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Israël (lynchage médiatique)

L'Autorité Palestinienne et l'exemple rwandais, Shraga Blum
17/02/2013

 

Le directeur du « Center for Near East Policy Research », David Bedein a porté à notre connaissance un fait notoire mais qui est passé inaperçu. Au mois de janvier, Israël a reçu la visite du Dr Zekharia Kaufmann, de l'Université de Yale (Etats-Unis), et qui est, entre autres, spécialiste d'un précédent juridique de la plus haute importance : la condamnation, par la justice internationale, de médias rwandais pour « incitation au génocide ».

Le gigantesque dossier du massacre de masse perpétré au Rwanda en 1994 par les Hutus à l'encontre des Tutsis contient un important chapitre sur le rôle des médias hutus dans la préparation et l'accomplissement de leur sinistre forfait. Selon les juristes qui ont travaillé sur ce dossier « les médias hutus ont procédé à une déshumanisation méthodique des Tutsis entraînant une adhésion populaire au principe de leur élimination ». Selon le Dr. Kaufmann, « les médias ont joué un rôle prépondérant dans la tentative de génocide car les émissions et leurs messages racistes entraient dans tous les foyers, et ont désigné les Tutsis comme étant un corps étranger au Rwanda qu'il fallait éliminer ». « De là à la mobilisation générale des Hutus, il n'y a eu qu'un pas, car on leur a présenté les Tutsis comme étant la source de tous leurs maux », ajoute Kaufmann.

C'était la première fois depuis le Procès de Nuremberg que le rôle des médias était ainsi dénoncé comme ayant préparé et encouragé un massacre de masse. C'est ainsi que le Tribunal Pénal International, dépendant de l'ONU, a inculpé les dirigeants de la RTLM, la radio officielle rwandaise, ainsi que le rédacteur en chef du journal « Kangura », pour « incitation à la haine ayant mené à un génocide ».

Plusieurs observations importantes sont à noter suite à cette décision jurisprudentielle : dans l'un des attendus du verdict, un magistrat écrit à propos des responsables des médias incriminés : « Sans armes physiques, vous avez réussi à préparer et justifier le massacre de centaines de milliers de citoyens innocents ». Par ailleurs, le Tribunal a reconnu « le rôle déterminant des médias dans une entreprise de délégitimation et de violation des droits humains élémentaires » et « leur lourde responsabilité dans les conséquences de leur attitude ».

Ce qui intéresse au plus haut point Israël dans cette affaire, c'est que le Dr Eliyahou Richter, spécialiste israélien des génocides et membre du Comité International pour la Prévention des Génocides, affirme que « tous les éléments cités dans le dossier rwandais peuvent s'appliquer également aux médias de l'Autorité Palestinienne ». Pour Richter, « la télévision, la radio ainsi que les ouvrages scolaires palestiniens désignent les Israéliens - mais aussi les juifs – comme des sous-hommes dont il serait bon de se débarrasser ». Malheureusement, ce qui est valable pour les uns ne l'est pas pour les autres. Le Dr Richter, qui faisait  partie de la  Commission qui a récemment rendu son Rapport sur la comparaison des ouvrages scolaires arabes palestiniens et israéliens s'était adressé à ce sujet au professeur Bruce Wechsler qui dirigeait la Commission. Quelle ne fut pas sa stupéfaction de voir que le professeur Wechsler avait choisi de fermer les yeux sur les nombreux cas d'incitation à la haine et au meurtre dans les ouvrages palestiniens. C'est ainsi, par exemple, que les appels à la lutte  et au djihad ont été interprétés comme des « appels à une résistance non-violente », et que le professeur Wechsler mettait sur un même plan la glorification des « Shahids » [martyrs] et l'admiration  des élèves israéliens pour les soldats de Tsahal ! Wechsler affirmait aussi qu'il n'avait « pas vu » les cartes qui ne mentionnent pas Israël, « pas vu » les films de propagande qui falsifient et nient le lien historique entre les juifs et Israël, « pas vu » les promesses faites aux enfants d'un « retour de tous les réfugiés en Palestine », « pas vu » non plus les photos de terroristes présentés comme des héros, etc.

Le Dr Richter est catégorique : Israël est en droit d'attaquer l'Autorité Palestinienne devant la justice internationale pour incitation au génocide. On n'en est certes pas – et fort heureusement - au stade de la mise en œuvre, mais beaucoup parmi ceux qui aujourd'hui dénoncent une utilisation exagérée ou inappropriée de la Shoah dans le contexte proche-oriental  oublient qu'avant les premières mesures prises envers les juifs il y eut des années d'une propagande intensive qui aboutit à la « permission morale » de s'en prendre physiquement aux juifs de manière massive.

Les responsables israéliens feront-ils le pas ? Rien n'est moins sûr. On n'attaque pas en justice un « partenaire pour la paix », « modéré » de surcroit, soutenu par une partie de la classe politique israélienne, et qui bénéficie des faveurs internationales…

 

© Shraga Blum