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Hamas

Un Hamas divisé, Par Aymenn Jawad Al-Tamimi
20/11/2012

 

Original anglais : “A Hamas divided”, paru le 19 novembre 2012 dans The American Spectator.


Traduction française: Menahem Macina



Chaque fois que le conflit Israël-Palestine fait les titres de la presse, on gaspille trop d'encre à moraliser plutôt qu'analyser. Au lieu de tenter d'expliquer ce qui se passe, d'exposer le contexte pertinent, et d'envisager rationnellement ce qui pourrait s'ensuivre, les commentateurs se chamaillent sur le fait de savoir qui a le bien-fondé moral le plus élevé.

Ces polémiques sans fin ne sont d'aucune utilité.

Une analyse appropriée devrait commencer par attirer l'attention sur le fait que, depuis le début de cette année, il y a eu une augmentation significative des tirs de missiles à partir de Gaza sur le sud d'Israël.

L'opération « Plomb durci » — l'attaque des militants de Gaza par Israël durant l'hiver de 2008-2009 — s'est avérée préjudiciable pour l'image d'Israël à l'étranger. Il y a eu des pertes importantes en vies humaines dans la population civile palestinienne, et la première version du rapport de Goldstone accusait Israël de cibler délibérément des civils. Mais l'opération militaire a atteint son but, qui était de réduire au moins de manière importante les tirs de missiles à partir de Gaza.

Non seulement le Hamas s'est abstenu de procéder à de telles attaques, mais l'équipe dirigeante de Gaza a également tenu davantage à l'œil les groupes extrémistes, tel le Jihad islamique.

La clé pour comprendre l'intensification des attaques de missiles cette année est la rivalité à l'intérieur du Hamas. Comme le précise Hussein Ibish, il faut faire une distinction entre le comportement "intérieur" du Hamas à Gaza et celui des dirigeants en exil (que Ibish appelle le "Politburo") qui sont responsables des relations entre le Hamas et les gouvernements étrangers.

Le problème pour le Politburo, ce sont les retombées de la situation en Syrie et (à un moindre degré) en Iran, qui ont été cause que Khaled Meshaal — le chef officiel du Hamas — a dû se relocaliser de Syrie au Qatar.

Alternativement, il faut noter — comme je l'ai fait dans un article de l'année passée, intitulé « réalignements sunnites » — que la Turquie et le Qatar avaient forgé des liens avec la direction politique intérieure de Gaza. Cette tendance est devenue plus évidente cette année.

Par exemple, pas plus tard que le mois dernier, le Qatar a promis quelque 400 millions de dollars pour aider aux efforts de reconstruction de Gaza, et l'émir a effectué une visite dans le territoire lui-même. Au début de cette année, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait rencontré Ismail Haniyeh, le Premier ministre du Hamas, qui réside à Gaza, et avait proposé de lui fournir une aide, non spécifiée, pour des projets humanitaires à Gaza.

Comme le fait remarquer Ibish, prenant acte de ce renversement d'alliances et de la rivalité au sein du Hamas, Meshaal a annoncé en septembre qu'il renoncerait à diriger le mouvement. Ce qui signifie que la lutte pour le pouvoir est maintenant entre Haniyeh, à Gaza, et le second plus haut dirigeant en exil, Musa Abu Marzook, au Caire.

La perte d'une grande partie des liens du Politburo avec les alliés traditionnels du « bloc de résistance », la Syrie et l'Iran, et l'appui promis aux dirigeants de Gaza par la Turquie et le Qatar, signifient qu'il est dans l'intérêt de la faction d'apparaître comme le vrai visage de la résistance à Israël.

En reprenant ses attaques de missiles et en étant beaucoup plus accommodante avec les groupes extrémistes de Gaza, la direction intérieure a des chances de prendre le pouvoir de manière définitive, aux dépens des dirigeants en exil, particulièrement en ce qui concerne les relations avec des gouvernements étrangers.

Une autre incitation à afficher une image d'hostilité active vient du fait que l'Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie avait perdu sa crédibilité. Cette année, les donateurs arabes n'ont pas donné suite aux engagements d'aide, et, en conséquence, l'Autorité palestinienne peine à payer les salaires des fonctionnaires publics.

Ce qui a peut-être contribué à conférer la plus grande crédibilité au Hamas (par opposition à l'AP), dans son choix d'une position de résistance active, est le fait que les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne travaillent en liaison étroite avec l'Armée de défense d'Israël (Tsahal) pour empêcher les attaques de militants en provenance de Cisjordanie. C'est, bien entendu, cette même armée israélienne qui a maintenant causé des pertes civiles palestiniennes à Gaza par sa campagne de bombardements contre des cibles du Hamas.

La réaction israélienne à l'escalade des tirs de missiles n'est pas un geste électoraliste opportuniste du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Elle traduit simplement la volonté qu'a Israël de réaffirmer une politique de nature à dissuader Gaza, après des mois de plaintes de l'insuffisante du traitement des attaques de missiles.

Le résultat à court terme, probable, de ce conflit sera une répétition de celui de l'opération « Plomb durci ». Une trêve d'un certain genre sera conclue - peut-être négociée par l'Egypte, dont la position à l'égard du Hamas est beaucoup plus empathique avec Mohammed Morsi, comme illustré par l'ouverture, le 24 juillet, du passage-frontière de Rafah. De plus, il y aura au moins une accalmie provisoire dans les attaques de missiles à partir de Gaza, car le Hamas fera probablement encore preuve de restreinte et reprendra ses efforts pour maintenir sous contrôle les militants plus radicaux.

Cependant, la position du Hamas à Gaza ne sera pas affaiblie, et les gouvernements arabes de toute la région pourront commencer à fournir de l'aide au Hamas. Ils pourraient aussi abandonner l'Autorité palestinienne qui, après sa demande actuelle à l'ONU pour obtenir le statut d'Etat — lequel a peu de chance d'aboutir à quelque chose de tangible —, serait tout simplement condamnée à une survie pénible soutenue par Israël et l'Occident.

Le traditionnel « bloc de résistance » a pu s'effondrer et les dirigeants du Hamas en exil perdre beaucoup de leur influence, mais le groupe de Gaza semble plus fort que jamais, et par contre, le mouvement palestinien semble plus que jamais divisé.

 

Mise à jour du 19 novembre 2012 ["Divining Hamas' Intent"]:


Jonathan Spyer a publié
une analyse intéressante, dans le Weekly Standard,  sur le conflit actuel entre Israël et le Hamas. Deux points à commenter :

1. Spyer a raison d'attirer l'attention sur le fait que la montée en puissance des Frères musulmans en Egypte est un facteur qui a en partie donné l'audace au Hamas de Gaza de reprendre les hostilités armées avec Israël cette année.

2. Par contre, je suis en désaccord avec son affirmation que la décision du Hamas a constitué une « erreur de calcul », et avec ce qu'il écrit : « apparemment, le mouvement a supposé qu'Israël partageait son point de vue sur le changement dans l'équilibre des forces et approuverait que le Hamas permette des attaques terroristes sur le sud d'Israël et y participe. »

J'affirme, au contraire, que le Hamas s'attendait à ce qu'Israël finisse par réagir, et n'a cessé d'espérer se servir de la conséquence inévitable — notamment le plus grand nombre de morts palestiniens par rapport aux pertes israéliennes — pour remporter une victoire de propagande et renforcer sa position à Gaza, avec un seul but : faire en sorte que le soutien, déjà faiblissant, des gouvernements arabes, au Fatah et à l'Autorité palestinienne, se reporte sur les dirigeants de Gaza, induisant lesdits gouvernements à suivre l'exemple de la Turquie et du Qatar.

 

Aymenn Jawad Al-Tamimi

 

© The American Spectator