité.

Enfin, il y a Johanna, une archéologue médiéviste [d'aujourd'hui], qui tente justement d'établir la vérité sur les origines controversées du culte de sainte Marie-Madeleine à Vézelay. Les recherches de la jeune femme sont toutefois très vite perturbées par une série de meurtres sur le chantier d'un de ses collègues à Pompéi et l'étrange maladie de sa petite fille, qui semble inexplicablement liée à ces crimes. Prête à tout pour la sauver, Johanna se lance alors dans une enquête périlleuse, dont la clé pourrait bien être l'un des plus grands secrets de l'humanité. »

 

Bien, me direz-vous sans doute, mais qu'en est-il de la présumée « parole du Christ » ? Allons-nous enfin savoir ce qu'elle disait au juste ? Car, après tout, à en croire le titre de ce livre au moins, c'est bien de cela qu'il s'agit en fin de compte !

Est-ce si sûr ? Avez-vous bien fait attention au titre, justement ? Lui, au moins, ne ment pas. En dehors de l'article « la » il ne comporte que deux mots : « parole » et « perdue ». Instinctivement, le lecteur se focalise sur le premier, du moins s'il a mordu à l'hameçon et a sincèrement cru qu'en fin de compte, il pourrait prendre connaissance des mots mystérieux que Jésus est censé avoir écrits sur le sol du parvis du Temple, après avoir sauvé la vie de la femme surprise en flagrant délit d'adultère et qu'une populace s'apprêtait à lapider. C'est oublier le deuxième mot – « perdue » –, qui s'avère essentiel. Car, de fait, comme nous l'allons voir, cette parole - si tant est qu'elle ait jamais existé - est bel et bien perdue et… définitivement !

Me demander d'en dire plus m'obligerait à vous recopier d'énormes parties du livre, voire son intégralité, ce qui, outre l'atteinte aux droits d'auteur, qui me vaudrait des poursuites judiciaires, m'imposerait un travail herculéen et vous condamnerait, cher lecteur, à l'ennui que je veux justement vous épargner. Toutefois, comme je suis bon prince et que je ne veux pas vous frustrer outre mesure, je vais soulever, rien que pour vous, un coin du voile de cette fiction.

Sans entrer dans les détails – alambiqués autant qu'invraisemblables – de cet aspect « policier » de la saga, sachez qu'un mystérieux assassin rôde et tue dans le but de… protéger la parole de Jésus. C'est ce que clame, dans son délire, Johanna, l'archéologue. Sa fille, Romane, est aux portes de la mort suite au mal mystérieux dont elle est atteinte, mais elle a l'immense avantage (pour les auteurs !) d'être en communication médiumnique avec Livia, la petite esclave romaine, morte à Pompéi, dans l'éruption du Vésuve, et qui, avant de mourir asphyxiée, a eu le temps de consigner par écrit la fameuse « parole perdue », que personne ne lira jamais car elle tombera en poussière au moment même où Johanna, ayant enfin découvert son squelette, veut s'en saisir.

(Vous suivez ?...)

Romane est, en quelque sorte, le deus ex machina de ce scénario dément, puisqu'elle est bougrement médium et est capable, sous hypnose, de renouer les fils des événements qui ont jalonné cette quête du Graal évangélique, durant près de deux millénaires. Croyez-en Johanna, sa mère, à laquelle le tandem écrivain Lenoir-Cabesos fait dire (page 470) :

« Si mon intuition est juste au sujet du meurtrier et de son mobile, c'est-à-dire nous empêcher d'exhumer puis de révéler la sentence de Jésus […] Romane – donc Livia – qui voit les faits et les dévoile sous hypnose, va m'indiquer l'issue ».

Et la mère éplorée de jeter à son collègue archéologue qui assiste à son délire :

« L'assassin, Tom, l'assassin ! Il connaît forcément la phrase du Christ, puisqu'il la protège ! »

 

Bon. Si vous avez tenu le coup jusqu'ici et préférez tuer le porteur de mauvaise nouvelle – moi, en l'occurrence – plutôt que de renoncer à la lecture de ce monceau d'incohérences, libre à vous. Quant à moi, il me reste à m'acquitter d'un devoir de vérité et à vous dévoiler le « pot-aux-roses », comme on dit, en vous faisant grâce des ultimes péripéties définitivement inimaginables, dont la relation n'a qu'un but : stupéfier le lecteur et faire tourner le récit en queue de poisson pour mieux dissimuler sa vacuité.


Car voici le fin mot de l'histoire. Après les meurtres mystérieux, les dizaines de fausses pistes, savamment ouvertes par les auteurs, puis arbitrairement refermées, pour mystifier le lecteur, il s'avère que le Frère Pacifique, un vieux moine de l'abbaye de Vezelay à qui Johanna a confié le parchemin et l'os porteur de la mystérieuse phrase araméenne du Christ, en a compris le sens, et a décidé de ne pas le divulguer mais de l'enfouir dans la terre (2). Et pourquoi ?... Mais toujours sous le même prétexte inventé par les auteurs, et que je laisse au Frère Pacifique le soin de vous dévoiler, par la grâce du récit fantasmagorique du tandem littéraire Lenoir-Cabesos (pages 536-537):

« Seigneur Jésus […] voici donc le cinquième Evangile, le troisième Testament, ta parole ultime, la seule que tu aies écrite de ta main. Elle est si forte que tu as voulu la dissimuler tant que l'humanité et tes propres disciples, nous autres chrétiens, ne seraient pas prêts à l'entendre. […] Que dois-je faire de ce message ? L'enfouir dans mon cœur ou le divulguer ? C'est une responsabilité si grande ! Je crains que si je m'en ouvre au Vatican, cette parole disparaisse à jamais, tant elle est révolutionnaire pour notre sainte institution… » (3).

Na ! Voilà ! Vous ne saurez jamais, en fin de compte, ce que Jésus est censé avoir écrit sur le sol du parvis du Temple. Il n'y a que deux personnes au monde (peut-être trois, si l'éditeur est dans la confidence) qui savent que la fameuse « parole perdue » n'a jamais existé : Monsieur Frédéric Lenoir et Madame Violette Cabesos, les auteurs de cette pesante galéjade, dont j'ai voulu épargner aux lecteurs éventuels la lecture exténuante et… frustrante.

 

© Menahem Macina


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(1) « A quoi rêve un éditeur catholique ? Au succès, bien sûr ! Commentaire par Menahem Macina », mis en ligne le 12 septembre 2011.

(2) Qui sait si, par ce stratagème, les auteurs ne préparent pas le terrain à un futur livre, dans lequel, après quelques meurtres supplémentaires, la fameuse « parole perdue » refera surface, pour replonger ensuite, en une série d'épisodes tous aussi extravagants les uns que les autres ?...

(3) C'est moi qui souligne. Vous pigez l'allusion au thème « complotiste » fécond d'une Eglise qui cache la vérité à ses fidèles pour préserver son autorité ?