Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Etats du monde
France et Pays arabes

Un rapport du sénat français contient un long réquisitoire contre Israël, Par Alon Guilad
27/12/2012

Sénat-français 

Procès-verbal de la discussion entre la mission sénatoriale et le secrétaire général du HAMAS, et un long réquisitoire à l'encontre d'Israël.

Rapport du sénat, des choses intéressantes, mais surtout : contre Israël, un procès à charge

A l'automne 2009, une commission sénatoriale rendait compte de sa mission au Proche et Moyen-Orient. Résultat de ces pérégrinations réalisées dans de bonnes conditions de confort : 113 pages. On y trouve beaucoup de redites, quelques informations intéressantes – tels les « PV » de discussion entre la mission sénatoriale et le secrétaire général du HAMAS –, et un long réquisitoire à l'encontre d'Israël.

On ne manquera pas d'être frappé par certaines absences, et non des moindres, en termes de documentation annexe et de références historiques. En effet, si nos sénateurs ont tenu à faire figurer la Charte du Hamas et à remonter jusqu'à la mort de l'empire ottoman « dépecé » par la France et la Grande-Bretagne [1], ils ont, par contre, oublié les votes de la SDN, le traité de San Remo, ainsi que les statistiques ottomanes de 1903 concernant les populations résidant à Jérusalem [2]. Ils ont également omis - mais est-ce une omission ? - de citer la lettre adressée par les notables alaouites de Syrie, au printemps de 1936, à Léon Blum, alors Président du Conseil [3], dans le cadre du gouvernement de Front populaire.

Trois ans après, la diplomatie de l'actuel gouvernement ne rend pas inutile de revenir sur ce rapport.

Ligne stratégique : vouloir se rassurer à bon compte, se mettre la tête sous l'aile

La charte du Hamas dit qu'il faut se débarrasser définitivement des Juifs partout dans le monde, ainsi que des communistes et des Francs-maçons. Elle s'affirme comme un Manifeste-programme politico-religieux mondial. Mais rassurez-vous braves gens, dormez en paix, ce n'est en réalité qu'un tigre de papier, nous disent nos sénateurs ; ce n'est qu'un pur outil de propagande, pour ne pas se faire déborder par plus djihadiste… Voilà ce que nous vend le rapport.


Principale ligne stratégique
du rapport

Israël est cause de tout. Si l'islam redevient conquérant et agressif, s'il est partout turbulent jusqu'à occuper des rues pour des prières publiques, jusqu'à poser des bombes dans les métros espagnols et britanniques, s'il affiche en Belgique l'ambition d'établir un Etat islamique régi par la charia, si des quartiers londoniens sont déjà, pour partie, régis par la charia, ce serait en quelque sorte malgré lui. La cause de cet expansionnisme exclusiviste qui bafoue les normes locales ne serait pas interne à l'islam. La cause serait à rechercher du côté des « défaites et des humiliations infligées par Israël ».

Sans Israël, sans son refus de se laisser assassiner - en 1948 et par la suite -, sans ses ripostes énergiques pour ne pas se laisser égorger jusqu'au dernier, l'islam aurait fait son aggiornamento. Il aurait trouvé ses Jean XXIII et ses Jean-Paul II. Sans Israël, nous serions en paix, l'islam ne poserait pas plus de problèmes, à notre société laïque, que ne lui en pose le protestantisme évangéliste…

Je résume, mais dans ce paradigme se trouve le concentré du rapport présenté par Madame Cerisier Benguiga : sans Israël, nous aurions la paix partout dans le monde. Sans Israël, aucune conductrice de bus de la RATP n'aurait eu à se plaindre des rebuffades de certains conducteurs mâles adeptes de la divine et pacifique « religion ». Ces hommes sont humiliés par les victoires d'Israël, alors ils se vengent sur des conductrices femmes. Autrement, sans les « humiliations infligées à l'islam » par les victoires militaires d'Israël, ils supporteraient patiemment et sans amertume de s'asseoir sur leur siège de conducteur juste après qu'une conductrice y ait posé son séant, et sans faire aucune observation déplaisante à l'encontre de leurs collègues femmes…

Sans Israël, les prédicateurs pakistanais de Londres n'auraient pas pris le contrôle de quartiers londoniens, où il est devenu illicite de boire de la bière ou d'écouter de la musique impie… Sans Israël, il n'y aurait aucune exigence de transformation de la Grande-Bretagne en royaume islamique régi par la charia.

Un ami me disait qu'il y avait beaucoup de choses intéressantes dans ce rapport

Les Russes disent qu'une goutte de goudron dans un baril de miel suffit à dénaturer celui-ci. Dans le rapport sénatorial présenté par Madame Cerisier Benguiga, des gouttes de goudron, il n'en manque pas. Il y en a… presqu'à chaque page. C'est ainsi que madame le sénateur retrouve l'audace de l'imposteur, pour écrire et défendre, à propos de Gaza, je cite :

« (…) que les tunnels étant le seul moyen pour les populations palestinienne de la bande de Gaza de se procurer des vivres, des médicaments et des marchandises » (page 83).

Les terminaux israéliens n'existent pas pour le rapporteur. Le ravitaillement quotidien par camions entiers n'existe pas non plus. Les guet-apens régulièrement tendus aux conducteurs de camions israéliens, tirés comme des lapins, comme ces deux chauffeurs israéliens tués au printemps de 2008 alors qu'ils livraient des vivres aux habitants de Gaza -, ça n'a jamais existé. Seuls doivent exister, pour nos sénateurs rapporteurs, les tunnels, seuls moyens pour acheminer du ravitaillement.

Le mensonge est ici érigé en doctrine et, par conséquent, en forfaiture assumée

Je veux poser ici cette question : quand un élu est en mission officielle, qu'il est payé par la république, par nos impôts, qu'il inclut des mensonges avérés dans son rapport présenté pour devenir la position du pays via, ici, le Sénat, comment cela doit-il s'appeler ? N'est-ce » pas un délit ? N'est-ce pas une forfaiture ?

N'est-ce pas une forfaiture ?

N'est-ce pas une trahison, incompatible avec l'exercice du mandat et passible de poursuites ?

Tout le reste serait-il vrai et honnête, dans ces 113 pages ?

Ces deux lignes odieusement mensongères sont-elles les seules à poser problème ? Ne dénoncent-elles pas, de toute façon, ce rapport sénatorial comme étant une sinistre machination, comme étant un document qui n'a que l'apparence extérieure de l'équilibre, comme étant un document digne de réquisitoires purement à charge prononcés par différentes inquisitions.

Quand je disais qu'à part ces deux lignes tout le reste serait intéressant, j'étais indulgent

En effet, les gouttes de goudron, les doses de poison violent, se retrouvent ailleurs dans le rapport. Elles l'égrènent. Ainsi, quand madame Cerisier Benguiga oppose le comportement gouvernemental français et/ou britannique à celui du gouvernement d'Israël, quand elle compare les réactions des dirigeants britanniques (face à l'IRA poseur de bombes) ou français (face au Hezbollah ayant fait assassiner à la voiture piégée des dizaines de militaires français de la FINUL *1), à celles du gouvernement israélien confronté aux envois quotidiens de roquettes sur Sderot et Ashkelon, le raisonnement outrancièrement provocateur éclate au visage du lecteur.

Questions précise à madame le Sénateur : Madame, vous interpellez vos collègues et l'opinion, demandant : Est-ce que la Grande-Bretagne à contre-attaqué sur Dublin ou sur l'Ulster pour réagir aux attentats de l'IRA ?

Madame Benguiga, quand avez-vous vu que l'IRA faisait exploser des autobus anglais bondés ou qu'elle envoyait ses militants armés tuer dans leur sommeil des familles de protestants irlandais ou d'anglais vivant en Ulster, ou que Dublin faisait ou laissait tirer sur Londres des centaines missiles envoyés depuis son territoire au vu et au su des autorités irlandaises? Quand avez-vous vu que Dublin ou les différentes factions de l'IRA envoyaient des individus fanatisés se faire exploser dans des mariages anglais ou protestants irlandais, sur des marchés, à des arrêts d'autobus, dans des bus scolaires ? Quand cela a-t-il eu lieu ? On le voit, la comparaison de madame le sénateur, opposant les réactions mesurées et modérées des gouvernements français et britanniques à celles immodérées et disproportionnées du gouvernement israélien, est un pur et artificiel procédé polémique.

La comparaison des rapporteurs est tellement grossière et grotesque que l'on a honte de la retrouver dans un document officiel du Sénat français.

Madame Cerisier Benguiga avait une idée derrière la tête, si elle a comparé l'incomparable, tout en nuançant, en disant que « Gaza ce n'était pas Dresde ». En effet, Gaza ce n'était pas Dresde après les bombardements alliés destinés à briser la force et la volonté du troisième Reich. Elle voulait pouvoir dire et écrire : que l'opération de riposte de l'hiver 2008-2009, était une punition collective contre les palestiniens de Gaza.

Pour cela, pour formuler cette lourde accusation, à aucun moment, elle ne rappellera ce que diront, répéteront et montreront les autorités militaires israéliennes : Pour lancer leurs roquettes sur les kibboutz et les agglomérations, pour canarder les fantassins israéliens, les artilleurs et les snipers du Hamas -suivant l'exemple du Hezbollah- ne cesseront de s'installer au milieu des civils, allant et venant, dans des écoles, des maisons habitées -en interdisant aux habitants de s'en retirer au moment des tirs ou envois de roquettes-, au milieu des installations sanitaires et des mosquées transformées en arsenaux. Ces lieux habités seront systématiquement choisis comme position de tir pour envoyer des roquettes ou pour tirailler sur des soldats israéliens.

Qu'en pense Madame le Sénateur et ses collègues de la mission ?

Le Hamas menacera de représailles les gazaouites qui protesteront contre la transformation de leur maison en position de tir. Madame le sénateur pourrait faire semblant d'être objective et dire : Nous avons questionné à ce sujet, mais cela n'est pas corroboré, personne n'a voulu nous informer sur le sujet. Mais, fine mouche, elle préférera ne pas évoquer cet aspect des choses. Elle affirmera que les milices des talibans de Gaza, conscients de leur infériorité militaire, se déroberont au combat direct face aux unités de Tsahal et conserveront ainsi le potentiel militaire leur permettant de préserver et de renforcer leur emprise sur la population.

Question : Mais peut-être est-ce parce que nos braves benêts de sénateurs anti-israéliens n'ont trouvé aucun palestinien de Gaza pour confirmer le fait… Même pas, à l'évidence, madame le Sénateur et ses comparses ne se sont pas donné la peine d'évoquer cet aspect majeur de la tactique de guerre du Hamas (commune avec celle du Hezbollah ou celle des salafistes en opération en Syrie pour y établir un « Etat islamique »).

Revenons à la colonne vertébrale de ce rapport. Israël est le coupable de tout. C'est son existence qui ne permet pas à l'islam de devenir une religion comme une autre…

En d'autres termes, si les djihadistes de Khartoum ont mené un demi-siècle de guerre contre les populations chrétiennes et animistes du Soudan du sud, s'ils ont assassiné sept millions de soudanais non-musulmans…si les hostilités menacent de reprendre entre les deux Soudan, si les djihadistes de Khartoum continuent actuellement le massacre des populations animistes des monts Nouba, c'est la faute d'Israël ; si depuis les deux dernières décennies du 19ème siècle l'islam Haoussa est travaillé par les mêmes tendances absolutistes et belliqueuses que le wahhabisme, si l'Ethiopie a subi le djihad mené par le « Mahdi » et que deux-tiers des Juifs de ce pays périront sous ses coups au début de la décennie quatre-vingt du 19ème siècle, c'est encore et c'est toujours la faute à Israël. C'est vrai, si les Beta Israël d'Ethiopie avait disparu, s'ils avaient cessé d'exister ou s'étaient fondus dans la « Oumma », le Mahdi et ses porteurs de sabres ne seraient pas venus les exterminer. Madame le sénateur a raison : les Juifs sont coupables…de vivre !!! .

Les djihadistes passaient et passent leur humiliation, sur des gens qui ne leur on rien fait,

Peut-on leur en vouloir ?

Ils se défoulent sur les chrétiens et les animistes du Sud-Soudan

Est-ce leur faute ?

Que nenni…

En d'autres termes, si en cinq ans, plus de trois cent-mille Darfouri ont été massacrés, parce que « pas assez musulmans » au regard des critères des djihadistes de Khartoum, c'est encore, c'est toujours la faute d'Israël. Si Israël n'existait pas, il ne serait jamais venu à l'idée des djihadistes de Khartoum de vouloir imposer la charia à tous les soudanais et de s'en aller carboniser les récalcitrants.

Je ne caricature pas. C'est la trame du rapport

S'il était rédigé en ce moment, madame Cerisier Benguiga et ses collègues nous expliqueraient que si des bandes djihadistes terrorisent trois villes du nord du Mali, Tombouctou, Gao et Kidal, s'ils se préparent à descendre sur Sikasso et Ségou, c'est : parce qu'Israël à battu militairement et humilié ses adversaires arabo-musulmans, en 1948, en 1967 et en 1973. Plus coupable encore, Israël oblige le Hamas à mentir, en se déclarant, au mépris des faits, vainqueur de la confrontation qu'il a provoqué en envoyant et laissant envoyer plus de deux mille roquettes en un an sur les agglomérations et les kibboutz du sud d'Israël.

Ce rapport mérite-t-il plus que ces quelques lignes et une place au musée des impostures ?

Je ne crois pas. Il n'est qu'un ramassis de fausses connaissances. Il n'est qu'une collection de lieux communs et de calomnies. On en retrouve une autre à propos de l'eau. Le méchant Israël serait la cause du manque d'eau à Gaza. Cela lui permettrait… de contrôler la bande dirigée par les talibans « Frères musulmans » du Hamas.

Autre grossier mensonge, page 7, nos sénateurs relèvent, ou plutôt on l'indécence d'écrire : « (un) blocus de Gaza qui dure depuis avril 2006 n'a toujours pas été levé. Rien ou presque n'ayant changé, le status quo est insupportable et Gaza… est une bombe qui n'a pas été désamorcée ».

Si le Hamas envoie des missiles à moyenne portée venus d'Iran, c'est parce qu'il y a un « implacable et insupportable blocus », la preuve de cet insupportable blocus qui l'humilie et le met en colère légitime: les missiles envoyés sur Tel-Aviv et Jérusalem, ont été fabriquées en Iran et sont entrés à Gaza pour en partir par les airs vers leurs cibles civiles israéliennes.

Nos sénateurs nous expliqueront-ils : comment il se fait qu'ayant une frontière commune avec un pays gouverné par le même parti que celui qui dirige à Gaza, cette frontière égypto-gazouite ne laisse entrer ni vivres, ni médicaments, ni matériaux ?

C'est quoi en vérité, ce blocus si particulier qu'il ne bloque rien, sinon qu'il est un auto-blocus ayant pour seul but de dénigrer Israël avec la complicité d'individus sans conscience, des sortes d'Ubu de la politique et de l'humanitaire?

Vous me direz : à quoi bon laisser venir du Caire un ravitaillement qui manque souvent au peuple égyptien majoritairement misérable et privé de tout, puisque tout passe chaque jour par le terminal israélien de Jerez ?

Effectivement, tout passe par le terminal israélien. Mais pour madame le sénateur et pour ses collègues, il ne faut pas le dire. Il faut même prétendre le contraire.

La cerise sur le gâteau…

Madame Cerisier Benguiga prétend qu'Israël contrôle l'eau, toute l'eau dans la région. Il contrôlerait ainsi Gaza…elle rajoute, comme exemple de cet autre crime : la situation libanaise. Israël contrôlerait les sources du fleuve Litani. Sans être géographe, on peut trouver une carte du pays et la lire. On y verra qu'il était difficile, en 2009 (moment de la mission) et encore plus aujourd'hui, qu'Israël contrôle ce petit fleuve libanais qui coule depuis Balbek au nord, vers le sud du pays, pour obliquer - en zone contrôlée et fortifiée par les milices du Hezbollah - vers l'ouest, et se jeter dans la mer entre Tyr et Saïda (la Sidon des anciens Phéniciens).

Plus le mensonge est gros, disait Goebbels

Ce second mensonge grossier, cette nouvelle accusation diffamatrice, discrédite et disqualifie ceux qui la profèrent. Mais surtout, il intervient dans le cadre d'une mission officielle. N'est-ce pas une forfaiture ? Ne justifierait-il pas que l'élu ayant abusé sciemment ses collègues et la nation soit démis de ses attributions, et qu'il soit poursuivi, pour avoir sciemment cherché à tromper le pays afin d'influencer ses choix et orienter sa diplomatie dans le sens sectaire qui est son option personnelle?

Alain Rubin

 

[1] Les « accords Sykes-Picot » de 1916 anticipaient. Ils se situaient dans la perspective que le conflit armé, qui opposait deux groupes d'intérêts économiques et politiques voulant redessiner la carte de l'Europe et du monde, revoir les zones d'intérêts et les partages coloniaux, finirait à l'avantage des intérêts anglo-franco-russes. L'empire ottoman, « l'homme malade » qu'était devenu la « sublime porte », n'était pas un ensemble hétéroclite innocent. Ce n'était pas un pauvre empire souffrant de rhumatismes et que sais-je encore ; ce n'était pas un sympathique empire, un brave bougre de califat victime de méchantes manigances impérialistes franco-britanniques, comme l'écrit sans vergogne le rapport sénatorial. A ses côtés, l'empire austro-hongrois montrera qu'il était aussi un ensemble fragile miné par les revendications nationales qui produisirent la révolution hongroise de 1848 puis la Hongrie de la révolution soviétique de 1919.

L'empire allemand, -le deuxième Reich, troisième larron de la coalition-, opprimait des nations et des nationalités. Il avait des ambitions coloniales en Afrique. Sa défaite produira une révolution démocratique allemande dont la force résidait dans le mouvement des Conseils ouvriers élus. Cet empire explosera lui aussi.

Dans le camp de la France et de la Grande-Bretagne, l'empire des Tsars était devenu un autre homme malade-condamné à disparaître. Il était menacé par la révolution qui le rongeait -dont le Soviet des délégués et députés d'usine élus de 1905 à Petrograd (Saint Petersburg) sera l'expression la plus élevée – mais voulant s'approprier des portions du territoire de son concurrent turc en Europe et dans le Caucase.

Quand la révolution brisera la dynastie des Romanov, et même avant, d'aucun, à l'image de nos sénateurs émus par le sort de l'empire ottoman, voudront voir à l'œuvre dans la révolution et le mouvement des soviets de députés élus et révocables, la main sordide des intérêts allemands finançant Lénine et le manipulant.

Des deux côtés, les buts de guerre n'étaient pas dépourvus d'objectifs économiques et territoriaux, certains légitimes et d'autres non.

[2] Revenons sur le peuplement de Jérusalem. Les statistiques de l'administration ottomane sont intéressantes. Elles donnaient, pour l'année 1903 : 7200 musulmans et 42000 Juifs entrant dans la catégorie de résidents permanents. En d'autres termes, la ville de David, l'agglomération que l'on appelle aujourd'hui Jérusalem-Est – et qui devrait devenir capitale de l'Etat palestinien, ces ruelles, ces rues et ces bâtisses où la vie juive serait- nous dit-on dans le rapport du Sénat– illégitime, colonialiste, n'étaient, à la fin de l'empire ottoman (non encore « dépecé » par les méchants impérialistes anglo-français), que des ruelles, des rues et des bâtisses très majoritairement peuplées et surpeuplées de Juifs. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, notre mission sénatoriale, qui remonte aux Ottomans pour dénoncer la politique française de 1916, n'a pas poussé un peu plus loin son investigation historique. Je ne leur reprocherai pas de n'avoir pas remonté jusqu'à 1806 et au témoignage de Chateaubriand qui écrivait à l'époque, parlant des Juifs de Jérusalem, mais écoutons ce dernier, invitons madame le Sénateur à en faire son miel :

« (…) Jérusalem est attachée, on ne sait pourquoi, au Pachalic de Damas (…) jetez les yeux entre la montagne de Sion et le Temple ; voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du reste des habitants de la cité. Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans se plaindre ; il souffre toutes les avanies sans demander justice ; il se laisse accabler de coups sans soupirer ; on lui demande sa tête, il la présente au cimeterre. Si quelque membre de cette société proscrite vient à mourir, son compagnon ira, pendant la nuit, l'enterrer furtivement, dans la vallée de Josaphat, à l'ombre du Temple de Salomon. (…) il faut (les Juifs) les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays ; (…) cachés près du Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, (…). Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de la terre ; et un petit peuple, dont l'origine précéda celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie ». (Itinéraire de Paris à Jérusalem- pages 449-450).

Le rapport de nos sénateur n'a pour fonction que de faire dénoncer Chateaubriand comme menteur et faux témoin en donnant caution à une nouvelle élucubration génocidaire d'un dénommé Hasbah, membre de l'autorité palestinienne et ci-devant ministre aux affaires religieuses et tutelle du Waqf, qui vient de déclarer : « (que) les Juifs n'ont aucun droit sur le mur des lamentations, c'est un lieu saint musulman (…) qu'aucun Juif n'aimait cet endroit avant 1917 ».

Peut-être est-ce pour éviter d'avoir à regarder de trop près ce qu'était physiquement la présence des Juifs dans le pays de leurs aïeux, avant que Lord Balfour n'ouvre la voie aux deux votes de la Société des Nations (SDN) et au traité international de San Remo, que notre mission sénatoriale n'a pas cherché à regarder dans les vieux papiers du Califat.

J'ajouterai, au risque de me répéter, et pour terminer : que ce que Madame le sénateur et ses collègues considèrent comme une politique anglo-française impérialiste contre le malheureux empire ottoman que ces deux puissances cherchaient à « dépecer », que la malheureuse victime ottomane appartenait à la triplice, qu'elle était associée aux deux empires centraux ; que ces derniers exploseront en 1918 et donneront naissance à des révolutions politiques et sociales et à plusieurs nations opprimées jusqu'alors. La victime des anglo-français, pour la politique desquels nous devrions nous repentir aujourd'hui, patronnait la piraterie dite barbaresque qui produisit plus d'un million de mises en esclavage d'Européens emmenés de force en Afrique du nord, qu'elle provoquera la décision du congrès international d'Aix la chapelle (1818) décidant d'y mettre fin par la force et sa déclinaison de 1830, la conquête d'Alger repaire de brigands esclavagistes et la mutinerie des troupes ottomanes passant avec armes et bagages du côté français, n'en déplaise à Bouteflika et à son féal le prétendu président « français ».

A partir de 1864, les convulsions internes de l'empire ottoman amèneront, -après son échec devant le soulèvement national grec terriblement réprimé par le fer, le feu et le sang-, à la succession des pogromes contre les arméniens qui culmineront dans le génocide de 1915. Les Juifs de l'empire ottoman échapperont de peu au sort des Arméniens, malgré leur loyauté envers la « sublime porte ».

[3] Cette lettre est une pièce capitale. Elle ne saurait être soustraite à la réflexion des élus membres de la représentation nationale, sauf arrière-pensée ou ignorance de son existence. Mais si l'on peut penser que nos sénateurs d'aujourd'hui ignorent l'existence de ce document, il n'en est rien des personnes auditionnées en leur qualité de « spécialistes », par nos braves sénateurs. S'ils l'ignoraient, que vaudrait leur prétention à être « spécialistes » ? Cette missive mettait en garde la France, qui était alors tentée de renoncer au mandat sur la Syrie et le Liban. Les notables alaouites écrivaient : que le départ de la France risquait de provoquer un chaos et de favoriser les conditions d'un bain de sang. Elle mettait en garde contre les risques mortels qui menaçaient les Juifs du Foyer national, dont elle faisait remarquer qu'ils n'avaient rien volé, mais au contraire tout acheté –terres et maisons- dans de bonnes conditions et qu'ils étaient un facteur d'activité productrice, de progrès et de mieux-être général, tant pour les Juifs eux-mêmes que pour les autres populations de la région.

 

Par Alon Guilad rédaction israel-flash

Copyright © Israël Flash - Reproduction autorisée avec la mention et un lien vers la source