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Contentieux palestino-israélien

[Israéliens et Palestiniens] Le devoir d'imaginer autre chose, Shraga Blum
28/01/2013


Le débat mondial sur l'issue du conflit qui oppose Israël aux Arabes palestiniens s'est cristallisé depuis 20 ans autour de l'axiome suivant : la seule solution possible réside en la création de deux Etats à l'ouest du Jourdain, officiellement afin d'éviter la solution d'un seul Etat qui verrait, à terme, la fin d'Israël comme Etat juif. C'est autour de cette fixation que les débats se déroulent en Israël, et la communauté internationale a adopté cette solution comme étant la seule possible. On en est même venu à la situation absurde où cette même communauté internationale presse les « parties en présence » de négocier directement… tout en annonçant d'avance et à leur place l'aboutissement souhaité des pourparlers : la création de deux Etats sur la base des lignes d'armistice de 1949, avec une Jérusalem divisée et capitale des deux Etats.

Face à cette « vérité unique » édictée en fonction d'intérêts divers et pas toujours avouables, certains milieux tentent de sortir des sentiers battus et d'imaginer des solutions audacieuses. Celle qui va suivre est des plus fantaisistes et illogiques, mais je la présente pour montrer qu'il est également parfaitement légitime et souhaitable que les milieux sionistes du camp national puissent imaginer et proposer leurs propres solutions même si elles sortent du politiquement correct et si elles ont droit à un rejet immédiat de la part les dictateurs actuels de la sphère médiatique.

Des cercles de gauche ainsi que des diplomates suédois travaillent depuis un certain temps sur une solution censée « balayer tous les concepts en vogue concernant le conflit du Proche-Orient et qui se focalisent sur la solution conventionnelle à deux Etats, qui est de moins en moins réaliste ». Sous l'égide de l'Université de Lund, et avec la coopération de l'Université Ben Gourion et du « Fonds pour les Etudes Politiques » de Ramallah, des rencontres ont lieu régulièrement en Suède entre « spécialistes » et décideurs pour imaginer une solution viable à ce conflit vieux d'un siècle.

Partant du postulat qu'« il n'y a pas assez de territoire à l'ouest du Jourdain pour créer deux Etats séparés » et se basant sur l'idée post-moderniste (et fausse !) que les notions de « frontières », « territoire national » et « Etat-Nation » feront bientôt partie du passé, ce « think tank » travaille sur un projet aussi ambitieux qu'inapplicable : « Une terre, deux Etats » autrement dit créer deux Etats superposés sur le même territoire ! Selon cette formule, le même Etat serait appelé Israël ou Palestine, suivant le choix et la volonté de chacun de ses citoyens. Israéliens et Arabes palestiniens vivraient mélangés dans le même périmètre, sans besoin de déplacer aucune population, et la vie commune dans tous les domaines serait organisée selon des principes rigoureux, soit par intégration, collaboration ou au contraire stricte séparation suivant les besoins. Jérusalem resterait unifiée mais serait à la fois capitale des deux Etats, avec des symboles de souveraineté de chacun des Etats répartis dans la ville !

Il faut connaître l'identité de l'initiateur de ce projet pour comprendre de quoi il ressort. Il s'agit de Mathias Mossberg, diplomate suédois, ancien ambassadeur de Suède au Maroc et en Jordanie et proche des Palestiniens. Il se dit disciple d'Olof Palme, ancien et mythique Premier ministre suédois assassiné dans les années 1980, pro-palestinien avéré et qui « se plaçait toujours du côté des opprimés ». On a compris.

De l'aveu  même de certains des participants, sans même aborder les questions des droits historiques juifs, ce plan, financé en partie par le ministère suédois des Affaires étrangères, s'avère complètement utopique et générateur de violences dès que l'on entre dans les détails de son application sur le terrain : éducation, infrastructures, police, défense des frontières, systèmes judiciaires, permis de construire, économie, etc.

On se demande d'ailleurs pourquoi la Suède, qui voudrait qu'Israël soit, comme par hasard, le premier cobaye de cette solution alambiquée, ne s'applique pas d'abord à elle-même les principes « avant-gardistes » qu'elle préconise pour les autres, en supprimant par exemple ses frontières avec la Finlande ou la Norvège, au nom de cette fameuse disparition annoncée des nations au profit de la « citoyenneté partagée ». Curieusement, certains Israéliens participent à ces rencontres, c'est le cas notamment de l'écrivain de gauche, Eyal Megged, fervent de ce projet, mais aussi des personnalités de droite, comme Amnon Lord (Makor Rishon) ou Israël Harel, ancien président du Conseil des Localités juives de Judée-Samarie, qui disent tout deux venir non pas pour soutenir le projet mais s'intéresser à certains points précis qui pourraient inspirer des plans de solution créatifs « made in Israel ». « Le fait de voir que des milieux académiques et diplomatiques étrangers ont enfin pris conscience que les solutions rabâchées des deux Etats ou de l'Etat binational sont caduques est déjà une avancée en soi » dit l'un d'eux.

Et c'est là le but de cette réflexion : la solution des conflits requiert énormément de doigté, de logique, d'inventivité et surtout d'audace. Ce qui se passe par exemple aujourd'hui au Mali et dans une bonne partie de l'Afrique est le produit de solutions arbitraires imposées il y a près d'un siècle par les anciennes puissances colonisatrices qui ont dessiné des frontières à la règle et au crayon sans tenir compte des réalités ethniques et géographiques. Cette même erreur grossière a été faite au Proche-Orient après la Première guerre mondiale et le démembrement de l'Empire Ottoman. Les puissants d'aujourd'hui, qui sont souvent les anciens colonisateurs, tentent de régler le conflit le plus inextricable de tous les temps par des solutions-miracle en fonction de leurs intérêts géopolitiques, économiques ou énergétiques, sans tenir compte des effets à terme de leur politique.

La solution alambiquée imaginée par Mathias Mossberg et les élites suédoises est certes à jeter aux oubliettes, mais elle a au moins l'avantage d'insuffler un vent nouveau, de montrer qu'il est possible de penser autrement, de sortir des sentiers battus et des idées figées, d'imaginer des pistes inexplorées jusqu'à présent en abandonnant les rêves chimériques de Barack Obama, de Catherine Ashton, ou de Shimon Pérès. Le simple fait qu'il n'existe qu'un seul petit Etat juif face à 23 Etats arabo-musulmans hostiles devrait, en soi, constituer un paramètre de départ pour toute réflexion approfondie sur la question. Comme outil de travail, on pourrait, par exemple, évoquer « l'Initiative israélienne pour la Paix», ébauchée par l'ancien ministre Benny Eilon, qui prend en compte tous les éléments historiques, religieux, politiques, stratégiques et humanitaires pour proposer un plan global et définitif de solution du conflit. Dans ses grandes lignes, elle préconise la fin de l'Autorité Palestinienne, l'étendue de la souveraineté israélienne sur la Judée-Samarie, une alliance stratégique signée entre Israël et la Jordanie – Etat palestinien de fait – l'octroi de la citoyenneté jordanienne aux Arabes qui vivent en Judée-Samarie, et une solution humanitaire pour les Palestiniens en les installant de manière définitive et dans des conditions normales dans les pays arabes qui les ont parqués dans des camps depuis des décennies.

Certes, cette initiative a été accueillie avec mépris par les tenants de solutions classiques clés-en-mains ; mais en y regardant de plus près, elle est beaucoup plus réaliste que celle de la création d'un nouvel Etat musulman au cœur d'Israël, ne parlons pas d'un « Etat double-face » sur cette bande de terre. Elle exigerait certes un effort bien plus courageux au début, notamment de la communauté internationale et des pays arabes, qui devraient enfin opter pour une attitude de bonne foi.

Cette solution, qui, comme toutes les autres, n'est pas parfaite, a au moins le mérite de sortir de la politique du « non systématique » et de réduire à long terme les risques de confrontation et de bain de sang entre juifs et arabes.

Et entre une solution ébauchée par un descendant des Hébreux et celle proposée par les descendants des Vikings…


© Shraga Blum