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Hamas

A Gaza, les frappes «chirurgicales» le sont-elles vraiment? Par J. Benillouche
20/11/2012

 

Article repris du site Slate.fr, 20 novembre 2012

Les frappes ne sont jamais aussi précises que l'armée israélienne le dit et le Hamas a placé les centres de commandement et de stockage d'armement dans les zones civiles pour gagner la bataille de la propagande. Une guerre asymétrique qu'Israël ne peut pas gagner.

Dans les décombres d'une maison détruite par une bombe israélienne, le 18 novembre 2012. REUTERS/Suhaib Salem

- Dans les décombres d'une maison détruite par une bombe israélienne, le 18 novembre 2012. REUTERS/Suhaib Salem -

Au sixième jour de l'offensive israélienne sur Gaza, lundi 19 novembre, les bombardements par air et par mer avaient fait au moins 18 morts, dont deux femmes et un enfant. La veille, la journée avait été plus meurtrière avec la mort de neuf membres d'une même famille dans une frappe aérienne qui a détruit un immeuble de trois étages du quartier de Nasser au nord de la ville de Gaza.

Comment expliquer ces nombreuses victimes civiles collatérales, quand dans le même temps, l'élimination du chef militaire Ahmad Djabari, la semaine dernière, montrait que sa voiture avait été touchée par un missile avec une précision d'horloger, alors qu'il roulait en pleine ville? Comment se fait-il que les «frappes chirurgicales» de l'armée israélienne puissent d'un côté réduire un véhicule en cendres sans occasionner de mort de civils et d'un autre détruire des batteries de roquettes des combattants islamistes en décimant une famille? Bavures? Erreur de tirs? Erreur de cibles?

Boucliers humains

Tsahal n'explique pas ces morts par des erreurs de tir mais par une«inconscience» de l'ennemi, en l'occurrence les dirigeants militaires islamistes, qui utilisent intentionnellement des civils comme boucliers humains. D'ailleurs le QG opérationnel d'Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas, est installé au sous-sol du plus grand hôpital de Gaza.

L'aviation israélienne a ainsi diffusé la photo de la base, totalement détruite, de lancement des missiles iraniens Fajr-5 dont la portée de 70 kms leur permet d'atteindre Tel-Aviv. La photo aérienne démontre que cette base a été volontairement construite en pleine ville, à 77 mètres d'une station-service, à 94 mètres d'une mosquée et de la cour de récréation de ses élèves:

Jusqu'alors, l'aviation avait ordre de ne pas cibler ce genre de bases trop proches de lieux d'habitation mais, devant l'intensification des tirs de missiles sur Tel-Aviv en particulier, la restriction a été levée avec toutes les conséquences terribles que cela implique pour les populations civiles voisines.

Dans les 1.390 frappes qu'elle a lancées depuis le 15 novembre, l'armée israélienne a aussi cherché à cibler les bâtiments où sont logés des hauts dirigeants militaires palestiniens, utilisés comme postes de commandement avec stockage d'armement. C'est dans le cadre de ces opérations que les victimes civiles ont été dénombrées. En diffusant des vidéos de frappes chirurgicales détruisant des infrastructures de communication du Hamas installées sur le toit du bâtiment des médias, les Israéliens tenaient à prouver qu'ils étaient capables de viser juste, sans toucher aux civils, dès lors que le bâtiment ne comportait pas d'habitations civiles.

Une guerre asymétrique

L'utilisation de la population de Gaza pour la protection des combattants n'est pas inédite. Le rapport du juge sud-africain Goldstone, dont la première publication avait pointé «les crimes de guerre» de Tsahal lors de l'opération «plomb durci» de 2009, avait établi également, dans ses articles 35 et 36, la responsabilité du Hamas dans la «mise en danger de la population civile en lançant des attaques depuis des zones urbaines».

Pourtant l'espace non construit existe à Gaza, contrairement à ce qui est généralement dit. Les bases auraient pu être installées dans des zones inhabitées de la bande de Gaza, Atatra, Beit Lahiya ou Nuseirat par exemple, pour éviter de mettre en danger les civils. Le choix du centre ville n'est donc pas fortuit.

Avec 90 tués au moins depuis le début de l'opération «Pilier de défense», le prix à payer pour les non combattants palestiniens est énorme. Et dans une guerre asymétrique qui se joue aussi dans les médias, ce prix, en termes d'image, est désastreux pour Israël, une fois encore.

Consciente des risques qu'elle fait courir aux populations civiles, Tsahal tente de minimiser les dégâts en dispersant, à l'instar du 15 novembre, des tracts au-dessus de plusieurs zones de la bande de Gaza pour conseiller aux civils de se tenir loin des combattants du Hamas et d'autres organisations terroristes. Un message similaire avait été également transféré par l'intermédiaire des canaux de liaison habituel, à savoir les services de renseignements égyptiens avec lesquels Israël continue de collaborer.

«Annonce importante pour les résidents de la bande de Gaza:

Pour votre sécurité, prenez votre propre responsabilité en évitant d'être présents dans le voisinage des activistes du Hamas et des installations d'organisations terroristes qui posent un risque pour votre sécurité. L'armée israélienne est déterminée à défendre les habitants de l'État d'Israël».

Lors d'une visite organisée à Gaza pour des journalistes européens, il y a quelques jours, les combattants ont montré comment ils avaient piégé des rues en construisant des souterrains remplis d'explosifs, en enterrant des missiles dans des égouts pour les activer rapidement, en créant des hangars pour stocker les armes et les munitions accessibles par l'entrée de certains immeubles.

Cela explique l'hésitation du gouvernement israélien à lancer une opération terrestre. L'armée, attendue de pied ferme par les combattants du Hamas, risque de tomber dans le piège d'un combat de rues truffées d'explosifs. La seule issue de Tsahal pour minimiser ses pertes humaines serait alors de procéder à des destructions massives de bâtiments civils pour ouvrir un chemin à ses tanks avec, irrémédiablement, des pertes civiles importantes.

Jacques Benillouche