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Mali, des risques incalculables au nom de la liberté, Claire Gallois
23/01/2013

 

Article repris du site Le Point.fr, 23/01/2013

Hollande est parti en guerre. Mais a-t-il mesuré les risques qu'il faisait prendre à la France au nom d'une guerre contre le djihad commencée en 1979 ?

François Hollande, le 14 novembre 2012, à Paris.

François Hollande, le 14 novembre 2012, à Paris.© Marlene Awaad /
IP3 Press / Maxppp

Il n'est pas très simple à comprendre, notre président. Le 22 décembre 2012, il déclare, à propos du Mali : "Ce n'est pas au président français de prendre la décision d'intervenir, mais aux Nations unies et à l'Union africaine, dans le cadre d'une intervention internationale et d'une résolution à l'ONU du Conseil de sécurité." Et le 12 janvier 2013, sans prévenir personne : "J'ai répondu à la demande du président du Mali", et, par conséquent, nous voilà tous devenus les apprentis sauveurs de notre ancienne colonie, l'un des pays les plus pauvres du monde, qui vit sous l'assistance financière de la France - mais dont le sol recèle d'importants gisements d'uranium, on n'aura peut-être pas tout perdu.

Miracle, ou continuité d'une spirale infernale ?

Sans aucune préparation logistique ou diplomatique, aucune légitimité démocratique, le Parlement n'a pas même été consulté, à peine nous sommes-nous désengagés de l'Afghanistan, nous voici réengagés aux côtés de l'armée malienne contre les djihadistes dont l'occupation grandissante au nord du pays menace en effet la région ouest-africaine, l'Afrique du Nord et l'Europe. Cependant, notre nouveau chef de guerre, au premier jour de l'opération Serval, avait une raison que nous approuvons tous : empêcher la charia de s'abattre sur Bamako, oui, c'était une urgence. Au second jour, sans le moindre signe de renfort à venir, il se montre un peu trop ambitieux pour son grade : "Notre objectif est la reconquête totale du Mali." Autant dire, soit un miracle, soit la continuité d'une spirale infernale.

Le Mali n'est qu'un nouvel épisode d'une guerre djihadiste internationale, déclarée en 1979, avec l'invasion soviétique de l'Afghanistan et sa conséquence majeure : la formation de brigades internationales de l'islamisme avec dans ses rangs, déjà, un certain Ben Laden. Depuis, la guerre des intégristes contre les infidèles se poursuit sur tous les fronts. Le but est officiellement revendiqué : reconstruire la nation islamiste avec l'application totale de la charia et reconquérir les terres européennes abandonnées aux mécréants à la fin du XVe siècle. Le djihad - qu'il s'appelle al-Qaida, Aqmi ou autre - refuse toute paix avec les infidèles sauf, théoriquement, pour des trêves ne dépassant pas dix ans. De quoi rêver d'un monde meilleur, tout en s'obstinant à ne pas voir que chaque guerre entamée au nom de la liberté ne fait que créer les conditions pour mener la suivante.

Combien de soldats vont trouver la mort ?

Personne n'ose dire qu'il s'agit d'une guerre mondiale de religion, expression qu'il ne faut employer qu'avec une infinie prudence, pour ne pas offenser nos pays amis et musulmans, ni surtout nos musulmans de France dont l'immense majorité est un apport bénéfique à la nation. D'un côté, les djihadistes veulent imposer une idéologie religieuse, de l'autre, les Occidentaux prêchent pour une démocratie quasi universelle. L'incompatibilité est totale. Les djihadistes gagneront toujours, la plupart font le serment de la mort, alors que nous combattons au nom de la vie. De plus, ils sont bien armés, alors que nos forces ne disposent pas du matériel le mieux adapté pour ce terrain (sauf les Rafale). Au premier jour de l'intervention française au Mali, le lieutenant Boiteux ne serait pas mort si son hélicoptère "Gazelle" hors d'âge avait été muni d'une protection blindée sous le siège du pilote. Il a été atteint d'une balle de kalachnikov à l'artère fémorale, tirée depuis le sol, et son héroïsme a été de réussir à ramener l'hélico à sa base, sauvant ainsi son copilote avant de mourir, vidé de son sang. Et par qui sont-ils si bien armés ? Par nous, entre autres. La France vient en cinquième position des ventes d'armes dans le monde. Pourquoi M. Hollande n'a-t-il pas tiré la leçon des guerres (perdues) en Afghanistan, en Irak, en Libye ? A-t-il pris la mesure des crimes, des exactions, des exécutions, des attentats qui menacent en premier nos 15 000 expatriés au Mali et tout le territoire français ? Et combien de soldats vont trouver la mort ? Au Mali comme en France, combien y aura-t-il de terreurs, d'habitations détruites, de chagrins, de douleurs, de familles dévastées ? Les représailles sont annoncées, elles seront exécutées.

C'est la mère du lieutenant Damien Boiteux, 41 ans, papa de Lucas, 15 ans, qui a eu le dernier mot. Une femme au visage très doux, aux yeux pâles. Elle a dit d'un ton très calme, celui qui suit souvent l'irrémédiable :

« Damien et Lucas s'adoraient. Dans les jeux avec son père, Lucas préférait les tours de magie. Eh bien, la magie, c'est fini... »


M. le président, vous auriez pu y penser avant.

 

Claire Gallois

© Le Point