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Christianisme

Israël, comme Hérode, massacre les enfants palestiniens. Une analogie chrétienne meurtrière au plus haut niveau du Vatican, M. Macina
23/11/2012

 

Debriefing.org, 23 novembre 2012
 

Je dois à mon ami Guy Millière d'avoir eu l'attention attirée sur une nouvelle aberration langagière aux dépens d'Israël, en provenance des hautes sphères du Vatican. Dans une chronique publiée aujourd'hui sur le site Dreuz-Info et que j'ai reprise sur mon site (1), Millière dit avoir découvert, grâce à un article récent du journaliste italien Giulio Meotti (2), que

le cardinal Gianfranco Ravasi, Président du Conseil pour la culture du Vatican, venait de déclarer qu'Israël pratiquait à Gaza le « massacre des innocents » et avait comparé les « assassinats » perpétrés par Israël à Gaza au massacre des bébés par le roi Hérode narré dans le Nouveau Testament.

 

Echo de ce qui figure dans une chronique parue dans l'influente et très bien informée Agence catholique de Presse Zenit, de Rome (3), qui rapporte les propos suivants du même cardinal, selon lesquels :

 

les évangiles de l'enfance n'étaient pas seulement un texte « informatif », mais « performatif » : il s'agit en effet d'un livre qui implique le lecteur parce qu'il témoigne d'une histoire toujours actuelle.


Et le cardinal Ravasi de donner, pour illustrer ses dires,


l'exemple du « 
cri des mères dans le massacre des innocents », qui est un cri « éternel, perpétuel » : « c'est un cri universel, qui résonne encore de nos jours. Les enfants meurent à Gaza et le cri des mères est le cri continuel... »

 

Et le prélat d'enfoncer le clou, en ajoutant :

 

« Voyez, le récit ne se termine pas là, dans ce contexte historique ».

  

Autrement dit: l'histoire (sainte!) se répète, et les juifs d'aujourd'hui, en Israël, jouent à l'égard des enfants palestiniens le rôle qui fut celui d'Hérode envers les enfants innocents (des juifs, il faut le souligner!), tués en lieu et place de Jésus, que le cruel roi juif n'avait pu atteindre.

Dans un livre publié en 2009 (4), j'exprimais déjà mon malaise suite à un propos analogue du pape Benoît XVI :

Lors de son départ de Terre Sainte, le 13 mai 2009, le Pape lui-même avait cédé à ce comparatisme religieux de mauvais goût, [dans un discours (5)] dont le moins qu'on puisse en dire est qu'il témoigne d'une ignorance affligeante de la douloureuse cicatrice mémorielle laissée dans la mémoire juive par l'antijudaïsme multiséculaire de l'Église. Qu'on en juge :

« Avec angoisse, j'ai été le témoin de la situation des réfugiés qui, comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons »

Pour percevoir le caractère dévastateur de cette analogie, il faut connaître le contexte de l'événement auquel fait allusion le pape. Il s'agit du bref récit de la fuite de la « Sainte Famille », que relate l'Évangile (Mt 2, 13) : « […] l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et restes-y jusqu'à ce que je te le dise. Car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. »

Message subliminal : Israël est, d'une certaine manière, Hérode redivivus.

Ce n'est sans doute pas ce qu'a voulu dire le pape, mais c'est certainement ce qu'auront compris les Palestiniens, surtout les chrétiens. Et on imagine sans peine la version « palestino-chrétienne » de l'accusation de déicide que tant d'enfants juifs ont entendue dans les écoles, surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce pourrait être quelque chose comme « Vous avez voulu tuer notre peuple, comme Hérode, c'est pour ça que nos parents ont fui, et vous en avez profité pour détruire nos villages et vous emparer de nos maisons ». En fait, la seconde partie de l'exclamation est déjà monnaie courante depuis longtemps. Mais l'assimilation (implicite) de l'armée de Défense d'Israël à Hérode, c'est l'inouï, la sacralisation inespérée de l'exécration palestinienne pour « l'Occupation ». On ne s'étonnera donc pas de l'amertume de certaines réactions, dont la mienne (6).


En lisant l'ignoble analogie, en forme de « blood libel », émise par le cardinal Ravasi, il m'est difficile de croire qu'il ignorait le propos de Benoît XVI, relaté plus haut. Si c'est bien le cas, s'applique l'adage bien connu : « La pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ».

 

Reste que tout cela est bien triste et plus qu'inquiétant.

 

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Notes

 

(1) Guy Millière, « Le Salon Beige, Yves Daoudal et le terrorisme palestinien », 23 novembre 2012.

(2) The Vatican on Gaza: Israël is a Baby-Killer”, mis en ligne, le 21 novembre 2012, sur le site israélien Israel News; adaptation française par Achkel: « Le Vatican à propos de Gaza: Israël est un tueur d'enfants ».

(3) « "L'enfance de Jésus", de Benoît XVI : plus qu'un cadeau de Noël », A. Kurian, Zenit, 21 novembre 2012.

(4) Menahem Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II. Etat des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique, éditions Docteur angélique, Avignon, 2009, p. 320-321.

(5M. Macina, « Le Pape, les réfugiés et… la Sainte famille: un pacifisme irréaliste aux dépens d'Israël », « Discours du pape Benoît XVI lors de son départ des Territoires palestiniens », 14 mai 2009. Voir le texte de l'allocution : « Discours du pape Benoît XVI à son départ des Territoires palestiniens », 13 mai 2009, sur le site de La Croix.

(6) Laurent Murawiec, « La Sainte Famille ? Vous voulez rire ! C'est à pleurer », 14 juin 2009 ; M. Macina « En guise de cadeau d'adieu au Pape, pour l'aider à mieux victimiser chrétiennement les Palestiniens », 14 mai 2009.

 

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© Menahem Macina