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Menahem Macina

Qu'est-ce qui fait courir Mr Krupp, Juif américain tout dévoué à la cause de Pie XII ?
Menahem Macina
26/09/2013

« Le plus souvent, l'historien est frappé par la solidité des mythes contre lesquels s'épuise son argumentation, par l'inutilité des efforts pour corriger des images d'Épinal solidement assises, par le travail de Sisyphe que représente son effort toujours renouvelé, mais toujours vain, pour combattre ce qu'il considère comme des idées fausses, dont il a vingt fois tenté de démontrer le caractère erroné. »
S. Bernstein, Comment un savoir historique est-il considéré comme acquis ?, in Y. Beauvois & C. Blondel (éditeurs), Qu'est-ce qu'on ne sait pas en histoire ? Édititions Septentrion, Paris 1998, p. 191.

Une "star" juive inespérée à la rescousse de Pie XII

Je n'ai pas trouvé de meilleure introduction à la présente analyse que la présentation enthousiaste de la fondation Pave The Way, créée par le Juif new-yorkais Gary Krupp, dont le texte figure sur un blog catholique américain (1) :
« Fondée en 2003 et dirigée par des israélites américains, mais non confessionnelle, la Pave the Way Foundation/PTWF estime qu'un dialogue interreligieux sincère et l'abandon de l'instrumentalisation de la religion comme outil politique ou idéologique, peuvent mener à la paix entre les peuples et les nations comme à une meilleure compréhension entre les religions. Son président et fondateur, Gary L. Krupp, qui a, à plusieurs reprises et avec succès, offert ses bons offices dans le cours de difficiles négociations diplomatico-économiques entre le Saint-Siège et l'État d'Israël, a été créé commandeur dans l'Ordre de saint-Grégoire le Grand, par le pape Jean-Paul II [en 2000]. Krupp a consacré une grande partie de son énergie et de ses moyens à la réhabilitation de la figure du pape Pie XII, et a obtenu en juillet dernier [2009] du département des Justes parmi les Nations du Musée de l'holocauste Yad Vashem le droit d'inscription d'Eugenio Pacelli, Pape Pie XII à la procédure de reconnaissance de ce souverain pontife en qualité de Juste parmi les Nations. »
L'article cite ensuite longuement la présentation, que fait Gary Krupp lui-même, de l'action de sa fondation en faveur de la réhabilitation de Pie XII et même en faveur de … l'inscription de ce pape à Yad Vashem comme "Juste parmi les Nations" :
« La PTWF a consacré des années à réunir une documentation originale et des témoignages vidéo sur ce pontificat controversé, et nous estimons avoir découvert suffisamment de matériel pertinent pour désormais commencer la recherche de témoignages écrits et notariés afin de débuter la procédure judiciaire [lire : juridique] à Yad Vashem (…) Dans la plupart des cas de ceux qui ont été honorés du titre de Juste parmi les Nations, le récompensé avait directement agi pour sauver la vie de personnes au risque de la sienne. Les actes d'Eugenio Pacelli ne relèvent pas de cette définition générale. Toutefois, on peut établir que l'intercession directe du pape a conduit à sauver des centaines de milliers de Juifs. Mais, évidemment, en raison de la nature de ses éminentes fonctions, Pacelli n'a pratiquement jamais été en contact avec ceux qu'il a sauvés. À une seule exception : celle de son intercession au profit de son meilleur ami le Dr Guido Mendes, un Juif orthodoxe et son meilleur ami d'enfance, dans laquelle il intervint personnellement pour envoyer la famille Mendes en Palestine en 1938. Nous pouvons aussi établir que les actions de Pie XII visant à épargner des vies, furent accomplies sous menace de mort. Lors d'une réunion d'urgence des cardinaux, convoquée par Pie XII le 6 septembre 1943, il les informa qu'il avait signé une lettre de démission, placée sur son bureau et qu'il s'attendait à être enlevé à tout instant. Les cardinaux devaient se tenir prêts à quitter immédiatement le Vatican pour se rendre dans un pays neutre où ils devraient élire un nouveau Pape. Cette réunion d'urgence se déroula un mois avant que les Juifs de Rome soient rassemblés [lire : raflés], ce qui provoqua l'intervention immédiate du pape pour les sauver. Ce document véridique n'est pas présentement disponible, mais nous savons qu'il existe. Nous avons récemment obtenu de l'Allemagne l'affidavit du général Karl Wolff, l'adjoint d'Himmler et le commandant pour l'Italie, montrant qu'il avait reçu l'ordre d'Hitler de planifier l'investissement du Vatican et l'enlèvement du pape (…) Nous espérons, conclut Krupp, que (…) Yad Vashem vérifiera les informations que nous allons lui faire parvenir. Le travail désormais consiste à localiser le plus grand nombre de ces survivants ou de membres de leurs familles pour obtenir des documents notariés et signés. La déclaration la plus révélatrice que nous puissions faire, c'est qu'avec l'aide de beaucoup d'amis nous avons réussi à localiser des milliers de documents et que pas un seul ne s'est révélé négatif [pour Pie XII].  »
Et l'auteur de l'article d'ajouter :
« Le 16 septembre dernier [2009], lors de l'Audience générale, Krupp a annoncé à Benoît XVI le lancement de cette procédure en reconnaissance de Pie XII comme "Juste parmi les Nations" et a remis au saint-père un volume de 255 pages contenant les copies de quelque 3 000 documents originaux qui furent découverts au cours d'une vaste recherche. Ce cadeau, a expliqué Krupp, est "un geste de gratitude pour les initiatives de Benoît XVI soutenant le dialogue judéo-catholique" » (2)
Il n'est pas surprenant qu'une telle ferveur – juive de surcroît - en faveur d'un pape aussi controversé, ait suscité de fortes oppositions juives. La plus circonstanciée, me semble-t-il - sans que ce mien avis doive être considéré comme un entérinement a priori de ses prises de position, que je n'ai pas encore eu le temps d'analyser ni de recouper – est celle du site Jewish Israel, dont le titre de l'article combatif (Le vilain côté de la politique d'embellissement des relations interconfessionnelles) dit assez tout le mal qu'il pense de cette initiative  (3). J'y reviendrai peut-être dans une analyse ultérieure.

Un zèle apologétique étrange

Sur son site en anglais, cette fondation se présente comme
« une organisation laïque qui agit pour construire la paix en travaillant à combler les fossés qui existent entre les religions, au niveau de la compréhension et de la coexistence, et ce par des actions culturelles, intellectuelles, techniques. »
Ses réalisations jusqu'à ce jour, sont d'ordre caritatif, interreligieux et surtout… communicationnel. On en trouve l'énoncé dans la notice en PDF de la branche française de Pave The Way, en cours de constitution (4).
Il est frappant de constater en lisant les nombreux articles de presse de cette organisation – qui communique beaucoup -, que, depuis 2008, Pave The Way s'est lancée dans une intense campagne de révision de l'attitude de Pie XII envers les Juifs durant la seconde guerre mondiale, qui confine à l'apologétique, voire à la propagande. Ce qui devrait inciter les historiens spécialisés en cette matière à examiner de près les arguments, à prétention historique, que la dite Fondation diffuse largement dans les médias et par voie éditoriale, afin de convaincre l'opinion de l'impeccabilité, voire de l'héroïcité de l'action de Pie XII envers les Juifs.
Deux choses alertent d'emblée quiconque examine, sans idée préconçue mais de manière critique, le contenu de l'abondant matériau communicationnel de Pave The Way : le ton apologétique, non dénué de polémique, et la propension à l'hagiographie, voire à la légende dorée concernant la personne et l'action de Pie XII.
Mais, outre l'agacement que le chercheur peut légitimement ressentir face au flot de récits et de témoignages, aussi édifiants qu'acritiques, inlassablement diffusés depuis deux ans par Pave The Way, il est littéralement décontenancé par la méthode – ou plus exactement, l'absence de méthode (et de rigueur)  – qui préside à la collecte des faits et à l'évaluation de leur pertinence pour éclairer l'histoire des événements de cette période extrêmement complexe.
Dans l'ensemble, les exposés ressemblent davantage à un matériau de sensibilisation pour adeptes d'une cause, qu'à des analyses factuelles. Bien que tout ne soit pas faux ou inadéquat dans les faits et témoignages évoqués, l'historien de métier peut difficilement se défendre du malaise que lui cause l'amateurisme affligeant du dossier constitué par le fondateur de Pave The Way et ses collaborateurs.

Quand la conviction enthousiaste tient lieu de méthode historique

Tout récemment, la Fondation est passée à la vitesse supérieure. Sans doute encouragée, voire galvanisée par les appréciations et les compliments gratifiants du pape lui-même et de hautes personnalités vaticanes pour son action en faveur de la cause de Pie XII, elle vient d'annoncer qu'elle a entrepris de « numériser et de publier près de 5 125 documents des archives secrètes du Vatican, allant de mars 1939 à mai 1945 »  (5).
La dépêche qui annonce la bonne nouvelle -  « Les actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale seront disponibles en ligne très vite pour l'étude mondiale et sans aucuns frais »  -, précise que c'est Pave The Way qui a pris cette méritoire (et coûteuse) initiative, et que le Vatican lui a donné les autorisations nécessaires à ce faire.
Krupp explique :
« Tout au long de notre mission, nous avons constaté que le pontificat de Pie XII (Eugenio Pacelli) durant la seconde guerre mondiale est un motif de tension qui a des répercussions sur plus d'un milliard de personnes. La controverse repose sur l'hypothèse selon laquelle le pape n'aurait pas fait suffisamment pour prévenir le massacre des Juifs par les nazis.  »
Il est dommage, toutefois, qu'il reprenne à son compte, sans recul critique, la "thèse", extrêmement répandue, qui impute au dramaturge autrichien Ralf Hochhut (6), et à lui seul, la primeur de la diabolisation du pape Pie XII, accusé d'avoir failli à sa fonction de « Vicaire » du Christ en n'intervenant pas pour dénoncer la persécution des Juifs. Or, il se trouve qu'en 1942, le poète israélien Nathan Alterman adressait déjà ce reproche au pape, dans cette strophe d'un de ses poèmes (7)  :
Le saint-père chrétien dans la ville de Rome
De son palais n'est pas sorti avec le signe du rédempteur
Pour assister, jour après jour, au pogrom.
Y assister un jour, un seul unique jour,
Là où, depuis des années, gît, tel un chevreau,
Un petit enfant,
Anonyme,
Juif.

Un savoir lacunaire

Bien entendu, Krupp et ses "chercheurs" ignorent tout de cela. Comme ils ignorent les reproches, largement antérieurs à ceux de Hochhut, des écrivains catholiques François Mauriac, Paul Claudel et Jacques Maritain.
Le 13 décembre 1945, Paul Claudel écrivait à Jacques Maritain  (8)  :

« Rien actuellement n'empêche plus la voix du pape de se faire entendre. Il me semble que les horreurs sans nom et sans précédent dans l'histoire, commises par l'Allemagne nazie, auraient mérité une protestation solennelle du Vicaire du Christ. Il semble qu'une cérémonie expiatoire quelconque, se renouvelant chaque année, aurait été une satisfaction donnée à la conscience publique… Nous avons beau prêter l'oreille, nous n'avons entendu que de faibles et vagues gémissements… »
Dans une lettre du 12 juillet 1946, adressée à Mgr Montini, le philosophe catholique Jacques Maritain, alors ambassadeur au Vatican, tentait de convaincre Pie XII de promulguer un document consacré aux Juifs  (9)  :
« L'inlassable charité avec laquelle le saint-père s'est efforcé par tous les moyens de sauver et protéger les persécutés, les condamnations qu'il a portées contre le racisme, lui ont attiré la juste gratitude des Juifs […] Cependant […] ce dont Juifs et chrétiens ont aussi et par-dessus tout besoin, c'est qu'une voix – la voix paternelle, la voix par excellence, celle du vicaire de Jésus-Christ – dise au monde la vérité et lui apporte la lumière sur cette tragédie. Il y a eu à ce sujet […] une grande souffrance de par le monde. C'est, je ne l'ignore pas, pour des raisons d'une sagesse et d'une bonté supérieures, et afin de ne pas risquer d'exaspérer encore la persécution, et de ne pas provoquer des obstacles insurmontables à l'action de sauvetage qu'Il poursuivait, que le saint-père s'est abstenu de parler directement des Juifs et d'appeler directement et solennellement l'attention de l'univers sur le drame d'iniquité qui se déroulait à leur sujet. Mais maintenant que le nazisme a été vaincu, et que les circonstances ont changé, n'est-il pas permis […] de transmettre à sa Sainteté l'appel de tant d'âmes angoissées, et de la supplier de faire entendre sa parole ?...  »
Début 1948, l'écrivain catholique François Mauriac se demandait ce qui serait advenu  (10)
« si, au cours de cette guerre […] quelqu'un, sur une des collines de la Ville éternelle, avait refusé de manger et de boire […] [allusion à Gandhi]. Pourquoi aucune folie de cet ordre n'a-t-elle jamais été tentée sur l'une des collines de la Ville éternelle ? Pourquoi […] jamais ce geste, cet acte inimaginable qui aurait fait tomber à genoux les frères ennemis ? »
En avril 1951, le même auteur formulait ce reproche brûlant  (11)  :
« Mais ce Bréviaire [il s'agit de l'ouvrage de Poliakov, Le Bréviaire de la haine] a été écrit pour nous aussi Français […] qui n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables “frères du Seigneur”. […] Nul doute que l'occupant n'ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n'ait été un affreux devoir ; il s'agissait d'éviter de pires malheurs. Il reste qu'un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu'aient été les raisons de leur silence. »

Quelques conséquences navrantes de ce zèle mal informé

1. Dans l'article de Zenit, cité plus haut (12), Krupp impute à l'ignorance des langues l'échec de la Commission conjointe chargée d'étudier l'attitude de l'Église envers les Juifs durant la seconde guerre mondiale :
« En 1999, le cardinal Edward Cassidy créa une commission spéciale d'académiciens [lire : universitaires] juifs et catholiques pour étudier conjointement ces documents. Mais l'initiative échoua le 21 juillet 2001, les professeurs n'arrivant pas à comprendre la langue des nombreux documents. »
Je ne sais d'où M. Krupp tire cette contre-vérité, dont le ridicule est d'autant plus grand, que les spécialistes juifs et chrétiens de ce groupe de travail maîtrisaient parfaitement les langues des documents étudiés (13). Il suffit de lire les déclarations des intéressés eux-mêmes à l'époque des faits (14) pour constater que le véritable motif de la suspension, puis de l'interruption sine die des travaux de la commission mixte, a été l'exigence formulée par la partie juive d'avoir accès à des documents originaux qui ne figuraient pas dans les volumes d'archives déjà publiées par le Vatican. Le rejet de cette demande, sous divers motifs, par les instances vaticanes concernées, ainsi que l'insuffisance des réponses aux 47 questions posées par les membres juifs  (15), puis les accusations mutuelles qui découlèrent de ces incidents, sont les seules causes réelles de l'échec de l'initiative.
Mais d'autres affirmations de Pave the Way, qui figurent dans un ouvrage publié par cette fondation - Examining the papacy of pope Pius XII - (16), sont d'une plus grande magnitude. Qu'on en juge par ces extraits.

2. Dans l'introduction de son livre, où il décrit la genèse de son projet, Krupp écrit (17):
« Après m'être rendu personnellement en France pour interviewer Mgr Giovanni Ferrofino, et à Londres, pour interviewer Sir Martin Gilbert et de nombreuses autres [personnes], nous étions convaincus que nous avions à 100 % raison d'estimer que les activités secrètes de Pacelli avaient sauvé plus de Juifs que tous les dirigeants politiques et religieux de l'époque réunis. Il y a peut-être trois millions de Juifs qui sont en vie aujourd'hui grâce à l'intervention directe, mais secrète, [de Pie XII]. » (There are perhaps 3 million Jews who are alive today because of his secret but direct intervention.)
Je précise que le rapport n'indique nullement comment il parvient à ce chiffre exorbitant, ni n'en apporte la moindre preuve digne de ce nom. Le procédé rappelle fâcheusement celui de Pinchas Lapide (18).

3. Un autre passage de Examining the papacy of pope Pius XII cite un extrait de la légende afférente à la photo de Pie XII, exposée à Yad Vashem (19) :
« Quand il fut élu pape, en 1939, il classa sans suite une lettre [encyclique] contre le racisme et l'antisémitisme, que son prédécesseur avait préparée… »
Puis, il en fait le commentaire suivant :
« Il n'y eut "ni lettre, ni encyclique", il y avait seulement divers projets que Pie XI ne lut jamais car il était sur son lit de mort. Ces projets, qui ne reflétaient pas la pensée de Pie XI ni celle du Cardinal Pacelli, avaient été réalisés par un comité [et étaient] remplis d'affirmations inexactes et d'idées fausses concernant les Juifs et leurs relations avec la société. Il n'y a pas de preuve que Pie XII les ait jamais vus. Mais il a rédigé lui-même une encyclique, qui insistait sur l'unité des Juifs et des chrétiens. La presse mondiale a reconnu la condamnation du nazisme [que formulait cette encyclique de Pie XII]. »
L'encyclique de Pie XII, censée insister sur « l'unité des Juifs et des chrétiens », s'intitulait Summi Pontificatus (20). À l'évidence, le commentaire cité ci-dessus dépend étroitement de l'ouvrage de Dalin, qui, dans un chapitre intitulé « Le pape, qui "ne gardait pas le silence" », écrivait ce qui suit (21) :
« Au moment d'accéder à la papauté, Pie XII exprimait continuellement et clairement son désaccord au sujet d'Hitler et du nazisme. Sa première encyclique, Summi Pontificatus, implorait que l'on fasse la paix, rejetait explicitement [?] le nazisme et mentionnait expressément les Juifs, toutes choses qui ont échappé aux détracteurs d'aujourd'hui. Publiée seulement quelques semaines après le déclenchement de la seconde guerre mondiale, l'encyclique déclare que, dans l'Église catholique, il n'y a "ni Gentil, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis", ce qui constitue clairement un rejet de l'antisémitisme nazi. »
Pour illustrer à quel point cette affirmation est pour le moins exagérée, si ce n'est controuvée, voici le passage de l'encyclique, où figure cette citation de Paul (voir la traduction française de cette encyclique, sur le site du Vatican) :
« Ceux qui entrent dans l'Église, quelle que soit leur origine ou leur langue, doivent savoir qu'ils ont un droit égal de fils dans la maison du Seigneur, où règnent la loi et la paix du Christ. C'est en conformité avec ces règles d'égalité, que l'Église consacre ses soins à former un clergé indigène à la hauteur de sa tâche, et à augmenter graduellement les rangs des évêques indigènes. Et pour donner à Nos intentions une expression extérieure, Nous avons choisi la fête prochaine du Christ-Roi pour élever à la dignité épiscopale, sur le tombeau du prince des apôtres, douze représentants des peuples ou groupes de peuples les plus divers. Au milieu des déchirantes oppositions qui divisent la famille humaine, puisse cet acte solennel proclamer à tous Nos fils épars [lire : dispersés] dans le monde que l'esprit, l'enseignement et l'œuvre de l'Église ne pourront jamais être différents de ce que prêchait l'apôtre des nations: "Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance de Dieu à l'image de celui qui l'a créé; en lui il n'y a plus ni Grec ou Juif, ni circoncis ou incirconcis ; ni barbare ou Scythe, ni esclave ou homme libre: mais le Christ est tout et il est en tous." (Col., III, 10-11.) »
Comme on peut le constater, s'il est bien parlé des Juifs, dans ce passage, c'est par la bouche de l'apôtre Paul. Et encore ne s'agit-il certainement pas d'une « mention explicite » visant à flétrir l'antisémitisme nazi, mais de l'utilisation théologique d'un passage scripturaire chrétien pour justifier le fait que, dans le nouvel ordre institué par le Christ ("l'homme nouveau"), tous sont égaux, sans distinction d'origine ou de condition. Dans ce texte, l'opposition n'est pas entre philosémitisme et nazisme, mais entre les différentes conditions de l'espèce humaine, dont aucune ne doit prévaloir sur les autres. Et si les Juifs et les circoncis sont bien mentionnés, c'est, dans un même souffle, aux côtés des Grecs (païens) incirconcis, mais aussi des barbares, des Scythes, des esclaves et des hommes libres. C'est donc pratiquer une exégèse post eventum et instrumentaliser l'Écriture à des fins apologétiques que d'interpréter la mention des Juifs dans la phrase de Paul, citée dans l'encyclique, comme un « clair rejet de l'antisémitisme nazi ».

4. En page 65, le document Examining the papacy of pope Pius XII cite, sans le moindre recul critique et sans la commenter, tant elle paraît indiscutable à ses auteurs, la statistique fantaisiste de Pinchas Lapide - dont j'ai fait justice ailleurs (22) -, qui est reprise dans une dépêche de Zenit, du 28 août 2001, intitulée Hitler ordered destruction of Vatican and kidnapping of Pius XII, et relayée par EWTN (Global Catholic Network) :
« Pius XII's actions helped save 800,000 Jewish lives, either directly or indirectly, according to Jewish researcher Pinchas Lapide. » [Selon le chercheur juif Pinchas Lapide, les actions de Pie XII ont contribué à sauver 800 000 vies juives, directement ou indirectement.]
La version française du livre de Lapide dit exactement (23) :
« …sous le pontificat de Pie XII, l'Église catholique fut l'instrument par lequel furent sauvés au moins 700 000, voire 860 000 Juifs, d'une mort certaine par les mains des nazis. »

5. Dans une autre section de Examining the papacy of pope Pius XII, intitulée « Exemples d'actions du Vatican et de Pacelli pour sauver des Juifs et condamner le national-socialisme, Hitler et le régime nazi », on lit ce qui suit (p. 68) :
« Des documents de 1917 confirment une rencontre avec Nachum Sokolow [lire : Sokolov], président [en fait, membre] de l'Organisation sioniste mondiale […] Le 15 février 1925, Sokolow rencontre à nouveau Pacelli pour discuter d'un Foyer juif en Palestine. Il rappelle la rencontre de 1917 et [affirme que] Pacelli se montra enthousiaste concernant les demandes de Sokolow et le recommanda au cardinal secrétaire d'État Gasparri pour qu'il lui fasse rencontrer le pape Benoît XV. »
Version légèrement différente et plus détaillée en p. 70, qui cite un texte de 2009, repris de Michael Hesemann,
« Eugenio Pacelli and the Zionists. New discoveries in the Vatican Secret Archives confirm that the man who became Pope Pius XII intervened in favour of the Jewish settlers in Palestine » [Eugenio Pacelli et les sionistes. De nouvelles découvertes dans les Archives secrètes du Vatican confirment que l'homme qui devint pape sous le nom de Pie XII, intervint en faveur des colons juifs de Palestine].
Ici encore, Krupp dépend servilement de Lapide, qui écrit (24) :
« Quand, en mai 1917, Nahum Sokolow [Lire Sokolov ; membre de l'Organisation sioniste mondiale] demanda l'appui du pape Benoît XV, le pontife lui dit : "Comme l'histoire a changé ! 1900 années ont passé depuis que Rome a détruit votre pays, et maintenant Votre Excellence vient à Rome en vue de restaurer ce pays !". Le 10 mai 1917, pendant l'audience qui se prolongea bien au-delà de la demi-heure prévue, le pape demanda à Sokolow de lui exposer le programme sioniste. Il l'écouta attentivement, puis le qualifia de providentiel, le trouvant en accord avec la volonté divine. Même lorsque la question des Lieux saints fut évoquée, l'esprit de conciliation prévalut : "Je ne doute pas, dit le pape, qu'on parviendra à un accord satisfaisant." L'entretien se termina par ces mots du pape : Si, si, io credo que saremo buoni vicini! (Oui, je crois que nous serons bons voisins) – parole qu'il souligna en répétant plusieurs fois la dernière phrase. »
Ce que ne précise pas l'ouvrage de Pave The Way, c'est que cet engouement, si c'en fut un, ne fut suivi d'aucun effet, tout du contraire. Si optimiste qu'il fût, Lapide a au moins l'honnêteté de dire les choses telles qu'elles sont (25) :
« … les porte-parole du Vatican informèrent les représentants du mouvement sioniste, en 1921 – encore sous le pontificat de Benoît XV – que le saint-siège ne désirait pas aider "la race juive, pénétrée d'un esprit révolutionnaire et rebelle", à obtenir le gouvernement de la Terre Sainte. »
Lapide fait tacitement allusion à un discours de Benoît XV, en date du 13 juin 1921  (26)  :
« …quand les chrétiens, grâce à l'intervention des troupes alliées, reprendront possession des Lieux saints, c'est de bon cœur que Nous nous joindrons à l'exultation générale des bons ; mais cette nôtre allégresse ne sera pas dépourvue de la crainte […] que, suite justement à un événement aussi magnifique et réjouissant, les israélites ne parviennent, en Palestine, à une position prépondérante et privilégiée. Si nous devons en juger sur la base de la situation actuelle, hélas, ce que nous craignions s'est vérifié. On sait, en effet, que la condition des chrétiens de Palestine non seulement ne s'est pas améliorée, mais qu'elle a encore empiré en raison des réglementations civiles qui y sont établies, lesquelles visent – même si ce n'était pas l'intention de ceux qui les ont édictées, mais sûrement dans les faits  – à dépouiller la chrétienté des positions qu'elle a occupées jusqu'ici, pour lui substituer les Juifs. En outre, Nous ne pouvons que déplorer l'action intense menée par beaucoup pour priver les Lieux saints de leur caractère sacré, en les transformant en lieux de rencontres et de plaisir avec tous les attraits mondains […] Nous ne voulons certes pas qu'il soit fait du tort aux droits de l'élément juif, mais nous n'avons nullement l'intention [de permettre] qu'ils prévalent sur les justes droits chrétiens. »
Notons que ces propos hostiles à « l'élément juif » sont tenus par Benoît XV, un mois environ après les paroles encourageantes qu'il avait prodiguées à Sokolov. Que s'était-il donc passé entre temps ? Lapide, bien informé, suggère que le pape a été « induit en erreur par plusieurs de ses représentants sur les lieux », c'est-à-dire en Palestine  (27). Et en effet, le 11 mai 1921, le lendemain même de l'entretien entre Benoît XV et Sokolov, Mgr Barlassina, patriarche latin de Jérusalem, donnait, au Collège Saint Joseph de Rome, une conférence exaltée, dont La Civiltà Cattolica, organe officieux du Saint-Siège, relata l'essentiel. Je traduis ici quelques passages de ce texte terrible (28) :
« …Le but du sionisme, tel que le confessent les sionistes eux-mêmes, est le rétablissement du peuple d'Israël sur la terre de leurs ancêtres et l'expulsion des autres nationalités qui s'y sont établies au cours des siècles. Donc, le but du sionisme est la conquête de la Palestine. Pour y parvenir, les sionistes ne reculent devant aucun moyen. Protégés par les autorités britanniques – on sait, en fait, que Sir Herbert Samuel et presque tous les fonctionnaires anglais sont des sionistes militants -, les dirigeants sionistes sont en réalité les maîtres de la Palestine : ils dictent la loi et imposent leur volonté à toute la population, catholique, musulmane, et jusqu'aux israélites orthodoxes, soumis à mille abus de pouvoir de la part de leurs coreligionnaires. Outre l'autorité, ils disposent de beaucoup d'argent envoyé par les comités sionistes de tous les pays, spécialement de ceux des États-unis et de Grande-Bretagne, et avec cet argent, ils achètent les terres des pauvres musulmans ruinés par la guerre, ils fondent des écoles et quelquefois corrompent aussi les consciences. En bref, comme le prouvent des rapports fiables, le propos des sionistes est d'exproprier peu à peu les Arabes et les chrétiens et de prendre leur place. Pour accroître le nombre de leurs coreligionnaires, on a autorisé l'immigration en Palestine des juifs russes, presque tous bolcheviques […] en fait on ne refuse le droit à l'immigration qu'à ceux qui ne sont pas juifs. L'action sioniste ne s'est pas révélée moins funeste sur le plan de l'immoralité, qui, à partir du moment où les sionistes se sont érigés en maîtres de la Palestine, s'est terriblement étendue sur cette terre baignée par le sang de Jésus-Christ. Des établissements de vice se sont ouverts à Jérusalem, à Jaffa, à Nazareth, et dans tous les centres importants : les femmes de mauvaise vie fourmillent partout, les maladies honteuses se répandent, c'est vraiment, s'exclame Mgr Barlassina, "l'abomination de la désolation dans le Lieu saint" [cf. Mt 24, 15] […]. »
Et le patriarche de Jérusalem de conclure la conférence en lançant un brûlant appel à tous les catholiques.
« Il faut sauver la Palestine, menacée de tomber sous un joug mille fois pire que celui des Turcs ; une fois encore doit retentir le cri des Croisés : "Dieu le veut, Dieu le veut !", une croisade pacifique mais forte, par la plume, par la parole, par l'action, par l'argent, pour libérer la patrie du Sauveur […] »

6. Je pourrais multiplier les exemples, mais il faut bien se limiter. Je terminerai donc cette énumération navrante par le passage de Examining the papacy of pope Pius XII, qui porte le titre racoleur et sensationnaliste suivant (p. 68) :
« Pope Pius XII policies and actions result in the establishment of the Jewish state.  » [Les mesures et les actes de Pie XII ont pour résultat la fondation de l'État juif] (!)…
Revenant sur la rencontre entre Sokolov et Benoît XV évoquée ci-dessus, l'ouvrage de Pave The Way illustre son propos de photos de coupures de presse, censées constituer des "preuves" du zèle "prophétique" de Pie XII pour l'établissement d'un État juif en Palestine. À cette fin est mis en exergue un passage, qui figure à la fin d'un article du Jerusalem Post, en date du 10 octobre 1958, reproduit en fac-similé, lequel relate que M. Mendes, camarade d'enfance de Pie XII,
« rappelait que, lors d'une rencontre avec les survivants des camps de concentration, en Italie, en 1945, le pape avait prédit [sic] : "Vous aurez bientôt un État juif" et ce », commente, avec emphase, l'éditeur de l'ouvrage de Pave The Way, « trois ans avant la naissance de l'État d'Israël .»
Que l'on me pardonne cette réaction - que certains considéreront sans doute comme du cynisme -, mais il ne fallait pas être prophète pour envisager cette perspective : elle était depuis longtemps au cœur même du programme sioniste et non seulement l'Agence juive, mais également nombre d'articles de presse, en faisaient état depuis des années.
Pour avoir une vue sérieuse, et surtout plus conforme à l'histoire que cette logorrhée apologétique, sur ce que pensaient les hauts dirigeants de l'Église catholique de la présence juive en Palestine, il n'est que de lire ce qu'écrivait, le 13 mars 1943, le cardinal Maglione, secrétaire d'État sous Pie XII (29) :
« Le Saint-Siège n'a jamais approuvé le projet de faire de la Palestine un "home juif". Mais hélas, l'Angleterre ne cède pas… Et la question des Lieux saints ? La Palestine est aujourd'hui plus sacrée pour les catholiques que… pour les Juifs. »
Et encore (30) :
« Il est vrai que la Palestine fut un temps habitée par les Juifs ; mais comment pourrait-on justifier historiquement la décision de ramener les peuples dans les territoires où ils ont vécu dix-neuf siècles plus tôt. En conclusion, il ne me semble pas difficile, si l'on veut créer un "Foyer juif" de trouver d'autres territoires qui se prêtent mieux à ce but, car une Palestine sous domination juive engendrerait de nouveaux et graves problèmes internationaux, mécontenterait les catholiques du monde entier, susciterait les plaintes légitimes du Saint-Siège et correspondrait mal à la sollicitude charitable dont le même Saint-Siège a fait preuve et continue de faire preuve pour les non-aryens [les Juifs]. »
Enfin, quitte à peiner les nombreux admirateurs – chrétiens et Juifs – du futur Jean XXIII, qui était alors le nonce apostolique Angelo Roncalli, force est, à l'honneur de la vérité historique, de citer ses réticences à l'égard du « projet de sauver quelques milliers de Juifs, et d'enfants en particulier, en les emmenant en Palestine »   (31)  :
« Je confesse que l'idée d'acheminer les Juifs en Palestine, justement par l'intermédiaire du Saint-Siège, quasiment pour reconstruire le royaume juif […] suscite en moi quelque inquiétude. Il est compréhensible que leurs compatriotes et leurs amis politiques s'impliquent. Mais il ne me paraît pas de bon goût que l'exercice simple et élevé de la charité du Saint-Siège offre précisément l'occasion et le signe permettant de reconnaître une sorte de coopération, ne serait-ce qu'initiale et indirecte, à la réalisation du rêve messianique. Mais tout ceci n'est peut-être qu'un scrupule personnel qu'il suffit d'avoir confessé pour qu'il disparaisse. Ce qui est absolument certain, c'est que la reconstruction du royaume de Juda et d'Israël n'est qu'une utopie. »
Comme quoi même les prophètes n'ont pas le charisme d'infaillibilité. Toutefois, l'historien Giovanni Miccoli situe correctement ces propos de Roncalli en évoquant l'état d'esprit qui prévalait au sein de la haute hiérarchie catholique, et expliquait les « atermoiements du Vatican » (32) :
« … il est évident que, de son côté, le Saint-Siège fit tout pour éviter de s'engager véritablement dans le soutien d'un tel projet. Certaines considérations de Mgr Roncalli [le futur Jean XXIII] qui s'était pourtant fait l'intermédiaire des requêtes de l'Agence [juive] et déployait par ailleurs une activité passionnée et constante pour favoriser de toutes les façons l'émigration des Juifs des pays balkaniques, trahissent au moins en partie la logique qui guidait l'attitude de la secrétairerie d'État sur cette question. »

Conclusion

Ma longue analyse des travaux de Krupp et de ses collaborateurs de Pave The Way a mis en lumière les faiblesses, les erreurs, et surtout l'absence totale de sens critique qui a guidé leur collecte de documents et surtout l'interprétation biaisée qu'ils en donnent, tant est fervente – voire aveugle – leur admiration pour Pie XII.
Ce matériau hétéroclite, plus journalistique que réellement historique, mérite la mordante épigramme (anonyme) par laquelle, dit-on, un professeur sanctionnait un jour le devoir calamiteux d'un de ses élèves (33) :
« Une grande partie de ce que vous dites est exact et original ; malheureusement, ce qui est exact n'est pas original, et ce qui est original n'est pas exact. »
Il s'agit d'un vain labeur, qui s'apparente à un dossier de presse de mauvaise qualité, éclectique, prolixe et superficiel. Pire, il ne comporte pas le moindre document sérieux qui puisse justifier son apologie inconditionnelle d'un pape qui fut, certes, outrageusement, calomnié, mais qui n'est pas pour autant le meilleur candidat au titre de « Juste des Nations » dont M. Krupp rêve qu'il lui soit attribué.
Toutefois, le travail harassant que je me suis imposé pour vérifier les allégations des auteurs de ces documents n'aura pas été stérile. Il m'a permis de resituer dans leur contexte historique les faits et les arguments invoqués, d'en corriger l'appréciation surfaite et d'en limiter l'impact indu éventuel, à la lumière de documents dont l'éclatante force de conviction reléguera, je l'espère, dans l'ombre qu'elles méritent, selon moi, les pseudo découvertes de Pave The Way. Ce qui sera tout bénéfice pour le travail, modeste mais indispensable, d'établissement des faits, qu'effectuent, sans tapage et sans distinctions honorifiques ronflantes (34), de nombreux chercheurs qui méritent, eux, le titre d'historiens.

Pour finir, il me faut tenter de répondre à la question que j'ai eu l'imprudence de poser dans le titre de cet article : Qu'est-ce qui fait courir Mr Krupp ? Je parle d'imprudence parce que, en effet, je n'ai pas la réponse à cette question. Pas plus, d'ailleurs, qu'à celle de l'engouement du Vatican pour ce personnage, que la Curie couvre d'honneurs et de distinctions, conférant ainsi, tacitement, à ses publications médiocres un imprimatur inattendu (ont-elles seulement été lues en haut lieu ?). Évidemment, j'ai bien quelques jugements… téméraires, trop même pour que je puisse les exprimer ici.

© Menahem Macina

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Notes

(1) Extrait de l'article Pour l'association israélite Pave the Way, Pie XII doit être déclaré "Juste parmi les Nations", mis en ligne sur le blog Americatho, Histoire et actualité du catholicisme aux États-unis, le 30 septembre 2009.
(2) Il s'agit du document intitulé Examining the papacy of pope Pius XII, dont référence en note 16, ci-après.
(3) Voir The ugly side of interfaith beautification politics, 18 janvier 2010.
(4) Voir aussi : Buts et fonctionnement de la Fondation "Pave the Way".
(5) Voir la dépêche de l'agence catholique de presse Zenit : Seconde guerre mondiale : Les archives secrètes du Vatican bientôt en ligne. Le Saint-Siège accepte la proposition de la "Pave the Way Foundation", 15 février 2010.
(6) Rappelons que Ralph Hochhut est l'auteur de la fiction théâtrale, Der Stellvertreter, Le Vicaire, représentée pour la première fois en 1963.
(7) Voir Dès 1942, dans un poème poignant, le poète israélien Nathan Alterman, stigmatisait le silence de Pie XII.
(8) Citée in Bulletin de la Société Paul Claudel n° 143, Gallimard, 3e trimestre 1996.
(9) In Cahiers Jacques Maritain, n° 23, Kolbsheim (France), octobre 1991, pp. 31-33. (Cette lettre est également publiée dans Correspondance Journet-Maritain, Éditions Saint-Augustin, Parole et Silence, t. 3, 1998, pp. 917-920).
(10) La vérité devenue folle, Le Figaro des 1-2 février 1948, cité in Correspondance Journet-Maritain, op. cit., p. 922.
(11) Extrait de sa préface – datée du 11 avril 1951 – au livre de Léon Poliakov, Bréviaire de la haine. Le IIIe Reich et les Juifs, Calmann-Lévy, 1951 et 1979, cité d'après les éditions Complexe, Bruxelles, 1985, p. X.
(12) Cf. note 5, ci-dessus.
(13) Il s'agit de la collection intitulée Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale, édités par Pierre Blet, Robert A. Graham, Angelo Martini, et Burkhart Schneider, par Libreria Editrice Vaticana, Citta del Vaticano, 1965-1981, 12 volumes. 1. Le Saint-Siège et la guerre en Europe, mars 1939-août 1940. 2. Lettres de Pie XII aux évêques allemands, 1939-1944. 3. Le Saint-Siège et la situation religieuse en Pologne et dans les pays baltes, 1929-1945. 2 volumes. 4. Le Saint-Siège et la guerre en Europe, juin 1940-juin 1941. 5. Le Saint-Siège et la guerre mondiale, juillet 1941-octobre 1942. 6. Le Saint-Siège et les victimes de la guerre, mars 1939-décembre 1940. 7. Le Saint-Siège et la guerre mondiale novembre 1942-décembre 1943. 8. Le Saint-Siège et les victimes de la guerre, janvier 1941-décembre 1942. 9. Le Saint-Siège et les victimes de la guerre, janvier-décembre 1943. 10. Le Saint-Siège et les victimes de la guerre janvier 1944-juillet 1945. 11. Le Saint-Siège et la guerre mondiale, janvier 1944-mai 1945. (En fait, la collection compte bien 12 volumes, du fait que le tome 3 en comporte deux.)
(14) Lire, à ce propos : 1. Shoah - des historiens juifs et catholiques demandent au Vatican un libre accès à ses archives, in Commission d'experts juifs et chrétiens, chargée d'analyser les actes du Saint-Siège durant la seconde guerre mondiale : dossier de la controverse. Lire aussi : Pie XII: La commission mixte n'a pas fait son travail et s'auto-suspend.
(15) Sur ces questions, voir The Vatican and the Holocaust: A Preliminary Report Submitted to The Holy See's Commission for Religious Relations with the Jews and the International Jewish Committee for Interreligious Consultations, By the International Catholic-Jewish Historical Commission (October 2000).
(16) Examining the papacy of pope Pius XII / [compiled and edited by Gary L. Krupp], presented by Pave the Way Foundation. New York : Pave the Way Foundation, [2009], 200 pages (Ci-après, Examining the papacy of pope Pius XII. Précisons qu'il s'agit plutôt d'une anthologie d'articles et d'extraits – le plus souvent sans commentaires ni contexte - que d'une étude à proprement parler. Je cite ici d'après la version PDF en ligne [inaccessible, 19.12.2013].
(17) Ibid., Version PDF, p. 9.
(18) Voir ci-après, note 22.
(19) Version pdf, p. 19.
(20) 20 octobre 1939, texte français sur le site du Vatican.
(21) David Dalin, Pie XII et les juifs. Le mythe du Pape d'Hitler, éditions Tempora, Perpignan, 2007, p. 114. La principale contribution de cet ouvrage est d'attirer l'attention sur des textes et des témoignages, ignorés du grand public (mais, pour la plupart, connus des chercheurs). Malheureusement, il est désespérément acritique, partisan, et apologétique. En outre, il contient plusieurs erreurs historiques, dont une au moins est grave et inadmissible pour un historien ; enfin, il ne comporte ni bibliographie, ni index, ce qui le disqualifie sur le plan scientifique. Voir mes critiques de cet ouvrage : Pie XII, "pape de Hitler"? Certainement pas, mais "Juste des nations", c'est pour le moins prématuré ; "Pie XII et les Juifs, le Mythe du Pape d'Hitler", du rabbin Dalin, est-il un livre fiable ?
(22) Voir ma critique de cet auteur : M. Macina, Pie XII et les juifs, apologétique et légende à la rescousse d'un pape décrié: la preuve par Lapide.
(23) P.E. Lapide, Rome et les Juifs, traduit de l'anglais par François Winock, éditions du Seuil, Paris, 1967, p. 270. La note 1, en bas de page, vaut le détour, je la commente sarcastiquement dans les notes 41 et 42 de mon article intitulé Pie XII, "pape de Hitler"? Certainement pas, mais "Juste des nations", c'est pour le moins prématuré ; voir également mon article cité en note 21, ci-dessus.
(24) Lapide, op. cit., p. 124.
(25) Ibid., p. 125.
(26) Publiée dans les AAS (1921), p. 281, et voir OR, 13, du 14 juin 1921. Je traduis ici le discours de Benoît XV, à l'occasion de la création de nouveaux cardinaux, sous le titre I Cristiani hanno diritti inalienabili, 13 juin 1921, texte italien in Gerusalemme nei Documenti Pontifici, A cura di Edmond Farhat, in Studi Giuridici XII, Libreria Editrice Vatican, 1987, pp. 66-67.
(27) Lapide, op. cit., p. 125.
(28) Je traduis l'extrait en italien, paru dans La Civiltà Cattolica, II (1921) pp. 461-462, repris dans Gerusalemme nei Documenti Pontifici (op. cit., ci-dessus, note 26), pp. 251-252.
(29) Actes du Saint-Siège (ADSS), 9, n° 94, p. 184, cité par Giovanni Miccoli, Les Dilemmes et les silences de Pie XII. Vatican, seconde guerre mondiale et Shoah, trad. française, Éditions Complexe, 2005, p. 89.
(30) Ibid., 9, n° 191, p. 302, in Miccoli, Ibid., p. 91.
(31) Ibid., 9, n° 324, p. 469, in Miccoli, Ibid., p. 91.
(32) Miccoli, Ibid., qui réfère, à ce propos, à l'ouvrage de Henri Fabre, L'Église catholique face au fascisme et au nazisme. Les outrages à la vérité, p. 62, tout en signalant les limites de « l'analyse, par ailleurs soignée » de cet auteur, sur ce point précis.
(33) On en trouve quelques rares variantes, en français, sous la plume de l'un ou l'autre journaliste. Celle que j'ai citée figure dans un ouvrage en langue anglaise (C. Ford Runge, The Climate Commons and a Global Environmental Organization, Brookings Trade Forum – 2008-2009), sous la forme : "Much of what you say is good and new; unfortunately, what is good is not new, and what is new is not good".
(34) Le 29 juillet 2000, Gary Krupp, a été fait commandeur de l'Ordre équestre pontifical de St Grégoire le Grand. En juillet 2005, il a été élevé dans l'Ordre anglican de Saint Jean, de la reine Elizabeth II d'Angleterre. En 2006, il a reçu le prix "Servitor Pacis" [serviteur de la paix]. La même année, il a été honoré de la médaille Benemerenti [bonnes œuvres], décoration instituée par le pape Grégoire XVI en 1832, et décernée aux personnes qui ont rendu de longs et éminents services à l'Église catholique. Enfin, le 22 janvier 2007, au cours d'une cérémonie qui a eu lieu au Vatican, Krupp s'est vu élevé, par le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Vatican, au rang de Chevalier, avec médaille d'argent, dans l'Ordre équestre pontifical de St Grégoire le Grand.
Krupp en costume d'apparat de Chevalier de
l'Ordre équestre pontifical de Saint Grégoire le Grand

Mis en ligne le 26 février 2010, sur le site debriefing.org