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Israël (Société - mentalités)
Israël (politique intérieure)

Les « faucons » et… les vrais ! Par Shraga Blum
28/11/2012


[Un billet d'humeur brillant et combatif, à l'israélienne. Toutefois, je crois utile de préciser d'emblée que, pour en goûter (voire, en comprendre) les arguments, il est souhaitable d'être quelque peu versé dans le débat politique intérieur israélien. (Menahem Macina).]


Il y a quelque chose de particulièrement indécent dans l'attitude de la majorité des médias israéliens vis-à-vis de la droite, comme si être de droite était frappé de je ne sais quel sceau d'illégitimité. Déjà en 1977, lors du fameux « Mahapakh » [revirement] qui voyait le Likoud de Begin mettre fin à 30 années de pouvoir sans partage de la gauche, Itshak Ben-Aharon, député travailliste, avait déclaré, avant de quitter la vie politique:

« Avec tout le respect dû à la volonté populaire, si c'est ainsi qu'elle s'est exprimée, je me refuse à la respecter ».

Selon une autre version il aurait dit :

« Si c'est là la volonté du peuple, alors il faut changer de peuple »,

phrase ressassée devenue célèbre et qui résume l'attitude de la gauche à l'égard des élections qui portent la droite au pouvoir. Non seulement au moment des résultats du scrutin mais également tout au long de la législature, lorsque la majorité de droite souhaite – ô scandale ! – gouverner selon ses principes.

Il ne s'agit pas de simples formules prononcées au soir d'une défaite mal digérée, mais bien d'un caractère inscrit dans les gènes d'une gauche qui ne respecte et défend la démocratie que lorsqu'elle lui est favorable. Ceci a donné naissance à des réflexes de suspicion et de mépris à peine dissimulés envers tout homme politique qui affiche ouvertement ses idées de droite. 

J'ai suivi en un zapping effréné toute la soirée électorale des primaires du Likoud, lundi soir. Au programme, trois chaînes de télévision, Aroutz 1, Aroutz 2 et Aroutz 10 – les deux dernières s'étant particulièrement concurrencées pour dessiner le diable sur la muraille et se livrer à un véritable festival de malveillance et de procès d'intention. Selon elles, le Likoud serait devenu un parti d'extrême droite, avec toute la connotation négative que cela peut avoir. A entendre certains de ces faiseurs d'opinion, les bons scores des Danon, Feiglin (qui entre enfin à la Knesset) Elkin, Levin et Hotoveli, annonçaient la fin de la démocratie et l'arrivée de chemises brunes à la Knesset, au son de bruit de bottes. Il ne s'agit en aucune manière d'une exagération. J'en veux pour preuve l'inadmissible déclaration d'Emmanuel Rosen, l'un des principaux commentateurs politiques d'Aroutz 10, lors de cette soirée : « Elkin et Danon sont des fascistes qui ont fait voter des lois fascistes lors de cette législature » ! Ni plus ni moins. On croyait ce qualificatif réservé aux discours des députés arabes et le voilà qui entre tranquillement dans le vocabulaire de chroniqueurs politiques juifs.

Tout au long de la soirée les commentaires étaient plus alarmistes les uns que les autres :

·        « Mais comment Netanyahou va-t-il pouvoir négocier l'Etat palestinien avec Abou Mazen et sous la pression d'Obama, avec un tel groupe de députés face à lui » ?

·        « Ce sont les colons de Judée-Samarie qui se sont emparés du Likoud ! ». 

·        « Ce sont les députés les plus hostiles à la Cour Suprême et à l'Etat de Droit qui ont obtenu les meilleurs scores ! »

·        « Les trois députés qui représentaient encore la modération et le libéralisme ont été rejetés de la liste. »

Etc.

Sur ce dernier point, le ridicule n'a d'ailleurs pas effrayé ces journalistes qui pleuraient presque sur la défaite de Benny Begin, vu comme un élément « modérateur »  et comme « dernier rempart de la démocratie », alors qu'après les primaires de 2008, ces mêmes journalistes dénonçaient déjà une droitisation du Likoud suite au très bon score d'un certain… Benny Begin !

Il est vrai que la nouvelle liste du Likoud fait la part belle aux députés dits « idéologiques ». Mais où est le mal ? Ces mêmes journalistes auront-ils la même attitude méprisante si jeudi soir, à l'issue des primaires travaillistes, Yariv Oppenheimer, secrétaire-général de « Shalom Akhshav » ou l'artiste gauchiste Sefi Rekhilevsky, obtiennent une place d'éligible à la Knesset ? Non. Il est certain que, durant la campagne électorale qui s'annonce, l'argument d'une « radicalisation » du Likoud sera largement utilisé par la kyrielle de partis qui se disputent pour battre Binyamin Netanyahou. 

Pour rassurer nos journalistes qui craignent sans doute pour leur liberté de parole (!), le Likoud reste un parti démocratique et il est tout simplement redevenu ce qu'il aurait toujours dû rester : un parti opposé à la création d'un Etat palestinien, qui favorise l'implantation juive en Eretz Israel et qui reste fidèle aux idéaux qui ont présidé à sa fondation. Grosso modo, les adhérents du Likoud ont récompensé ceux qui ont agi en ce sens durant la dernière législature et ils ont, par contre, sanctionné ceux qui se sont opposés aux initiatives visant à démocratiser la Cour Suprême, à développer la construction en Judée-Samarie, ou à lutter contre la « cinquième colonne » arabe et ses alliés de l'extrême gauche.

Ceci ne préjuge d'ailleurs en rien de la politique que suivra Binyamin Netanyahou, qui tient à présider un parti « politiquement présentable » et à appliquer une politique qui n'est pas forcément celle qu'ont indiquée les adhérents du Likoud en désignant la liste.

Cette caste médiatique journalistique, qui aimerait tant faire encore la pluie et le beau temps dans le pays, oublie que ceux qu'elle qualifie aujourd'hui de « faucons » ont les serres bien moins acérées que celles de la gauche des premières décennies du sionisme.

 

© Shraga Blum