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L'affectueuse étreinte de l'ours [Obama en Israël], par Shraga Blum
22/03/2013

 


On ne savait pas quand cela allait arriver ni sous quelle forme il allait nous le servir. Mais les débuts enivrants du séjour du président américain en Israël semblaient trop beaux et trop appuyés pour ne pas cacher un petit coup de massue qu'il allait nous asséner, « en tant qu'ami » bien-sûr, comme le fit Nicolas Sarkozy à la Knesset. On peut demander tant de choses à un ami en lui tapant amicalement sur l'épaule !

Ce qu'a fait Barack Obama devant un parterre d'étudiants triés sur le volet par l'ambassade et  débarrassé de ceux de l'Université d'Ariel, était ni plus ni moins une intolérable ingérence dans les affaires politiques israéliennes et une tentative de contourner le gouvernement élu d'Israël. Imaginons un instant un Premier ministre israélien en visite à l'étranger et qui appellerait ouvertement la société civile à faire pression sur le gouvernement afin qu'il applique une politique désirée par I'Etat juif ! On imagine déjà le tollé non seulement dans le pays hôte, mais aussi en Israël, où les médias et l'opposition tireraient à boulets rouges sur ce Premier ministre irresponsable et malpoli. La réaction positive quasi unanime des médias israéliens aux propos d'Obama indique qu'il a réussi son coup. « Haaretz » titrait jeudi soir : « Obama a dit : la paix est nécessaire, juste et possible, à vous de l'exiger de vos responsables politiques ». Voilà l'une des phrases-clé qui sera retenue de ces trois jours par les médias.

Toutes les belles paroles prononcées depuis son arrivée par le président américain, et devant lesquelles se sont pâmés les officiels, ont ainsi perdu toute leur valeur après qu'il ait qualifié le lendemain Israël d'« occupant » en Judée-Samarie, accusé Israël « d'expulser les Palestiniens »  et dénoncé « les agressions impunies des juifs de Judée-Samarie contre les Arabes ». Les parents de la petite Adèle Bitton, qui est toujours entre la vie et la mort, auront apprécié ces propos.

Amir Peretz, pour une fois, avait senti le vent venir et l'accueillait avec faveur, déclarant  jeudi matin déjà qu'« Obama était venu en Israël dans le seul but de s'adresser directement à la population du pays afin qu'elle pousse ses dirigeants à avancer vers la paix avec les Palestiniens ». Comme si ces derniers montraient le moindre signe en ce sens depuis un siècle. Peretz rajoutait que, « contrairement aux dictatures où l'opinion publique ne joue aucun rôle dans les prises de décisions, Israël est une démocratie dans laquelle les responsables politiques sont fortement influencés par leur opinion, ce qu'avait parfaitement compris Barack Obama ».

L'impression que laissait le président américain après sa première journée dans le pays était qu'il avait probablement compris les erreurs politiques et psychologiques qu'il avait commises envers Israël et son Premier ministre durant son premier mandat. Mais c'est davantage ses erreurs tactiques qu'il a voulu corriger : à l'issue de son séjour et au-delà des beaux discours et des réceptions mondaines, force est de constater qu'il est venu pour obtenir les mêmes résultats mais en utilisant cette fois-ci la manière douce. Le président américain a adopté la même méthode, utilisée durant des siècles par les Pères des Eglises qui voulaient convertir « le peuple aveugle et à la nuque raide » à la « vraie Foi » : lorsque cela ne marchait pas par la confrontation, il fallait essayer la douce persuasion. Ou vice-versa.

Qui parmi nous ne s'est pas laissé aller à oublier un instant ses attitudes arrogantes et butées d'il y a quelques années, en entendant cette fois-ci le président américain parler du « retour du peuple juif sur sa terre après des millénaires » et réaffirmer à l'envi « l'alliance immuable des Etats-Unis avec Israël ». Mais le locataire de la Maison-Blanche n'est pas venu pour distribuer des compliments gratuits. Il a tenté d'éveiller dans le pays un mouvement d'opinion qui poussera le gouvernement à faire toutes les concessions tant souhaitées par la communauté internationale. L'expulsion de dizaines de milliers de Juifs enveloppée d'un papier bonbon. Désormais, il sera difficile aux responsables israéliens, tout comme aux Républicains américains, de mettre les exigences et dictats d'Obama sur le compte d'une quelconque hostilité à Israël. Des heures de tournages et des milliers de photos seront à la disposition du staff de la Maison-Blanche pour prouver « qu'il est le meilleur ami d'Israël sur cette planète ».

Il y avait d'ailleurs dans ses discours successifs un fil d'Ariane qui est profondément vicieux et erroné, et qu'adoptent malheureusement beaucoup d'hommes politiques israéliens également. Il se résume ainsi: vos besoins de sécurité sont réels, et les Etats-Unis sont et resteront toujours à vos côtés. Mais à partir de là il faut accorder leurs droits aux Arabes palestiniens afin qu'ils obtiennent justice. Cette équation est criminelle. La clé du problème n'est pas la sécurité des uns comme contrepartie du respect des droits élémentaires des autres. C'est le peuple juif qui réclame justice depuis qu'il a été chassé de son pays et soumis à toutes les persécutions possibles. Et face à lui se dresse depuis quelques décennies un peuple factice, artificiel, préfabriqué pour la circonstance, qui exige de prendre la place d'Israël et utilise mensonges et violence pour parvenir à ses fins. En entamant son discours devant Barack Obama à Ramallah, le chef terroriste Mahmoud Abbas a parlé « de la longue Histoire du peuple palestinien ». On suppose qu'il parlait en termes d'heures. Mais c'est ce genre de mensonge répété depuis 60 ans qui a imposé à la conscience internationale l'existence d'un « peuple » qui aurait été lésé et dépossédé par la réalisation sioniste, et dont la rédemption passerait par la renonciation d'Israël à ce qui fait son identité : la Judée-Samarie et Jérusalem. Dans une première étape.

Les applaudissements nourris d'un parterre d'étudiants majoritairement à gauche et à l'extrême-gauche, les mantras pathétiques de Shimon Pérès ainsi que les discussions de salon avec l'intelligentsia israélienne lors de la réception de jeudi à la résidence présidentielle auront peut-être donné à Barack Obama le sentiment d'avoir été entendu par l'opinion publique, mais il se trompe. La population dans son ensemble, confrontée à la réalité de cette région et sans cesse en butte à des expériences tragiques, ne se lèvera pas contre ses dirigeants pour exiger qu'ils se plient aux desiderata de ceux qui pensent pouvoir calmer la Bête arabo-islamique en lui lançant un morceau de viande israélienne. Les beaux discours seront bien vite rattrapés par la réalité, et, comme d'habitude, il faudra faire confiance à nos ennemis, Hamas et Fatah confondus, afin qu'ils dessillent les yeux des malvoyants par leur constante sincérité quant à leurs intentions finales.

Les superficiels auront vu dans cette visite une nouvelle lune de miel entre les Etats-Unis d'Obama et Israël, les plus lucides auront décelé un piège de miel tendu par un président américain qui souhaite effacer l'échec de sa politique arabe aux dépens d'Israël. Et il n'y a pas plus susceptible qu'un homme qui sent que ses attentions n'ont pas eu les effets escomptés.

 

© Shraga Blum