Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

Entre Sparte et Sodome : Israël, la France et la théorie de la «toile d'araignée», P.I. Lurçat
09/06/2013


Article repris du Blog de l'auteur, Vu de Jérusalem, 9 juin 2013

 

guilad shalit,christophe bigot

L'annonce de l'invitation faite par l'ambassadeur de France, Christophe Bigot, au premier « couple » homosexuel marié en France de se rendre dans sa résidence à Tel-Aviv peut susciter diverses interrogations, qu'on peut résumer par la vieille question : « Est-ce bon pour les Juifs ? » A première vue, rien ne semble indiquer que le représentant de la France en Israël ait eu d'autre motivation que de « surfer » sur la vague d'homophilie qui déferle sur l'Hexagone (au risque de susciter une vague homophobe en retour…). Mais cette information, pour anecdotique qu'elle puisse paraître, doit nous inciter à réfléchir de manière plus générale sur les objectifs que vise la politique française dans notre région et dans notre pays, admirablement servie par le très efficace et très souriant ambassadeur Bigot.

 

guilad shalit,christophe bigot

Retour sur l'affaire Shalit

Pour nourrir cette réflexion, il convient de revenir sur une affaire qui a occupé le devant de l'actualité israélienne pendant de nombreux mois, et a connu un heureux dénouement dans laquelle la France a joué un rôle important, au moins sur le plan médiatique : l'affaire Guilad Shalit. Comme je l'écrivais à ce sujet dans un article publié en décembre 2001 dans Israël Magazine, sous le titre « Pourquoi il ne fallait pas libérer Guilad Shalit à ce prix ? » :

C'est sur le plan psychologique que la transaction Shalit constitue sans doute l'erreur la plus grave. Elle envoie en effet aux Arabes des territoires palestiniens et des pays voisins un signal de faiblesse qui risque de les induire en erreur, en leur faisant croire qu'Israël est sur le point de succomber, selon la fameuse théorie de la « toile d'araignée » qui avait été exposée par le cheikh Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah, au lendemain du retrait israélien du Sud-Liban en 2000. Selon cette théorie, la puissance d'Israël est une illusion et l'Etat juif n'est pas plus fort qu'une toile d'araignée, que ses ennemis pourraient balayer d'un simple revers de la main !

guilad shalit,christophe bigot

Hassan Nasrallah

 

Cette théorie est évidemment fausse, mais la croyance des Arabes en notre faiblesse est désastreuse pour nous, car elle les incite à redoubler d'ardeur dans leurs attaques sur tous les fronts, réduisant ainsi à néant notre capacité de dissuasion, patiemment bâtie depuis plusieurs décennies. C'est bien ce qui s'est produit avec l'échange du soldat Shalit contre plus de 1000 terroristes : loin de montrer notre « cohésion sociale » et notre respect pour la vie humaine, comme on l'a entendu dire parfois, cet échange totalement disproportionné et injuste, a indiqué à nos ennemis que nous étions prêts à céder à tous les chantages et à libérer les pires terroristes (comme les auteurs de l'attentat de la pizzeria Sbarro, pour ne citer qu'un exemple), pour obtenir le retour d'un seul soldat captif.

Ce signe de faiblesse est trompeur, car la société israélienne, contrairement à ce que veulent faire croire des sondages mensongers et des éditoriaux défaitistes, demeure fondamentalement forte et saine, tout en étant traversée par des courants contradictoires. Les médias, notamment, sont un des points faibles de la démocratie israélienne, et nos ennemis et le Hamas en particulier ont tout à fait compris comment les exploiter. De ce point de vue, l'affaire Shalit constitue une incitation pour toutes les organisations palestiniennes à redoubler d'efforts pour capturer de nouveaux Guilad, en sachant que – malgré toutes les déclarations promettant que cet échange était le « dernier » – les médias et une large partie de la classe politique israélienne se mobiliseront à nouveau pour obtenir leur libération « à n'importe quel prix » !

guilad shalit,christophe bigot

Je n'ai rien à retirer de ces lignes écrites il y a un an et demi, sinon que les récentes révélations de la presse israélienne sur les circonstances de l'enlèvement de Guilad Shalit ne font qu'accroître le sentiment de malaise que cette affaire inspire. Si la France a tellement encouragé Israël à signer l'accord Shalit et à libérer des centaines de terroristes, ce n'est évidemment pas seulement pour pouvoir ensuite s'attribuer le mérite de sa libération… C'est, plus fondamentalement, parce que la France a compris qu'il y avait là un point faible de la société israélienne, qu'il fallait utiliser pour mieux affaiblir notre pays face à ses ennemis extérieurs et intérieurs. Car la diplomatie française partage la croyance de Nasrallah, selon laquelle Israël serait un Etat éphémère… (Ceux qui trouvent choquante une telle affirmation doivent se rappeler que la politique extérieure française est aujourd'hui dictée, autant sinon plus que par l'Elysée et le quai d'Orsay, par l'émir du Qatar…)

guilad shalit,christophe bigot

Affaiblir Israël, dans quel but?

 

C'est le même mécanisme précisément qui est à l'œuvre dans l'affaire du mariage gay : développer l'image d'Israël comme un pays « gay friendly », ce n'est pas seulement attirer dans notre pays un tourisme « homo » et améliorer l'image d'Israël aux yeux de ce secteur de la population française, choses tout à fait louables d'un point de vue strictement économique. C'est aussi, quoique l'on puisse penser du « mariage pour tous », encourager une tendance très particulière de la société israélienne, qui transparaît dans des dizaines de films, d'œuvres d'art ou littéraires * souvent primées à l'étranger, que l'on peut résumer par un mot d'origine grecque : hédonisme.

Il ne s'agit pas, certes, pour Israël de retrouver l'esprit spartiate de la période du Yishouv et du début de l'Etat, qui ne correspond plus aux réalités nouvelles de la société et de l'environnement actuel où nous vivons. Mais il est impératif de garder à l'esprit que notre pays est entouré d'ennemis qui veulent le détruire, et que toute action qui affaiblit la société israélienne, en encourageant des valeurs hédonistes, opposées aux vertus de courage et d'abnégation qui nous ont permis de triompher de nos ennemis jusqu'à aujourd'hui, porte atteinte à notre capacité de survie.

 

© Pierre Itshak Lurçat

 

N.B. : Sur les intentions politiques de l'action culturelle européenne en Israël, je renvoie à mon article « Le fil invisible, entre Günter Grass et David Grossman ».

* Le thème important de la destruction des valeurs fondatrices du sionisme par la littérature israélienne est abordé par Yoram Hazony dans son livre essentiel, L'Etat juif, sionisme, posstionisme et destins d'Israël, que j'ai évoqué sur ce blog.

guilad shalit,christophe bigot