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Contentieux palestino-israélien

Les Palestiniens édifient une ville ultramoderne au modèle de la Modiin israélienne
01/10/2013

 

[Je remercie mon ami israélien, le Dr Giora Hod de m'avoir signalé un long article en hébreu, mis en ligne par le site xnet.co.il, de Yediot Aharonot et intitulé « Modi‘in shel falestin : mi rotseh dirat anaq b-140 elef dollars beraabi ? » (La Modiin de Palestine : Qui veut un appartement géant au prix de 140.000 dollars, à Rawabi ?). Je n'ai malheureusement pas le temps de traduire cet article. Je me suis limité à rendre en français les légendes afférentes aux photos mises en ligne sur le site de Yediot Aharonot, qui figurent après l'article en français, ci-dessous. (Menahem Macina).]

 

Rawabi, première ville nouvelle « normale » de Palestine, Pascal Lacorie

Sur le site de La Tribune, 15 mars 2013

 

Rawabi, future cité située près de Ramallah, en Cisjordanie, doit accueillir à terme 40000 habitants. Prix moyen des logements : 100000 dollars. Elle sera inaugurée cet été. D'ici là, quelques obstacles de taille persistent, comme l'approvisionnement en eau et l'occupation par l'armée israélienne de la route d'accès à la ville.
À première vue, le chantier est banal avec sa noria de pelleteuses, de camions et d'ouvriers du bâtiment affairés. Mais, à y regarder de plus près, quelques détails sortent de l'ordinaire. Comme le drapeau palestinien arboré par la plupart des véhicules. Banal encore ? Oui et non. Certes, la scène se passe en Cisjordanie, mais cette zone, à quelques kilomètres de Ramallah, est contrôlée en grande partie par l'armée israélienne. C'est en effet là que les Palestiniens construisent leur première ville nouvelle, Rawabi - « les collines », en arabe. Pour Bachar al-Masri, entrepreneur et maître d'œuvre du projet, une « utopie devient réalité ». Car si tout se passe comme prévu, un premier lot de 1400 logements, un centre commercial et des écoles seront ouverts dès cet été. À terme, Rawabi, qui s'étend sur 85 hectares, aura une population de 40 000 habitants.

« Mon objectif est de créer une ville autosuffisante, c'est pourquoi nous avons prévu d'attirer des entreprises pour créer des emplois, explique fièrement cet ancien chimiste qui s'est découvert sur le tard une vocation de bâtisseur. Les deux premiers quartiers sont presque finis et on peut déjà voir le centre-ville, les cafés, les cinémas et les bureaux où une majorité d'habitants ira travailler sans avoir à quitter la ville. »

Plusieurs entreprises de haute technologie, des centres d'appels, une société de télécommunications, des banques ont déjà réservé leur place. Pour viabiliser le projet, 1500 emplois doivent être créés dans l'année, 5000 d'ici à trois ans. Bachar al-Masri estime que ce défi est possible à relever. S'il y parvient, il aura créé un modèle qui pourra ensuite essaimer à proximité d'autres villes de Cisjordanie, comme Bethléem.

Sur le plan financier, Bachar al-Masri a d'ores et déjà relevé le challenge. Il y a cinq ans, il a entamé une tournée dans les pays du Golfe pour récolter des fonds pour ce qui n'était à l'époque que de simples plans sur le papier. À sa grande surprise, sa proposition a suscité l'enthousiasme de milliers d'investisseurs privés. Résultat : il est parvenu à mobilier près d'un milliard d'euros auprès de particuliers, ainsi que du gouvernement qatari et de banques arabes.

 

Pensée pour attirer les classes moyennes

Pour vendre désormais son concept, Bachar al-Masri ne lésine pas sur le marketing. Les acheteurs potentiels sont invités dans un bureau de vente ultramoderne, équipé du nec plus ultra en matière de vidéo, de maquettes illustrant ce que sera la vie « rêvée » des futurs habitants. Ils ont droit également à une présentation en règle des normes vertes qui président à l'ensemble de l'opération. Le slogan de Rawabi est simple : « Vivre, travailler et jouer », tout un programme... Car l'opération est parfaitement « ciblée » : elle vise avant tout les familles de cinq personnes des classes moyennes palestiniennes ayant les moyens de contracter des emprunts immobiliers auprès des banques. Les prix oscillent [entre] 75 000 à 150 000 dollars pour la majorité des logements, dont la superficie varie de 130 à 230 m2. Pour la clientèle beaucoup plus aisée, les prix des appartements avec terrasses et autres duplex peuvent atteindre les 600 000 dollars - un énorme pactole, suivant les critères locaux.

Dans un premier temps, les logements seront vendus en priorité aux Palestiniens vivant en Cisjordanie. Les promoteurs veulent éviter que les Palestiniens de la diaspora vivant dans les pays du Golfe ou en Amérique achètent des appartements pour les vacances et transforment ainsi Rawabi en ville fantôme pendant le reste de l'année, comme c'est le cas du côté israélien dans certains des quartiers de luxe à Jérusalem ou à Tel-Aviv, vides la plupart du temps.

Pour Bachar al-Masri, Rawabi doit devenir une ville en tout point « normale ». L'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas est sur la même longueur d'ondes. Elle a accepté la création d'un conseil municipal et l'élection d'un maire dès que la population aura dépassé le seuil des 5 000 habitants. D'ici là toutefois, quelques obstacles subsistent. Rawabi s'étend sur un territoire géré par l'Autorité palestinienne, mais un tronçon de 3 km de la principale route d'accès à Ramallah, la capitale politique palestinienne, traverse un secteur resté sous le contrôle total de l'armée israélienne.

Depuis des années, Bachar al-Masri se débat en vue d'obtenir le feu vert des autorités israéliennes pour construire une route plus large que celle utilisée actuellement par les véhicules du chantier. « Il y a beaucoup de complications, l'autorisation actuelle de circuler délivrée par les autorités israéliennes n'est que temporaire », déplore-t-il.


« Notre Projet, c'est de construire la Palestine »

L'autre inconnue de taille porte sur l'approvisionnement en eau. Le contingent accordé à Rawabi est insuffisant. Bachar al-Masri déploie sur ce front également des trésors de diplomatie pour obtenir davantage d'eau auprès d'Israël et de l'Autorité palestinienne. « Notre projet n'est pas de détruire Israël, mais de construire la Palestine. Tout ce que nous souhaitons, c'est avoir une meilleure vie », a coutume d'expliquer Bachar al-Masri.

Détenteur [lire : titulaire] de la nationalité américaine après avoir vécu de nombreuses années aux États-Unis, il espère obtenir gain de cause. Son projet a déjà reçu la visite et le soutien de John Kerry, avant qu'il ne devienne le secrétaire d'État américain, ainsi que de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU. Bachar al-Masri exprime toutefois un petit regret :

« Si, à chacune de leurs visites, les responsables étrangers qui me complimentent en me disant : "C'est un beau projet, vous faites un travail formidable !", me donnaient ne serait-ce qu'un dollar, j'aurais déjà remboursé tous mes emprunts! »,

affirme-t-il en souriant.

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[Légendes des photos de l'article cité (« 
Modi‘in shel falestin : mi rotseh dirat anaq b-140 elef dollars beraabi ? »]


Des milliers de Palestiniens appartenant aux classes moyennes accéderont sous peu à des résidences bourgeoises au style de vie sans précédent, à seulement 16 km de Modiin. Ses concepteurs ont tiré la leçon des erreurs de cette ville. Des sociétés israéliennes ont construit de grands appartements qui se vendent à des prix ridicules : comment se fait-il que ce qui est possible dans les Territoires ne le soit pas chez nous. Et les Israéliens achèteront-ils ici (à Rawabi) ?

צילום: דור נבו

Bienvenue à Rawabi. A 10 minutes de Bir-Zeit, 20 minutes de Ramallah. Elle ressemble à s'y méprendre à Modiin si l'on ne remarque pas le drapeau de la Palestine. (Photo : Dor Nabo).
צילום: דור נבו
 

Inauguration prévue début 2014. Les promoteurs espèrent que la ville sera habitée d'ici la fin de la décennie. Son nom signifie « Collines ». Elle comptera 35.000 habitants. (Photo : Dor Nabo).

[Légendes correspondant aux flèches de gauche à droite en haut de la photo ci-dessous] : Quartier de tours de 30 étages (il sert aujourd'hui de centre pour l'accueil des visiteurs). Centre municipal (en construction). Quartiers d'habitation supplémentaires (au stade de début des travaux).

הדמיה: Rawabi

[Légendes correspondant aux flèches de gauche à droite sous la photo ci-dessus] : Théâtre à ciel ouvert, prévu pour accueillir 10.000 spectateurs (en construction). Parc municipal d'une superficie de 600 dunam [environ 60 ha]. Centres éducatifs et culturels. Quartiers d'habitation supplémentaires.

צילום: דור נבו

Quiconque croit que les entrepreneurs israéliens ont atteint des sommets en matière de connexion électrique [?] est invité à réviser son évaluation personnelle : le centre d'accueil des visiteurs atteint des niveaux bien supérieurs. (Photo : Dor Nabo).

צילום: דור נבו
La signalisation, le logo, les couleurs, les slogans, les drapeaux, la musique d'ambiance, le paysage qui s'offre à la vue, et surtout les maquettes, investis dans la ville, tout cela a transformé l'endroit en attraction. (Photo : Dor Nabo).
צילום: דור נבו

Rawabi est un projet privé : le promoteur local est Bashar al-Masri (52 ans), natif de Naplouse et fils d'une riche famille palestinienne, il participe, par le biais de la société Massar International, à des projets de construction de dimensions mondiales. (Photo : Dor Nabo).

צילום: דור נבו

Au sommet de la colline les travaux de construction du centre de la ville vont bon train. Des bâtiments publics supplémentaires sont édifiés, dont trois écoles publiques, une mosquée pouvant accueillir 2.000 fidèles et une église. Au pied de la ville se développe un parc d'une superficie de 600 dunam [environ 60 ha], contenant des équipements sportifs et un amphithéâtre pouvant accueillir 10.000 spectateurs, qui sera achevé dans les prochains mois. (Photo : Dor Nabo).

צילום: דור נבו


Dans l'un des futurs quartiers, il y aura des tours d'habitation de 30 étages, et à côté d'elles un quartier d'habitations de plain-pied. Modiin a été conçue pour des véhicules privés, alors qu'à Rawabi, on fait tous les efforts de planification possibles en vue d'une construction à topographie difficile, pour encourager la circulation piétonnière, tout le centre municipal est interdit à la circulation des véhicules. (Photo : Dor Nabo).

צילום: דור נבו
Ici, on bâtit une ville. C'est l'intention des promoteurs de renforcer chez les habitants le sens de la responsabilité et de la communauté, aussi outre l'autorité locale, on assignera à chaque quartier un comité doté de larges compétences, dont le rôle sera de veiller à la propreté et à l'entretien. Chaque famille devra s'acquitter d'un impôt local dont le produit sera réparti entre la municipalité et le comité de quartier. (Photo : Dor Nabo).

 

[L'article de Ynet se termine par une vidéo qui ne peut être consultée que sur la page de l'article en hébreu sur le site de Ynet. Elle est introduite en ces termes:


Voici comment se présente le détail des appartements et le centre ultramoderne pour les visiteurs, à Rawabi. Voir la vidéo*. Photo : Dor Nabo, réalisation : Avi Dayan.

 

[Choix des textes, traduction et mise en page: Menahem Macina, pour debriefing.org].