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Shoah

Images rares de la Shoah extraites d'albums photos nazis, Yehuda Shohat
09/12/2012

 

[Cet article est illustré de plusieurs photos inédites que le Blog Philosémitisme a reproduites et que j'ai moi-même reprises dans l'article précédemment mis en ligne ici.]

Texte original : « Rare shoah images from Nazi albums », sur le site Ynet.com, 12 août 2012.

 

[Traduction française : Menahem Macina]

 

Images de la vie quotidienne pendant l'Holocauste, enfouies durant des années dans des albums personnels de soldats de la Wermacht. Dariusz Dekiert, un fervent chrétien de Pologne, les a repérées et les a remises à l'Institut Shem Olam [un nom éternel]. « Je considère cela comme une rectification », a-t-il dit au Yedioth Ahronoth.

בתמונה זו נראים חיילים גרמנים כופים על ילדים יהודים להצדיע להם במועל יד. הילדים מחייכים, אולי בלית ברירה, ונראה שאינם מבינים שהפכו לכלי משחק בידיהם של חיילים שאיבדו צלם אנוש

 

Comme les enfants de leur âge dans le monde entier, au cours des récentes décennies, ces enfants ont fait face à un photographe, et obéissant à ses directives, ils ont souri. Le résultat semble presque banal, mais il n'y a rien de banal dans cette photo.  

C'est une photo d'enfants juifs durant l'Holocauste. Le photographe est un soldat allemand de la Wermacht. Un moment figé par l'appareil dans l'enfer de l'Europe qu'ont traversé les juifs.

Cette photographie montre des enfants juifs contraints d'adresser un salut nazi aux soldats allemands. Les enfants sourient, faute d'autre choix peut-être, et semblent ne pas comprendre qu'ils sont devenus des pions dans les mains de soldats qui ont perdu leur humanité.

L'an passé, l'Institut Shem Olam a inauguré un programme spécial consistant à rassembler des photos de juifs prises durant l'Holocauste. Il ne s'agit pas de célèbres photos de propagande, mais de clichés conservés dans les albums privés de soldats allemands, qui illustraient leur temps de service armé comme le fait n'importe quel autre soldat.

La plupart des détenteurs de ces albums, disent des responsables de Shem Olam, cherchent à se débarrasser des photos qui relient des membres de leur famille à l'Allemagne nazie.

Les légendes de certaines de ces photographies ont été rédigées par les soldats. Dans d'autres cas, une enquête a été nécessaire pour les comprendre. Certains soldats ont photographié les mêmes personnes encore et encore, ce qui nous en apprend beaucoup sur la vie quotidienne des juifs pris en photo. D'autres n'ont photographié que les gens et les faits qui se sont présentés sur leur chemin.

Sur certains clichés, les juifs n'ont pas l'air d'avoir peur des soldats. Sur d'autres, l'expression de leur visage traduit la peur, la gêne et l'humiliation.

L'histoire de l'homme qui a trouvé ces photos est aussi fascinante que les photos elles-mêmes. Dariusz Dekiert, un citoyen polonais de 39 ans, qui était en visite en Israël cette semaine, à l'invitation de l'Institut Shem Olam, est un chrétien fervent. Repérer de plus en plus d'éléments de ces jours sombres est pratiquement devenu l'œuvre de sa vie.

Je sens que ce monde m'a choisi », dit-il. « Tout ce que je voulais faire c'était étudier, et la connaissance du judaïsme était le sujet que je trouvais le plus facile à comprendre. Alors, j'ai commencé à étudier et je m'y suis intéressé profondément.

Dariusz  a rapidement appris l'hébreu, le yiddish et même l'araméen, dans le but de traduire le Talmud en Polonais dans l'avenir. Ayant achevé ses études, il s'est installé à Lodz. Il a travaillé comme maître de conferences à l'université, et après avoir été autorisé par le ministre de la justice polonais à travailler comme traducteur professionnel, il a créé une société qui propose des services de traduction de l'hébreu en polonais et du polonais en hébreu.

Sa profession actuelle, confie-t-il au Yedioth Ahronoth, associe ses grands amours: l'histoire, la géographie et le judaïsme.

Une partie de mon travail consiste à localiser des documents, des photos, des objets et du matériau historique, laissés en Pologne, qui sont aujourd'hui entre les mains de personnes privées, et je mène des négociations pour les obtenir », dit-il. Cela exige beaucoup de patience et des aptitudes à la négociation. Il y a, en Pologne et en Allemagne des dizaines de milliers de photographies de juifs, prises par des soldats allemands qui sont déjà vieux ou qui sont décédés.

Quel est l'objet le plus émotionnant que vous ayez trouvé ?

Une valise en provenance du Ghetto de Lodz, que j'ai achetée à une personne privée. Elle était vide et semblait avoir traversé beaucoup d'épreuves, et elle portait une indication qui menait à un nom que je n'ai pu identifier. La personne qui me l'a vendue m'a dit que son père l'avait volée à des juifs déportés en train à Auschwitz. Après avoir longtemps cherché, l'Institut Shem Olam, a réussi à localiser les propriétaires de la valise en Israël, et le fait qu'elle ait été restituée à des mains juives m'a tiré des larmes.

Un autre objet qui m'a ému est un bijou fait de deux pièces polonaises imbriquées l'une dans l'autre. Le pont du Ghetto de Lodz était dessiné sur la partie arrière des pièces et portait cette inscription: « A ma mère bien-aimée ». Malheureusement, nous n'avons aucun moyen de retracer la source du bijou.

Aujourd'hui, Dariusz vit près de la communauté juive de Lodz

Je vois mon travail comme une rectification, dit-il, surtout pour ce qui est de faire revenir en mains juives les photos de juifs prises durant l'Holocauste.

Et que pense votre famille à propos de votre travail ?

Au début, ils trouvaient cela bizarre, mais maintenant ils se sont habitués.

L'institut Shem Olam a été créé en 1996 par Rabbi Avraham Krieger et est situé dans le moshav de Kfar Haroeh, au centre d'Israël.

L'Institute, qui possède plus de 800 000 documents et d'objets d'exposition, s'est donné pour tâche de mettre au jour et d'analyser des thèmes relatifs à la spiritualité et à la foi et de montrer comment des individus et des communautés  ont fait face à leur sort durant l'Holocauste.

 

Yehuda Shohat

© Ynews