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Israël (Chrétiens pour)

Pourquoi, comme chrétien, je m'engage aux côtés des Juifs ? Par André Brombart
07/10/2013

 

Cet engagement aux côtés des Juifs est fortement lié à mon parcours personnel. Né et éduqué dans un milieu agnostique, j'ai vécu un lent processus de recherche de sens et de cohérence – notamment éthique – qui m'a conduit à la foi catholique. D'emblée, j'ai alors perçu, sans aucune hésitation, la consonance profonde qui existe entre l'Évangile et les Écritures d'Israël (appellation qui me semble plus juste que celle d'Ancien Testament). Si la personne et l'enseignement de Jésus marquent en effet une nouveauté que l'on peut juger radicale, cette nouveauté n'introduit, à mes yeux, aucune discontinuité dans la Révélation, en particulier dans sa dimension éthique.

C'est dans ce contexte de découverte du message biblique et de sa réexpression – pour moi bouleversante – dans la personne du Juif Jésus, que j'ai pu découvrir et approfondir mes origines familiales paternelles. Mon père, Juif polonais non religieux, venu en Belgique avant la guerre pour étudier la médecine, fut pratiquement le seul de sa famille, restée en Pologne, à survivre à la Shoah.

Même si, j'en suis bien conscient, le judaïsme ne se réduit pas à sa dimension religieuse, il reste, à mes yeux, inséparable de ses racines religieuses et historiques : le Livre et la Terre. Aussi, me semble-t-il « naturel » pour un chrétien, tributaire de cet héritage – comme l'exprime admirablement l'apôtre Paul dans les chapitres 9 à 11 de l'Epître aux Romains –, de ressentir une affinité profonde avec le Peuple de l'Alliance. Plus encore, je pense que l'effort œcuménique n'aura vraiment abouti que le jour où sera surmontée (comment ? quand ?...) la rupture originelle entre l'Église et la Synagogue.

Cet effort de rapprochement entre chrétiens et Juifs ne peut, aujourd'hui, faire l'économie d'une purification de la mémoire et d'un travail assidu pour débarrasser les consciences chrétiennes de tout ce qui peut y subsister d'antijudaïsme, voire d'antisémitisme. Cette dimension de l'engagement avec les Juifs se situe pour moi à l'avant-plan. C'est dire combien je me réjouis lorsque je vois se manifester, dans l'Église, des courants qui travaillent à cette réconciliation.

Sans doute reste-t-il beaucoup à faire, mais j'ai la conviction que la prise de conscience des racines juives du christianisme et des liens essentiels qui unissent l'Église au Peuple de la première Alliance, ne cesse de s'étendre et de s'affermir. Du moins est-ce le cas dans les milieux où s'élabore l'enseignement de l'Église et, plus généralement, chez les chrétiens qui réfléchissent.

 

Pour un regard équilibré sur le conflit israélo-arabe

Un engagement chrétien aux côtés des Juifs ne peut, aujourd'hui, faire l'impasse sur le conflit du Proche-Orient et, en particulier, sur la lutte que mène l'État d'Israël pour sa survie. Or, il me semble que si l'antijudaïsme et, plus encore l'antisémitisme, n'ont plus droit de cité dans le monde chrétien, ils y trouvent souvent un substitut plus ou moins inconscient sous la forme d'une idéalisation compassionnelle démesurée de la cause palestinienne, qui trouve sa contrepartie dans une critique systématique et outrancière de l'État d'Israël, jusqu'à nier le droit de celui-ci à l'existence.

Il va de soi que le débat et la critique concernant telle ou telle option politique ou militaire du gouvernement israélien sont absolument légitimes – et sont d'ailleurs très présents au sein même de la société israélienne. Mais lorsque le débat se mue en dénigrement et aboutit à nier, de facto, le droit d'Israël à exister et à défendre son existence, il me semble nécessaire de réagir, surtout lorsque ce sont des chrétiens qui assument de telles positions.

Catholique de la base – même comme religieux et prêtre – je n'occupais aucun « créneau » d'où il aurait été normal de mener ce type de combat. Je n'ai guère d'accès aux médias, je ne suis pas membre des structures d'Église spécialement vouées au dialogue interreligieux, en particulier au dialogue judéo-chrétien. Aussi, le jour où j'ai ressenti la nécessité de réagir à des propos qui m'avaient outré, l'adhésion au Collectif Dialogue et Partage s'est présentée à moi comme une opportunité providentielle. C'est à la lecture d'une « carte blanche » publiée dans un quotidien bruxellois en 2002 que j'ai découvert l'existence de ce Collectif et que j'ai noué les premiers contacts avec les personnes qui l'animent.

À partir de là, les occasions se sont multipliées. Ce fut d'abord un échange de correspondance assez acide avec un ecclésiastique belge renommé qui, dans une tribune libre n'avait pas hésité à parler de « génocide » des Palestiniens par Israël. Ma tentative pour l'inviter à utiliser un autre vocabulaire resta sans effet, et il continue, jusqu'à ce jour, à remplir son « blog » de propos enflammés contre Israël…

Quelques mois plus tard, c'est avec un évêque français que je fus amené à croiser le fer. En conclusion d'un article paru dans une revue catholique bien connue, il écrivait ne pouvoir admettre « l'existence d'un État fondé sur l'exclusion d'un autre peuple ». Puis, ce furent des mises au point par rapport aux propos d'un curé bruxellois, pour qui les causes du terrorisme palestinien étaient « patentes » (sous-entendu : c'est Israël qui en est seul responsable). Ensuite, il y eut un essai d'alerter des curés et leurs évêques sur l'invitation, pour le moins ambiguë, d'un « refuznik » israélien appelé à témoigner au cours d'une célébration de la messe…

Souvent aussi, alerté par des amis qui scrutent la presse et le web, je m'efforce d'alerter les rédactions ou les webmasters lorsque des documents propageant l'antijudaïsme ou l'antisémitisme apparaissent dans des médias chrétiens.

Je suis conscient d'agir ainsi au « coup par coup », mais j'ai le sentiment que cette tactique peut porter certains fruits. À titre d'exemple, je relevais récemment, dans la « newsletter » d'une agence de presse catholique belge, la nième dépêche relative au conflit du Proche-Orient (en l'occurrence, la récente crise de Gaza) répercutant une opinion nettement pro-palestinienne, alors que l'autre point de vue n'y était pratiquement jamais évoqué. Après un échange de courrier avec le responsable de l'agence, un communiqué a paru, proposant aux lecteurs un certain nombre de liens vers des sites Internet chrétiens qui donnent un autre éclairage, en particulier celui de Un Écho d'Israël [*].

Je suis bien conscient de ce que le chemin est encore long pour que l'Église soit totalement débarrassée des vieux démons de l'« enseignement du mépris », mais bien des signes m'encouragent à poursuivre, comme par exemple, tout récemment, les nombreuses et explicites prises de position de hauts responsables d'Église face aux déclarations négationnistes de l'évêque Williamson. Globalement, je pense pouvoir être « fier de mon Église » pour le chemin qu'elle a parcouru vers la pleine acceptation du lien vital qui la lie au peuple juif et vers une amitié fondée sur la reconnaissance et le respect de ce qui nous sépare et de ce qui nous unit.

 

© André Brombart (*)

2009

 

(*) Né en 1942. Docteur en droit (ULB) en 1964. De 1966 à 1980, conseiller juridique dans une grande entreprise d'assurances. Baptisé catholique en 1980. En 1981, entré dans la congrégation des Augustins de l'Assomption. Prêtre depuis 1987.

 

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Note de Menahem Macina

 

[*] Voir, sur le site de l'AJCF, l'article intitulé « Un écho d'Israël : c'est fini ». Par contre, « L'Arche », dont « Un Écho d'Israël » était une émanation, a mis en ligne un magazine électronique.