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Contentieux palestino-israélien

Deux peuples, deux Etats : l'avenir d'un slogan, par Shmuel Trigano
20/02/2013

 

Chronique sur Radio J, le vendredi 1er février 2013, reprise sur le site JSS.News, 20 février 2013.


« Deux peuples, deux États », ce slogan bien peaufiné par les publicitaires politiques, a fini par s'imposer dans le débat sur le Proche-Orient et être assumé par les représentants du judaïsme, de Natanyahou aux institutions communautaires diasporiques. Il est répété comme un mantra qui exprime une foi et protège quasi magiquement de la stigmatisation.

Le but du publicitaire, comme dans les spots pour les voitures, est de faire miroiter un horizon de facilité, de simplicité, de légèreté et, tant qu'à faire, de morale. Mais recouvre-t-il une réalité et une potentialité à venir ?

Rien n'est moins sûr. C'est certes l'énoncé d'un principe démocratique faisant référence à l'autodétermination des peuples, mais force est de constater que tous les peuples n'ont pas d'État. Si on était conséquent avec ce principe, notamment au Proche-Orient, il faudrait l'appliquer, par exemple, au peuple kurde, à l'encontre de la volonté de l'Irak, de la Syrie, de la Turquie, de l'Iran. Voici, en effet, un peuple bien plus conséquent que les Palestiniens, qui compte 40 millions de personnes écartelées entre plusieurs pays qui leur sont hostiles et les persécutent. On pourrait multiplier les cas ailleurs : peuple kabyle, peuple berbère, peuple corse, etc. On ne voit pas en quoi les Palestiniens constitueraient le cas le plus important de la planète, si ce n'est parce que le monde arabo-musulman en a fait son fétiche, son emblème par lequel passent toutes ses frustrations et son ressentiment.

Force est aussi de constater que cette idée d'étendre la démocratie à tous les pays du monde de façon militante s'est avérée catastrophique. C'était une idée du président Bush. Elle n'a produit dans le monde arabe que de la décomposition et l'avènement d'une dictature islamiste encore plus totalitaire que les régimes des anciens potentats. C'est une doctrine volontariste et irréaliste, d'une grande naïveté sur le fonctionnement des sociétés, car la démocratie ne peut se constituer que du sein d'une société, à un rythme qui lui est propre et en vertu d'une révolution mentale qui ne peut être programmée. Elle ne se promeut pas de l'extérieur. Dans le cas de l'islam, la dominance d'un islam non réformé rend impossible la démocratie.

C'est dans ce piège que, sous la conduite pathétique d'Obama, l'Occident est tombé en propageant le mythe d'un islamisme modéré, un mythe sans lequel il aurait bien fallu qu'il assume son erreur stratégique fatale et son échec qui date de son « discours du Caire ». Dans le cas de la France, par exemple, il est clair que l'intervention en Libye, destinée à promouvoir la démocratie, a provoqué la déstabilisation de toute l'Afrique sub-saharienne et la menace d'Al Qaida sur le territoire national. Récemment, on annonçait, dans le désintérêt total, que les chrétiens étaient chassés par les islamistes triomphants dans l'est de la Libye…

Mais ce n'est pas le seul argument. Car y-a-t-il un peuple palestinien ? Son existence est pour le moins récente. Elle date d'un changement de stratégie de l'OLP qui, en juin 1974, a décidé de jouer désormais la carte non plus de la « nation (pan)arabe » mais de la « nation palestinienne » et opté pour le « plan par étapes » (de conquête de la Palestine, sur la base de toute parcelle de territoire « libérée », dont l'Autorité Palestinienne est évidemment la première « étape »).

Mais où est ce peuple ? A Ramallah ? A Gaza ? En Jordanie, dont la grande majorité de la population est dite « palestinienne » ? Dans une diaspora de plusieurs millions de personnes qui demandent le droit au retour dans l'État d'Israël ?

Quel État, combien d'États, demande exactement le « peuple palestinien » ? A l'écouter : au moins quatre États : la « Palestine », l'État d'Israël qui cesserait d'être un État juif (défini comme apartheid) et qui devrait devenir, avec le « retour » de millions de réfugiés, un État judéo-arabe, l'État de Jordanie et l'entité de Gaza.

Mais ces « Autorités » palestiniennes veulent-elles réellement un État, quel qu'il soit ? Justement non. A plusieurs reprises, depuis le plan de partage de la Palestine jusqu'à Barak et Clinton, les Palestiniens se sont vu proposer cette éventualité, qu'ils ont rejetée, car il est absolument clair qu'ils revendiquent tout le territoire de la Palestine mandataire qui comprenait, à l'origine, ne l'oublions pas, la Transjordanie, l'actuel État jordanien qui constitue en fait l'État arabe qui devait être constitué sur ce territoire mandataire pris dans sa totalité (avant que la Grande-Bretagne n'en détache la Transjordanie pour en gratifier son affidé, le Shérif Hussein).

Enfin, à supposer que l'Autorité palestinienne obtienne son indépendance, un État palestinien pleinement souverain – c'est-à-dire avec une armée, une politique internationale, etc. – est-il possible sur un si petit territoire, encastré au cœur d'Israël et avec une population aussi hostile ? Justement non, et certainement pas dans la situation actuelle. Son existence ferait peser une menace vitale permanente sur l'État d'Israël, dont le leadership serait bien stupide et coupable de se laisser entraîner dans un aventurisme fatal. La chose peut être démontrée par A+B. je n'aborde même pas ici la question de la survie économique de cet État quand on sait que l'Autorité Palestinienne est sous la transfusion permanente de l'argent européen…

Alors, je crains qu'il faille être très prudent quand on claironne ce slogan trompeur. Il enferme Israël dans une situation impossible et le met en accusation dans sa légitimité même. Il prône une solution, certes, mais une solution létale qui programme inéluctablement sa destruction.

Les grands moralistes ne pratiquent pas le service après-vente. Qui se soucie aujourd'hui de l'après-intervention libyenne ? Les Libyens peuvent bien « crever » une fois que Sarkozy s'est fait applaudir en vainqueur. Nous verrons demain le Mali. Souvenons-nous qu'hier les accords d'Évian signés avec le GPRA, aussitôt chassé par le FLN, ne furent jamais respectés, qu'un million de Français, se virent abandonnés par l'État gaullien et obligés de fuir, avec, de surcroît, l'opprobre moral jeté sur eux durablement comme l'a montré la célébration récente du 50ème anniversaire (sic) de l'indépendance algérienne. Quel abandon terrible caractérise la politique contemporaine !

Je suggère donc d'attendre que le monde arabo-musulman décrète urbi et orbi qu'il reconnaît la légitimité d'un État juif, que les Palestiniens renoncent explicitement au « droit au retour » (et même alors, la confiance sera très faible à l'aune du « double discours » caractéristique de la politique de ce monde-la, la takyia islamique). Il faut chercher des solutions intermédiaires, temporaires, composites, sans doute en collaboration avec la Jordanie, qu'elle soit, sur le plan de son régime, hachémite ou palestinienne. Il n'est nullement question d'intégrer les Palestiniens de Cisjordanie dans l'État d'Israël mais cela ne signifie pas que l'alternative à la situation actuelle doive être un État-OLP ou un État-Hamas.

Je ne doute pas que cette posture soit difficile à soutenir sous la pression idéologique actuelle, mais c'est un acte de santé psychique, pour les Juifs en tout cas, de ne pas intérioriser la violence symbolique du slogan en question. Il enferme les esprits dans une prison mentale sans issue si ce n'est la stigmatisation. C'est comme si les Juifs devaient l'énoncer chaque fois qu'ils évoquent Israël pour obtenir l'assentiment de l'interlocuteur. Il faudrait assumer la politique de l'OLP pour qu'Israël ait le droit d'exister ? C'est devenu le « sésame » de la bonne compagnie, de la respectabilité, de la moralité.

Il faut retrouver l'audace du non-conformisme et du dissentiment ! Il faut avoir confiance en soi. Ce n'est qu'aujourd'hui que la parole du prophète Isaïe prend sens : « Pour Sion je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem, je ne me tairai pas ! » (Is 62,1).

 

© Shmuel Trigano