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Christianisme
Benoît XVI

«Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée», Benoît XVI sur Is 10, 23
30/12/2012

 

Archive du n° 12 de la revue catholique Trente Jours, sur le site de la revue.

Nous publions trois passages de l'homélie du pape Benoît XVI durant la messe de la nuit de Noël 2006 [*].


Crèche de Caltagirone, Giuseppe Vaccaro Bongiovanni, XIXe siècle, terre cuite polychrome

Crèche de Caltagirone, Giuseppe Vaccaro Bongiovanni, XIXe siècle, terre cuite polychrome

Le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est l'enfant. Le signe de Dieu est qu'Il se fait petit pour nous. Telle est sa façon de régner. Il ne vient pas avec puissance ni grandeur extérieures. Il vient comme un enfant – sans défense et ayant besoin de notre aide. Il ne veut pas s'imposer par la force. Il nous enlève la peur de sa grandeur. Il demande notre amour: c'est pourquoi il se fait enfant. Il ne veut rien d'autre de nous, si ce n'est notre amour, par lequel nous apprenons spontanément à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté – nous apprenons à vivre avec lui et à pratiquer aussi avec lui l'humilité du renoncement, qui fait partie de l'essence de l'amour. Dieu s'est fait petit pour que nous puissions le comprendre, l'accueillir, l'aimer. Dans leur traduction grecque de l'Ancien Testament, les Pères de l'Église trouvaient une parole du prophète Isaïe, que Paul citait aussi, pour montrer que les voies nouvelles de Dieu étaient déjà annoncées dans l'Ancien Testament. On pouvait y lire: «Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée» (cf. Is 10, 23; Rm 9, 28). Les Pères l'interprétaient dans un double sens. Le Fils lui-même est la Parole, le Logos; la Parole éternelle s'est faite petite – si petite qu'elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s'est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable. Ainsi, Dieu nous enseigne à aimer les petits. Il nous enseigne de même à aimer les faibles. De cette manière, il nous enseigne le respect face aux enfants. L'enfant de Bethléem oriente notre regard vers tous les enfants qui, dans le monde, souffrent et qui sont soumis à des abus, ceux qui sont nés comme ceux qui ne sont pas nés. […]

Nous sommes ainsi arrivés à la deuxième signification que les Pères ont trouvée dans la phrase: «Dieu a abrégé sa Parole». La Parole que Dieu nous communique dans les livres de l'Écriture Sainte était, au fil du temps, devenue longue. Longue et compliquée, non seulement pour les gens simples et analphabètes, mais même encore plus pour les personnes qui connaissaient l'Écriture Sainte, pour les savants qui, clairement, se perdaient dans les détails et dans les problèmes qui en découlaient, ne réussissant presque plus à trouver une vision d'ensemble. Jésus a «rendu brève» la Parole – il nous a fait voir à nouveau sa plus profonde simplicité et sa plus profonde unité. Tout ce que nous enseignent la Loi et les prophètes est résumé – dit-il – dans les paroles: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit... Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Mt 22, 37-40). Tout est là – la foi entière se réduit à cet unique acte d'amour, qui englobe Dieu et les hommes. Mais aussitôt se font jour de nouveau des questions: comment pouvons-nous aimer Dieu de tout notre esprit, si nous avons du mal à le trouver avec notre capacité mentale? Comment l'aimer de tout notre cœur et de toute notre âme, si ce cœur parvient à l'entrevoir seulement de loin et perçoit tant de choses contradictoires dans le monde qui voilent son visage à nos yeux? Arrivé à ce point, les deux manières par lesquelles Dieu a “fait brève” sa Parole se rencontrent. Il n'est plus loin. Il n'est plus inconnu. Il n'est plus inaccessible pour notre cœur. Il s'est fait enfant pour nous et il a par là dissipé toute ambiguïté. Il s'est fait notre prochain, restaurant encore de cette manière l'image de l'homme qui, souvent, nous apparaît si peu aimable. Dieu pour nous s'est fait don. Il s'est donné lui-même. Il prend du temps pour nous. Lui, l'Éternel qui est au-delà du temps, a assumé le temps; il a tiré vers le haut notre temps, près de lui. Noël est devenu la fête des dons, pour imiter Dieu qui s'est donné lui-même à nous. Faisons en sorte que notre cœur, nos âmes et notre esprit soient touchés par ce fait! […]

Ainsi alors, s'ouvre enfin une troisième signification de l'affirmation sur la Parole devenue “brève” et “petite”. Aux bergers, il avait été dit qu'ils trouveraient l'enfant dans une mangeoire pour animaux, qui étaient les vrais habitants de l'étable. Relisant Isaïe (1, 3), les Pères ont déduit que, près de la mangeoire de Bethléem, il y avait un bœuf et un âne. En même temps, ils ont interprété le texte dans le sens où ce serait un symbole des Juifs et des païens – donc de l'humanité entière –, qui ont besoin, les uns les autres et chacun à sa manière, d'un sauveur: de ce Dieu qui s'est fait enfant. L'homme, pour vivre, a besoin de pain, du fruit de la terre et de son travail. Mais il ne vit pas seulement de pain. Il a besoin de nourriture pour son âme: il a besoin d'un sens qui remplisse sa vie. Ainsi, pour les Pères, la mangeoire des animaux est devenue le symbole de l'autel, sur lequel est déposé le Pain, qui est le Christ lui-même: la vraie nourriture pour nos cœurs. Et nous voyons encore une fois qu'il s'est fait petit: sous l'humble apparence de l'hostie, d'un petit morceau de pain, Il se donne lui-même à nous.

C'est de tout cela que parle le signe qui a été donné aux bergers et qui nous est donné: l'enfant qui nous a été donné; l'enfant en qui Dieu s'est fait petit pour nous. Prions le Seigneur de nous donner la grâce de regarder en cette nuit la crèche avec la simplicité des bergers, pour recevoir ainsi la joie avec laquelle ils repartirent chez eux (cf. Lc 2, 20). Prions-le de nous donner l'humilité et la foi avec lesquelles saint Joseph regardait l'enfant que Marie avait conçu du Saint-Esprit. Prions qu'il nous donne de le regarder avec l'amour avec lequel Marie l'a regardé. Et prions qu'ainsi la lumière, que virent les bergers, nous illumine, nous aussi, et que s'accomplisse dans le monde entier ce que les anges chantèrent en cette nuit: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, que Dieu aime». Amen!

 

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Note de Menahem Macina

 

[*] Vérification faite, ces textes sont repris de Benoît XVI, Homélie au cours de la Messe de la Nativité du Seigneur (24 décembre 2006) : AAS 99 (2007), p. 12. On notera que  cette thématique a acquis un statut magistériel ; en effet, elle figure dans l'Exhortation Apostolique post-synodale, Verbum Domini, § 12, de 2010. J'y reviendrai dans un prochain article.