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Antisémitisme
Antisémitisme arabo-musulman

La « Banalité du Mal » en version planétaire, par Shraga Blum
05/06/2013

 

 

Beaucoup d'encre a déjà coulé à propos de l'expression introduite par la philosophe Hannah Ahrendt dans la terminologie de la Shoah : « la Banalité du Mal ». Ce concept lui était venu à l'esprit alors qu'elle couvrait le procès du nazi Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, donnant lieu à son fameux ouvrage controversé « Eichmann à Jérusalem » (1963). S'attendant à voir un être cruel et satanique derrière la cage de verre du tribunal, Ahrendt avait au contraire découvert avec stupeur que l'architecte de la Solution Finale était un homme dénué de tout charisme, un monsieur-tout-le-monde à l'allure de petit bureaucrate zélé convaincu d'avoir accompli sa besogne.

Cette constatation confirma chez elle la conviction que tout régime ou idéologie totalitaires avaient besoin - en plus d'un appareil d'Etat répressif et de portefaix zélés - d'un puissant système de propagande permettant de transformer des millions de citoyens, pas forcément politisés au départ et parfois même de haute moralité, en agents dociles d'une administration asphyxiante. Jamais le régime nazi n'aurait réussi à appliquer sa politique d'extermination sans avoir auparavant « formaté » sa population par des années de propagande dont le but était clair : déshumaniser le Juif afin qu'au moment voulu, chaque rouage de la machine exterminatrice, depuis le cruel SS du camp de concentration jusqu'au fonctionnaire subalterne qui signe une directive anodine, agisse dans la « bonne direction » en étant persuadé qu'il accomplit une action positive et bienfaitrice.

Dans son livre « Des gens très bien », l'écrivain français Alexandre Jardin rompt avec fracas avec sa famille en détruisant l'icône de son grand-père, Jean Jardin, « homme bien sous tous rapports » et jouissant d'une grande notoriété, directeur de cabinet de Pierre Laval en 1942, et qui avait donc joué un rôle certain dans la Rafle du Vel d'Hiv. Avec mépris et colère, l'auteur décrit dans son livre la bonne conscience qui a accompagné son grand-père jusqu'à sa mort, et son sentiment permanent de ne jamais avoir accompli d'actes moralement répréhensibles.

Les ravages commis par le régime nazi et ses alliés n'ont pu être rendus possibles que parce qu'ils furent précédés d'une préparation méthodique de longue haleine, d'un « péché originel » qui transformait leurs futures victimes en ennemis de l'Humanité. Le Juif fut présenté comme « parasite », « nuisible », « fauteur de troubles », « source de tous les maux », et fut progressivement exclu de la communauté humaine. Son exclusion sociale ne pouvait  alors déboucher que sur son élimination physique, qui est alors apparue normale et même morale aux yeux de citoyens au-dessus de tout soupçon qui ont pu participer activement ou passivement à l'entreprise génocidaire sans aucun scrupule ni sentiment de culpabilité.

Fort de cette cruelle expérience, comment ne pas penser à ce qui se passe à l'heure actuelle et qui se trame contre Israël, transformé en « juif des Etats ». Mêmes intentions, même méthode, plus sophistiquée certes. Aujourd'hui, la propagande se fait à l'échelle planétaire et atteint des populations qui n'ont jamais vu de juifs de leur vie, qui n'ont aucune idée de ce qu'est Israël et de ce qui s'y passe. Ayant échoué depuis 1948 dans leur tentative de détruire l'Etat juif par la force des armes, le monde arabo-musulman et son Cheval de Troie « palestinien » sont passés à une offensive mondiale tous azimuts visant à délégitimer l'Etat d'Israël, le mettre au ban des Nations, convaincre les citoyens du « village global » que le monde se porterait mieux si « l'entité sioniste » disparaissait de la surface de la terre. Quelle analogie frappante ! Bien sûr, la proximité de la Shoah empêche encore pour l'instant – quoique de moins en moins – l'utilisation de l'arsenal terminologique de l'antisémitisme classique, mais le discours antisioniste que l'on entend à travers la propagande arabe comme dans toutes les versions de l'antisionisme - de gauche comme de droite - n'a fait que reprendre les anciennes accusations antisémites en remplaçant tout bonnement le mot « juif » par « sioniste ».

L'Histoire ne repasse jamais exactement les mêmes plats mais l'on sait aussi que les mêmes causes provoquent toujours les mêmes effets. La même volonté qui animait les nazis dans leur préparation méthodique du génocide juif anime aujourd'hui ceux qui veulent perpétrer le « politicide » de l'Etat juif. Et comment s'en étonner lorsque l'on sait aujourd'hui l'influence énorme qu'a eue l'idéologie nazie sur les Frères musulmans et les fondateurs du mouvement national arabe « palestinien ». Il serait très dangereux d'ignorer cet aspect fondamental de la tactique adoptée par les hérauts du totalitarisme islamique qui ont pris la relève du nazisme et du communisme en ayant bien pris soin de s'en inspirer.

La machine à broyer antisémite s'est aujourd'hui installée à l'échelle planétaire. L'Etat d'Israël est de nos jours honni dans le monde comme l'était le Juif dans les sociétés de l'Europe occidentale de l'entre-deux guerres : de manière irrationnelle. Et les consciencieux fonctionnaires allemands ou français des années 1940 sont aujourd'hui remplacés par toute une armée de consommateurs, académiciens, artistes, scientifiques, militants antiracistes ou travailleurs humanitaires recrutés par la propagande dans le monde entier,  persuadés qu'ils font œuvre de salubrité publique en oeuvrant à la disparition de la seule démocratie du Proche-Orient, à commencer par son boycott.

Dans ce processus historique méthodique, ils portent une très lourde responsabilité ceux qui aujourd'hui en Israël commémorent le Yom Hashoah la larme à l'œil en scandant le slogan « Plus jamais ça ! », tout en occultant l'antisémitisme nazi qui est à nos portes et suinte depuis les officines du Fatah et du Hamas. Lorsque Shimon Pérès loue à chaque occasion la « modération » d'un Abou Mazen qu'il qualifie « d'ami », tout simplement parce qu'il a décidé tactiquement d'opter pour une lutte moins violente mais bien plus sournoise contre Israël, il se rend comptable des malheurs qui risquent de s'abattre sur nous dans les années à venir.

Contrairement aux puissances de jadis qui ont eu le tort de temporiser, transiger et négocier avec la Bête nazie, il faut livrer aujourd'hui un combat sans merci contre la progéniture en keffieh qui est sortie de son ventre encore fécond. À l'heure où la délégitimation de l'Etat juif est devenue chose banale et envisageable un peu partout, il convient de rappeler quelle fut l'étape suivante de ce processus de liquidation.

 

© Shraga Blum