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Deux événements significatifs, par Shmuel Trigano
24/07/2013

 

Chronique dans Actualité juive du 26 juillet 2014

 

Deux événements, significatifs pour la prospective de la condition juive en France, se sont produits ces derniers jours qui nous donnent un indice pour évaluer la situation présente. La rumeur sur Internet concernant les incidents qui se sont produits lors du déraillement du train à Brétigny, à savoir que les blessés et les morts ont été dépouillés de leurs biens personnels et les secours « caillassés » par des « jeunes », a été confirmée par de nombreuses sources et témoignages et notamment, confirmation suprême, par un média, Le Point (1), ce qui en l'occurrence constitue une assurance en regard du silence ou du déni dont tous les autres médias ont témoigné sur cette affaire, sans doute sous l'instigation du gouvernement puisque le ministre de l'intérieur lui même les a démentis, tout en employant, néanmoins, un euphémisme (2) qui laisse planer un doute.

Le deuxième événement intéressant concerne le rappel à l'ordre par le CSA de l'émission de télévision « Hondelatte Dimanche » critiquant la chaîne Numéro 23 pour avoir « manqué aux obligations déontologiques mentionnées dans sa convention […] qui prévoit que le service public contribue à la cohésion sociale […] à la promotion des valeurs d'intégration et de lutte contre les discriminations », à propos d'un débat le 17 juillet autour de « L'islam est-il soluble dans la République ? ».

Je ne m'intéresse ici à aucun de ces événements en tant que tels mais comme indices de la politique du gouvernement. Que nous enseignent-ils ? Le silence officiel sur Brétigny (et pas mal d'autres événements, à ce qu'il semble) illustre toute une politique, celle qui a engendré le nouvel antisémitisme en France et qui, sous prétexte de « ne pas jeter de l'huile sur le feu », avait, en 2001-2002, imposé une censure nationale (ce qui est avant tout hautement inquiétant pour la démocratie) sur 500 agressions antisémites, ce qui eut pour conséquence de répandre d'abord le déni de la réalité puis une fausse appréciation des faits (« conflits intercommunautaires »), et enfin d'installer un biais structurel à son propos en permettant à l'antisémitisme d'avancer masqué sous « l'antisionisme ».

A voir la politique du gouvernement à propos de Brétigny, on constate que l'erreur (et la faute) des années 2000 constituait un principe politique qui n'est pas relatif seulement aux Juifs mais tient à la façon de gouverner la France dans la situation contemporaine. Mais cela laisse entendre que cette situation pourrait tout à fait se reproduire dans le cas juif. La condamnation du CSA quant à elle appelle une remarque : elle se préoccupe de la bonne renommée de l'islam. Je n'ai rien contre ce principe de défendre l'honneur des acteurs sociaux, mais alors pourquoi ne s'est-il jamais inquiété du traitement inique des informations sur Israël, voire concernant la communauté juive, qui ont connu de très sérieux dérapages depuis 12 ans et qui ont contribué à installer dans l'opinion une situation qui constitue une incitation à l'inimitié envers les Juifs dans certains secteurs de la société ? Pourquoi les diverses protestations émises au fil de ces années n'ont-elles jamais été entendues ni suivies d'effets ? Cette comparaison est aussi lourde d'enseignements pour les chances de voir reculer le « nouvel antisémitisme ». Il y a là une politique globale qu'il faut entièrement repenser sur le plan national et qui, comme on le voit, concerne tout le monde.

 

© Shmuel Trigano

 

 

Notes :

 

(1) Le Point.fr, 19/7/13, « document confidentiel de la direction centrale des CRS qui fait état de jets de projectiles et de vols sur les victimes du déraillement du train ».

(2) Selon le ministre de l'Intérieur, les pompiers ont été accueillis « de façon un peu rude »…