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Israël (Société - mentalités)
Israël (politique intérieure)

Les « anti-Bibi » sortent l'artillerie lourde, par Shraga Blum
16/01/2013

 


Un regard sur l'année qui vient de s'écouler permet de se faire une image dont la clarté est devenue évidente après les révélations du journaliste américain Jeffrey Goldberg. Je ne suis pas un adepte des théories du complot, mais j'affirme par contre qu'il existe une convergence d'intérêts qui relie la gauche israélienne, l'Union Européenne et les Etats-Unis, qui voient en Binyamin Netanyahou et ses « alliés naturels » un obstacle coriace à leur vision idyllique et naïve du Proche-Orient. Peu leur importe que le Premier ministre israélien et sa coalition représentent la majorité de la population du pays.

Depuis de longs mois, toute une série de personnalités israéliennes se sont prononcées dans des termes peu amènes contre la politique du gouvernement israélien dans deux domaines touchant à la sécurité et la géopolitique du pays : l'Iran et le conflit israélo-arabe dans sa version « palestinienne ». Ils ont pour nom Meir Dagan, Youval Diskin, Gaby Ashkenazy, Ehoud Olmert et Tsipi Livni. Et s'ils ont choisi de le faire principalement dans des forums et des médias internationaux c'est à dessein, comme le résumait le ministre Gilad Erdan il y a quelques jours : « Alors qu'Israël tente de mobiliser la communauté internationale contre l'Iran, des politiciens israéliens mus par des intérêts obscurs s'acharnent à mobiliser la communauté internationale contre Israël ».

Mais dès lors qu'il fut clair que cette tactique n'avait eu que peu de prise sur l'opinion israélienne, cette constellation est passée à la vitesse supérieure : après avoir tenté de susciter en coulisses « un front de gauche », le président Pérès, idole de tous les adversaires de Netanyahou - en Israël comme à l'étranger - s'est immiscé de manière grossière dans la campagne électorale, et fidèle à sa réputation « d'éternel intrigant », a notamment accusé le gouvernement Netanyahou d'être par avance responsable d'une nouvelle Intifada qui pointe son nez, « à cause du refus de ce gouvernement d'avancer de manière audacieuse vers la paix». Ne parlons pas de l'apologie que Pérès a faite du chef terroriste Abou Mazen qui étale pourtant sa haine d'Israël sur chaque tribune. Les propos de Shimon Pérès ont certes provoqué de nombreuses réactions, indignées à droite et enthousiastes dans une gauche d'ordinaire si respectueuse de la séparation des pouvoirs, mais ils n'ont apparemment pas modifié non plus les intentions de vote du corps électoral israélien.

Parallèlement, l'ancien directeur du Shin Bet, Youval Diskin, probablement vexé de ne pas avoir obtenu l'effet escompté après sa « prestation » lors du Forum Sabban aux Etats-Unis, a accordé une interview au vitriol à Yediot Aharonot, porte-drapeau des médias « anti-Bibi », dans laquelle il décrivait la manière désinvolte et inconvenante dont, selon lui, se seraient déroulées les réunions au plus haut niveau sur les questions sécuritaires les plus sensibles. Là aussi, l'effet politico-médiatique a fait long feu et cette attaque peu commune n'a pas eu de conséquences sur les sondages. 

D'autres milieux se sont également joints à cette offensive généralisée, et il semble clair que le choix du jury des Oscars d'Hollywood de nominer deux films israéliens… nettement anti-israéliens pour la consécration suprême relève aussi de cette volonté de délégitimer le gouvernement israélien et de promouvoir des idées opposées à celles exprimées dans les urnes par la majorité de la population. Les réalisateurs de « Five Broken Cameras » et « Gatekeepers » ne s'y sont d'ailleurs pas trompés et ont chacun compris le choix du Jury comme étant « une sévère critique de la politique israélienne envers les Palestiniens », ce qui était d'ailleurs leur intention première en réalisant ces documentaires.

Enfin ce fut « la cerise sur le gâteau », à une semaine du scrutin, le « joker » espéré, avec la « fuite », savamment organisée par le journaliste Jeffrey Goldberg, concernant des propos extrêmement durs qu'aurait prononcés le président Obama, en cercle fermé, à propos de Binyamin Netanyahou. Que le locataire de la Maison Blanche soit, effectivement ou non, l'auteur de ces propos offensants envers le dirigeant d'un pays allié, l'absence de démenti de la part de la Maison-Blanche indique que l'Administration américaine adhère à la teneur des propos tenus, ce qui prouve qu'il s'agit d'une ultime tentative de la part des Etats-Unis de modifier les résultats des élections israéliennes. Et ce ne serait pas la première fois que des porte-voix de la Maison Blanche diffusent des messages assassins sur Netanyahou dans de grands médias américains. Tsipi Livni, qui tente de freiner sa chute dans les sondages, ne s'est pas fait prier pour s'engouffrer dans la brèche et alerter, sur tous les plateaux, « qu'Israël risquait un isolement international total si Binyamin Netanyahou poursuivait la même politique après sa réélection ».

Toutes ces tentatives, concertées ou non, ne réussiront cependant pas à obtenir l'effet escompté, elles auront même probablement un effet inverse puisque de nombreux israéliens sont rétifs aux tentatives d'ingérence de pays étrangers, fussent-ils amis, dans les affaires intérieures du pays.

Mais la question qui se pose, comme l'écrivait à juste titre Shmuel Trigano récemment, c'est la remise en question de la souveraineté et de la démocratie israéliennes, tant par l'opposition israélienne, quand elle est de gauche, que par des pays étrangers, particulièrement ceux qui se disent « amis d'Israël » et qui, avec condescendance, savent mieux que nous ce qui est bon pour nous.

Les porte-parole du Likoud, comme Naftali Benett, expriment la même idée lorsqu'ils affirment qu'avec tout le respect dû à l'Europe ou aux Etats-Unis, la politique israélienne est décidée à Jérusalem par un gouvernement légitimement élu, et en fonction des intérêts du pays et non de ceux de pays étrangers qui ne sont pas confrontés aux défis que connaît Israël. L'exemple français est sur ce point éloquent, quand on compare les arguments invoqués aujourd'hui par les dirigeants français pour justifier leur offensive anti-islamique au Mali alors que la diplomatie française avait été particulièrement consternante et méprisable envers Israël lors de l'Opération anti-terroriste « Colonne de Nuée ».

Toutes ces tentatives de délégitimation et de pression reprendront avec plus de force encore après les élections et la formation d'un nouveau gouvernement. Le test sera alors dirigé vers Binyamin Netanyahou : saura-t-il maintenir le cap malgré les pressions et les critiques, ou bien va-t-il, comme certains le souhaitent - ou au contraire le craignent - vouloir donner des gages de « bonne volonté » en formant une coalition destinée à « rassurer la communauté internationale » ?

Cela dépendra beaucoup de la répartition des mandats à l'issue du scrutin, d'où l'importance de renforcer le parti qui privilégie les intérêts nationaux de la… maison juive !

 

© Shraga Blum