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Judaïsme

Le Rav Frouman (zatzal), ou le tango en solitaire, par Shraga Blum
13/03/2013

 

Nul ne nie que le Rav Menahem Frouman (zatzal) de Tekoa, récemment et trop tôt disparu, aura marqué sa génération ainsi que le pays. Sans jamais se préoccuper de ce qui était ou serait dit sur lui, il a enseigné, parlé, agi comme il l'entendait avec une foi inébranlable, sortant des sentiers battus et n'hésitant pas à provoquer l'incompréhension voire l'irritation de la population dont il était issu et parmi laquelle il vivait. Son sourire désarmant, son regard bleu pénétrant et plein d'amour ne laissaient personne indifférent et empêchaient que l'on puisse le honnir comme on l'aurait fait pour d'autres personnalités prônant les mêmes idées ou entreprenant des initiatives similaires.

Sur le plan politique et idéologique, le Rav de Tekoa est allé très loin dans l'application de ses idéaux, allant rendre visite à Yasser Arafat et au Cheikh Yassin, n'hésitant pas même, une fois ou l'autre, à revêtir l'écharpe de l'OLP lors de visites dans des villages arabes de Judée-Samarie, à s'écrier « Allah Ouakbar » en rencontrant des dignitaires musulmans, ou encore à affirmer être prêt à vivre en Judée-Samarie comme minorité sous le joug d'un Etat palestinien si cela pouvait éviter toute effusion de sang. Comportement pour le moins paradoxal pour un guide spirituel qui martelait par ailleurs qu'Eretz Israel appartient, de droit et dans son intégralité, au peuple juif. Le Rav Frouman (zatzal) n'était pas un « pacifiste gauchiste » comme certains le décrivent, même si certaines de ses initiatives ou déclarations emplissaient de joie les « Shalom Akhshav » et affiliés. On se souvient de son opposition farouche à la libération de plus de 1000 terroristes en échange de Gilad Shalit. En bon juif – qui souvent rime avec naïf - il  voulait croire que dans tout homme – fût-il un terroriste - existe une étincelle de divinité qui ne demande qu'à être ravivée au moyen de l'amour que l'on pourra lui manifester et d'un dialogue sincère et sans détours.

Cette attitude qu'il disait puiser aux sources de l'enseignement du Rav Kook, a en fait dévoilé l'un des aspects les plus pathétiques de l'être juif soumis à l'animosité de son entourage. L'amour, l'harmonie, la sublimation des pulsions par une adhésion à l'Autre sont autant de valeurs merveilleuses pour autant que l'Autre les fasse siennes également. L'enseignement et la vie du Rav Frouman (zatzal) auront donc été très utiles, ne serait-ce que pour montrer les limites de cette utopie et son inanité totale face à l'hégémonie islamique, qui se situe aux antipodes de la vision juive et se sert des valeurs qui lui sont proposées pour mieux pouvoir combattre les « infidèles ».  

Que reste-t-il de l'action du Rav Frouman (zatzal) au sein de la population arabe palestinienne après 30 ans ? Le Fatah et le Hamas ont-ils changé d'un iota leur idéologie et leur programme meurtrier grâce aux graines semées par le Rav Frouman ? Mis à part quelques larmes versées à ses obsèques par une poignée de villageois qu'il a côtoyés, le résultat est sans appel. Et même sans parler d'effets escomptés sur les organisations terroristes elles-mêmes, l'action du Rav Frouman z"l n'aura pas fait bouger d'un pouce l'attitude des responsables arabes locaux.  Je me souviens de mon incompréhension mêlée de colère lorsque je vis ces délégations de Rabbanim, dirigées par le Rav Frouman (zatzal) se rendre, avec une culpabilité affichée, dans des villages arabes après des actions du « tag mehir » [1]. Se présentant comme « parlant au nom de la population d'Israël », ils venaient présenter leurs excuses aux dignitaires des villages pour des graffitis ou des tentatives de destructions de biens – actes stupides et condamnables s'il en fût - dont on ne sait même pas s'ils sont tous le fait de jeunes juifs. Ces visites de solidarité et de repentir sont certes de beaux et nobles gestes, de haute portée morale, mais à effet pédagogique et psychologique nul, voire contreproductif. Deux ans après, nous attendons tous encore la moindre parole réconfortante, le  moindre geste de réciprocité après le massacre de la famille Fogel [2], pour ne parler que de cette tragédie parmi tant d'autres. Non, ce ne sont que les sourires satisfaits et provocants des deux assassins dans leur box des accusés qui nous restent en mémoire. Ces attitudes juives d'auto-flagellation ne sont perçues que comme un dû ou pire un signe de faiblesse.

« Pour danser le tango il faut être deux », ressassent avec raison les responsables politiques israéliens, sans cesse sommés par la communauté internationale de reprendre les négociations avec les terroristes de l'Autorité Palestinienne. Dans toute sa grandeur, le Rav Frouman (zatzal), aura sans doute cru et espéré que sa foi en l'Homme réussirait à soulever et renverser les montagnes de haine aveugle que nous vouent les barbares musulmans de notre époque. Lui qui, contrairement à d'autres, avait compris que l'essence de ce conflit était avant tout religieuse, aura échoué dans sa volonté de le réduire ou le régler par le dialogue entre gens de religion. Tout simplement parce que le combat qui nous est livré par les descendants d'Ismaël est un combat impitoyable, à la vie à la mort.

Salué et regretté par la gauche israélienne et les médias - qui l'ont rapidement transformé en icône et qualifié de « Rabbin de la Paix » pour mieux pourfendre la droite - le Rav Frouman (zatzal) aura en réalité rendu un grand service à cette dernière en balayant les derniers doutes sur une quelconque volonté de paix et de coexistence de la part de nos voisins. A ceux qui exigent, en toute occasion des « gestes de bonne volonté unilatéraux » en direction des terroristes, on pourra toujours opposer la vie du Rav Frouman (zatzal) pour leur montrer que peu importe la manière, la haine implacable d'Israël ne dépend pas de notre attitude envers nos ennemis. 

Certains grands personnages passent sur cette terre pour servir principalement de révélateur de vérités que la masse est incapable de déceler. En créant son mouvement utopique « Eretz shalom » [3], le Rav Frouman (zatzal) ne pensait probablement pas que cela pouvait mener tout droit à « Shalom ha'aretz ! » [4].

 

© Shraga Blum

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Notes de debriefing

[1] Tag mehir, expression hébraïque qui signifie « prix à payer », politique de représailles juives aux exactions palestiniennes. Voir, entre autres, Kristell Bernaud, « Israël: la guerre des colonies des Jeunes des collines », 25.04.2012.

[2] Voir, sur Wikipedia, l'article « Tuerie d'Itamar ».

[3] Terre de paix.

[4] Littéralement : Adieu la terre!