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Éditorialistes
Millière Guy

En défense de mon ami Guy Millière, par Menahem Macina
25/05/2013

  


Comment honorer P.-A. Taguieff, que j'admire, et défendre Guy Millière, mon ami, dont il met à mal la réputation dans un ouvrage récent ?

 

Imaginez un instant que vous soyez professeur d'économie, solidement diplômé et auteur de dizaines d'ouvrages et d'un nombre considérable d'articles, et qu'un triste matin, vous appreniez qu'un auteur, érudit et célèbre, dont, par ailleurs, vous appréciez les travaux, accueille, dans une somme récente qu'il dirige (1), une contribution contenant une critique ad hominem violemment hostile à votre personne. Ne percevriez-vous pas la chose comme un coup bas ?

C'est pourtant ce qui vient d'arriver à mon ami Guy Millière.

Et me voici déchiré entre deux fidélités, car mon admiration pour l'érudition et les contributions marquantes de P.-A. Taguieff n'a d'égale que celle que j'éprouve à l'égard du combat sincère et déterminé que mène Millière pour la défense de ses idées.

Je veux tout d'abord prendre du recul par rapport à ma réaction initiale exprimée à chaud, sous le coup de l'émotion, et préciser ma position suite à la mise en ligne que j'ai faite, sur mon site debriefing.org, de deux textes fort amers à l'égard de P.-A. Taguieff (2).

Tout d'abord, il doit être clair qu'en agissant ainsi je n'entendais écorner ni la personne de P.-A. Taguieff, ni la qualité de son oeuvre, qui s'impose d'elle-même. Mais je ne puis cacher que j'ai trouvé (et trouve toujours) insupportable que mon ami Guy Millière ait été pris à partie de la sorte, par une contributrice de l'imposante somme évoquée plus haut.

En effet, même en tenant compte de la liberté d'expression et du droit à la critique dont bénéficie chaque collaborateur d'un ouvrage collectif, le ton péremptoire et durement dépréciateur de cette contribution (3), ne me paraît pas digne de la réserve universitaire qui eût dû être de mise en la matière. Qu'on en juge par cet extrait qui porte durement atteinte à la réputation d'un universitaire au savoir et au talent qui excèdent tellement ceux de sa détractrice, que ses vociférations, émises sur un ton pamphlétaire et venimeux, déshonorent l'ouvrage dans lequel elles figurent :

L'arabophobie touche également des milieux cultivés. S'appuyant sur une lecture caricaturale du "choc des civilisations", Guy Millière, universitaire proche des milieux néo-conservateurs américains et défenseur inconditionnel d'Israël, prône la guerre totale contre les Palestiniens. Prenant comme exemple les émeutes des banlieues, ce théoricien néo-conservateur tend à voir la France, à ses yeux en passe de devenir musulmane, comme un ennemi de la civilisation occidentale. Nombre de clichés racistes se retrouvent dans son discours: xénophobie, haine antimusulmane et amalgames entre maghrébins, délinquants et terroristes. Quant à l'islam, il "n'a, écrit-il, aucunement participé de façon positive à l'histoire et à la culture du pays". Les Arabes sont vus comme nombreux et violents. (4).

Mais au-delà de l'invective et de la hargne, ce qui frappe le plus dans ce brouet scolaire et partisan, est sa vacuité universitaire et l'absence de sources et de références qui eussent permis au lecteur de s'assurer de l'objectivité et de la recevabilité éventuelles des « critiques » émises, et surtout de se faire sa propre opinion sur la base de faits et de dires « sourcés » incontestables.

 

En conclusion, de cette pitoyable sortie de la détractrice de Guy Millière je dirais, avec l'adage : « une hirondelle ne fait pas le printemps », et je n'y attacherais pas plus d'importance qu'elle ne le mérite, si elle n'était implicitement cautionnée par la prestigieuse réputation du savant sociologue et philosophe qu'est P.-A. Taguieff, et n'offrait à ce ragot une diffusion inespérée en raison de sa présence dans un ouvrage prestigieux.

Le sentiment qui domine en moi, au terme de ce bref survol d'un épisode regrettable, est la tristesse.

Si j'ai quelque crédit (au moins moral) auprès de P.-A. Taguieff – dont j'ai toujours relayé, fidèlement et avec éloges, sur mes sites, les contributions – je me permets de lui demander de mettre un peu de baume sur le coeur de Guy Millière, en reconnaissant qu'il lui est fait là un tort immérité, même si involontaire (5).

En ce qui me concerne, je resterai toujours fidèlement aux côtés de l'admirable défenseur non-Juif des Juifs et d'Israël qu'est mon ami Guy Millière.

 

© Menahem Macina

 

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Notes


(1) Pierre-André Taguieff, Dictionnaire historique et critique du racisme, Presses Universitaires de France, Paris, 2013

(2) Albert Bertold, « L'honneur perdu de P. A. Taguieff » ; Guy Millière, « Lettre ouverte à Pierre-André Taguieff ».

(3) « Qu'est-ce que l'arabophobie ? », par Leila Babès, contribution au « Dictionnaire historique et critique du racisme » dirigé par P.-A. Taguieff.

(4) Les mises en gras et en italiques sont de moi.

(5) Depuis, les deux hommes se sont expliqués sur cette polémique; voir Echange entre Pierre-André Taguieff et Guy Millière [suite aux propos diffamatoires de Leila Babès].