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Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

Touristes et périls [en Israël], par Sharaga Blum
22/03/2013

 

Nul en Israël ne nie que le tourisme entrant est une source importante de revenus pour l'économie du pays. Et la grande majorité de la population israélienne admet que les centaines de milliers de chrétiens qui viennent chaque année en Israël sont les bienvenus et devraient naturellement constituer les meilleurs ambassadeurs de l'Etat juif une fois revenus dans leurs pays d'origine. Les chiffres fournis régulièrement par le Ministère du Tourisme reflètent peut-être une réalité statistique à chaque fois plus encourageante, mais est-on sûr que tous ces pèlerins et touristes non-juifs repartent d'Israël avec dans leur tête et leur cœur un amour ou du moins une compréhension d'Israël ?

Force est de constater que, dans le domaine du tourisme également, l'obsession israélienne à toujours vouloir être « mieux que tout le monde » et « montrer un exemple de liberté et d'ouverture » se retourne dangereusement contre les buts recherchés et les intérêts vitaux de l'Etat d'Israël. Il s'agit d'un phénomène unique au monde, qui va en s'accentuant et qui aboutit à des conséquences ubuesques.

Chaque année, le ministère israélien du Tourisme autorise des centaines de guides étrangers, souvent non qualifiés – dont certains venus de l'Autorité Palestinienne – à accompagner des groupes de pèlerins ou de touristes lors de leur séjour en Israël. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette générosité a donné lieu à des scénarios surréalistes tels que des discours négationnistes à « Yad Vashem », de la vile propagande palestinienne et toutes sortes de grossières falsifications historiques ou religieuses dans de nombreux sites touristiques du pays ! Le tout, avec le sceau du Ministère israélien du Tourisme ! Selon des témoins, certains touristes venus sans préjugés particuliers – il y en a encore quelques uns - repartent non seulement antisionistes mais également antisémites.

Cela fait 25 ans que les guides israéliens mènent une guerre juridique contre le Ministère au sujet d'une décision prise en 1987 d'autoriser les groupes de pèlerins à venir en Israël accompagnés de leurs propres guides – souvent des curés ou des guides spirituels. Les autorités israéliennes avaient conclu un accord avec le Vatican et différentes églises afin de développer le tourisme religieux, et pour répondre aux opposants soucieux de leur gagne-pain, elles indiquaient « que l'annulation de ces accords risquait de donner le sentiment d'une atteinte à la liberté religieuse et de culte, de provoquer une crise avec le monde chrétien et ainsi une baisse du tourisme religieux en Israël ». La Cour Suprême avait alors donné raison à l'Etat concernant « les lieux saints », mais le Ministère du Tourisme avait interprété cette décision au sens large, en donnant l'autorisation à des curés et guides spirituels dépourvus de diplôme agréé, d'accompagner leurs groupes non seulement sur les sites religieux chrétiens mais dans tout le pays, y compris sur les sites historico-religieux juifs, sans la moindre présence d'un représentant israélien.

Un grave problème supplémentaire est venu s'ajouter après la signature des Accords d'Oslo, où il fut question d'autoriser des « échanges de guides touristiques » entre Israël et l'Autorité Palestinienne », en signe de « bonne volonté vers la paix annoncée ». Mais sur le terrain, comme pour tous les autres volets de ces accords, l'application est restée à sens unique, et si des dizaines de guides arabes palestiniens parcourent chaque année le pays avec des groupes étrangers, pratiquement aucun guide juif n'est autorisé à amener des groupes de touristes à Bethléem ou dans les zones sous le contrôle de l'Autorité Palestinienne.

Ainsi, le souci purement économique de l'afflux d'une concurrence déloyale pour les guides israéliens s'est doublé d'un problème beaucoup plus grave et paradoxal : la montée en flèche de la diffusion de l'antisémitisme, de l'antisionisme et du négationnisme parmi des groupes de touristes et pèlerins qui viennent en Israël ! Il arrive fréquemment que des groupes étrangers parcourent le pays sans avoir le moindre contact avec un guide israélien ou des lieux historiques juifs, restant ainsi à la merci des intentions politiques, idéologiques ou religieuses de leurs accompagnateurs étrangers.

C'est ainsi par exemple que lors d'une visite à « Yad Vashem », un guide arabe a pu dire à son groupe que « les Israéliens faisaient aujourd'hui la même chose aux Palestiniens », qu'un curé expliquait à son groupe  « que ce qu'il voyait était de la pure propagande sioniste », ou encore qu'un autre guide arabe palestinien présentait la Shoah comme « la version juive de ce qui se serait passé durant la Seconde Guerre mondiale» ! Une autre fois, un guide arabe expliquait aux passagers d'un autobus que les carcasses de camions rouillés que l'ont voit sur le bord de la route menant de Tel-Aviv à Jérusalem étaient « une publicité contre les accidents de la route ». Un chauffeur de bus raconte qu'il eut une altercation avec un guide arabe palestinien. Ce dernier montrait à son groupe un Mémorial de Tsahal dans la Vallée du Jourdain en expliquant qu'« un massacre de Palestiniens avait eu lieu à cet endroit ». Le chauffeur, bien que se définissant d'extrême gauche, se disait « ébahi par les mensonges et l'incitation à la haine propagés par ce guide tout au long du séjour ». Et quand bien même certains de ces guides évoquent parfois les positions israéliennes, ils prennent les mêmes « précautions » que les médias étrangers dès qu'il s'agit d'Israël : « selon les Israéliens », « d'après la version de Tsahal », « ils prétendent que », etc.

Inutile d'imaginer ce que ces guides et responsables spirituels expliquent à leurs touristes lorsqu'ils les amènent à Hevron, au Tombeau de Rachel, à Jérusalem et au Mont du Temple.

Les guides israéliens affirment aussi que de plus en plus de groupes sont dirigés vers des lieux non-touristiques mais à haute teneur politique et polémique, comme la Barrière de Sécurité, les check-points de Tsahal, les camps de « réfugiés », ou les lieux de frictions entre juifs et arabes en Vieille Ville de Jérusalem et en Judée-Samarie.

La délégitimation d'Israël grandissante dans le monde a aussi ses effets dans ce domaine, et certaines agences de voyages étrangères demandent désormais ouvertement à avoir des guides arabes palestiniens, ou exigent des guides israéliens qu'ils « mettent en veilleuse leur sionisme ou leur judéité » ! Pour Yossi Weiss, ancien président de l'Union des Guides Israéliens « la rencontre entre des guides arabes palestiniens et des groupes chrétiens ayant des préjugés antisémites, ou qui sont théologiquement antisionistes, est un mélange explosif ». On en arrive à une situation où, avec l'assentiment d'Israël, l'histoire et la géographie du pays sont exposées aux touristes selon le « narratif » palestinien, ou conformément à la vision religieuse d'accompagnateurs ecclésiastiques qui n'ont toujours pas « digéré » le Retour du peuple juif à Sion.

Les responsables de l'Union des Guides israéliens ne cessent depuis des années d'avertir les autorités des conséquences néfastes causées par ces guides malintentionnés… qui agissent pourtant avec l'assentiment du Ministère du Tourisme ! Ce dernier, tout en reconnaissant « certains cas problématiques » continue d'affirmer que la loi est globalement respectée.

Bien entendu, il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur la totalité du tourisme chrétien. Il existe, au sein du christianisme, de nombreux courants qui sont de véritables et solides amis d'Israël, comme c'est le cas de mouvements évangélistes américains ou de certaines églises protestantes européennes. Et les témoignages sur les falsifications historiques proviennent parfois de touristes eux-mêmes, choqués par l'attitude de leurs accompagnateurs. Mais parmi les groupes qui viennent des pays d'Amérique du Sud ou d'Europe occidentale principalement, beaucoup ont le sentiment de repartir ensuite de la « Terre Sainte » et non de la « Terre Promise »,  persuadés que ses habitants juifs ne sont que de vulgaires usurpateurs.

La responsabilité de cette dangereuse anomalie est à mettre sur le compte des pouvoirs publics qui ont laissé naître et grandir, dans notre propre pays et sous leurs yeux, une machine de propagande au service de la délégitimation d'Israël, ceci afin de ne pas donner le sentiment de froisser la liberté d'opinion. Un comble. Aucun pays au monde – de surcroit confronté à une lutte de survie - ne laisserait se développer sur son sol un réseau parallèle de guides touristiques aux intentions subversives.

A force de ne pas vouloir déplaire à l'étranger, on finit parfois par s'y faire détester.

 

© Sharaga Blum