Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Hamas

Un tournant diplomatique au Moyen-Orient ? Les tirs de trop du Hamas, Raphaël Draï
20/11/2012


Causerie sur Radio J, 19 novembre 2012

 

L'opération « Pilier de la défense » entre dans sa deuxième semaine et il est sans doute trop tôt pour prétendre en tirer de quelconques enseignements. Actuellement, des discussions pour un éventuel cessez-le-feu se déroulent à ciel plus ou moins ouvert, tandis que les opérations militaires d'Israël ne cessent pas, répliquant aux tirs de roquette qui ne cessent pas non plus en provenance du territoire de Gaza.

Pourtant, deux faits ne peuvent pas ne pas frapper les analystes et les observateurs et devraient donner à réfléchir au leadership palestinien et à ses soutiens, y compris parmi ces groupements de pacifistes qui, même aux pires moments, ne sauraient pas substituer leur faculté de jugement à leurs automatismes idéologiques.

D'abord, le peuple d'Israël est uni comme jamais.

Les tirs de roquettes, de fusées Kassam, El Fajr, et autres engins semeurs de mort à l'aveuglette, de Sdérot à Jérusalem en passant par Tel Aviv, et sans doute Eilat, ont coalisé toutes les couches de la population israélienne contre un ennemi dont elles ne doutent plus ni des intentions politicides, ni de l'absence totale de scrupules ; un ennemi qui a transformé le territoire de Gaza en territoire sans foi ni loi, soumis à la volonté de puissance sans freins ni bornes de ses dirigeants fanatisés. Il n'est que de constater la détermination des réservistes mobilisés pour une possible intervention terrestre dont l'effet dissuasif, outre les frappes aériennes ciblées, ininterrompues et cumulatives, pousse fortement les dirigeants du Hamas, du Jihad islamique et autres confréries d'assassins et de criminels de guerre, puisque disséminés intentionnellement parmi leur propre population, et parés du titre de « résistants », à mettre progressivement les pouces.

Même Morsi et Erdogan, malgré leurs proclamations véhémentes et virulentes s'entremettent en ce sens. Chacun a mesuré, dans cette zone géopolitique, le double jeu de l'Iran, dont le responsable de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique vient de souligner à Paris le persistant danger.

Mais c'est surtout au plan diplomatique que le changement est tout aussi notable. Alors que l'on pouvait redouter qu'après son élection Obama II soit pire qu'Obama I, il n'en est heureusement rien. Le Président américain, soutenu par un Congrès quasiment unanime, affirme le droit absolu d'Israël à se défendre en usant de tous les moyens qu'il juge légitimes contre une agression extérieure qui viole sa souveraineté et met en danger mortel continu sa population civile.

Cette position – pour une fois sans ambiguïté – ne porte d'ailleurs pas seulement sur le présent immédiat mais engage l'avenir. On doit également relever le soutien – non moins démonstratif, au moins dans la phase actuelle d'opérations, de pays qui comptent militairement, économiquement et diplomatiquement, comme la Grande Bretagne, l'Allemagne, ou le Canada. Il est vrai que les bombardements de populations civiles n'ont pas laissé de bons souvenirs dans la mémoire britannique et y provoquent des formes d'identification opposées à celles recherchées par le Hamas et consorts.

Même la France fait preuve en ce moment d'un moindre engagement vis-à-vis du monde arabe, tout en prétendant ménager la chèvre et le chou comme tous les pays en difficulté intérieure. Un tel changement est de surcroît perceptible dans nombre de médias, qui s'efforcent, sauf exceptions prévisibles, de maintenir une certaine parité entre les belligérants ; des médias qui ne coupent plus systématiquement dans la propagande du Hamas et de ses relais. Pour toutes ces raisons, tout en demeurant attentifs au déroulement largement imprédictible des événements, et sans céder non plus à la tentation de parler enfin d'un « printemps israélien » dans une période aussi difficile, il faut noter ces changements, les conforter les uns par les autres, tant au sein du peuple juif que dans l'arène internationale, et se dire qu'à force d'emboîter systématiquement le pas à leurs prétendus frères du "Hamasland", les pays arabo-islamiques vont vers l'avenir, à enjambées de plus en plus amples, certes, mais à reculons.

 

© Raphaël Draï

 

[Texte transcrit par P.A., Marseille, et aimablement communiqué par Daniel Hochner.]